‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 2 sur 99 · RUE DES CISEAUX · texte numérisé non relu

RUE DES CISEAUX

Le 5 et le 6 de la même rue, qui se contentait déjà de 9 maisons et de 2 lanternes en 1714, paraissent plus anciens que la propriété des écoliers écossais.

Rue de la Clef, (i)

L'Enseigne, — La Prison. — La Gueuserie. — La Victime cloîtrée de bonne Composition. — La Pension bourgeoise. — Michel Fourmont. — Henriot. — L'Institution Savouré. — Le Clos du Chardonnet. — L'hôtel Danês. — L'Ogre municipal.

Oji a bientôt dit d'une rue qu'elle est la filleule d'une enseigne. Celle-ci, ajoute-t-on, se serait bi'imbalée, rue de la Clef, entre deux fenêtres du n" 5. S'il s'agit du o d'à-présent, la chronique semi-officielle court le danger de s'être trompée de porte, les titres de propriété de cet immeuble ne parlant même pas pour mémoire du signe particulier dont il s'agit. Pas plus de prétentions en face à cette paternité, dont la recherche n'est pas interdite. Trois maisons d'origine commune y venant la troisième, la quatrième et la cinquième à partir de la rue Copeau (Lacépède), étaient à Louise-Catherine Moreau, épouse séparée de biens de Pierre Lemerre, écuyer, avocat au parlement

(1) Notice écrite en 1858. La rue de la Clef s'appelait encore rue Vieille-Notre-Dame et rue du Pont-aui- Biches à partir de la rue d'Orléans, maintenant Daubenton. L'élargissement et l'exhaussement font qu'elle commsnce du côté droit par une place à bâtir, que suivent des constructions neuves, et à gauche par un ▼ieui mur, au pied duquel est garde par un petit escalier l'an.-ien niveau. Une place, en outre, s'est formée presque en face de Sainte-Pélagie ; elle prendra sans doute le nom de Monge, comme la rue nouvelle qui y fait parallèl» à celle de 'a Clef.

et du clergé de France, en 1763, et à Borderel de Caumont, prêtre, quelques années plus tard.

Problablement un serrurier s'était mis sous l'invocation que les captifs de Sainte-Pélagie ont dû souvent prendre pour un sarcasme. La Clef, quelle amère dérision! Sainte-Pélagie en a des trousseaux, mais accrochés à des ceintures de geôliers. Prison pour dettes, elle a fait rire ; politique, elle a donné lieu aux récriminations et aux chansons. Mais on y enferme de nos jours, faute de Bérangers et de Courriers, des hommes de paille de la presse plus souvent que des journalistes, des ambitieux, ou plutôt des envieux, qui ne cesseraient d'être persécutés que pour devenir les plus ineptes, les plus lâches, les plus odieux de tous les persécuteurs, et puis des marchands à faux-poids, des laitiers trop chimistes, des gérants de société en commandite sans compèi'es dans la finance, des complices d'adultère, des médecins si peu autorisés à soigner des malades que leurs confrères à diplôme en tuent bien davantage, des agents d'affaires auxquels on a confié quoi que ce soit, des usuriers ne prêtant qu'à la semaine, des cochers en contravention, des voleurs à leurs premières armes, des mouchards en apprentissage, etc.

Cette prison a cessé d'être affectée à la détention pour dettes en 1834 ; une division ti part y servait de maison de correction pour des garçons de catégories diverses, et une autre prison encore, ayant son greffe particulier, recevait dès-lors des prévenus et des condamnés, accusés ou convaincus d'avoir commis des délits ou des crimes. La Révolution y avait fait, en outre, des prisonniers politiques en beaucoup plus grand nombre que la Restauration, notamment Millin, naturaliste et archéologue, le peintre Hubert Robert et M""- Joséphine de Beauharnais. C'est même en 1792

qu'on avait converti en prison publique Sainte- Pélagie, qui ne renfermait sous l'aDcien régime que des pécheresses repenties et non repenties, celles-ci dans une division dite le Refuge, qui relevait de l'Hôpital-Général, en se distinguant du couvent dans lequel entraient celles-là. M""^ d'Aguillon avait contribué ii fonder en 1665 la communauté religieuse qui s'y était placée sous le patronage spirituel d'une comédienne sanctifiée par la pénitence.

Sainte-Pélagie, ce purgatoire des niŒiurs, commença par purifier et transformer, en l'absorbant, certain hôtel de la Gueuserie, dit aussi Zone et Jaune. Pierre Moue était encore propriétaire en l'année 1660 de la Gueuserie, qui comportait trois corps-de-iogis et autant d'arpens de jardin, à l'angle de la rue Courtoise et de la rue Françoise, qui faisait suite à celle du Puits-de-l'Ermite. Au nombre des maisons voisines qui passèrent vers le même temps aux religieuses de Sainte-Pélagie et à l'Hôpital-Général, plusieurs n'étaient données ou vendues qu'en nue-propriété. Lépy, docteur en médecine, et sa femme, née Lemoyne, en avaient encore l'usufruit, l'année 1731. La rue s'était appelée d'abord de Saint-Médard, en raison de l'église à laquelle elle conduisait ; puis était venue la dénomination de Courtoise, dont la clef nous échappe encore. La moitié des pensionnaires de Sainte-Pélagie s'y écrouait, de par le roi, pour sauver l'honneur des familles, ce qui pouvait être fort utile, mais non pas fleur de courtoisie.

