‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 70 sur 99 · RUE COQUILLIÈRE · texte numérisé non relu

RUE COQUILLIÈRE

de ci-devant liôtel de Casse-Noisette, sous le Directoire, une propriété dont s'arrondit encore l'angle de la l'ue du Bouloi, avec un balcon pour ceinture, également nouée sur la rue Coquillière, et où siégeait la iv' municipalité. Avec le temps on a pris au sérieux la désignation de Casse- Noisette, qui avait de quoi nous dérouter. D'anciennes écuries de la maison ont été transformées, il est vrai, en une pharmacie ; mais, au lieu de broyer les noisettes au mcynu d'un petit étau, les droguistes les passent au pilon, et d'ailleurs cette pharmacie, fondée vers IToO au n" 22 de la même rue, n'est au 25 que depuis 1804. Des pièces inédites nous ont appris heureusement que cet hôtel, paraissant annexé à l'hôtel de la Douane sur le plan deTurgot, ainsi que les n°' 21 et 23 actuels, appartenait du temps de Louis XVI au fermier-général Gigot de Crisenoi, et nous avons deviné une corruption progressive de Crîsewoî dans Brise-Noix, Casse-Noix, Casse- Noisette. Ce financier était-il parent du marquis de Ghauvelin, ambassadeur à Gênes, et de de son frère, chanoine de Notre- Dame, siégeant au parlement ? Louis Ghauvelin de Crisenoi, dès le milieu du xvn'' siècle, était receveurgénéral des domaines et bois de la généralité de Paris.

Le Domaine de l'État n'en a pas moins pris possession de l'hôtel Crisenoi h. l'époque révolutionnaire. Puis la maison a été cédée aux héritiers de Jacques Vaussy, en échange du Jeu de Paume où avait commencé par un serment l'ère nouvelle et regardé pour cela même comme un monument national, en exécution de la loi du 23 messidor au vu, conformément ù un arrêté consulaire du 19 prairial an ix et par décision du ministre des Finances du 12 messidor même année. Les héritiers Vaussy étaient les mineurs Langlois, M"'^ Molènes, née Alison, M"« Vaussy et Angélique-Nicole Langlois, épouse de Jacques-Joseph ïahna. Permis de croire,

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par conséquent, que le crédit du tragédien Talma chez le premier-consul n'avait pas nui à la conclusion de l'affaire qui intéressait sa femme et qui demeurait en suspensdepuisle20juinl789. A l'audience des criées, le 8 floréal an x, l'architecte Lemoyne se faisait adjuger l'immeuble attribué à ladite succession, ancien hôtel Crisenoi, dont une aile tenait alors à Fouché et le fond à la compagnie Saint-Simon. M. Tiolier, graveur-général des monnaies, fut. en 1808 l'acquéreur de Lemoyne.

Au-delà de la rue du Bouloi, sur la même ligne, l'année 1705 voyait se suivre comme propriétaires :

Les carmélites (plusieurs maisons, ne comptant que pour une encore). — Darboulin (2 portes cochères). — M"» Felsot de la Ïour-Saiut-Wast, à l'Epée-de-Bois. — Mm» Yvon (porte cochère), au Roi-d'Angleterre. — MUe Pornet (porte cochère). — Dubois et consorts. — Fleury, à l'Amandier-Fleuri.

Sur la ligne opposée, dans toute la longueur de la rue, même date:

Chevalier (coin de la rue du Jour). — La fabrique de Saint-Eustache. — Parquet, tapissier. — Le même, au Grand-Apollon. — Be:rier (porte cochère). — De la Tbouanne (porte cochère). — Dieufinois, médecin, aui Trois-Bouteilles (coin de la rue PlâtrièreK — De Bullion. prévôt de Paris, à la Gerbe-de-Fromer-t (autre encoigoure). — Le même. — De Beauvais, notaire (2 portes). — De Bullion (porte cochère). — Le même.

— Le même, à Saint-Jean (coin de la rue Coq-Hérou).

— Le duc de Gesvres (porte cochère), autre encoignure.

— Le même (porte cochère). — Le même. — Le même (simple mur). — Maio (porte cochère). — M™" Lafayette.

— Béchet. — Aubert, introducteur des ambassadeurs (2 portes cochères). — Guyeux, procureur (coin de la me des Vieux-Augustins (1). ) — De Beauvais, notaire (son étude et domicile, autre encoignure). — Chevalier.

(1) En ce temps-ci rue d'Argout.

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L'hôtel bâti en l'année 1630, sur le plan de Levau, pour le surintendant des tinances Bullion, donnait aussi rue Coq-Héron, mais principalement rue Plàtrière. Ses dépendances sur la rue Coquillière n'étaient pas toutes du même jet. Dans cette région, le ir 22, qui manque trop de profondeur pour avoir surgi seul, garde un escalier à balustres pour témoigner d'un âge plus avancé. L'hôtel Bullion s'est consacré aux ventes publiques en 1780; mais les priseurs et les enchérisseurs n'avaient que faire de la totalité: deux belles galeries se convertissaient donc en une loge maçonnique et la grand'salle servait à donner des concerts; il y avait, en outre, des locataires. Talma lui-même demeurait à l'hôtel Bullion lors de ses débuts aux Français.

Un petit nombre d'années après, le comité des halles et marchés tenait des séances au ci-devant hôtel Witmer. Ainsi s'appelait un fermier-général dont l'ancienne propriété était sous la Restauration au général baron do Baltus, mais s'exploitait déjà en hôtel-garni sous le premier empire : c'est encore l'hôtel Coquillière.

