RUE DU CLOS-BRUNE AU
si toutes les sinuosités du vieux Paris, insurgé une fois de plus, nous avaient joué le tour de résister aux coups de ciseau de la ligne droite, diminuant les plis et replis de l'étoffe (2) ?
C'est ainsi que la rue des Écoles vient de supprimer tous les numéros pairs de la vieille rue du Clos-Bruneau, oii nous a déjà entraîné la notice de la rue des Carmes. M. Rousseau, qui connaît assez bien Paris, a gagné par-là une gageure ! On lui avait porté le défi de reconnaître, à la seule inspection de quatre maisons contiguës, dans quelle rue s'arrêterait un fiacre, qui l'amena par de longs détours, les stores baissés, au beau milieu de la rue dont nous parlons. Notre présomptueux collaborateur aurait, certes, perdu son pari si le cocher l'eût fait descendre dans une rue de création récente : les traits particuliers y manquent à la plupart des constructions. Par exemple, on ne trouve pas deux rues du Clos-Bruneau, et franchement c'était assez d'une.
Il exista pourtant deux clos ayant cette dénomination ; l'un, à une place occupée depuis par le Luxembourg ; l'autre, près de la rue Judas, pseudonyme de celle du Clos-Bruneau, dont le nom fut aussi porté par la rue Jean-de-Beauvais. L'ancienne rue Judas est maintenant sur des échasses, à cause de l'abaissement du sol, déterminé par le niveau de la nouvelle rue des Écoles. L'hôtel des Pyrénées s'y fait remarquer, n'^ 13, en situation pittoresque comme il convient à son titre montagnard; on l'a, de plus, recrépi à neuf. Les autres maisons de cette rive escarpée sont noires,
(2) Lorsque cette notice voyait le jour pour la première fois, la démolition n'avait pas encore pris les proportions d'une coupe sombre; l'autorité, tout eu ne prenant conseil que d'elle-même, avait encore l'air d'administrer Paris en père de famille.