Une des tilles forcément repenties du Refuge était pourtant veime, avec le temps, à n'en plus vouloir ù personne du séjour d'une année et demie qu'elle avait fait dans un âge encore tendre, qui ne l'avait déjà montrée que trop tendre à des tentations prématurées. Elle revenait rue de la Clef en 1805, après avoir usé et abusé de la

plupart des autres années de sa vie, et c'était pour se retirer au n" 25, en regard de son ancienne maison de correction, dans une de ces pensions bourgeoises comme il en reste plusieurs rue de la Clef. Elle avait nom M""' du Petitpas et environ quatre-vingt-cinq ans d'âge, bien qu'elle ne regrettât la perte que d'une seule de ses facultés. Est-il besoin de dire laquelle ? Comment s'appelait-elle Petitpas? point délicat à éclaircir, car elle appartenait à une honnête famille, qui n'avait pas même attendu la majorité de Louis XV pour faire casser un mariage clandestin que la petite avait contracté, en état de minorité, avec un Italien de passage en France, et déjà vieille elle avait convolé en second, puis en ti-oisième divorce, sous les gouvernements républicains. Tous les jours elle montrait à M'"'' Simon, qui tenait la pension bourgeoise, le donjon sombre et sans croisées d'en face, en regrettant fort, si ce n'est le châtiment, de ne pouvoir plus l'encourir. M. Rousseau, notre estafette, tient ces détails d'une voisine, qui, en 1807, a vu mourir la mère Simon. La pensionnaire était fort saine d'esprit et de corps, en dépit d'une longue jeunesse ; mais il y avait alors sous le même toit un certain nombre de gens inlirmes et, qui plus est, dans un corps-de-logis à part, cinq ou six fous et folles, gardés à vue. Le docteur Ghansaud est mort centenaire dans cette maison de santé et de convalescence, dont il était le médecin, et qui de notre temps compte encore des pensionnaires, d'âge et de sexe différents, sous la direction d'une brave femme, M"'^ Vallon.

Michel Fourmont, professeur de syriaque et d'éthiopien au Collège de France, membre de l'académie des Inscriptions et frère de l'orientaliste Etienne Fourmont, avait eu en 1738 une propriété, qui n'était séparée que par deux autres de celle dont M""" Lemerre disposait vingt-cinq ans plus tard.

Henriot, chef de factieux, héros des journées de Septembre et agent de Robespierre, dont il a partagé la lin, logea quelque temps rue de la Clef, dans une maison qui semble en disconvenir, tant son aspect est plein de sérénité ! Le nombre qu'elle affiche est 29. Cet Henriot, natif de Nanterre, domestique chez un procureur au parlement, qui l'avait renvoyé, s'était trouvé employé aux barrières, en qualité de commis, lorsque l'insurrection y avait apporté la flamme, dans la nuit du 12 au 13 septembre, et cet agent de l'octroi, craignant quelques mauvais traitements, avait cru plus prudent de se ranger parmi les incendiaires : tels avaient été les débuts du promoteur de tant d'insurrections !

Uu jour on heurtait violemment h la porte du n" 9, chez M. Savouré, chef d'une institution de jeunes gens, qui vint lui-même savoir ce qu'on voulait. C'était l'affreux voisin Henriot et plusieurs autres terroristes, ayant à lui intimer l'ordre de faire dîner ses élèves dans la rue. Les tables furent bientôt disposées, pour obéir à ces traîneurs de sabres, parlant au nom de la Nation ; mais M'"^ Savouré refusa prudemment l'argenterie et eut l'idée de servir aux élèves des mets qu'ils pussent porter aux lèvres sans se servir de cuillers ni de fourchettes ; le fromage et les artichauds ' tirent donc les frais de ces agapes par ordre. Déjà une irruption pareille du citoyen Henriot avait eu pour objet d'ordonner au maître de pension la destruction d'un certain nombre de bustes qui décoraient la façade sur la rue, et qu'il prenait pour des figures de saints ; or ces malheureux plâtres représentaient des dieux de la fable, et même, du côté de la cour, il en a été conservé huit ou dix, dont ne différaient aucunement les premiers.

Lapension Savouré fut fondée rue Copeau, vers 1730, sous les auspices d'une compagnie de professeurs jansénistes, qui avaient pour supérieur Besoigne,

successeur de Durieux et de Gillot, et, qui étaient expulsés de Soi nte-Bari)e, à l'instigation des jésuites de Louis-le-Grand, leurs adversaires. Depuis 1:28 ans, de père eu fils, les Savouré dirigent la maison, et cette dynastie tend à se perpétuer. Jean-Louis Savouré P' eut dix-sept enfants d'un seul lit ; Jean-Baptiste en compte onze. En sa qualité de janséniste, Rollin accorda, dès le principe, son patronage aux Savouré ; il leur prodigua ses conseils et ses encouragements, et le lait est qu'ils ont mis en honneur les doctrines de son Traité des Études.