Du 29 et de cinq autres maisons à la suite furent en possession les carmélites, qui toutefois aliénèreiit plusieurs lots de leur couvent de la rue du Bouloi et de la rue Coquillière, après l'avoir quitté. Ce que le duc de Gesvres eut vis-îi-vis faisait aussi plus ou moins corps avec son hôtel de la rue Coq-Héron, qui fut pareillement celui de Michel de Chamillard, contrôleur-général des finances et ministre de la Guerre sous le même règne.

A l'ancienne Épée-de-Bois ou h l'ancien Roid'Angleterre cohabitaient, en un temps moins reculé, les filles Dumoulin et Viriville. Ces deux impures fréquentaient, en toilettes voyantes, les promenades à la mode ; mais une fois elles n'y firent la conquête que de deux mystificateurs, les

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acteurs Musson et Dugazon, qui leur offraient, de la part du Grand-Turc, un engagement de sérail pour trois ans : l'un se donnait pour le médecin, l'autre pour l'essayeur des odalisques. Rien ne manquait plus à l'édification des deux agents quand ils sortirent, afin de rédiger le rapport favorable qu'attendait Sa Hautesse ; mais le secret s'en garda si mal que, le lendemain, les deux futures pensionnaires du harem étaient inontrées au doigt dans le jardin du Palais-Royal, où elles n'osèrent plus reparaître.

Le comédien Fleury avait son logement, en l'an vni, dans une autre maison, que distinguent sa cour illustrée de sculptures, une rampe en fer tordu dans l'escalier et le chiffre 44 dont la porte est guillemettée. La distinction de ses manières à la scène, dans V École des Bourgeois, V Homme à bonnes Fortunes et le Chevalier à la Mode, faisaient de Fleury un modèle, tant il excellait à copier ceux qui donnaient le ton à l'ancienne cour ! Mais il avait failli, sous la Terreur, être traité absolument lomme un homme de condition et jouer un rôle qu'on ne saurait répéter. Par ordre de Collotd'Herbois, Fleury, Larive, Dazincourt, M"^ Contât et M"*^ Raucourt avaient été mis en jugement, à la suite des représentations de YAmi des Lois, et ils eussent succombé assurément si M. de Russierre, qui ne pouvait les sauver que par un moyen de comédie, n'avait soustrait le dossier de l'accusation au comité de sûreté générale, dont il se trouvait l'employé.

La rue, en fin de compte, n'a guère l'air d'être du xn'^ siècle. Mais elle comptait sous Louis XIV 42 constructions et 17 luminaires ; c'est approximativement le même nombre qu'à-présent. Une croix y surgissait près Saint-Eustache, au droit de la rue du Jour.

iBoUleVard Contrescarpe, rue Mazei,

XAGUÈRB

Contrescarpe-Dauphine, et rue Blainville,

NAGUÈRE

Contresearpe-8aint-illarcel. (i)

Feuillets d'histoire posthume pour les fortifications de trois anciennes portes de la ville.

Trois voies de communication portent encore ce nom de Contrescarpe qui nous rappelle d'anciennes portes de Paris, dont elles contournaient l'escarpe.

La porte Saint-Antoine, construite sous Henri II et que décoraient des sculptures de Jean Goujon, fut sacrifiée dès Tannée 1777 à la formation d'une petite place de la Porte-Saint-Antoine, fondue depuis dans celle de la Bastille. La mise en communica-

(1) Notice écrite eu 1859. La rue Contrescarpe-Dauphine était aussi imiirectement voisine de l'école de ^lédecine que lame ContresCc»rpe-Saint-Marcel du Jardindes-Plautes; leur accouplement, dû à l'identité d'origine et raaiiitenu par l'ordre alphabétique, n'a été dissous que depuis. Un médecin et un naturaliste de la première moitié de notre siècle sont maintenant leurs patrons respectifs. Seulement la lue Blainville a perdu ce qu'avait la rue Contrescarpe-Saint-Marcel entre la rue Mouffetard et la rue de Fourcy, maintenant Thouiu : retranchement qui profite à la rue du Cardinal-Lemoine, naguère des Fossés-Saint-Victor.

tion de la rue du Faubourg-Saint-Antoine avec la chaussée de Bercy rétrécissait le fossé de la Bastille, en 1781, et supprimait quelques échoppes, se donnant en location, pour lesquelles l'état-major de cette place-forte se contenta d'une légère indemnité, payée par le bureau de la Ville, L'alignement de la rue Amelot, qui se trouvait ainsi continué, avait reculé dans le fossé la contrescarpe du bastion détaché de la demi-lune de la Bastille. Mais plus encore de murailles et de fossés auraient été impuissants à défendre la forteresse elle-même contre le vent qui se déchaîna pour l'abattre. Il n'en restait plus que l'emplacement, dont Charles V avait agrandi Paris en élevant ce monument de défense, devenu celui des lettres de cachet. La rue sortie en 1790 de l'ancienne contrescarpe a un boulevard pour seconde édition, corrigée et augmentée vers la tin du règne de Louis- Philippe par l'édilité parisienne.

Une rue Contrescarpe-Dauphine ou de Saint- André s'était ouverte, dans la zone de l'enceinte de Philippe-Auguste, en aile de la porte Buci; on l'appelait néanmoins de la Basoche en 1636, c'est-à dire trente-six années avant qu'on démolît la porte, qui avait aussi bien cessé de s'ouvrir et de se fermer que la porte Saint-Denis à notre époque.

