‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 34 sur 99 · RUE SAINT-SEBASTIEN · texte numérisé non relu

RUE SAINT-SEBASTIEN

un chemin antérieur à la rue Saint-Sébastien pour communiquer avec celle Popincourt.

Sur la même ligne, une dizaine d'années avant l'écroulement de la Bastille, l'architecte Carteau habitait la maison qui venait la seconde; Gérard, chandelier, la troisième, après laquelle il n'y en avait plus à porte cochère ou plus du tout.

Du côté opposé, M. de Saint-Germain, capitaine des chasses, avait ses deux propriétés, qui probablement englobaient nos n"' 9, 19 et 25. Une seule au même endroit, et elle tenait moins de place devant qu'en profondeur, était à M. d'Ormesson de Noiseau, en 1787.

Il y avait alors dans la rue une manufacture royale de terre d'Angleterre. Le directeur de cet établissement demeurait-il au 24, au 36 ou au 48 ? Deux de ces trois propriétés avaient, comme petitesmaisons, la spécialité des bonnes fortunes et de» gaietés nocturnes. Le dépôt-général des pompes antiméphytiques des bâtiments du roi, pour le service de la vidange, n'en était pas moins établi dans le cul-de-sac Saint-Sébastien.

Rne Sainte-Croix-de-la-Bretoniierie. (i)

La petite Bretonnerie et la grande. — Les Chanoines réguliers. — La Famille Luillier. — Lalande. — Une Partie carrée au Bal de V Opéra. — Le Bijoutier Strass. — Hôtel Peletler. — Vol d'un Marteau de Porte- cochêre. — Les numéros 21 et 39. — L'infortuné Kornmann.

La petite Bretonnerie et les Arres des Vignes étaient deux petits fiefs assis près de la porte Saint-Jacques et appartenant aux filles de Longchamps, religieuses établies derrière le bois de Boulogne ; l'école de Droit y remplace l'ancien collège de Lisieux, près duquel une ruelle de la Bretonnerie se faisait jour. Le fief de Saint-Pierre-de-Lagny et le champ aux Bretons ont donné autre part naissance à une rue de la Grande-Bretonnerie, qui s'y distinguait de celle de Lagny avant de l'absorber. Saint Louis y avait un hôtel des monnaies, dont il gratifia des religieux originaires de Liège. Le docteur Robert Sorbon, chapelain du roi, chanoine de Cambrai, abandonna aux mêmes moines des maisons contiguës; le roi, pour l'en indemniser, se dessaisit en sa faveur de trois maisons rue Coupe-Gueule, où le savant fonda bientôt le collège de la Sorbonne, que fit reconstruire plus tard avec magnificence le cardinal de Richelieu. L'église des religieux casés à la grande Bretonnerie s'est dédiée sous le titre de l'Exaltation-de-Sainte-Croix, qui a fait appeler la rue où elle avait son entrée

(1) Notice écrite en 1861.

198 RUE SAINTE-CROrX-DE-LA-BRETONNERIE.

principale Saiiite-Groix-de-la-Bretonnerie. Le cardinal de Larocliefoucauld réforma sous Louis XIII cet établissement monastique et y introduisit des chanoines de Sainte-Geneviève, abbaye réformée à la même époque ; seulement les anciens membres de ce chapitre ne résistaient pas moins aux innovations que les chanoines de Sainte-Croix, et ceux-ci obtinrent un ordre du roi qui, au bout de trois mois, les remit exclusivement en possession de leur couvent, dont ne changea que la règle. Nous y avons déjà introduit le lecteur par la porte conventuelle de la rue des Billettes. Du côté de la rue Sainte-Croix résidait le provincial des autres maisons de France du même ordre, et c'était le frère du maréchal de Balincourt lors de la seconde interdiction de la compagnie de Jésus dans le royaume. En cette maison principale, qui était de fondation royale, chaque religieux devait recevoir de sa famille, au minimum, une pension viagère de 200 livres, qui dans les succursales demeurait purement arbitraire ; on regardait moins à la dot qu'à la famille pour y donner l'habit. Le novice portait, en attendant, une soutane noire, et tant qu'il ne l'avait pas prise aucun jour ne comptait pour l'année du noviciat. Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, qui, en réunissant'les crieurs-jurés des inhumations dans son sein, servit de berceau à l'administration des Pompes-Funèbres, fut longtemps dépositaire des minutes du conseil privé; sa bibliothèque estimée était à la disposition des savants et des curieux ; ses chanoines prenaient même des laïques pour locataires, moyennant 200 livres par an et 800 nourriture comprise.