« L'honneur est lame de tous les arts, disait l'illustre

• recteur de l'université de Paris, mais du nôtre prin- « cipalement. Quels que soient les préjugée d'un siècle « corrompu par la frivolité, il n'est rien de plus grand

• que notre profession j rien qui exige des sentiments « plus purs et plus élevés. C'est l'esprit et non le corps « qui est confié à nos soins. Un père remet son. fils « entre nos mains; il demande que nous cultivions son

< esprit, que nous formions son cœur à la vertu, que « nous y gravions les principes de la religion et de <« la piélé. Quel emploi ! Est-il des fonctions plus nobles

< et plus excellentes? » {Opuscules de Rollin, tome 1^^, p. 430.1

Presque seul des établissements d'éducation, celui que tenait les Savouré résista sans inten-uption aux crises de la Révolution, en substituant des cours particuliers h ceux des collèges de Lisieux et de Montaigu, dont l'exercice se trouvait supprimé. Son droit de chapelle datait de la création ; Napoléon P'' le sanctionna, et récemment Pie IX le contirmait. Des élèves remarquables de cette institution citons le prince Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon P', l'amiral Baudin, Gay-Lussac, les généraux de Grouchy, fils du mai^échal, MM. Naudet, d'Houdetot, Delécluze et Silvestrede Sacy,

les docteurs Chomel, Donné et Vernois, l'architecte Rougevin.

M. Lacroix, professeur, n'est-il pas une étoile de plus pour cette pléiade? II a mis au jour une notice historique sur la maison, berceau de ses études, au temps où l'auteur du présent ouvrage publiait, de son côté, un livre sur l'ancienne Saijite- Barbe. Grâce à M. Lacroix, nous savons notamment que la pension Savouré fut transférée dès 1779 dans le local qu'elle occupe maintenant. C'était d'abord l'hôtel Danès, qui a passé dans la maison de Rohan avant que les Savouré l'acquissent : jusque-là rien qui nous taquine. Mais la notice ajoute que Pierre Danès, précepteur de François II, puis évéque de Lavaur, fut propriétaire rue de la Clef, et rien dans son architecture, dans ses décorations à l'intérieur, n'autorise à croire du xvi« siècle l'édifice, qui nous a plutôt l'air contemporain d'un autre Pierre Dnnès, curé, auteur de plusieurs dictionnaires, décédé en 1709. Trois plans de Paris vont passer sous nos yeux ; cherchons-y cet hôtel Danès. La carte de 1652 n'en souffle pas mot. Aucun trait ne l'indique davantage sur le plan de 4714, dans lequel figure un corps-de-garde-française, au coin de la rue d'Orléans, et qui compte en tout, rue de la Clef, 23 maisons. Interrogeons encore la topographie de Paris en l'année 1739, même absence de désignation. Décidément il y a erreur de date.

Vers l'endroit où se carre encore cette maison, cinq autres avaient été anciennement bâties sur la Villeneuve-Saint-Réné, quartier de terre dit aussi le clos du Chardoiinet ; elles avaient dû 60 livres tournois de rente, pour une partie desquelles Nicolas Bouchinel, charcutier, avait passé reconnaissance en 1348 h Raphaël d'AIbiac, fils de Louis, seigneur du même fief. Le Canon, vicaire de Ghoisy-sur-Seinc, avait succédé au ' charcutier,

puis Marin Noël, puis Dauphin, archer de la connétablie, puis le tils de l'archer, sieur de Sainte-Marie, qui avait vendu en 1643 à Pierre Crochet.

De 1747 à 1770, si ce n'est davantage, la propriété appartenait à Antoine-Pierre-Hilaire Danès, comte de Serris, baron de la Mothe, conseiller au parlement, puis conseiller royal et président de la cour des Aides, puis gouverneur de Saint- Denis et enfin lieutenant-général de la ville, prévôté et vicomte de Paris. L'ancien hôtel de ce grand personnage est menacé de perdre une portion de son joli jardin, et les pensions bourgeoises placées sur la même ligne doivent être également écornées : le percement probable d'une rue nouvelle met en émoi tout le quartier. Il est de fait qu'on y trouve encore de la verdure et que les squares y sont tout faits.

— Grâce pour mes arbres ! épargnez mon gazon ! s'écrie plus d'un propriétaire.

— Respectez, dit un autre, mon escalier à vis et ma porte h claveaux.

Malheureusement il y a un ogre dans cet omnipotent préfet qui ne se soucie d'aucune des traditions conservatrices de l'édilité, et l'ogre se bouche les oreilles.

Rue des Sept-Voies. (i)

Dénombrement des propriétaires en tannée 1660,

(Bmc\)t : IBroite :

Le collège de Reims h corpsde-bâtiment ft un jardin, tant rues de Reims, d'Ecosse et Chartière que rue des Sept-Voies.

Idem, petit corps - de - bâtiment, au coin de la rue des Sept-Voies et de celle de Reims, ahàs de Bourgogne.

Idem, y. maisons, dont l'une à rimage-Saiut-Pierre.

Brisson, hôtel d'Albret.

La veuve de Bourdon, à Ville-de-Barcelone.

Le collège des Grassins, 2 corpsde-bâtiment, à la Diligence et à la Sphère.

François du Moutier, principal de ce collège, maison du cul-de-sac de la Couraux-Bœufs, attenant aux Grassins.

Le collège da la Merci.

