‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 61 sur 99 · RUE DE MIROMÉNIL · texte numérisé non relu

RUE DE MIROMÉNIL

Notre collecteur de documents locaux a trouvé, pour sa part, au fond du n° 33, un pavillon décoré de bas-reliets, avec un arbre qui a été planté avant que l'archilecte Le Camus de Mézièrcs dessinât l'hôtel de Beauvau. Le duc de Noailles avait été antérieurement propriétaire du terrain occupé dans le faubourg Saint-Honoré par l'hôtel Castellane et par les immeubles voisins ; mais la construction du susdit pavillon date encore de plus loin, il n'en faut pas douter, puisque son ancien escalier, qu'on a gardé dans un grenier, est bel et bien à balustres de bois.

Les sculptures beaucoup plus apparentes du n" 53 représentent deux voitures à trois corps, à quatre chevaux, et rien n'y manque, pas même les noms de ces voitures, !a Lmire et VÉHsa. L'administration des gondoles parisiennes, diligences pour Nanterre, Versailles, Marly et Saint-Germain, s'y établissait en 1824 et construisait, pour se faire des remises, le hangar qui est vis-à-vis. A ces voitures, qui ne menaient qu'à la campagne, il en succéda d'autres qui conduisaient les gens jusque dans l'autre monde. Mais les Pompes funèbres n'eurent leur garde-meuble, leur vestiaire, leurs écuries et leurs remises dans la rue de Miroménil que jusqu'en 1853.

Contentons-nous, par conséquent, d'un fiacre pour nous transporter

Rue l^aint-Fiaere. [i)

Celle-ci, déjà connue en 1630, mais sous le nom de rue du Figuier, sortait-elle d'un petit fief Saint-Fiacre? Ou le sieur Fiacre y fonda-t-il le service des voitures qui ont gardé ce nom dans le vocabulaire usuel ? Des écuries et remises pouvaient y rester subordonnées à ce bureau de la rue Saint-Martin auquel convenait si bien l'enseigne (le Saint-Fiacre et qui se tint plus isrà rue du Faubourg-Saint-Denis. Lesdits carrosses de louage étaient déjà au nombre de 1800, avant que la concurrence des cabriolets de place, vers 1770, en renvoyât pas mal sous la remise. Le tarif était alors : 25 sols pour la première heure, 20 pour les heures suivantes, 24 pour une course.

La rue Saint-Fiacre a été fermée pendant un siècle par deux grilles, qui paraissent deux portes bien murées sur le plan de Paris en 1739. La plupart des propriétés qui la bordaient ayant leur entrée principale ailieuîs, on ne comptait encore à la fin du règne de Louis XIV que 4 maisons qui appartinssent à la rue au même litre exclusif que ses 2 laniernes ; elle n'avait pourtant rien perdu depuis dix an.^, époque où M"'^ Mouilleron, propriétaire du n" 2, ou du u«4, tenait à M'"* Canaple, celle-ci k Dumesnil, chantre à l'Opéra, Dumesnil à l'avocat Baudin et Baudin à De Meulle. Le jardin de ce dernier empiétait sur l'ancien fossé de la ville, où commençait également le jardin de l'abbé Dufour, qui, tout en allant jusqu'au Boulevard,

(1) Notice écrite en 1801.

faisait face à celui de Lhuillier, contigu à celui du conseiller Guilloye, après lequel venaient trois autres propriétés au même Lhuillier.