Outre les bâtiments conventuels, dont plus d'un survit à l'église dans le passage Sainte-Croix-dela-Bretonnerie, le chapitre n'avait-il pas plusieurs maisons rue des Billettes et deux se suivant rue Sainte-Croix ? Celles-ci avaient appartenu à Dreux-

Hennequin, abbé de Bernay, conseiller au parlement sous Louis XIII, puis à l'une de ses héritières, femme de Denis Feydeau de Brou : nous en revoyons une au n° 35. L'administration de tous les biens des chanoines réguliers de Saint e-Croixde-la-Bretonnerie, maison de Paris, fut confiée par arrêt du conseil, le 10 juin 1778, à M. Bollioud, receveur-général des rentes du clergé, et des baux furent consentis à de plus stables locataires par ledit administrateur, qui demeurait un peu plus tai'd dans la rue et l'hôtel qu'habite présentement M. James de Rothschild.

Le comte de la Martellière disposait alors du n° 5, rue Sainte-Croix-de-la-Bretoimerie. On y remarque, dans le fond, un bel escalier h balustres de chêne, sur lesquels a pu s'appuyer un changeur du temps de Jean-le-Bon et de Charles V, qui avait nom Robert Luillier et de qui descendait Eustache Luillier de la Malmaison, prévôt-desmarchands dans les premières années du xvi^ siècle. Il est du moins à notre connaissance que Geoffroi Luillier, seigneur de la Malmaison et d'Orgeval, a hérité de ses ancêtres une propriété peu distante de Sainte-Croix ; qu'il a fondé dans cette église la chapelle de sa famille, et que son fils, Nicolas Luillier, a épousé la fille de Faucon, marquis de la Luzerne. De la maison dudit La Martellière, rien n'empêchait que se fût détachée celle de Lartat, ou mieux encore celle de Pannetier, faisant le coin de la rue Bourtibourg. Les numéros 11, 13, 15, 17 et 19 appartenaient àThureau, Drouard, Lefebvre, Guérin et Leboucher.

La ligne brisée par l'embouchure de la rue Bourtibourg n'est pas celle où nous recherchons l'hôtel Lalande vers le même degré de latitude. L'astronome Lalande prenait en pension, mais à perte, des jeunes gens dont l'amour de la science le poussait à faire ses élèves. Ce savant

s'amusait à manger des chenilles, comme le moineaufranc, et ne croyait pas plus en Dieu que s'il ne savait pas un mot des autres secrets du ciel . N'est-ce pas au 14 ou au 16 que se trouvait l'hôtel Lalande ? L'un des deux pour le moins a été d'Amblimont. Nom que répète un indiscret écho, dans la chronique des bals de l'Opéra, note du 13 février 1767 :

» M. de Bargemont, colonel du régiment de Soubise, ne cache pas son intrigue avec M"" de Beauharnais ; ils ont disparu ensemble pendant trois heures au dernier bal deTOpéra. M. de la Sablière, chevalier de Saint- Louis, qui a été dans l'Inde, faisait partie carrée avec M™» d'Amblimont. «

Cette nouvelle à la main, qui aurait inspiré de la jalousie h Dorât, ménageait le mieux possible M. Claude de Beauharnais, en dissimulant l'existence de (;e mari de Fanny Beauharnais, capitaine des vaisseaux du roi. Fanny était la tille d'un receveur des finances nommé Mouchard ; elle faisait jusqu'h des comédies et vivait en garçon d'esprit.

Un peu plus bas était propriétaire d'une maison décorée d'un fronton, le bijoutier Frédéric Strass, dont le nom et l'état s'accordaient parfaitement. Strass ne veut-il pas dire cristal en allemand ? Pline citait déjà comme une industrie lucrative chez les Romains l'art d'imiter les pierres précieuses, pratiqué par les alchimistes au moyen-âge et perfectionné en Allemagne avant de prendre à Paris des développements nouveaux. Le droit de bourgeoisie que Frédéric Strass avait su acquérir se brisa comme verre, à son tour ; la maison du bijoutier fut saisie, h la requête d'un serrurier, et adjugée en cour des Aides à l'échevin Bernard, qui s'y fixa.