Cette rue courbe, sur le plan de 1714, accuse 10 maisons, qui sont les mêmes que de nos jours, et dès-lors elle se rétrécit sensiblement pour se planter, comme une corne, dans le flanc de la rue Saint-André-des-Arts. Des fenêtres h coulisses et à petits carreaux, voire même plusieurs œils-de-bœuf, ne dissimulent pas que le côté droit aura quelque chose à nous dire ; mais il semble que l'autre côté donne à choisir le siècle, avant d'y repoiter le curieux qui l'interroge. Par-là tournait avec la contrescarpe un séjour de Navarre, en marge rue Saint-

André-des-Arts. Il appartint à la reine Jeanne qui, tout en étant la femme de Phiiippe-le-Bel, conserva personnellemeat l'administration de la Navarre et de la Champagne, états qu'elle tenait de son père et qu'elle délivra à main armée de leurs envahisseurs. L'hôtel devint Buci ; mais c'est sans doute avant que Charles VII fit murer la porte voisine, dont Périnet-Leclerc avait livré les clefs, par trahison, aux troupes du duc de Bourgogne. Celte pénitence matérielle ne fut levée que par François l" pour la porte Saint-Germain, anciennement Buci. Les archevêques de Lyon ne nous semblent avoir pris possession de la résidence qu'au XVI""^ siècle. Plusieurs maisons contiguës à leurs grand et petit hôtels, renouvelés de celui de Navarre, ont appartenu aux mêmes prélats.

Quelque Notre-Dame de Fourvière, devant laquelle on se signait, rayonnait sans doute dans la niche en souffrance du n" 11. Le 7 n'est plus au rez-de-chaussée qu'une remise de voitures à bras et il n'en porte pas moins la tête haute ; ce matériel de petit roulage ne rappelle guère que l'auberge du Cheval-Blanc, qui a gardé tout à côté une physionomie si pittoresque, était sous Louis XIV un point de départ et d'arrivée pour les voyageurs, h. l'enseigne des Carrosses-d'Orléans. Au milieu du règne suivant, le service avait déjà dû s'améliorer; mais il y avait encore peu de voyageurs. Les carrosses et messageries de ce bureau desservaient Orléans, Vendôme, Bourges, Tours, La Rochelle et Bordeaux; il partait une seule voiture par semaine pour chacune de ces destinations ; le prix était de 96 livres pour Bordeaux, nourriture comprise, avec 6 sols de supplément par livre de bagages. Des bâtiments que vous voyez formaient leur carré sur une cour dès l'année 1652; mais ils dépendaient toujours de l'hôtel de Lyon, qui se maintenait principale-

ment rue Saint-André-des-Arts, d'après Gomboust. Par contre, un plan de 1743 ne marquait plus le même hôtel qu'en la rue Contrescarpe-Dauphine.

Le service général de la Poste aux Chevaux y remplaçait des services partiels de diligences quand M. de Veymerange fut nommé intendant des Postes et Relais. L'université de Paris avait joui d'un privilège de messageries et de postes, remplacé en 1719 par le 28""' de ce que rapporteraient les Messageries et Postes royales: part qui s'élevait d'abord à 120,000 livres et qu'avait dû grossir l'augmentation croissante du bail. Fallait-il pourtant que M. de Veymerange gagnât de l'argent! Il était si gros joueur que M. de Choiseul lui en avait retiré l'emploi de commissaire des guerres; mais la disgrâce de ce ministre avait permis à sa victime de revenir sur l'eau et d'obtenir, avant de prendre les Postes, jusqu'à l'inlendaiice de l'armée qui devait passer en Angleterre. Il n'en était d'ailleurs pas quitte avec M"'' Adeline, de la Comédie- Italienne, â moins de 10,000 livres par mois. Encore cette beauté à hôtel et â équipage osat-elle tromper avec un maquignon l'intendant de la Poste aux Chevaux ! Sa seule excuse était que le protecteur n'avait pas craint de marchander, pour le lui offrir, un attelage, qui n'avait été livré par le fournisseur que moyennant ce pot-de-vin en nature. Tout en taisant â Adeline l'honneur de croire que c'était par trop cher, M. de Veymerange rompit net avec elle.

Les murs du fossé de Paris avaient été doubles également et séparés l'un de l'autre par une contrescarpe près la porte Saint-Marcel. Messire de Fourcy, prévôt-des-marchands, reçut en 1685 l'autorisation de débarrasser la voie publique de cette porte, pour donner une pente plus douce aux abords des maisons qui se comptaient dèslors rue Contrescarpe - Saint - Marcel et qu'on

reprit en sous-œuvre, à 15 pieds de l'ancien niveau, en donnant une indemnité à leurs propriétaires. Sous Louis XIV étaient aussi comblés les derniers des fossés creusés depuis cinq siècles entre les portes Saint-Victor et Saint-Jacques, ligne dont avaient fait partie ceux sur lesquels régnait ladite rue.

Elle n'avait en ce temps-là que deux propriétés qui ressortissent du quartier de la place Maubert. Nous estimons celles qui répondent aux premiers chiffres impairs antérieures au changement de niveau opéré sous les auspices de Fourcy. Mais le 2, dont les étages font nombre, a dû s'asseoir sur la pente adoucie, ainsi que le 4 et le 6, aux constructions basses qui servent d'ateliers.

Le côté gauche de la rue commençait, en 1663, par les Deux-Aigles, maison et jeu de paume sous la même clef. Venaient après les Deux-Bouteilles, dont Michel Santeuil était propriétaire. Ensuite, le- Puits-Tartare, à Nicolas Bouvier.

