‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 12 sur 99 · RUES GIT LE-COEUR ET DE L'HIRONDELLE · texte numérisé non relu

RUES GIT LE-COEUR ET DE L'HIRONDELLE

du 22. Enfin Barberie de Saint-Contesl, que protégea plus tard M"'" de Pompadouret qui devint ministre des Affaires-Étrangères, eut pour locataire un évéque, au fond du n" 26.

Rite dit doiÉi*e-]^oli*o-Daiiic. (i]

i)an>s quelles conditions s'y menait la vie de chanoine.

Une loi du i24 août 1790 délorminail la i)Osilion nouvelle de ees proiîriétés du cloître Notre-Dame dont les titres principaux étaient un bref de Benoît VII et des lettres-patentes de Lothaire ; la Nation, moyennant le payement d'un sixième de leur valeur estimative, les affranchissait des conditions particulières qui avaient voulu perpétuer leur transmission de chanoine à chanoine. L'Assemblée nationale, avant d'émanciper l'aveni)' de cette main-morte ecclésiastique, s'était enquise du passé, et nous allons sonder, comme elle, les arcanes d'une situation amphibie, qui était plus que de l'usufruit, moins que de la toute-propriété, pour les chanoines dont les 33 maisons du cloître portaient les 33 noms. On disait ii coup sûr : Maison Cochu et maison Farjonel.

Et, en effet, elles étaient dans le commerce ; impossible de les prendre pour des fonds de bénétiees ecclésiastiques; on ne les achetait pas du chapitre, mais d'un chanoine, en présence du chapitre, sans énoncer les conditions du marché. ■ L'un disait à la compagnie : — Je vends ma maison; l'autre :— Je l'accepte, et le chapitre prenait acte, approuvait, en louchant, à titre de seigneur, cent sols de lods et ventes, qui se partageaient entre les capitulants. Chaque chanoine, il est vrai, ne

(1) Notice écrite en ISâQ. La rue à rélude n'avait pas encort' i)eidii deux ou trois de ^es maisons ancieniits à l'angle de Ja i ue de la Cîtc.

RUE t)V CLOITRE-NOTRE-DAME. 59

devait posséder qu'une maison ; mais ils étaient 51, et toutes les maisons situées dans le périmètre du cloître, dont les rues étaient entretenue^^ par le chapitre, ne se trouvaient pas canoniales. Quand le chanoine était mort ab intestat, le bureau du chapitre ouvrait une enchère, et les droits de mutation s'élevaient au cinquième du prix-, si, avant de mourir, le chanoine avait disposé m extremis de sa propriété, par-devant les commissaires du chapitre pour la validité c'est le dixième qui revenait aux capitulants ; dans ces deux cas, au reste, les créanciers primaient les héritiers, quant h la portion disponible. Tout cela était si connu qu'un chanoine empruntait avec la plus grande facilité, soit pour acquérir une propriété dans le cloître, soit pour la réparer ensuite. Ils avaient presque tous des dettes, mais solidement hvpothéquées, puisque leurs maisons valaient, en général, de 60 à 100,000 livres. Celle de M. Bochard, décédé peu de temps avant la promulgation delà loi nouvelle, lui avait coûté 79, 400 fr., et il y avait fait poui- 60,000 fr. de réparations dans l'année de l'acquisition ; celle de M. Montagne, doyen, revenait de la même façon à 74,000 livres, plus '^0,000, et il n'en était pas différemment pour les logis des chanoines Dumarsais, Desplasses, Leblanc, Viet, Delon et de Bonneval. DifTérentes conclusions capitulaires avaient été prises en 1775, en 1766 et en 1745 pour régler différents usages que le temps avait consacrés, avec la sanction des autorités spirituelle et temporelle ; toutefois les statuts et règlements conservaient au chapitre pris en corps le titre de propilétaire-foncier, en reconnaissant à ses membres la faculté de disposer de la jouissance des maisons par la seule voie des résignations au chapitre.

Les laïques habitaid le cloître étaient surtout des magistrats ; on y venait solliciter un certain

nombre de parlementaires, au milieu du xvur' siècle. Les maisons canoniales étaient en possession de donner asile à des lemmes, pourvu qu'elles lussent l)areiites ou domestiques du détenteur, et pourtant, en remontant h Tannée 1334, nous trouverions un arrêté par lequel le chapitre défendait à toutes femmes de franchir les portes du cloître. La preuve qu'avant cette date pareille prohibition n'existait pas, c'est qu'Héloïse et Abélard, évangélistes d'un amour qui n'était même pas connu de l'antiquité païenne, se sont donné des rendez-vous dont le lieu n'était pas à l'extérieur du cloître, sous le prétexte il est vrai d'étudier. Mais le concours qu'y attiraient alors les écoles épiscopales avait si bien troublé la paix du cloître qu'avant peu le chapitre avait résolu de conserver uniquement l'école de théologie.