Le fermier-général Romans avait entre les murs d'après sa résidence, sous Louis XIV : la rue

comptait en ce temps-là 57 maisons, 20 lanternes. Le règne suivant vit stationner sous ce toit Le Peletier de Morfontaine, intendant delà généralité de Soissons, puis conseiller d'État, qui de là fut habiter l'hôtel Roquelaure, rue Notre-Dame-de- Nazareth, en y transférant son cabinet de peinture. Cet homme à bonnes fortunes, que s'était attaché pendant plusieurs années la duchesse de Mazarin, la laissa dans les meilleurs termes avec M. de Sainte-Foix, trésorier de la marine, qui toutefois n'était pas alors sans engagement avec Jeanne Vaubernier à la veille de passer M"" Dubarry. Le Peletier, trésorier d'Amiens, remplaçait M. de Morfontaine rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie : il avait installé un curieux cabinet d'histoire naturelle dans l'ancienne galerie de peinture. L'hôtel, qui est devenu depuis 1840 la mairie de l'arrondissement, a gardé bonne contenance. Mais la conservation a été moins heureuse quant au marteau arlislement ciselé dont la grande porte était tière : il a été enlevé la nuit, en 1858, par un véritable amateur, dont le signalement n'a pu, en même temps que celui du marteau, être expédié à la police de Londres, qui se livre encore à des recherches ad hoc.

Un des hôtels situés vers le milieu de la rue servait de bureau, sous Louis XVI, à Dufresne de Saint-Cergue, contrôleur-général de la maison de Madame. On y trouvait, au commencement de l'Empire, une Caisse des employés et artisans, dont les actions étaient de 30 francs. Nous croyons que l'un et l'autre de ces renseignements intéressent le 21.

Le 39 fut laissé par Quentin, baron de Champlost, premier valet-de-chambre du roi, à QuentiH, chevalier de Champlost, mestre-de-camp de cavalerie, également valet-de-chambre du roi, lequel'' demeurait au vieux Louvre et faisait gérer ses

affaires par Jean- Charles Guinard, fourrier du corps de la comtesse d'Artois.

A la famille Feydeau de Brou avait appartenu le 44. Il y a demeuré un mari trompé qui, loin de prendre son mal en patience, le criait pardessus les toits. M. Guillaume Kornmann, prédestiné de nom à ce genre de mésaventures, avait été banquier, intéressé dans les affaires des Quinze- Vingts. Il accusait publiquement d'avoir été les amants de sa femme MM. Daudet de Jossan, Caron de Beaumarchais, Lenoir, ancien lieutenantgénéral de police, et le prince Louis de Rohan, avec des circonstances aggravantes, qu'il relevait avec aussi peu de scrupules. M""^ Kornmann était aussi fidèle épouse que jolie avant que le premier l'eût séduite et puis rendue mère ; le second, non content d'empêcher que l'ordre se rétablît dans le ménage, s'était mêlé des affaires de banque du mari et lui avait fait faire faillite ; le troisième, de par le roi, avait soustrait la femme à l'autorité de l'époux outragé, qui l'avait mise dans une maison de correction ; le quatrième enfin, par ses largesses, avait corrompu tous les domestiques de M. Kornmann et protégé la fuite d'un malfaiteur.

Rue des Lombards, (i)

Boccace. — Les Pourpointiers. — La Buffeterie. — Les Lombards. — Les Catherinettes. — Le Poidsdu-Roi. — Le Mortier-d'Or. — Le Fidèle- Berger. — Autres Enseignes.

Ah ! que nous donnerions avec plaisir trois squares et une trentaine de rambuteaux, créations de notre temps, pour retrouver dans la rue des Lombards la maison où est né Boccace. Ne peutelle pas encore y subsister?

