RUE HONORE-CHEVALIER
épouse aux Madelonettes, après lui avoir impitoyablement rasé les cheveux, puis on la iransféra dans une autre maison de correction, qui était de meilleure compaj^nie. N'était-ce pas chez les dames Donzy, qui tenaient uii établissement de ce genre, fondé par la police à la Nouvelle-France? Quand une jolie femme séparée de son mari choisissait son refuge, c'était le couvent de Bon-Secours, rue de Charonne.
Aussi bien le 8 et le 10 sont-ils plus jeunes que la rue ? Deux petites portes y attiennent à deux puits et mènent à deux escaliers* qui se ressemblent également, bien que l'un soit gai-ni de petits piliers en chêne au second étage, et l'autre d'une vieille ferrure plus élégante, dès ses premières marches.
Vis-à-vis, mais de l'autre ^ côté de la rue de Madame, n'a pas bronché une maison qui appartenait h Clément Selva, maître-des-requêtes, avant de s'adjuger, en 1752, h Adrien de Monicault, procureur au parlement. Elle était alors dos-à-dos avec le monastère des religieuses du Précieux-Sang et relevait censuelloment de l'abbaye de Saint- Germain-dos-Prés, ainsi que le rappelle une Carte planimétrique des terrains situés clans la censive de Saint-Germain , levée sous la direction du baron de Molina, colonel, ingénieur, en 1752 et 1753.
Rue IVotpe-l>aïue-des"CIiainps. (i)
L'apôtre saint Denis avait rendu dévots h la Sainte-Vierge des fidèles rassemblés, en dehors de la ville, dans un lieu où s'élevait déjci l'église de Notre-Dame-des-Champs sous les derniers rois mérovingiens. Des moines de Marmouliers la desservaient, sous le règne de Hugues Capet, et avant peu elle devint le chef-lieu d'un prieuré. La communauté de bénédictins que le prieur de Notre- Dame-des-Champs avait sous sa conduite céda le monastère, en 1604, aux carmélites, qu'on y retrouve encore de nos joiTrs rue d'Enfer. Quand M"'" de la Vallière entra chez ces religieuses, pour s'y appeler sœur Louise, la rue reprit, au contraire, le nom de l'ancien prieuré, après n'avoir été pendant deux siècles qu'un chemin dit Herbu, puis du Barc. D'un bout à l'autre elle côtoyait l'eticlos des chartreux de la rue d'Enfer, lequel avait plus d'étendue que le jardin du pnlais d'Orléans-Luxembourg. Le séminaire d'Orléans se trouvait substitué au prieuré dans les droits féodaux <iu'il avait excercés sur une portion de cet enclos.
Ne dirait-on pas que la rue Notre-Dame-des-Champs regrette encore de n'être plus un chemin? Les habitants n'ont pas entièrement cessé d'y cuUiver la terre. Paris, il est vrai, ne fit d'abord sienne qu'une moitié du parcours de cette voie, laissée encore à mi-corps dans les champs ; mais ;out en était dans la ville avant que la Nation confisquât le clos des , Chartreux, déjii bordé d'importantes contructions.
(1) Notice écrite en i86SJ.
A l'entrée de la rue, les tilles de la Mort s'établirent les premières, avec une chapelle sous l'invocation de sainte Thècie. A cette congrégation succéda la communauté de M"'' Cossard, cidevant rue Princesse, qui fut dite du Saint-Esprit. La fondatrice de cette institution avait prévu le cas de suppression, qui, en effet, se présenta, et, en vertu des mesures qu'elle avait prises, l'Hôpital- Général devint propriétaire, l'an 1707, des bâtiments de sa communauté. Les frères des Écoles chrétiennes s'en rendirent acquéreurs ; leur noviciat, maison de l'Enfant-Jésus, y fut surpris par la Révolution, ainsi que la chapelle du Saint-Esprit, où la messe était encore dite par un chapelain à la nomination de l'Hôpital-Général. Des bâtiments, plus rien qui reste depuis le percement de la rue de Rennes.
Le plus ancien hôtel de la nôtre fut construit pour Glienard d'Honcourt, qui eut pour successeur son frère, seigneur de Bugny;lc fils de celui-ci vendit à M. de Vil 1ers, premier mari de la comtesse Duchàtelet, née delvlailly; laquelle dame eut pour cessionnaire en 1753 le marquis de Mailly, comte de Rubempré, brigadier des armées du roi. Cette propriété, qui avait englobé l'hôtel du président Ogier, se divisait sur la fin de l'ancien régime en grand et petit hôtels de Pons.
L'abbé Terray, minisire de Louis XV, étrenna dans la même rue un hôtel richement meublé : il y avait mis un lit de 80,000 livres, qu'on montrait aux curieux. Une marquise de Fleury, qui avait été la Dufresne, courtisane d'une beauté rare, n'avait pas attendu que cet hôtel passât Fleury pour souper en tête-à-tête avec son fondateur. Le mariage et le titi'e de cette parvenue ne l'empêchèrent pas de mourir dans l'indigence, elle qui avait mangé la rançon d'un roi : ses deux fils étaient capitaines, l'un de dragons et l'autre d'infanterie.