Notre n° 7 appartenait à Claude Coustellier et se vendit plus tard, en 1740, à Baptiste Bouille, officier, dont l'héritier fut Michel Rouillé de Fontaine, conseiller honoraire au parlement. Un jeu de paume y était mitoyen avec le Puits- Tartare, au XVII I*^ siècle; mais d'autre part s'y rattachait, à l'angle de la rue MoulTetard, le cabaret qui avait arboré le premier une Pomme-de-Pin. Ce tournebride, qu'on ne regardait pas comme plus jeune que le mur d'enceinte, servait dans l'ancienne contrescarpe de salle d'attente aux domestiques, aux porteurs de chaise et aux montures des personnages qui ne faisaient pas à pied leurs visites de curiosité ou de famille au collège de Navarre ou à l'abbaye do Sainte-Geneviève. Rabelais, en en vantant les agréments, n'avait-il pas signé les lettres d'anoblissement d'une taverne, deveime bientôt celle de la Pléiade de Ronsard ? La même

invocation fut prise par d'autres cabarets, notamment par celui de la rue de la Juiverie qui se flattait de faire suite au premier, et où Racine, Molière, Chapelle, Lafontaine se réunissaient. Une autre buvette risquait la même enseigne à la Vallée-de-Misère, quai de la Mégisserie : c'était la Pomme-de-Pin des racoleurs. La bravoui-e en bouteilles se débita aussi, du temps de Louis XVI, chez un concie.ge du jardin des Tuileries, à l'extrémité de la terrasse du boid de l'eau : Pomme-de- Pin encore, Pomme-de-Pin! Et j'en passe. Étiquette, célèbre, à coup sijr, et qui méritait d'autant mieux de survivre aux révolutions que celles-ci ont multiplié jusqu'à l'abus ces sortes d'établissements, qui tendent à devenir aussi bêtes qu'on y avait de l'esprit quand ils restaient encore clairsemés ! De l'immeuble s'est retranchée son encoignure, qui n'a plus rien d'ancien que pour mémoire : une inscription eu lettres gothiques indique exactement la place qu'occupait le mémorable cabaret. Toutefois le dernier exploitant de ce fonds de commerce historique a cédé lui-même son enseigne à un marchand-de-vin, dont la boutique se trouve en face de l'inscription, grâce h une place qui n'a été formée qu'en 1853. Pierre Dupont fait acte d'apparition de temps à autre, comme un fantôme du curé de Meudon, dans cette buvette au vin parfumé de souvenances qui enorgueillissent le buveur et où une toile, en regard du comptoir, représente cette porte Saint-Marcel dont nous rappelions tout-à-l'heure l'exécution.

Le 15, qui plie sous les années, est aussi l'endroit où fait coude l'avant-bras de la rue Contiescarpe-Saint-Marcel, qui dépendait du quartier Saint-Benoît, pour 11 de ses maisons, peu de temps après l'aplanissemeut relatif de la voie. Les n"' 12, 14, 17 et 19 semblent d'un âge plus avancé que le 21, maison à quatre portes, et

que le 23, qui compte huit étages, dont cinq d'escalier à balustres, filature de coton sous le premier empire. A cette dernière propriété est contiguë une maison h façade percée d'une niche ; vers la fin du siècle précédent, un charpentier y demeurait. Plusieurs de ces immeubles faisaient corps, nous dit-on, avec la caserne de la rue Neuve-Sainte-Geneviève (i), annexe de la caserne de Lourcine ; mais on serait porté à les prendre de préférence pour un ancien couvent, et il nous revient d'autre part qu'une communauté de Sainte- Perpétue a siégé par-là.

Pas moyen de dire plus au juste à quel n" de la même rue habitait Catherine Théos, visionnaire exaltée, dite la Mère de Dieu. Un arrêt du tribunal révolutionnaire la fit exécuter avec dom Gerle, la marquise de Chatenois et Quéviemont, médecin du duc d'Orléans, le 27 prairial an n, d'après M, Girault de Saint-Fargeau. Mais M. Bouillet la fait mourir k la conciergerie.

(1) Maintenant rue Tournefort.

Rue de Coiircelles. (i)

Les Folies de-Chartres. — Autres Folies plus dissimulées. — L'hôtel Choiseul-Gouffier . — L'Hôpital. — La Princesse Borghèse. — Vers inédits. — Delorme. — La Princesse Mathilde.

Delille a célébré en vers les charmes du parc de Monceau, dont la dénomination rappelle seule un château habité près de Meaux par Catherisiu de Médicis. Les Folies-de-Gliartres, dont les fiais étaient faits en 1778, sur le territoire du village de Monceau, tout près de Paris, par le duc de Chartres, prince d'Orléans, plus tard Philipiie- Égalité, n'ont verdoyé lilléralement en ville ., ic quand les fermiers-généraux eurent ceint Paris iiu nouveau mur qui se convertissait en fossé .-iir la lisière de cet enclos princier , afin de ne pas gêner la vue, tout en gênant la contrebande. Terrain nu et aride, habilement tr^i usformé en un jardin anglais, où l'eau était amenée

(1) Notice écrite en 1859. La rue de Courrelles commençait seulement à être passée au crible. Trois voies nouvelles s'y faisaient déjà jour ; mais aujourd'hui elles sont huit : les rues de Labautue, Rembrandt, de Lisbonne, Muriilo. Van Dyck et de Viirny, le boulevard Hau?smaun, d'abord boulevard Beaujon, et l'avenue de la Reine Hortense, d'abord boulevard Monceau. La rue lardée par tatit de itercements s'est, de plus, élaigie à partir du boulevard Haussniann. Le paie Monce;iii, qui la longeait, s'est morcelé ; il n'en reste plus qu'un tiers, maintenant livré a» public, dont la rue Van-Dyek fait partie. Mais a'issi, dejiuis que la barrière est recu'ée, la rue rte Courcelles qui y (inissuit ab'^orlie la rue du même nom qui veiiait après, dans le hameau de Courcelles, et se pouisuiton conséquence jusqu.iux Fortifications.