Édeline et Claude, à la Chiche-Face.

Les abbé, prévôt et confrères de la Grande- Confrèrieaux-Bourgeo'S, 2 corps-debâtiment, à rimage-Notre- Dame et à la Madeleine.

Godechal et consorts, à rimage-Saint-E tienne.

Antoine de Saumaville, à la Bible-d'Or.

Gellier, à l'Image - Saint - Claude.

Poirier, au Pot-à-Moyneaui.

Sellier, à la Corne-de-Cerf.

Le collège de Forlet.

Id. hôtel de Marly.

L'église Saint - Etienne - du- Mont, son petit cimetièro

Peu de temps après, l'Image-Notre-Dame et la

MM. de sons.

Sorbounc, 2 mai-

Le collège de Montaigu, 2 maisons et jardin, au coin de la rue des Chiens que.

Sainte Barbe a absorbée.

(1) Notice écrite en 18C0.

Madeleine passaient Petit-Saint- Jean, et la Bibled'Or, Gràce-de-Dieu.

Le collège des Grassins, dont l'iiistorique est présenté dans la notice de la rue des Amandiers- Sainte-Geneviève (1), avait été passagèrement en possession de la Ville-de-Barcelone, que lui avait vendue en 1634 la veuve de Michel Charpentier, sieur du Plessis, mais qu'avait rachetée dès 1636, par retrait lignager, l'avocat Brisson, qui dans la même année avait eu Gristophe Descourtieux pour acquéreur. Michel Charpentier tenait ce bien de sa mère, née Marie Boissart, fille et héritière de Boissart, conseiller au parlement, et de Marguerite Chapelain, y succédant h Jean Chapelain. Mais le même manoir avait appartenu à des ducs de Bretagne, comme l'hôtel d'Alhret, à l'origine, et cela remontait, pour le moins, à l'époque de la guerre des Deux-Jeannes. Le mariage de Charles de Blois, neveu de Philippe de Valois, avec Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III, duc de Bretagne, qui le choisit pour successeur, donna lieu à de sanglantes querelles, que les héritiers des compétiteurs firent durer un siècle. Ce souvenir historique rend tort peu surprenant "que le séjour des ducs de Bretagne, au mont Saint-Hilaire, ait été dit de Blois, puis de Penthièvre.

Collège Montaigu. — Tout en a disparu, en 1844» pour faire place à la nouvelle bibliothèque Sainte- Geneviève. C'était, en dernier lieu, une prison militaire, qui avait servi d'hôpital. La suppression des classes n'y datait que de 1792. Ce qui nous a permis amplement de connaître un aimable vieillard, M. Sauvage, qui avait fait ses études à Montaigu : il y était même entré en 1762, M. Regnard y remplissant les fonctions de principal.

(1) Maintenant rue Laplace.

La chapelle du collège renfermait le tombeau d'Ulrich Géring, l'un des trois imprimeurs attirés d'Allemagne par la Sorbonne pour fonder à Paris la première imprimerie. Le prédicateur Jean Standoutht, qui dormait sous les mômes dalles, avait institué dans la maison, sous la direction d'une comnmnauté, une école si pauvre que l'université n'avait rien de pareil : on y faisait un maigre qui ressemblait par trop au jeûne, avec lequel il alternait toute l'année. Ce régent de la faculté de Théologie avait humblement débuté, en qualité de petit domestique. Le collège toutefois avait pour fondateur Gilles Aycelin de Montaigu. Il est fâcheux que ce chancelier, ancien archevêque de ÎXarbonne, ait pris une part active à la persécution suprême des templiers. Mais ne se trouvet-il pas qu'il est entré pour quelque chose dans l'éducation d'Érasme et de Calvin, puisque l'un et l'autre ont fait la moitié de leurs humanités à Montaigu ?

Collège Fortet. — La famille Perducet, dont nous avons évoqué le patriarche en établissant les états de service d'un des quais de l'île Saint- Louis, fait le commerce des vins depuis un siècle ; elle a fourni à Sainte-Barbe plusieurs générations d'élèves, qui, pour entrer à la pension ou en sortir, n'ont jamais eu que la rue des Sept- Voies à traverser, dans sa largeur modeste. MM. Perducet y sont encore propriétaires, aux n"' 19 et 21, de l'ancien collège Fortet, dont nous allons l'aire l'histoire.

Pierre Fortet, né à Aurillac, archidiacre de Cussac et chanoine de plusieurs églises, ne multipliait sur sa tête les bénétices, au xiv siècle, qu'en vue de faire le plus de bien possible. La preuve suprême en fut donnée par ses dispositions testamentaires, qui fondaient un petit collège, avec huit bourses, sans compter les offices, en laissant des maisons dans