Sur la place du Parvis-Notre-Dame, en sa largeur actuelle, et dans la rue du Cloître-Notre-Dame, qui d'un côté se confond avec elle, il y avait autrefois : et l'entrée dudit cloître, et le bureau des Pauvres, (jui donnait rue Saint-Pierre, tout près de Saint- Pierre-aux-Bœufs, presque en face de Saint- Christophe, et Saint-Jean-le-Rond, qui touchait d'une part la cathédrale, d'autre part la porte du cloître, et un puits, mais à l'autre extrémité de la nie, encore plus voisin de l'archevêché que de la rue Clianoinessc. Quant aux maisons sur lesquelles, depuis tant -de siècles, se projette l'ombre de Notre-Dame, voici des documents, inédits comme les précédents, qui les concernent.

En 1660, Jacques Séguier, chanoine théologal de l'église de Paris, avait le 22 ; il était membre de cette famille Séguier qui portait avec éclat la robe depuis le milieu du xvr' siècle et qui fut aussi celle, comme on l'a dit, de l'apothicaire de Charles IX. L'immeuble a jeté le froc 'aux orties d'une adjudication la'ique, le 8 Jjrumaire an iv ;

RUE DU Cr.OITiîE NOrilE-DAME. 01

iTiiiis h; cardinal Mathieu et sa famille lureiil depuis de ses locataires, ainsi (|iie la duchesse d'Âumonl.

Louis-Joachim-Élisaheth Cochu n'était sans doute pas la perle du chapitre ; il avait plus de dettes pi'obablement que tout autre chanoine, au commencement de la Révolution, et nous l'eussions trouvé n" 20. Le toit y fait angle rentrant sur une petite place de forme inusitée, où il n'y a de jeune que des brins d'herbe, poussant comme la l)arbe au menton d'une vieille femme. Cette maison, résignée m extremis par le chanoine Jondon entre les mains de son confrère, s'était donné depuis une indigestion d'hypothèques; il fallait bien tinir par les purger. Parmi les ciéanciers h désintéresser, la malveillance aurait remarqué un limonadier, un bonnetier et un épicier. Celui-ci devenait l'acquéreur du chanoine, qui se retira bien dégrevé rue Chabanais, n" 3,

Sur la petite place en relraile se rencogne le iS, dont les glaces et les trumeaux ont été enlevés, de notre temps, comme une garniture supertiue, au bureau de secours du IX'' arrondissement, qui n'a gardé une rampe en vieux fer qu'en ne la croyant pas un objet de luxe.

Le 16, où se tient l'école des frères, s'écarte un peu moins de l'alignement ; mais, en fait d'âge, il n'a rien à envie.r aux voisins : j'en atteste les balustres de bois d'un escalier. Maisons nées pour le célibat, elles en ont gard('' la discrétion ; loin de se commander, elles s'arrangent d'un, commun accord pour isoler !a vue dont elles jouissent, au risque de briser cinq fois l'alignement. De là vient cet angle rentrant sur lequel prennent encore façade, en divers sens, le 14 et le 12. qui n'ont pas toujours observé le vœu du célibat, convenons-en, puisqu'il lut un temi)S où les deux ne faisaient (lu'iin. L'abbé Cœur, à présent évêque, habitait le 14, comme le fait encore un chanoine, M. Tré-

vaux, à charge de loyer. A M. Chillaucl-Desficux, dernier détenteur canonial, avait été résignée cette maison, le 27 septembre 1780, par M. de Cliazal, ctianoine ii l'article de la mort, et 3,840 livres avaient été perçues en conséquence par le chapitre, comme dîme de Vin extremis. Avant Chazal, c'était Gaujel, membre aussi du conseil archiépiscopal, qui disposait de la propriété et qui la dégrevait d'une dette contractée par un de ses prédécesseurs, Pierre de la Chasse, envers Charles Perrochel, chantre et chanoine de l'église de Paris, puis passée à Jean-Jacques Farjonel d'Hauterive, chanoine de la même église et conseiller en la grand'chambre du parlement Maupeou. Ce Farjonel « adorait les bénéfices, sans oublier les épices, » d'après une note qu'à laissée le chancelier Maupeou sur les membres de son parlement. Il eut sans doute été moins assidu aux offices sans le méreau, jeton de présence auquel avaient droit les chanoines.

En revanche, l'abbé de Lafage, qui portait aux cérémonies de Notre-Dame la robe rouge et violette, comme l'abbé Farjonel, s'est imposé une sorte d'amende volontaire pour avoir siégé à la même cour: il a fait reblanchir à ses frais l'intérieur de l'église métropolitaine.