en abondance, et ingénieusement accidenté sur un plan qui taisait honneur à l'imagination de l'auteur dramatique Carmontelle, que le prince avait pour lecteur. En parsemant de fabriques le paysage, cet ordonnateur avait su isoler avec art, afin de s'en montrer moins prodigue, nymphées, tombeaux, forts crénelés, obélisques, temples, pagodes, kiosques et grottes. La verdure séparait un château en ruines d'un moulin h vent hollandais, dont le souffle faisait frissonner desvignes plantées à l'italienne. Ces amoureuses du soleil, qui l'attendaient échevelées, en eussent mieux reçu les visites dans le pays dont elle suivaient la mode ; toutefois leurs pieds frileux n'auraient pas tenu à la chaleur d'une pompe îi feu, qui fonctionnait plus loin pour donner la vie de la nature aux aquarelles de l'afcum si merveilleusement réalisé ! Les pavillons étaient plusieurs : celui du prince, le bleu, le jaune, le transparent, le blanc et le chinois. Un temple de Mars et un bassin, disposé pour le bain, que des statues décoraient, se dégageaient, comme deux des principaux motifs, de la ritournelle des rochers, des caveines, des pyiamides égyptiennes, des ruines grecques et gothiques, des péristyles, des jeux de bagues, des rivières, des cascades, des balançoires et des jardins d'hiver. Comment vous dire toutes les pièces disparues de ce spectacle pittoresque, dont Carmontelle était le machiniste ! Dans ce qui reste on remarque la Naumachie, vaste bassin ovale, bordé d'une colonnade corinthienne, et un autre bassin, de marbre blanc, où figurait un charmant groupe. Houdon y avait représenté une femme au bain, derrière laquelle une autre femme, exécutée en plomb et peinte en noir, figurait une négresse, tenant d'une main une draperie, de marbre blanc également, et de l'autre main une aiguière d'or, dont elle

répandait, sur le corps de sa belle maîtresse, l'eau qui retombait en nappe dans le bassin.

Un décret de la Convention (tloréal an n) affecta les ci-devant Foiies-de-Chartres à divers établissements d'utilité publique. Puis on y remit quelques jeux en vigueur, en y donnant des bals d'été, qui ne furent pas longtemps suivis. Nfipoléon P'' gratifia de cette propriété Cambacérès, qui la lui rendit ensuite à cause désirais d'entretien que la jouissance en exigeait. Louis XVIIÏ la restitua à la famille d'Orléans, qui en fut légalement propriétaire jusqu'aux décrets présidentiels de janvier 1852, bien que la révolution de Février en eût fait précédemment le quartier-général de ses Ateliers nationaux.

Sur la rue de Courcelles, quels étaient les vi.sà-vis du duc de Chartres? Une tour pavoise le jardin du 77, disposé pour un grand seigneur, qui en fit sa petite-maison quatid les Folies étaient en quelque chose le palais de la spécialité. La sagesse ne passe pas davantage pour avoir séché les plâtres d'une villa qu'habitait derniè'"ement M, Nisard, de rAcadémie-''Fran(;aise, et que vient de réduire la formation d'un boulevïird Monceau. Le 61, autre cottage, fut acquis en 1848 des héritiers de M. Daingremont, officier supérieur, par M. Artaud, vice-recteur de l'Académie de Paris. Jusque-là rien qui fît absolument contraste. Mais le derrière de l'hôpital fondé en 1784 par le financier Boaujon était loin de renvoyer aux pavillons princiers du parc l'écho de leurs gaietés nocturnes. La chapelle et le jardin de l'hospice y ont leurs portes, et voilà celle d'une sorte de purgatoire pour les dépouilles mortelles, pondant le laps où ellrs peuvent être réclamées. Tout corps dont ne prend souci personne est attendu dans un amphithéâtre, où le lit de la clinique posthume est encore plus froid que l'alité.

Une succursale des écuries de l'empereur occupe d'anciennes dépendances des FoIies-de-Chartres, où l'on a supprimé depuis peu un corps de-garde. Là commençait naguère la rue de Chartres, qui s'était appelée de Mantoue depuis l'an vi jusqu'à la rentrée des Bourbons en commémoration de l'évacuation de cette ville par les Autrichiens (14 pluviôse an v). Mais avant que le prince y fût propriétaire, la rue de Chartres s'était quaiitiée chemin de Courcelles et elle avait fait suite à la rue de Villiers, dite de Courcelles en 1769.

Un bas-relief, qui est un antique, décore la façade du 40 depuis que cet immeuble et le 38 font deux pour le cadastre. M. le comte de Castellane achetait celui-ci, en 1838, de la famille du comte de Vichy, qui lui-même l'avait acquis, le 3 pluviôse an x, de François de Belle, général d'artillerie, et la division était postérieure à la Révolution. Tout appartenait donc, en 1792, à Jacques- Ezéchiel de Trémouille, conseiller du roi, nommé président de la cour des Monnaies en 1781; son beau-père, M. d'Émery, qui était mort porte-manteau honoraire du duc d'Angoulême, tils du comte d'Artois, avait fait élever l'hôtel sur un terrain à lui vendu par les héritiers de Lebouteux, maîirejardinier ; mais l'officier de la maison princière n'avait pas plus habité rue de Courcelles que son gendre, le président.