différents quartiers de Paris, ainsi que des rentes, des liefs et des terres, avec la liberté pour ses exécuteurs testamentaires d'établir le collège où bon leur semblerait quand sa succession serait ouverte, et elle s'ouvrit le 22 avril 4394, Deux des propriétés de ville ainsi léguées reliaient la rue Saint-Jacques à celle des Cordiers ; nous en retrouvons au moins une, dont l'aspect vénérable sourit aux antiquaires, à travers deux petites portes, dont une cintrée, et qui égrène encore, comme un chapelet, ses deux escaliers à balustres, n'' 3, rue des Cordiers : elle avait pour enseigne le Barillet. L'autre, qui a été refaite, montrait l'image de la Madeleine. Là fut d'abord créé l'établissement, transféré trois années plus tard rue des Sept- Voies, dans une maison acquise de Listenois, seigneur de Montaigu, moyennant 500 écus d'or, qui formaient, avec une vingtaine d'écus de potde-vin comptés à un intermédiaire, 458 parisis. La chapelle, qu'on ajouta vite à l'édifice en l'appropriant à sa nouvelle destination, se dédia à saint Géraud, autrefois seigneur d'Aurillac. La Cornede-Cerf, propriété attenante, s'incorpora en 1493 h l'établissement, qui ne s'en défit qu'au xvn' siècle : c'était bien un accroissement. Néanmoins les finances du collège de Fortet n'avaient pas prospéré pendant le premier siècle de son ère : ses rentes sur des particuliers en avaient trouvé d'insolvables ; ses placements sur diverses caisses avaient subi des quartiers de réduction ; l'une de ses maisons, sise rue des Prouvaires, avait été vendue menaçant ruine. La faute pouvait-elle s'en imputer aux maîtres? La principauté de Fortet, à laquelle nommait le chapitre de Paris, en vertu d'un droit conféré par les statuts originaires, passait en l'année 1416 à Jean de Rouvrai, qui eut pour successeur Jean du Sellier ; mais le chapitre avait nommé, depuis deux ans, un procureur, pour ad-

minisirer les affaires, à la décharge du principal et du chapelain.

Le siècle suivant se montra plus favorable. Charles de la Rivière, comte de Dammartin, devait aux principal et boursiers, substitués aux droits de Pierre Fortet, 160 livres parisis : des procès intentés aux acquéreurs et détenteurs des biens du débiteur amenèrent à composition, après plus de loO ans, l'un d'eux, M, de Harlay, qui se détermina à transporter au collège de Fortet, en 1566, 400 livres de rente à prendre sur celle de 1,000, que les prévôt et échevins lui avaient constituée en lo6:2 sur le clergé. Jean Beauchône, grand-vicaire de Paris, avait fondé trois nouvelles bourses, en y appliquant l'abandonnement d'un moulin Martinot, sis à Eaubonne, à Andilly et à Margency, dans la vallée de Montmorency, et ce bienfaiteur était mort en 1566; Nicole Watin, principal de Fortet, en ajoutait deux autres, en 1574. Les testaments de Jean Froideval et de Crouzon, qui remplirent au même siècle les fonctions de principal, l'un avant, l'autre après Watin, léguaient aussi de petites sommes, à titre de fondations d'obit dans la chapelle de la maison. Du temps de ce Froideval vint au collège pour la seconde fois Calvin: il y avait précédemment étudié en théologie, il en était sorti pourvu de bénéfices, bien qu'il n'eût pas encore vingt ans, et il avait été suivre des cours de droit à Orléans, en s'y perfectionnant comme helléniste. Le second chef de la Réforme se démettait, en rentrant à Paris, de ses titres et revenus ecclésiastiques, et la savante montagne Sainte-Geneviève, grosse en tout temps des œuvres du passé, se sentit mère d'idées nouvelles. Pierre Robert d'Olivetan s'y était lié avec Calvin, et l'université de Paris avait déjà des échos pour leurs voix. Une harangue de Michel Cop, qui n'en était pas moins que le recteur,

l'ut dénoncée en 1533, et comme elle passait pour une leçon qu'il avait appris de Calvin à réciter, on voulut s'en prendre à tous deux. Seulement l'étudiant de Fortet avait déjà quitte sa chambre, lorsqu'on vint l'y chercher; le chanoine Duiillet, frère du grelfier en chef du parlement de Paris, lui donna asile en Saintonge, puis la reine Marguerite, cl Nérac. Après avoir prêché, du côté gauche, jusqu'à un changement de communion, la rue des Sept-Voies abonda dans le sens opposé, de l'autre côté de la rue, Sainte-Barbe y devenant le berceau de la compagnie de Jésus.

Aussi bien l'université agissait officiellement, par des visites, sur la discipline de Fortet, et le parlement eut lui-même à s'immiscer dans ses querelles intestines. Charles de Goussancourt, quoique fait principal par les chanoines, se voyait disputer la place par Jean Cinqarbres, que les boursiers lui préféraient : un arrêt de la cour ne tarda pas à annuler la nomination de Goussancourt, parce qu'elle avait eu lieu pendant l'office divin. Les agitations de la Ligue, avant d'avoir le royaume pour théâtre, se ménagèrent des coulisses dans le même établissement, où le fougueux ligueur Boucher, curé de Saint-Benoît, qui fut aussi recteur de l'université et prieur de Sorbonne, eut assez longtemps un asile : le conseil-général de la faction des Seize y tint ses premières séances, en 1585. Le xvi" siècle compta donc avec le collège Fortet, qui se passionnait avec lui et entrait des premiers en lice, au lieu de garder la sage neutralité qu'aiment à observer tant de cuistres ! L'un des risques courus à ce jeu n'étaitil pas de passer d'un extrême à l'autre? La jeunesse, d'ailleurs, se renouvelait dans la pédagogie de la rue des Sept-Voies, bien qu'elle ne cessât pas d'y être vaillante. Préoccupés de questions extérieures, ses écoliers prenaient moins vite leurs

degrés; le» finances de l'école n'en allaient pas plus mal.