Celte rue, qu'un large boulevard a de nos jours pei'cée de part en part, ét;iit déjà bâtie à l'époque de la V* croisade ; on la disait de la Bufl'eterie à la fin du xu« siècle et de la Pourpointerie sous Louis XIIL II s'y était pourtant établi des lombards dès le règne de Philippe Auguste, c'est-à-dire des prêteurs sur gages, primitivement originaires de la Lombardie, qui ont fait longtemps appeler, par extension, jusqu'aux bureaux de prêts des lombards et des milans : industrie particulière anéantie, ou du moins rendue clandestine, sous Louis XVI, par la fondation du Mont-de-Piété. Les plans de Paris donnaient officiellement, depuis 1652, à l'ancienne rue de la Pourpointerie la dénomination qui devait prévaloir et qui était adoptée par l'usage depuis un temps beaucoup plus reculé. La confrérie des Pourpointiers, dont le bureau originairement s'était ouvert dans cette rue, fusionna avec

(1) Notice écrite en 1861.

celle des Tailleurs d'habits en 1655. Le nom plus ancien de Buffeterie provenait du voisinage des Halles â une époque où l'une des acceptions du mot hiiffet avait pour sinonyme bureau; une ordonnance de 1368 disait : « Seront au buffet de la Halle des clercs sermentés ».

Quant à Boccace, il avait vu le jour en l'année 1313, et sa naissance était le fruit d'une liaison contractée en dehors du mariage par un marchand de Florence ; son père l'avait renvoyé à Paris pour qu'il s'y formât au commerce, mais il avait une autre vocation, à laquelle se doit son immortalité. Boccace fut donc Parisien, par les impressions de l'adolescence encore plus que par la naissance, et ne devait-il pas en jaillir cette sève tout-à-fait française qui perce à chaque instant, sous la tendre écorce italienne, dans le génie du poète et du conteur? Tous les milans établis à Paris ne l'étaient pas près du berceau de Boccace; on en connaissait du Petit-Pont, d'outre-Petit-Pont, de Saint-Germain-des-Prés. La taille de Philippe-le- Bel frappait dans la capitale, en fait de lombards, autant de compagnies florentines, génoises et vénitiennes que de compagnies milanaises. Ceux de la rué ou du quartier des Lombards s'inscrivaient ainsi :

« Philippe le lombart, près de sire Guillaume Bourdon ; Bi.he Je lombart; Raimbaut le lombart ; Courtat le lombart ; Jacques le lombart, qui a la fille à la belle âmelot ; Foursi le lombart ; Bouchet le lombart ; Perruche le lombart ; Rogier le lombart ; Bertaut ; Cristophe ; François; Vivien, de Milan.

Nous regrettons de l'hospice Saint-Catherine, qui s'élevait rue des Lombards à l'angle méridional de la rue Saint-Denis, d'abord la porte, que décorait une belle statue de sainte Catherine, ouvrage de Renaudin. Mais dites-moi quel est l'asile gratuite-

ment ouvert aux bonnes sans place, qu'accueillaient les hospitalières de Sainte-Catherine, soumises comme religieuses à la règle de saint Augustin? Elles étaient tenues de loger pendant trois jours les filles attirées dans la grande ville par l'espoir d'y entrer en condition et qui ne trouvaient pas tout de suite à se placer. Ces religieuses étaient chargées, en outre, de faire enterrer tous les morts qu'on exposait à la Morgue du Chàtelet et qui n'étaient pas réclamés. Ce service répugnant est entièrement confié h des mains mercenaires depuis la suppression de l'établissement des pieuses filles qui, en remplissant un grand devoir, servaient de famille à qui n'en avait plus. Les catherinettes étaient au nombre de 30 en 1770 ; elles donnaient en location, rue des Lombards, plusieurs maisons à des particuliers ; il doit en rester une ou deux en face de l'emplacement que les religieuses occupaient.

Le même rue avait le Poids-du-Roi au commencement du règne de Louis XIV. Il y demeurait un juré-peseur, que nommaient les épiciers et les apothicaires, en tant que préposés à la garde et et à la véritication des poids et mesures ; ce juré conservait les poinçons, les matrices, les étalons des poids et mesures d'un usage légal en ville. Les revenus dudit Poids public avaient d'abord appartenu au roi ; mais Louis-le-Gros en avait gratifié Henri de Puelle, divers particuliers en avaient joui postérieurement, puis la propriété en avait fait retour à la Couronne, qui s'en était de nouveau dessaisie, et enfin le chapitre de Notre- Dame avait acquis le Poids-du-Roi, avec le droit y attaché de visite sur les balances. Pendant toute la durée de la foire de Saint-Ladre on transportait ce Poids dans les Halles et il tinit par y rester. L'établissement d'un droguiste à l'enseigne du Mortier-d'Or, fondé en 1689, passe pour occuper

l'ancien bureau du Poids-du-Roi ; mais cela n'est absolument exact que si le magasin, que tenait en 1745 M"« Brocliot, a reculé depuis de quelques, maisons.