Il y a lieu de croire que leur propriété servait aux menus-plaisirs d'un personnage qui n'appartenait pas moins à la noblesse couronnée que le prince des Folies voisines et qui avait aussi plus d'une petite-maison. Preuve accablante : une chaise à bascule a été retrouvée dans les greniers, avant même que les médecins fissent usage de cette trappe mobilière dans leur cabinet de consultations. Fi l'horreur ! Un mari lui-même serait blâmé d'avoir recours, ne fût-ce qu'une fois, à l'expédient de

ruse et de violence qui sera permis au médecin, pour si peu que la même pudeur en revienne à ses hésitations du premier jour, D'Émery et Trémouille eurent ensuite pour locataire la marquise de Choiseul jusqu'à la mort de l'illustre duc du même nom, ancien ministre de Louis XV, puis le marquis de Gouffîer, mestre-decamp de cavalerie, et leur alliance fut scellée dans l'hôtel par la signature du contrat de mariage de la fille du marquis avec le comte qui, sous le nom de Choiseul-Gouffier, joua depuis !ors un assez grand rôle. Antonio de la Cerda è Veraa, marquis de la Rosa et de la Mota cie Treco, premier maître d'hôtel du prince des Asturies, succéda sur les lieux au marquis de Goutïier en l'année 1788.

La princesse Borghèse, sœur de Napoléon, occupa sous l'Empire le même hôtel, dont l'état délabré, en ce qui regarde le n" 38, attend encore sa propre restauration. On y remarque une salle-àmanger, qui a dû être tort jolie; les murs et le plafond en revêtent un paysage sylvatique, où des glaces figurent l'eau qui dort dans le lointain et où des nervures capricieuses, qui parcourent le cristal, jouent ie rôle de roseaux. Le jardin suisse sur lequel s'éclairait la pièce a été, par malheur, réduit et transformé en cour ; il en reste toutefois quelques arbres. Un beau portrait de Pauline Borghèse figure encore dans le plus grand salon, où d'autres portraits de la famille Bonaparte l'accompagnaient sous le premier empire ; il est signé Goubaud et daté de 1811. Ce millésime rappelle pourtant l'année où l'empereur exila de la cour cette même princesse Pauline, qui avait été loin de montrer des égards à la seconde impératrice. La même date se rapporte encore à une belle statue de Canova, modelée sur la princesse et qui fut envoyée au prince Borghèse, en Italie : seul rapprochement que celui-ci

38i> RUE DE COURCELLES.

crut possible ! Pauline se contentait alors de cette maison, faute de i'Élysée ; elle y recevait, comme au château de Neuilly, des gens de lettres ei des artistes, cour qui remplaçait l'autre, el le musicien Blangini y charmait d'indiscrets échos. La veuve do Mural, en 1837, revint en pi'lerinage visiter cette habitation, qu'elle avait IVëquentée du temps de sa sœur, Pauline; son émotion fut vive quand se rouvrit pour elle la porte de la chambre blanche, et des souvenirs assoupis se réveillèrent que ni l'absence ni la mort n'avait entièrement refroidis.

Sous la Restauration et sous Louis-Philippe, mais cl des dates ditférentes, cet hôtel de la rue de Courceiles servait encore de séjour : à la princesse de Cantacuzène, laquelle y épousa le marquis de Bedniar ; à Charles Dickens, le romancier anglais ; à sir Henry Lylton Bulwer, ambassadeur d'x\ngleterre à Constantinople, et au duc de Cambacérès. Mais ne dii'ait-on pas que les maisons subissent elles-mêmes une destinée? La mauvaise étoile de celle-ci a voulu qu'un maître-de-pension en fût dernièrement le locataire, pendant un certain nombre d'années. Le temps n'allait pas assez vite au gré des. jeunes élèves qui en dégradaient à plaisir fous les ornements intérieurs. On sait cet âge sans pitié !

Au n° 34 habite M""' Rousset, qui est nonagénaire. Les vertus et l'esprit de cette cousine du maréchal Moncey ont inspiré à M. de Saint-Geniès les vers suivants :

De vous garder longtemps l'espoir nous est permis. Pour conserver vos jours veillent des dieux amis, L'Esprit qui, toujours jeune, est toujours sûr de plaire,

La Grâce, unie à la Raison, L'Amitié courageuse, éclairée et sincère, La Boulé, qu'on chérit, la Vertu, qu'on révère,

Et le Bonheur, leur compagnon.

Ces habitants de la céleste sphère

RUE JDB COURCELLES. 3«7

Daignent rarement la quitter :

Ils viennent peu nous visiter.

Ainsi, votre présence au monde est nécessaire ;

Car ces aimables dieux, pour les représenter, Ont besoin de vous sur la terre Et vous ordonnent d'y rester.

Or le 34, le 32 et le 30 sont un groupe de charmants cottages tout empreints de villégiature, occupés par >!""= la duchesse douairière de Poligiiac, M. Edouard Thayer, sénateur, M. le comle Joachim Murât, député, M. Ulric Gutliuguer, homme de lettres, etc. M. le comle de Persigiiy a figuré également parmi les locèitaires de ces villas, situées au point de section du nouveau boulevard de Beaujon, qui va Taire disparaître les unes et déranger les dispositions prises par les autres. M. Delorme a l'ait bâtir presque toute cette cité ; le reste est de M. Belle, présentement arciiitecle du Théâtre-Italien,