L'hôtel des évêques de Nevers, longeant le jardin du collège et ouvrant rue, des Amandiers, ainsi qu'au carrefour de Saint-Élienne-du-Mont, avait été adjugé au protil du collège, en io64. Quand, plus taVd, l'évêque de Nevers voulut proliter des édits de 1608 et 1613, autorisant le réméré des biens ecclésiastiques aliénés pendant les guerres de religion, les acquéreurs lui réclamèrent judiciairement une somme trois l'ois plus forte que celle de l'adjudication, à cause des réparations qu'ils avaient laites dans la propriété, et le vendeur préféra renoncer h toute revendication. Ladite propriété, dont les boursiers tirèrent pendant deux siècles le revenu, s'appelait cour de la Vérité du côté de la rue des Amandiers, où maintenant elle remplit encore les n°' 13 et 17, avec passage rue des Sept-Voies, 17. Du côté de Saint-Êtiennedu-Mont, elle garda la dénomination d'hôtel de Nevers tant qu'elle put.

Une acquisition du même temps est représentée h nos yeux par un des deux immeubles de MM. Perducet: voyons-y Marly-le-Chàtel, maison à trois corps-de-logis, vendue par Claude de Lévis, qui était seigneur de Marly, et que le séminaire des 33 avait quittée en 1637 pour passer à l'hôtel d'Albiac, rue de la Moniagne-Sainte-Geneviève. La corporation des relieurs, démembrée de celle des libraires en 1689, renforcée au siècle suivant par celle des papetiers-colleurs, et reconnaissant pour patron saint Jean-Porte-Latine, avait là son bureau, qui payait loyer au collège. Autre maison encore et puis jardin, dans la même rue des Sept-Voies, adjugés sous le règne de Henri III aux mêmes boursiers, qui n'en gardaient pas moins d'autres biens par la ville, et particulièrement rue Saint- Victor.

En 1610, restauration complète du collège proprement dit. Fondation de quatre bourses de plus, deux ans après, par Claude Croisier, principal. Deux autres dues, en 1719, à Grémiot, chanoine de Castres. A cette dernière date, Bernard Collot exerce la principalité ; ce fonctionnaire, d'humeur trop processive, finit par être détilaré incapable d'ester en justice sans l'assistance de Lavigne, avocat, nommé d'office par la cour. Puis le collège Fortei est au nombre de ceux qu'on réunit au collège Louis-le-Grand, en 1764 : M. de Vernhes, le dernier principal, deux autres officiers et seize boursiers composent alors l'effectif constitutionnellement défrayé. Le grand-Lureau de Louis-le- Grand administre ses biens, que la Révolution fait nationaux ; l'immeuble du collège n'est adjugé à un particulier que le 12 juillet 1806,

Hôtel (ïAibret. — Le manoir à Paris de Charles de Blois, duc de Bretagne, époux de Jeanne de Penthièvre, ayant passé à un ou plusieurs comtes de Blois, à un ou plusieurs comtes de Penthièvre, Jean de la Chesnaye n'en fut que partiellement donataire en l'an 1516. La moitié en constituait déjà l'hôtel d'Albret, qu'on ne disait plus de Blois que pour mémoire. Alain d'Albret, comte de Dreux, y commandait en maître; mais était-il le vieux sire de ce nom dont le fils devait ti un mariage la couronne de Navarre, ou n'était-il qu'un autre membre de la même famille? Henri, roi titulaire de Navarre, héritait alors du Béarn ; mais ce grand-père de Henri IV n'en faisait pas autant du séjour que voici.

Alain d'Albret y vendait en 1520 une place et une masure à Nicolas Barrière, procureur-général de l'ordre religieux et militaire de la Merci, pour établir le collège de son ordre. Ce collège, au xvin"^ siècle, n'était plus que l'hospice de la Merci, infirmerie du couvent dont il reste des débris et des bâtiments rue de Braque et rue du Chaume.

Dès 1793 a été mis en vente l'ancien collège de l'ordre.

Mais l'édifice qui donne en face de la rue du Four- Saint-Hilaire a-t-il, comme on le dit sur les lieux, fait partie du collège, tout en étant le siège d'une imprimerie royale pour la musique? Ne seraitce même pas l'ancienne masure refaite, celle qu'avaient vendue h la Merci les parents du chef de la dynastie des Bourbons ? Deux escaliers à balustres de chêne, que nous avons l'heur d'y revoir, étaient déjà de mode surannée ii l'époque attribuée par Germain Brice à la construction de la maison. D'après cet historiographe, la maison de la rue des Sept-Voies occupée de son temps par Frédéric Léonard, marchand libraire et imprimeur ordinaire du i-oi, avait été bâtie en 1673 par son père, fameux dans la même partie. Brice confondait, selon nous, une reconstruction avec une construction, et des documents inédits viennent à l'appui de notre opinion. Avant l'année 1673 Frédéric Léonard avait déjà en cet endroit une maison et un jeu de paume, que lui avait céûé à titre d'échange Claude Rotrou, conseiller et {procureur du roi ; il y tenait d'une part aux grassins et aux religieux de la Merci, d'autre i)art à la maison de la Grande-Confrérie-aux-Bourgeois. Il faudrait donc dans le bel édilice reconnaître une réparation complète de la Chiche-Faee. Quelle transformation avantageuse ! A coup sur, la propriété était vendue en 1768 par Léonard des Malpeines, conseiller au Ghâtelet, et son beau-frère Chardon, maître-desrequêtes, intendant de marine, à Leguav d'Hauteville.

