‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 69 sur 99 · RUE RICHER · texte numérisé non relu

RUE RICHER

tenaient à des propriétaires dont voici le tableau complet :

Côte des numéros impairs:

La présideute Gilbert.

Le marquis de Saint- Georges.

L'abbé Larcher.

Brière.

Saulnier.

Brière.

Les héritiers Bourgeois.

L'Hôtel-Dieu.

Raoul.

Côté des numéros pairs :

Leclerc.

Lépine ou ses hoirs.

Saulnier.

Les hoirs Tatissier, avec Lachambre pour locataire.

L'abbesse de Montmartre- Dru père.

Les Quinze-Vingts.

Bedan ft Saulnier.

Les hoirs Haran.

Les hoirs Cliquet.

Lanoix.

Girard.

Gaillon.

Rue Coqiiillière.

Les Hôtels de Flandre, Diipin, de SoissDns, Bullion, Chamillard, Wiimer, Crisenoi. — La mère Proudhon. — Le Jeu de Paume au Serment. — 1703. — Talma. — Deux Farceurs abusant de la Réputation du Sultan. - Fleury.

L'hôtel de Flandre restait en-dehors du Paris de Philippe-Auguste, dont une porte, la porte Coquillière, ouvrait entre les rues actuelles de Grenelle-Saint-Honoréet Jean- Jacques-Rousseau (2). Coquillier, qui avait vendu l'une de ses maisons au comte de Flandre, était d'une famille dont on peut citer plusieurs Parisiens des wV" et xnr' siècles, par exemple Robert et Adam Coquillier, comme signataires de plusieurs actes, et Odeline Coquillière, pour avoir fondé une chapelle à l'église Saint- Eustache en 1262. Porte et rue devaient leur nom au propriétaire Coquilliei'. Les confrères de la Passion donnèrent pendant sept années des représentations de leurs mystères h. l'hôtel de Flandre, avant sa démolition, qui date de 1547. Sur une portion du terrain de cet hôtel, le fermier-général Claude Dupin eut un hôtel à deux portes, rue Coquillière et rue Plâtrière ; il écrivait des livres, sans les signer, avec le concours de sa femme. L'éducation de leur fifs fut confiée quelque temps à Jean-Jacques Rousseau, et ce grand précepteur, dont la rue Plâtrière porte le nom depuis la Révolution, n'empêcha pas l'élève de désoler d'abord

(1) Notice écrite en 1859.

(2) Deux rues qui n'en font plus qu'une, sous la dernière dénominaiion. -

368 RUE COQUILLIÉRE.

ses père et mère par son inconduite. En la propriété de Claude Diipin, une tour survivait à l'enceinte du xn*" siècle : une exhumation postérieure a mis à jour des antiquités romaines dans cet immeuble, ou dans un de même provenance.

D'autre part la même porte urbaine était flanquée d'un séjour qui, tour-h-tour, porta les dénominations de Nesles, de la Reine, de Bohême, des Flles-Pénitentes et de Soissons. Jean de Nesles, sous le règne de saint Louis, en fit hommage à la reine Blanche, dont le dernier soupir s'y rendit ; Philippe-le-Bel en gratifia Charles de Valois, son frère ; puis Philippe-de-Valois, en 1327, c'est-à-dire avant de prendre le sceptre, en favorisa Jean de Luxembourg, roi de 'Bohême. La fille de ce prince. Bonne de Luxembourg, épousa Jean de France, qui monta sur le trône de son père, Philippe de Valois. Le palais de Bohême, par ce mariage, revenait à la Couronne: on y voyait clair par des fenêtres grillées de fils d'ai'chal et presque étroites comme des meurtrières. Son grand luxe était la sculpture ; son jardin, pourvu d'un bassin, avec l'agrément d'un jet d'eau, qui était alors peu commun, s'étendait depuis la rue d'Orléans jusqu'il Saint-Éustache ii-peu-près ; sa chapelle, dite de la Reine, faisait coin sur la rue de Grenelle. La maison de Savoie, puis la maison d'Anjou disposa du royal manoir, qu'on se passait comme une bague au doigt ; Charles VI le racheta, pour en faire présent à son frère, le duc d'Orléans. Plus tard Louis XII accorda aux filles Pénitentes une portion de ce séjour, pour y établir leur maison ; plus tard encore, Catherine de Médicis transféra ces religieuses rue Saint-Denis et elle tit coniribuer les grands artistes de son temps au rétablissement du palais, pour y fixer sa résidence. Cet hôtel de Soissons fut légué par la même reine à sa petile-lille, Christine de Lorraine ; la testatrice, par malheur, avait laissé

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des créanciers, qui le firent vendre à Catherine de Bourbon, la sœur de Henri IV. Thomas-François de Savoie, prince de Garignan, fut le dernier propriétaire ; ses créanciers requirent, en 1748, la démolition du palais qui avait tant de fois changé de mains sans déroger. M. de la Voypière, sous Louis XVI, possédait un hôtel bâti avec les pierres de l'hôtel de Soissons, sur un point du même sol, à l'angle de la rue du Four-Saint-Honoré (i).

En ce temps-là M. de la Granville avait presque en face, entre la rue du Jour et la rue Plàtrière, un autre hôtel, que M. Aguado acquit en dernier lieu ; François Mansart avait créé pour Charles de l'Aubespine, marquis de Chàteauneuf, cette résidence, passée à la famille de Laval en 1765. En interrogeant les personnes qui habitent les maisons édifiées à sa place, et dont l'alignement n'a été pris qu'en 4850, mais en vertu d'une ordonnance royale de 1847, notre éditeur a fait la connaissance de la portière du 14, qui, lorsqu'elle a vu jeter bas l'œuvre de l'architecte de Louis XIV, ne s'appelait encore ni nlie ni femme Proudhon. Aucune alliance, aucun degré de parenté que nous sachions avec le sophiste, seul homme de talent révélé par la rérolulion de Février, ne justifie pareille conjoiiclion ; mais les oreilles de la bonne femme lui tintent depuis que sa maison fut un club, et elle raconte incessamment que si le tumulte des frères et amis de Sobrier et de Proudhon l'a étourdie pour le restant de ses jours, du moins les citoyens clubistes avaient pour elle plus d'égards et lui montraient moins d'exigences que les locataires d'à- présent, qui sont portés k se croire tout permis depuis qu'on augmente leui'S loyers. En foi de quoi tout le quartier lui a voté, à l'unanimité, le sobriquet de mê7^e Proudhon.

Une plaisanterie d'un autre genre faisait traiter > ■ '

(1) Rue VauTilliers actuelle.

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