Ce Delorme, ex-avocat au parlement de Nancy, fut pourvu, â ce qu'on dit, d'un litre de marquis, sans le porter davantage que M. Thiei-s son titre presque inconnu de baron, et le moyen de lui en vouloir de cette abstention peu commune! Il édifia en 1808 la galerie qui perpétue sou nom dans un autre quartier el pour la construction de laquelle il utilisa les matériaux du château de Villegénis, qu'il jetait bas pour le refaire kneuf et puis le vendre au prince Jérôme. L'ancienne salle-de-spectacle de la rue de la Victoire fui achetée en 1816 par le même spéculateur, puis démolie et remplacée par un immeuble de grande importance, où depuis lors s'exploitent des bains. Il avait affiché ses opinions politiques en choisissant son jour, le 21 mai 1815, pour otîrir à la Pairie une rente de 6,000 francs, avec le sacrifice de sa personne, et d'autres libéralités prouvaient que ce galant homme était aussi un homme galant. Il

résida dans le plus grand hôtel de la rue de Cv)ui'celles, avec le marquis de Tamisier, dont il éiuit le beau-père, et il y eut pour successeur le, général Herrera, ex-président de la République du Pérou. La reine-mère d'Espagne, Marie-Christine, Cl a fait son palais sous Louis-Philippe, puis S. A. f. la princesse Mathilde. L'immeuble avait coûté un million à Delorme, et la reine l'avait obtenu à moitié prix : l'empereur actuel l'eut pour 800,000 fr. et il en dota sa cousine, qui habitait d'abord le n° 12 de la rue.

Si nous passons ici le n° 16 et la pension y établie, c'est que nous en avons parlé suffisamment dans notre Histoire du Lycée Bonaparte, collège dont les cours sont suivis par les élèves de ladite pension.

Rue des Coutures-Saint-Gervais. U]

Les Coutures. — L'École-Centrale. — Les Mémoires salés. — M. Le Camus. — M. de Villeroi. — La Camargo. — L'Archevêque de Paris.

La rue des Goutures-Saint-Gervais s'ouvrit en l'an 1620, ainsi que celle Saint-Gervais, sur les cultures des religieuses hospitalières de Saint- Gervais, marais qui avaient fait partie d'un clos Saint-Ladre et de la Courtille-Barbette. Mais la rue Saint-Gervais fut dite aussi des Morins, parce qu'elle conduisait à des chantiers qui étaient en la possession d'une famille pareillement appelée, et l'autre portait en 1653 le pseudonyme de rue de l'Hospice-Saint-Gervais.

Des hôtels de robe courte et des maisons bourgeoises du xvii« siècle occupent tout un côté de ladite rue ; deux de ces propriétés ont dû se rattacher, corps-de-bûtiments latéraux, aux hôtels Caumartin et Villedo, qui sont visibles rue Vieille-du-Temple sur le plan dressé par Gomboust, mais que remplace dans celui de Turgot uniquement l'hôtel d'Épernon,

De l'autre côté, un petit palais se cache, dont le Magasin pittoresque a parlé plus sciemment que kîs livres spéciaux sur Paris ; en celle propriété de M, Roussilhe siège depuis 1830 l'école centrale des Arts-et-des-Manufactures, après une pension de l'Université. L'angle de la rue Vieille-du-Temple conserve des pans de maison sans rapport ar-

(1) Notice écrite en 1859.

chitectural avec les constructions de l'école Centrale, auxquelles ils se trouvent contigus depuis la naissance presque de la rue ; mais ils appartenaient sans doute aux dames de Saint-Gervais plus anciennement. On remarque eu effet à cette encoignure, sur un ancien plan de Paris, une sorte de galerie de cloître ; la chapelle du grand hôtel paraît y occuper l'angle opposé, du côté de la rue Thorigny.

Le Tableau de Paris dû à Saint-Victor commet une petite erreur en rapportant au coin de la rue Culture-Sainte-Catherine l'hôtel Salé, attendu que le voici bien, converti en école Centrale. On a déjà décomposé le grain de sel qui lui valait le surnom qu'il conserva jusqu'à la grande révolution, car ce n'était pas un nom propre. Le traitant Aubert de Fontenai faisait bâtir en I606 cette maison splendide sur une portion de la culture Saint-Gervais, et comme il en coûtait fort cher à cet intéressé dans les gabelles, qui bénéficiait notamment sur l'impôt du sel, il avait cherché à s'en consoler par un bon mot : — Ah, quel hôtel salé !

Qui fuerant dulces, salibus vilianlur amans.

On ne connaît pourtant le nom d'aucun des artistes distingués qui ont coopéré à l'œuvre. L'entrée par la rue Thorigiiy est magistrale ; une lielle page d'architecture sert de façade sur le jardin, et le verso lui-même vaut la photographie. Des colonnes corinthiennes décorent aussi les cours ; un escalier royal est paré de sculptures superbes ; une salle dite de Jupiter et d'autres pièces montrent de belles peintures, parmi lesquelles sont des originaux, tels qu'un Enlèvement cC Europe, une Diane et un Jupiter: toutes ces merveilles vouées à l'incognito, comme si elles revenaient de Pompéï, nous prouvent, une fois de plus, qu'avant le grand interrègne des traditions du goût

et de bien d'autres, dans notre ville, on ne comptait pas les chefs-d'œuvre.

Cessionnaire d'Aubert de Fontenay, Le Camus était secrétaire du roi ; il put même devenir l'un des présidents aux Aides de sa famille, qui fournit aussi un lieutenant-civil et un cardinal. Leur auteur, d'abord porte-balle, avait fait de petites affaires avant de se lancer dans les grandes : de son temps, une Le Camus avait épousé Particelli d'Émery, trésorier de l'argenterie du roi. Est-ce à un membre de leur famille qu'il convient d'attribuer le chiffre A. C, qui se répète dans l'ornementation locale ?