Le Fidèle-Berger, magasin de confiseur touchant au Mortier-d'Or, a déjà fourni les dragées de plusieurs millions de baptêmes et les bonbons d'éirennes en boîtes ou en sacs de 140 premiersde-l'an. Mais presque tous les titres de noblesse commerciale dont se parent les maisons de la rue des Lombards seraient d'une origine plus reculée si les droguistes et les confiseurs n'y avaient pas eu intérêt à substituer des enseignes anodines à celles de l'usure, du prêt sur nantissement et même de la droguerie d'importation italienne. Gallet ne se niontra pas le plus honnête de ces droguistes; collaborateur de Panard, de Collé, de Piron, et aussi joyeux que buveur, il se réfugia, en état de banqueroute, au Temple, qui était lieu d'asile pour les débiteurs poursuivis et qu'il appelait le Temple des Mémoires.

Notre-Dame-des-Victoires est encore la patronne d'une maison jadis habitée par Courtinay, médecin, rue de la Pourpointerie. Ce médecin, qui traita d'une charge de secrétaire du roi en 1638, y gagna l'anoblissement et s'appela Courtinay de Péreuse.

Trudaine disposait, sous Louis XVI, de la propriété qui vient immédiatement après la rue Nicolas-Flamel. Trois autres maisons peu éloignées appartenaient alors à Fildesoye, à Sarrazin et à M™*' Badouleau. Gautier avait acquis en 1767 une maison, sorte d'échelle de cinq pièces superposées, qui touchait à l'hôtel du Saint-Esprit et faisait retour sur la rue Saint-Martin ; elle avait été laissée en 1663 par Monnier, notaire, à Anne Monnier, veuve deTisseney, marchand de Bordeaux.

Aussi bien M"" Brochot aurait pu certifier que, de son temps, 29 façades en regardaient 32 dans cette rue, et que, sur les deux rangées, 12, tout au plus, avaient laissé tomber, dans la réparation ou la reconstruction, leur enseigne sans la "relever. Les images survivantes se présentaient dans cet ordre :

#auct)e :

Bxaitt :

à partir de la rue Saint-Martin.

Les Deux-Anges.

L'Etoile-d' Argent.

L 'Ecu.

Le Cheval-Noir.

Le Dauphin.

L' bnage-Sainl-Louis ■

La Pucelle-d Or'éans .

La Couronne.

L'Image Saint-Maurice.

La Toison d'Or.

Le Petû-Maiire.

Le Bras-d'Or.

La Clef-d'Argent.

L'Image Notr<-Dame.

Les Quatre-Vents.

L'Image- Sainte-Barbe.

Le Cigne.

Le Corntt.

Le Chapeau-Rouge.

La Croix-Blanche.

VEtoile

Le Plat-d'Etain.

L'Agnus-Dei.

Le Petit-Panier.

Le Grand-Monarque.

N otrc-Dame-des-Victoires .

L Image-Notre-Dame.

Le Petit-Saint-Jean.

La Croix-d Or.

Le Vert-Galant.

L a Truie- Volante.

Le Panier Fleuri.

La Prudence.

Le Plat-d'Elain.

Le Pavillon-des-Singes.

Le Roi-Henri

Le Marteau-d'Or.

Le Poids-du-Roi (maison où

eu avait eié lo burtau).

La Coupe-d'Or.

Le Soleil-dOr.

La Fleur de-Lys.

Les Vieux- Anus.

Le Mortier-dOr.

Le Lion-d'Or.

La Teur-d Argent.

Le Mouton.

Le Soleil-de-France

Rue f§iaint<-Gilles. (i)

Les Tournelles . — Les Minimes. — La Cour de Venise. — L'hôtel ''e Morangis. — La Rue Neuve- Saint-Gilles. — i/^'"* de Lamotte. — Le M'"' de Vaux.