RUE NOTRE-DAME-DES-CHAMPS. 2(i7
Les lits et les soupers du collège Stanislas n'ont, par bonheur, eu de commun avec ceux de l'abbé Terray que le local. La pension que i'abbé Liautard avait fondée en 1804 fut constituée en 1821 collège particulier de plein exercice, sous le piincipal prénom de Louis XVIII, qui portait un vif intérêt à l'établissement. Ce collège occupait l'ancien hôtel Terray et des propriétés attenantes ; mais, avant la fin du règne de Louis-Philippe, professeurs et élèves se sont transportés dans l'ancien hôtel de Mailly, dont on avait fait entretemps une brasserie. La rue et le passage Stanislas se sont ouverts au travers de l'ancien territoire du collège, qu'y remplacent encore deux pensions, l'une au coin de ladite rue et l'autre quelques portes plus loin. L'entrée des catacombes, pour les ouvriers, est en regard.
Au-dessous de l'hôtel Fleury, la princesse de Rohan-Guémenée, lille du duc de Bouillon et gouvernante des enfants de France, a déployé un luxe que dépassait encore celui de son mari : une faillite de 33 millions fit tomber ce couple prodigue dans la disgrâce, dès 1783, et la liquidation s'en terminait à peine quand la princesse comparut devant un tribunal qui n'en demandait pas tant pour prononcer un arrêt de mort. La déconfiture avait mis à sa place, rueNotre-Dame-des-Champs, la comtesse de Tournon, qui avait été présentée comme telle à la cour et qui roulait avec un T sur la portière de sa voiture. Cette fdle d'un gentilhomme i)auvre du Vivarais n'en était-elle pas moins la vicomtesse Dubarry? Le roi avait signé le 18 juillet 1773 au contrat de son mariage avec le neveu de M"™* Dubarry, qui avait été page, officier d'infanterie, puis cornette des chevau-légers de la garde avec le rang de mestre-de-camp de cavalerie. Le mari, fils de Jean Dubany, pouvait avoir eu des torts envers sa femme lorsqu'elle s'était évadée, pour
essayer du régime de la séparation ; mais, en revenant, elle l'avait rendu père d'un garçon, et puis, en 1778, aux eaux de Spa, il s'était battu pour elle avec un Anglais, le comte de Ris, qui l'avait tué. C'est depuis que la veuve avait acheté dans l'île de Corse deux fiefs eu friche, qu'elle avait fait ériger en comté.
Du temps de M'"*' de Tournon, il y avait sur la ligne opposée l'hôtel Dulau, plus haut que l'hôtel de Montmorency-Laval, postérieurement raffinerie Santerre, qui se retrouve près la rue de Fleurus.
L'architecte Va vin a construit en 1790 des maisons rue Notre-Dame-des-Champs. L'une d'elles, dans laquelle M"" Rosa Bonheur a eu son atelier de peinture, est maintenant occupée par les sœurs de Notre-Dame-de-Sion. Un passage, qui appartenait à la famille de l'architecte, s'érigeait en rue Vavin au commencement du règne de Louis- Philippe.
Rue de Monsieur, (i)
Louis XVI régnait depuis quatre ans lorsqu'il autorisa l'ouverture de cette rue sur un terrain que venait d'acheter son frère, Monsieur, comte de Provence, afin d'y établir ses écuries. Brongniart avait dessiné le plan de ces écuries, dont il se trouve des bâtiments et tout l'emplacement aux n"' impairs qui suivent le n" 7. L'écuyer ordinaire de Monsieur était le marquis de Bièvres, que remplaça en 1784 M. Hazon de Saint-Firmin. Le marquis de Montesquiou-Fezensac, premier écuyer du prince, avait été le menin des enfants de France sous le règne précédent ; la survivance de ses fonctions était acquise au baron de Montesquieu.
Sur le plan de Brongniard aussi, l'hôtel Montesquiou s'était élevé en face des écuries, avec jardin sur le boulevard. Membre de i'Académie-Française et puis des États-Généraux, M. de Montesquiou fut un des premiers députés de la noblesse ii taire cause commune avec le tiers-état. Comme lieutenantgénéral, la République le chargea du commandement de l'armée du Midi et de l'occupation de la Savoie ; mais, bientôt accusé, il émigra en Suisse. Les bénédictines du Saint-Sacrement habitent aujourd'hui l'ancien hôtel du premier écuyer de Monsieur.
Brongniart fut encore l'auteur, en 1786, du pavillon des archives de l'ordre de Saint-Lazare, qui devint ensuite une pension, puis un hôtel, puis une des maisons conventuelles du Sacré-Cœur et enfin le collège arménien de Samuel Moral.
(X) Nolicfi écrite eu 1862.