Le pavillon portant le chiffre 8 fut donc l'habitation de Dumesnil, haute-contre du temps de Lulli. Ce chanteur n'avait rien gagné au privilège qui permettait alors aux gentilshommes de devenir sans déroger pensionnaires de l'Opéra : il . avait été le cuisinier de Foucault, conseiller d'État et numismate, cet ami du père La Chaise, puis intendant du prince deMontauban. Dans Armicle, il créa le rôle de Renaud. Malheureusement Dumesnil, qui ne se piquait ni de sobriété ni de pudeur, entrait souvent en scène entre deux vins ei aimait à se mettre en tiers dans les amours des filles de théâtre, pour en vivre plus à son aise. M"° Maupin, sa camarade, qui n'avait répudié que les préjugés de son sexe, était mal avec ce chanteur, qui la traita d'hermaphrodite, ne sachant plus par où la prendre. La chanteuse, fille d'un gentilhomme, avait appris d'un de ses amants, prévôt d'armes, à tirer l'épée ; elle accosta sur la place des Victoires l'habitant de la rue Saint-Fiacre, qui revenait de l'Opéra, et comme il refusa de croiser le fer avec la cavalière qu'il avait insultée, celle-ci lui administra une volée de coups de canne, en lui prenant sa montre avec sa tabatière. Le lendemain, au foyer du théâtre, Dumesnil raconta qu'il avait eu affaire à trois grcdins, qui avaient profité des ténèbres d'une heure avancée pour le frapper et le voler. Mais M"® Maupin arriva â propos pour lui dire : — Palsembleu ! tu mens. J'étais toute seule. Voici une montre, voilà une tabatière que te rend la main qui les a prises.

Sous le règne suivant, M. de Cyris avait dans la rue Saint-Fiacre la superbe maison voisine ; seulement il en sortait et y rentrait par la rue du Sentier. Cet amateur de petits-soupers en

faisait quelquefois avec M. de Jumilhac, le gouverneur de la Bastille ; mais l'un et l'autre étaient fort contrariés que M. *de Sartines, le lieutenant-de-police, fût à même de leur demander peu de jours après comment ils s'en trouvaient et sût aussi bien qu'eux en quel endroit s'était dressé le couvert, quelles filles en avaient été tout le contraire de la pièce de résistance et à quelle heure on s'était séparé. N'y avait-il donc pas moyen de soustraire leurs fredaines aux investigations des limiers de la police ? M. de Curis, n'en ayant pas trouvé, prit enfin le parti de supporter ce qu'il ne pouvait empêcher et proposa encore à son ami de faire ce qu'on appelait alors des soupers de filles. — Volontiers, répondit M. de Jumilhac, mais à la condition que M. de Sartines en soit.

Au 16 demeurait la Hecquet, chez laquelle s'engageaient force parties galantes, dont elle battait et rebaltait les enjeux. Cette pourvoyeuse distinguée avait aussi au faubourg Saint-Laurent une petite-maison pour les soupers. L'avocatgénéral Séguier ne mettait pas moins à profit que ces MM. de la Ferme-Générale, la variété des ressources de la Hecquet, chez laquelle ce magistrat fut rencontré le 2 avril 1760. Il y avait déjà fait acte de pi'ësence dans les quatre nuits précédentes et Virgile lui-même eût perdu son latin à lui dire : Quintam fuge.

Rue Poissonnière* (i)

A Derbais, marbrier du roi, fut adjugé, en 1686, un grand terrain qui longeait le Rempart, c'est-à-dire le Boulevard, à partir de la rue des Poissonniers. C'était une portion de la Vallée-aux- Voleurs, dans laquelle on avait détroussé les passants et qui devait à un autre genre de licences le synonyme de Champ-aux-Femmes ; sous les mêmes qualifications avait été connu, dès l'an 1290, un chemin hors de ville, bordant ce territoire, qui dépendait lui-même du Clos-aux- Halliers,' fief dit aussi des Masures-de-Saint- Magloire. Le passage des marchands de marée et l'agrandissement de la ville avaient érigé le chemin, sous une désignation nouvelle, en une rue de Paris qui comptait déjà 44 maisons et 10 lanternes à la fin du xvii*' siècle ; seulement elle empiétait un peu sur notre rue du Petil-Carreau.

Les Derbais étaient alors propriétaires du n° 35 actuel et la veuve Misson du 37. Daniel Gittard, architecte du roi, qui avait iravaillé à Saini-Jacquesdu-Haut-Pas et à Saint-Sulpice, disposait du 26. Un sieur Milieu, dont h\ propriété s'étendait jusqu'à la rue du Sentier, jouissait probablement du 21, auquel de belles ferrures et un balcon, donnant sur une grande cour, gardent l'air d'un hôtel de traitant et où des plaques de cheminée portent le millésime 1660.

Cette dernière maison se trouvait habitée plus

(1) Notice écrite en 1861.

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