Le palais des Tournelles ne survécut qu'un demi-siècle au séjour de Saint-Paul, qu'il avait remplacé comme résidence royale. Les minimes de Chaillot furent mis par Marie de Médicis en possession d'une portion du jardin des Tournelles, où se perçait, trente ans après, une rue entre celle Saint- Louis (2) et le Rempart : l'église d'un nouveau monastère des Minimes s'y ménageait une entrée latérale. La statue de saint Gilles, qui avait décoré sur ce point le parc royal, donnait son nom à la rue. Le mur de la caserne qui succède principalement au couvent y conserve ostensiblement une Sainte- Vierge dans sa niche.

Un immeuble très-important répond aux nombres 12 et 14 ; c'est, de plus, une ancienne cour de Venise. Or le plan de Paris en 1652 marque un hôtel de Venise rue Saint-Gilles. Cette ancienne résidence de l'ambassadeur de la sérénissime république devint hôtel de Morangis. Mais est-ce entièrement du chef de M°"' de Morangis, née Guénégaud? J. J. Barillon, comte de Morangis, membre des conseils du roi, maître-des-requêtes du quartier d'avril, augmenta les dépendances de la maison par l'acquisition d'un terrain de 7 perches.

(1) Notice écrite en 1861.

(2) Actuellement Turenne.

antérieurement à 1739. Le même titre de comte était porté en 1778 par M. Foullon, de l'hôtel Foullon, boulevard du Temple. De scandaleux procès ont, par malheur, lait parler d'un maréchal-decamp, Jean-François-Charles de Molette, également comte de Morangis. Ce dernier, ayant abandonné ses biens à ses créanciers en 1768, épousait treize années plus tard en secondes noces M"*" de Lépinière, mère d'un enfant naturel du sexe féminin, légitimé à l'occasion de ce mariage ; la mère fut ensuite arrêtée comme bigame, et la fille devint grosse des œuvres du marquis de Morangis, son frère ; puis ce dernier accusa le comte d'avoir détourné le bien de sa première femme.

Pas un des comtes de Morangis, que nous sachions, ne s'est allié à la famille Péreuse. Charles Courtinay, seigneur de Péreuse, secrétaire du roi et médecin, avait marié sa fille, Françoise Courtinay, à Louis Pi'osper Bauyn d'Ange rvi il iers : la branche Bauyn de Péreuse n'eut pas d'autre souche. Le lieutenant-général Bauyn, marquis de Péreuse, a acquis ce qu'on appelait encore l'ancien hôtel de Venise, mais qui n'en était qu'une portion, des hoirs du président Labrosse, qui lui-même y succédait à M"<'Tarade. Les dépendances s'en sont étendues jusqu'au Boulevard, mais derrière un crochet que formait la rue Neuve-Saint-Gilles et qui s'est ajouté -à celle des Tournelles.

La distintion entre cette rue Neuve et celle Saint-Gilles n'a pas toujours été assez marquée pour éviter les quiproquos. La première eut, par exemple, une maison qui, d'après une description de tabellion, donnait rue Saint-Gilles et rue des Tournelles ; elle était conjointement 5 Gilbert de Gardaigne d'Hoslen, comte de Verdun, lieutenant de roi, commandant en la province de Forest, et à Deiannoy, paveur, lesquels y tenaient d'une part aux hoirs Baudelot, d'autre part aux hoirs

du chancelier Boucherat, et elle avait fait partie de l'hôtel de Nicolas Baudelot, contrôleur de la maison du roi, à cela près d'un terrain provenant du chancelier. Une autre maison à jardin de la même rue appartenait ensuite aux enfants de Bernage de Luçon, capitaine au régiment de Champagne, et de Marguerite du Bornage, son épouse ; les actes la disaient sise derrière les Minimes, entre un hôtel au marquis de Charron et celui de Morangis, anciennement de Venise. Or ce dernier attenait lui-même, d'après les titres officiels, au jardin du chancelier Boucherat, derrière la chaussée des Minimes (i).

Rue Saint-Gilles était un hôtel que le comte de Brisay, qui le tenait de sa mère, née Pinon, vendit à Claude-Jacques de Vigny, inarquis de Courquetaine, maître-des-comptes ; la veuve et les enfants de ce dernier y demeuraient sous le règne de Louis XVI. Ladite maison, bâtie sur un terrain aliéné vers l'année 1680 par les chanoines de Sainte-Opportune, est encore reconnaissable entre la cour de Venise et un pavillon pour le moins de l'ancien hôtel Morangis.