De la Chasse, décédé archidiacre de Josas, avait été l)ropriétaire Ih avec Jacques-Etienne de Méromont, pénitencier ; par conséquent, h leur époque, la maison était divisée. L'un et l'autre avaient succédé à un homme éminent, Edme Picot, chancelier de ladite église et partant de l'université de Paris, coïifesseur de la fameuse M'"* de Brinvilliers ; Ce double chancelier tenait la propriété, par conclusion capitulaire du 4 janvier 1706, des vénérables doyen, chanoines et chapitre de l'église de Paris, entre les mains desquels elle avait été remise par l'université de Paris. Rappelons même que Louis de Bernage, étant le titulaire du logis au

milieu du siècle xvii, céda à son collègue et voisin du n" 16, Jean de Hillerin, un aisément d'environ 3 mètres carrés, cession qui enchevêtre encore l'un dans l'autre ces deux immeubles mitoyens. Le chanoine Feydeau avait été le prédécesseur de Hillerin, et no sait-on pas que des f'amilhis Feydeau ont produit des sujets brillants dans l'église, la magistratui-e et les lettres ?

L'abbé Thiéry, h son tour chancelier, prononçait un discours lorsqu'il présidait, en cetle (jualiU', h la clôture annuelle de la licence de théologie; à celte occasion, en 1770, il lit l'éloge de l'archevêque, M. de Beaumonf, dont l'ardeur à détendre les prérogatives ecclésiastiques contre les droits de la royauté passait alors pour abusive. Le lendemain, selon' l'usage, il donnait un repas d'étiquette aux docteurs et suppôts de Sorbonne, en son hôtel claustral, qui n'avait rien d'érémitique.

Le cabinet d'histoire naturelle de l'abbé Bourbon était visible, sous Louis XVI, en cette rue, à proximité de celle Chanoinesse.

Etienne Brémont, né à Chàteaudun en 1714, avait la vocation des sciences abstraites. Curé et grandpénitencier à Chartres, il prit ensuite le bonnet en Sorbonne et devint chanoine à Paris ; mais à l'époque de son changement d'église, la Gazette ecclésiastique l'attaqua, h propos des prétendus miracles opérés sur la tombe du diacre Paris. L'abbé Brémont fut surveillé par le parlement, puis décrété de prise de corps; il se sauva jilus lard en Italie; seulement ses biens furent annotés pendant onze ans. et notanmient sa maison dans le cloître, dont se remarquent la belle poi'te cintrée, qu'un balcon surmonte, et la rampe d'cbcalier enfer, 10, rue du Cloître-Nolre-Dame. L'amour de la patrie l'emportant sur les avantages qu'on lui offrait en Italie, Brémont se plut à rentrer en France, où ses ouvrages obtirn-ent du succès, outre autres un livre en six volumes, De la Raison

dans Vhomme, honoré d'un bref de Pie VI. Cet ecclésiasticiuo assistait, non sans émotion, au spectacle révolutionnaire, où ses amis jouaient les rôles de victimes, lorsqu'un érysipèle goutteux l'enleva aux consolations du travail, le 2o janvier 1793, c'est-à-dire quelques jours après la mort du roi. Les héritiers d't^lieune Brémont, par un arrêté des commissaires de l'administration des Domaines nationaux, le 12 juin de la même année, furent déclarés propriétaires de la maison sise au ci-devant cloître, payement étant fait du sixième appartenant h la Nation. Cette propriété, le 17 floréal an ni, tenait par-derrière aux citoyens Despinas et Desfieux, ci-devant chanoines, d'un côté au citoyen Rivière, ci-devant chanoine, et k la ci-devant maîtrise des enfants de chœur, d'autre part au citoyen de Lostanges, ci-devant chanoine, et au citoyen Destieux, déjà nommé.

M. Boucliardat, ex-pharmacien en chef de l'Hôtel- Dieu, possède en ce temps-ci la maison du précité chanoine Rivière. Une rampe de fer, bien que depuis longtemps le style en soit passé de mode, rajeunit encore cet hôtel, qui a été la résidence du médecin de Charles VI. L'habileté de ce médecin royal est rappelée par Sismondi ; son domicile dans le cloître, vis-à-vis de la porte Rouge, est constaté de même par Barante, dans YHisloire des Ducs de Bourgogne. Probablement ce médecin, qui s'appelait Claude Fréron, était prêtre ; on l'estimait le plus des médecins attachés au roi, dont la démence fut traitée plusieurs fois par des astrologues et des sorciers.