François du Moutier, principal des Grassins, a laissé à sa famille la maison de la Cour-des-Bœufs, qui attenait à son collège et que la communauté de provenance rendait solidaire avec l'hôtel d'Albret, pour le cens dû à l'abbaye de Sainte-Geiteviève.

La marquise de Jussac en était propriétaire quand sonnait la dernière heure de Louis XIV. Lejeune, officier du roi, jouissait des mêmes droits, de 1732. à i740. Puis est venu le docteur en Sorbonne Antoine de Sarcey de Suttières, que le cardinal de Gesvres, évéque et comte de Beauvais, a eu pour grand-vicaire. Son frère, Jacques Sarcey de la Combe, négociant à Lyon, a été le légataire universel de ce prêtre, en vertu d'un testament reçu par Jarry, notaire à Paris, le 17 avril 1768, et l'exécution de ce testament a été consentie par les héritiers légitimes exhérédés, dont les principaux s'appelaient : J. B. de Suttières, écuyer, gentilliomme-servanl honoraire du roi; M""' Louise-Marie Sarcey, veuve d'Etienne Chanony, négociant h Lyon ; J. B. de Suttières- Sarcey, ancien officier d'infanterie, et M"''^ Antoinette' et Jeanne Sarcey, tilles majeures, ses sœurs ; M"'*^ Claude Simon, veuve de Jean Sarcey l'aîné, négociant h Lyon ; Benoît Sarcey ; M«"*^ Claudine Sarcey ; François et Philibert Sarcey, autorisés par M*' Pierre Perrin, procureur ès-cours de Lyon, leur curateur à conseil nommé ])ar sentence de la chambre de la sénéchaussée de la ville du 17 décembre dernier. Nomenclature d'autant plus intéressante qu'elle rappelle à Francisque Sarcey, notre confrère, des parents qui ne lui étaient pas encore aussi connus !

Il y eut place aussi dans le cul-de-sac de hi Coui"-(ies-Bœufs, mais plus au fond du sac, pour le séminaire de Saint-Hilaire, oii des étudiants en théologie s'exerçaient aux cérémonies du culte. L'église Saint-Hilaire, qui avait une porte h l'entrée de la rue des Sept-Voies, était connue dès le xii^ siècle ; Phiiippe-le-Bel y avait annexé un petit hospice pour six pauvres femmes de bonne vie; elle a été démolie en 1790.

François-Vincent Bazin, chapelain de Sainl- Marcel, supérieur de la communauté de Saint-

Hilaire, avait acheté la cour d'Albret, en 1718, de la présidente Rouillé, née Bitault, demeurant au couvent de Bon-Secours, rue de Charonne, et de sa lille mineure. Les six corps-de-logis que concernait principalement cette mutation permettent de croire que tout ce qu'on appelait encore l'hôtel d'Albret y passait. Néanmoins cela pouvait n'être que l'ancienne Ville-de-Barcelone. Un titre authentique nous dit bien que la cour d'Albret, qui avait appartenu à François Brisson, en la censive, justice, police, voirie, terre et seigneurie de l'abbaye, s'adjugeait en 1686 a Pierre Rouillé de Marbeuf, conseiller du roi, lieutenant-général des eaux-etlorets, auquel nous savons de bonne part que Rouillé, président au grand-conseil, succéda. Malheureusement un autre document donne pour tenants a la cour d'Albret également une maison aux grassins par-ci, une maison au président Rouillé par-là.

Collège de Reims. — Il y avait déjà près de cinq siècles que la rue des Sept-Voies avait sept débouchés sur ce versant de la montagne, heptacorde vibrant au grand air, quand, sous le règne de Charles VI, le testament do Guy de Roye, archevêque de Reims, fut ouvert : le défunt enjoignait à ses héritiers d'établir à Paris un collège de Reims et de Réthel. L'hôtel de Bourgogne, situé au-dessus de l'église Saint-Hilaire, fut acquis, en 1412, à cet effet pour une société d'écoliers, et les premiers bénéficiaires de ladite fondation champenoise avaient l'honneur d'être sous la conduite de Gerson. Né à Réthel, diocèse de Reims, cet auteur présumé de Ylmitation de Jésus-Christ avait fait ses études au collège de Navarre ; comme curé de Saint-Jeanen-Grève, il s'était élevé en chaire contre la doctrine de Petit, théologien, qui avait essayé de justifier le meurtre du duc d'Orléans, assassiné à la porte Barbette. L'influence de Gerson dans l'université

de Paris était déjà considérable, avant qu'il y eût succédé, comme chancelier, à son ami le grandmaître Pierre d'Ailly.