L'emplacement do ce corps-d'hôtel fut acquis de Sainte-Opportune par Delisle-Mansart, qui ne s'est pas fait faute d'y créer un petit chef-d'œuvre d'architecture domestique. Sous la Régence, M™* de Morangis habita pour siîr celte maison, qui lui venait de sa mère. M'"*' de Guénégaud. Soixante années plus tard, le grand-maître des eaux-etforêts Jules du Vaucel, marquis de Castelnau, en avait fait ses petits appartements. Un salon rond, dont les boiseries dorées sont illustrées de peintures de Watteau, y précède une salle de billard, que d'autres dessus-de-portes et des sculptures décorent. Une double porte, dont la menuiserie est aussi

(1) Maintenaijt rue de Béarn.

un travail d'artiste, sépare le billard d'un boudoir, la miniature d'un salon. Le jardina été plus vaste à proportion que l'hôtel ; M. Savard, propriétaire actuel, a pris une portion de ce qui en restait pour en faire des ateliers où se fabrique sur une vaste échelle la bijouterie en or doublé. Mais quelques mascarons qui donnent sur la cour ont des sourires de gratitude pour le conservateur intelligent d'un bijou immobilier, qui est tombé entre bonnes mains.

Aussi bien Pierre Delisle-Mansart, contrôleur des bâtiments-du-roi, et sa femme, Jeanne Mercier, avaient laissé à leur fille, femme d'Edme Duraiichin, écuyer, conseiller du roi, contrôleur des guerres, une maison avec jardin, dont les signes particuliers pouvaient convenir îi la susdite. Un parchemin constate que l'unique héritière de l'architecte y tient « par-ci aux représentants du marquis de Ghîuiron, par-là à un loueur de carrosses, par-devant au derrière de l'église des Minimes de la place Royalle, par-derrière au cul-de-sac qui répond du côté du Boullevard. »

Sous l'un des mausolées de cette église reposait Charles de Valois, duc d'Angouléme, fils de Charles IX et de Marie Touchet. La comtesse de Lamotte, qui prétendait descendre d'un bâtard de Valois et recevait h ce titre une pension de la cour, a ourdi l'affreuse trame de l'intrigue du Collier dans une maison que les uns disaient y^ue Neuve Saint- Gilles, n" 13, et les autres rue Saint-Claude, mais qui pouvait bien venir dans ce que nous qualifions la rue Saint- Gilles.

Les n"» 9, 11, 13 et 15 actuels n'y faisaient qu'un ; leur construct'on nous semble émaner des minimes.

Le 17 a été l'hôtel du marquis de Vaux.

L'angle du Boulevard, sur la même ligne, appartenait en 1791 à M. Ménesssier.

Lies deux Rues Saini-Claude,

DONT l'une est MAINTENANT

Cliénier, et les deux impasses 8aini-Claude,

DONT l'une est maintenant

Saînt-8auveur. (i)

Sept jardins et deux parcs dépendaient des Tournelles ; ils avaient absorJDé tout ou partie du clos Margot, propriété des célestins. La rue Saint- Claude-au-Marais fut tracée en 1640 sur la lisière d'un terrain dit encore le clos Margot, adjugé par le bureau de la Ville en 1686, avec un terrain adjacent, à Gon de Vassigny, vicomte d'Argeolieu. On dit qu'une statue de saint Claude, anciennement érigée à l'extrémité du parc des Tournelles, valait à cette rue le nom qu'elle porte ; mais i! est plus probable que Claude Guénégaud, trésorier de l'Épargne, propriétaire dans les rues Saint-Claudeau-Marais, Saint-Louis et Saint-Gilles, fit lui-même placer sous l'invocation de son patron, dans le

(1) Notice écrite en 1861. L'uue des deux rues Saint-. Claude n'honorait pas encore comrae son saint particulier J'un des deuï poètes Chénier, et j'aime à croire que c'est André, qui demeurait en face, rue de Cléry ; mais on a tort, en pareil cas, d'économiser le prénom sur la plaque indicative. L'impasse Saint-Sauveur, qui maintenant semble continuer Ja rue Saint-Sauveur pard«là celle Montmartre, s'appelait encore Saint-Claude.