Rue de la Colombe, (i)

Des colombes de l'antiquité faisaient leur nid dans des casques de guerriers, afia de prouver que la bonne intelligence régnait entre Mars et Vénus ; h plus forte raison, ces oiseaux de paix et d'amour trouvaient un refuge facile, au moyenâge, dans les mitres des saints ëvêques sculptés sur la face des églises, et il n'en manquait pas dans la Cité. Paris est une tbrêt de Dodone où des colombes à voix humaine ont toujoui's rendu des oracles ; la plupart sont iteiles et fêtées, tant que leur cieur est pur de liel, comme le dit Lucrèce de ses colombes :

Quas o<lium nuUitm , nec felleus inqninat ardor.

Quand la haine succède aux caresses, l'oiseau de Cypris devient une chouette.

De la petite rue qui nous occupe parie une charte de l'an 1223, sans dire quelle image douce et blanche, quelle colombe fut d'abord son signe particulier. Peu de filles d'Eve faisaient parler d'elles, depuis la célèbre Héloïse, sur le territoire canonial ; or le cloître de Notre-Dame s'étendait, en suivant la rue de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmouzets. Un amour dénué de poésie y fut tout au i)lus inspiré h un Dalien, M. de Salze, secrétaire de l'ambassadeur de Naples sous Louis XV, par une tille Mercier, dite la Cauchoise ; son oncle, chantre au lutrin de l'église de Paris, logeait dans une maison, n° 10, dont les lenêtres à coulisses et l'escalier de bois à balustres n'ont

(1) Notice écrite eu 1859.

0(i RUE m: LA COLOMBE.

pas encore changé de physionomie. Cet étranger, qui était abbé (le cour, avait rencontré la normande en se rendant chez un chanoine : elle était grande, corsée et brune, mais d'un teint de lait, avec d'aussi blanches dents; on ne lui reprochait guèreque d'être bête et de savoir où demeurait la Varenne, complaisante duègne de la rue Feydeau. M. Je Salze tu offrir une chambre garnie, rue de Beaune, à la colombe sans défense ; mais il y mit une condition, c'est que, revêtue d'un manteau de lit, sans robe qui lui permît de sortir, elle garderait nuit et jour la chambre. La nièce du chantre ne dit pas non et s'envola tout-ci-fait de chez son oncle.

La rue ne comptait alors que 6 maisons et 2 lanternes ; c'est seulement en 1811 qu'on l'a prolongée jusqu'au quai. De ses vieilles maisons, qui plus est, la plupart ouvrent sur d'autres rues; tels sont le 9, le 7 et le o. Cette dernière propriété 5 double face comporte les restes d'une chapelle Saint-Âignan, près de laquelle nous ne pouvions moins faire que de passer deux fois. Une ancienne porte cochère est aussi condamnée au n° 4, dont l'enseigne ;\ Saint-Nicolas doit remonter au moyen-âge ; néanmoins sa façade est décorée de rinceaux, et ses fenêtres, de grilles d'appui, qui prouvent une reconstruction datant seulement du dernier siècle. On remarque au 8, grâce aux marches d'un café, un changement de niveau, qui porte à soupçonner que d'anciens fossés servaient par-là de limite au cloître. Nul doute que le sol de la Cité, au lieu de s'abaisser, s'est élevé. Le 12, une construction haute à escalier d'autant plus ténébreux, s'accote depuis longtemps sur le 14, dont le seuil est rue Chanoinesse; l'origine de l'un et de l'autre remonte à celle de la rue de la Colombe.

Place Germon

NAGUÈRIC

Substituée en 1839 ii la rue des Poirées, cette place méritait à double titre de poiter le nom du collège dont elle a dégagé les abords et qui a contribué aux frais de son établissement.

Le bouquiniste Loisel y a sa boutique n" 3, après avoir été rue Saint-Jacques et rue des Grès ; il achète et vend des livres d'occasion depuis un demi-siècle pour le moins. Cliaque édition de la grammaire grecque de Burnouf, en dépréciant la précédente, a fait perdre quelque argent audit revendeur, que pourtant cet helléniste, son client, honorait autrefois d'une protection familière. La boutique de Loisel était occupée, avant lui, par un gargotier plus heureux, en ce qu'il regrattait il coup sûr, servant le malin en ragoût les rôtis rebutés la veille, et ne mettant rien au pilon, ainsi que le fait un libraire des ouvrages classiques répudiés par les programmes de l'Université. A la maison du bouquiniste est conliguë une maison du même âge, mais d'une importance augmentée par douze marchamls d'habits ambulants qui se cotisèrent il y a quinze ans pour en devenir propriétaires.

De l'autre côté de la place, voici le 4, qu'on

(1) Notice écrite en 185», avant que la place reçût le nom d'un aucieu chancelier de l'université de Paris.

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