Voulez-vous voir la porte principale de cet ancien collège, dont la façade sur la rue des Sept-Voies a été entièrement refaite en 1745? Elle répond au chiffre 16. La somme de 72,000 livres était énorme sous Louis XV, et surtout au pays latin ; on se demandait donc dans quelle caisse puisait, à pleines mains, le docteur en théologie François Copettc, à la fois principal, procureur et chapelain, pour appliquer aussi forte dépense à une reconslruction partielle. Il ne suffisait pas à maître Copette, pour la défrayer, d'économiser deux offices; il allait jusqu'à ramener à pareille unité les bourses fondées à trois reprises dans la maison qu'on réparait: mieux valait, après tout, subventionner quelque temps des maçons que des écoliers, s'il fallait retenir ceux-ci sous un toit qui se refusait à les couvrir, entre des murs qui commençaient eux-mêmes à faire l'école buissonnière. Aussi bien l'archevêque de Reims, collateur aux bourses, avait consenti à sauvegarder l'avenir de l'institution aux dépens du présent.

Mais avant que ce prélat ait à sacrer un nouveau roi, les petits collèges trop endettés doivent être réunis à Louis-le-Grand. Il s'assemble donc un conseil, par ordre du parlement de Paris, pour préluder par une enquête à la réduction et à la centralisation des bourses de tant de fondations pédagogiques. Or le recteur, les anciens recteurs et les principaux, qui composent ledit conseil, veulent nu moins qu'on leur présente, qu'on leur fasse connaître à fond l'unique élève, rara avis, défrayé par le collège dont toutes les autres bourses sont en souffrance. Comparaît donc un jeune clerc tonsuré, arrivé par le coche la veille

de la convocation, et il se nomme Laurent Modaine. Quand il aura été examiné par des régents, ce rhétoricien de province ne sera reçu, à Paris, qu'élève de troisième au collège de Lisieux. Il reste toutefois dix autres étudiants, tant en théologie et en philosophie qu'en médecine, en physique et en droit, paj'ant loyer de leur chamhre au collège de Reims, et ils ne sont pas tous ohligés d'en sortir pour suivre le cours objet de leurs études. Les professeurs de droit ont, en effet, pris à bail la plus grande classe de la maison, afin d'y donner des leçons, et d'autres élèves, dans une autre salle, prohtent des leçons de maître Tranchant du Tret, bachelier en théologie, qui vise à entrer en Sorbonne; la chapelle ellemême sert de classe à un maître de philosophie. Enfin l'instituteur Dubois, locataire d'une bonne portion des bâtiments, conduit deux fois par jour ses trente-cinq pensionnaires, comme élèves externes, au collège de Beauvais. Le principal de Reims, après avoir éditié ces messieurs sur l'état de l'intérieur, rend un compte non moins fidèle du revenu de 11 maisons formant le pourtour du collège, 6 rue de Reims et rue Chartière, 5 sur la rue des Sept- Voies; sa place pourtant ne lui rapporte en tout que 1,374 livres 10 sous, sur lesquels 250 livres sont retenues pour son propre logement. Le conseil, au bas du mémoire que lui a présenté Copette, écrit : « L'état de ce collège fournit une preuve bien sensible et bien convaincante de la nécessité de la réunion. »

La grande institution Sainte-Barbe, en notre siècle, a établi les mathématiciens qu'elle prépare aux examens des écoles du gouvernement, dans la plus grande partie des bâtiments qu'avait occupés Reims, mis en vente par l'État les 8 messidor

an IV, 2 mai et 8 août 1807. L'ancien collège Sainte-Barbe a été pour nous le sujet de recherches particulières {i).

(1) Risloirc de l'ancienne Sainte-Barbe et du collège Rollin. Iti-8, 1858.

Rue du Jour.

Le collège Fortefc avait une petite rente sur une maison de la rue du Jour, en face de l'église Saint-Eustaclie. Le 3 a pourtant fait partie de riiôtel Chàteauneuf, ouvrant rue Coquillière, donnant aussi rue Platrière (Jean-Jacques-Rousseau) : M. de l'Aubespino, marquis de Chàteauneuf, gardedes-sceaux, en était le propriétaire dans la première moitié du wn" siècle. Le marquis de Pourpre ou de Poulprie, en 1167, avec M. Gressu de Saint-Marsault pour tenant, du côté de la rue Coquillière, et M""' Léger de la Cour, sur l'autre flanc.

L'hôtel de Royaumont se carre, sur le plan de Paris en 1652, auprès de l'église Saint-Eustache ; reconnaissons-le donc n" 4, avec sa grande porte, au couronnement flanqué de deux chiens de faïence : un marchand de faïence et de porcelaine y laisse grimper du lierre sur une des faces de ia cour. Philippe Hurault, évêque de Chartres, ahbé de Royaumont, fit construire cet hôtel en 1612. François Montmorency, comte de Bouteville, ne tarda pas à y établir une salle-d'armes, où se réunissaient les raftinés du point-d'honneur, qui s'y entretenaient la main en mettant des fleurets h la disposition do tout brelteur de profession, sauf à noyer sa raison dans le vin s'il tn avait encore trop pour se faire le second du premier-venu. Cet illustre duelliste Bouteville. père du maréchal de Luxembourg, affronta jusqu'au bout les édils de Louis XIII contre le duel. Forcé de se réfugier à Bruxelles, après une rencontre, il revint tout-à-coup, pour

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