LES DEUX RUES SAINT-CLAUDE, ETC. îl8

calendrier des rues de Paris, la nouvelle voie de communication.

Il n'en pendait pas moins une image Saint- Claude, à l'angle d'une rue Célestine, chez Françoise Amelot, veuve de Pierre Bellefin, greffier des bâtiments-du-roi, qui tenait rue Saint-Claude à Langlois, charpentier, et par-derrière aux célestins.

L'hôtel que Claude Guénégaud avait élevé sur un terrain qui avait appartenu à Victor de Chamerayes, fut vendu en 1690 par les créanciers du fondateur à Calande de Guénégaud, chevalier, seigneur des Brosses, conseiller du roi, maître-des-requétes de son hôtel, qui demeurait rue du Grand-Chantier, et puis il passa au chancelier Voysin, le protégé de M""* de Maintenon. La porte en ouvre rue Saint- Louis ; mais il en reste des dépendances dans l'impasse Saint-Claude, contiguës à d'autres, maisons qu'a encore possédées le trésorier de l'Épargne. Guénégaud des Brosses se trouvait, le long de notre rue, entre Dupille ou Du Pillé, receveur-général des finances, dont l'hôtel appartenait à sa femme, Marie-Anne Bollot de la Cour, et Halle, secrétaire du roi, qu'avait précédé Gelléc du Buisson.

Quant aux maisons construites par le vicomte d'Argenlieu, elles appartenaient, en 1727, à Antoine Le Feuve de la Malmaison, conseiller au parlement, et plus tard à Petit de la Villonnière, qui siégeait à la même cour : les n°' 8 et 10 nous les représentent ; seulement elles s'étendaient jusqu'au Boulevard. Le 6, par exception, paraît bien plus ancien que la rue : il a donc pu dépendre du palais des Tournelles. Au milieu du xvn« siècle il ne s'élevait encore aucune église au coin de la rue Saint-Claude et de la rue Saint-Louis ; on y a vu un hôtel Levasseur, auquel pouvait se rattacher ledit 6 ; on y a vu surtout l'hôtel du grand Turenne, mais encore par des dépendances. Il fut vendu en 1684 par le cardinal de Bouillon

Î14 LES DEUX RUES Sâ.INT-CLAUDE, ETC.

aux religieuses de l'Adoration-perpétuelle-du-Saint- Sacrement-de-l'Autel, avec une maison dont la façade mesurait 4 toises sur la rue Saint-Claude, où ces dames tinrent, une fois installées dans leur nouveau monastère, à M. de Sainte-Foy, à ellesmêmes, à M. de Guénégaud et à Poullain. Jacques Charnel, intendant de justice, police et finances des pays de Loraine et généralité de Metz et Luxembourg, était aussi propriétaire entre la rue Saint-Claude et quelque coin de l'hôtel de Turenne, en 1684 ; Charles Bourdin de Pierre-Blanche, secrétaire des finances, avait tout à côté une double maison, en 'avanl du jardin du même hôtel, mais en retour sur un cul-de-sac ou rue projetée sur la rue des Tournelles. On attribuait toutefois à !a rue Neuve-Saint-Claude, vers le même temps, une propriété dans laquelle Despont, bourgeois, tenait à Nicolas Lepère par-ci, à la veuve de François, tille et héritière de Catherine Bégard, par-là, et au maréchal de Turenne par-derrière. L'une de ces maisons était sans doute celle à portecochère que le bourgeois Lapie de Soucy vendait le 14 juin 1729 h. la présidente Bretonvilliers, née d'Albon ; cette veuve de Leragois de Bretonvilliers, président en la cour des comptes, était là mitoyenne avec M. Lemasson, secrétaire du roi, avec M. de Brèche et avec les filles du Saint-Sacrement. Au même couvent s'adossait une des maisons dans lesquelles on croit qu'a demeuré M'"» de Lamotte, qui a tenté de faire un infâme carcan d'un collier, en attentant à la réputation de la reine Marie- Antoinette.

Le comte de Cagliostro, que cette comtesse accusait d'avoir reçu des mains du prince de Rohan, cardinal, le collier de la reine, courut tous les pays, parla toutes les langues, changea souvent de nom et fit tous les métiers ; il fut néanmoins mis à la Bastille, en vertu des dépositions de

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