RUE DU CLOS-BRUNEAU
comme si elles portaient le deuil de la rive dont la leur est veuve, après tant de siècles d'hyménée. L'enseigne d'un marchand-de-vin, au coin de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, s'est de même inspirée de l'élévation du site ; un paysage alpestre y repose la vue, avec ces mots : au Repos-de-la- Montagne. Des balayeurs, des marchands de peaux de lapin et des étameurs de casseroUes couchent, par chambrées, en vue de la voie nouvelle qui, disent-ils, leur fera froid l'hiver et leur tiendra trop chaud l'été. Ils demandent une indemnité.
Rue du Clos-Georg;eau. (i)
L'orthographe des noms propres varie impunément. Certaines gens écrivaient Jargeau, d'autres Georgeot, quand, pour les mettre d'accord, l'édilité parisienne s'est décidée à adopter une troisième orthographe, Georgeau. Si le propriétaire du clos antérieur â la rue s'appelait Georges, l'estampille municipale ne fait que franciser ce nom propre importé en France par la domination anglaise, et alors il est évident que le duc de Bedford a gratifié de l'enclos l'un de ses serviteurs. Il eût donc été plus convenable de préférer, en cas de doute, la désignation de Jargeau, qui ne rappelait aucune invasion.
Pierre Doria, sieur de Cernay, écuyer, a acquis en l'année 1610 un vaste terrain, dont faisait partie le clos Georgeau et qui allait jusqu'au Marché-aux-Chevaux, en ce temps-là rue d'Argenteuil. Or Doria se trouve encore un nom propre tellement étranger qu'une maison de Gênes l'a illustré ! Une branche de cette famille s'est établie effectivement en Provence, et Pierre Doria devait en faire partie ; un de ses rejetons, lieutenani-général, époux de Charlotte de Montcalm, s'est fait tuer dans le siècle suivant à la tête de l'armée, en Canada. La rue du Clos-Georgeau a été percée, en 1620, sur le terrain même de Doria. Dès 1647, elle avait quelques habitants. Son effectif n'était encore en 1714, d'après Lacaille, que de 3 maisons, se partageant le
(1) Notice écrite en 1858.