Des deux maréchaux de Villeroi, celui qui prit la place du susnommé était l'époux de Marie- Rénée de Montmorency-Luxembourg et le gouverneur de Louis XV.

Le comte de Melun habita, h son tour, probablement l'hôtel, sûrement la rue. Il y amena, dans la nuit du 10 au 11 mai 1728, deux jeunes pensionnaires que l'on aurait cru d'un couvent, mais qui l'étaient déjà de l'Opéra, bien que victimes d'un rapt tout-à-fait pur de leur complicité. L'aînée, qui avait 18 ans, résistait depuis quelque temps à une passion que M. de Melun disait plus exclusive. Cette D"'' M. A. Cuppi, dite Gamargo, qui devint célèbre et que chanta Voltaire, avait pour père un gentilhomme espagnol ; les premiers galants qui s'étaient présentés avaient eu maille à partir avec l'hidalgo, qui apprenait bon ou mal gré à ne plus demander raison aux amants de ses filles que du refroidissement ou de l'abandon dont elles se plaignaient à dessein. D'après les chroniqueurs enragés contre la noblesse. M"*' Caraargo avait quitté tout de suite l'hôtel de Melun avec indignation ; mais il ne serait pas impossible qu'elle eût pardonné jusqu'à un affront indirect, en demeurant plus longtemps encore la maîtresse

du champ-de-bataille que celle du vainqueur par surprise. Ne remarquez-vous pas que l'A et le C pourraient être les initiales de cette victime consolée? D'ailleurs, plutôt que de souffrir une injure sans réparation, elle-même mettait les armes à la main. Quelque mâle que fût h l'occasion le courage de cette amazone de l'Opéra, elle avait aussi le cœur tendre ; mais quand elle aimait réellement, c'était k l'espaguole. Son prince du sang, car il en faut bien un à une princesse de théâtre, fut Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont. Le président de Rieux figura aussi au nombre des amants attitrées de la Camargo ; mais elle lui préféra si ostensiblement le chanteur Jélyotte que le rival sacrifié en reprit sa poulette Mariette. La retraite commença pour la danseuse en 1751, avec 1,100 livres de pension.

Si c'est bien le boudoir de la Camargo qui devint le cabinet de M^' Lecierc de Juigné, auchevêque de Paris, quel contraste ! Le grand hôtel se transforma incontestablement, mais pour peu de temps, en palais arcbiépiscopal dans l'une des dix dernières années de l'ancienne monarchie. L'escalier fut tendu en velours, couleur de pourpre, comme dans l'attente d'une dignité de plus pour le prélat, que Pie VT ne fit pourtant pas prince de l'Église. Du passage de Sa Grandeur, pour si honorable qu'il fut, les œuvres d'art ne gardent que trop de traces ; des artistes promenèrent, par son ordre, le bout de leurs pinceaux sur les nudités de la peintuie, pour y tendre une gaze pudique, voile abaissé par d'impérieux scrupules avec des regrets transparents, mais que l'art en demi-deuil porte comme un crêpe ! En sa qualité de député, M. de Juigné assistait à l'Assemblée des États-Généraux du 24 juin 1789, à l'issue de laquelle on cribla sa voiture de pierres. Le marquis de Clermont-Saint-Jean, à la famille duquel il était

allié, l'accueillit en Savoie quand les mauvais jours devinrent pires.

Dans l'hôtel s'entassaient alors des livres qu'on avait pu sauver de la bibliothèque du ci- devant archevêque et de celles de plusieurs couvents du quartier. Ce dépôt ensuite se versa h la Bibliothèque de la Ville.

Rue du Croissant, (i)

Les Falots de VOpéra. — M. David. — Les Colbert. — L^ Hôtel de Mars. — Maison Badin. — Ce quêtait la Rue avant 1739. — 1760. — Le Tripot. — V Hôtel d'Avaux. — Le Cimetière. — Molière et La font aine.

Le théâtre de l'Opéra, pour lequel fut construite, sous le règne de Louis XVI, la salle de la Porte- Saint-Martin, donnait alors des bals comme àprésent, amusants d'une autre manière, mais n'en ayant que plus de raisons d'être ; moins animés, mais tout aussi coliue ; moins petite Bourse des amours, car l'oftVe y devançait la demande, la grande affaire étant de plaire et de se faire regretter tin courant ! Tiipot de galanteries clandestines, où le bon mot, le rire et le sourire, ces trois signes de belle humeur, servaient de fiches h marquer les points ; où l'enjeu profitait de l'incognito du masque pour grossir ou pour s'amoindrir à volonté ; où les parties se jouaient toutefois au pair, avec les mêmes règles des deux paris, après que les cartes eussent été bien mêlées de ce qu'on' nommait encore les bonnes fortunes ; où enfin le caprice et l'esprit luttaient à l'aventure contrôles réputations toutes faites, dominos diurnes qui donnent le change, autant que les dominos du bal, sur le mérite personnel ! Ce n'était pas le samedi, c'était le dimanche qu'avait lieu le bal de l'Opéra, toutes les semaines, depuis la Saint-Martin jusqu'à l'Avent et depuis le jour des Rois jusqu'au

()) Notice écrite en 1859.

carême, outre les jeudi, lundi et mardi-gras. On y allait masqué ou non ; le prix d'entrée était de 6 livres ; les portes s'ouvraient à 11 heures, elles se refermaient à 6. Les carrosses de maître, les fiacres et quelques chaises h porteurs faisaient bien sentinelle dehors, pour protéger à la sortie contre la fraîcheur matinale l'ivresse qu'avaient produite les intrigues, la raillerie, le rire, la chaleur, la poussière et un va-et-vient prompt à changer de bras, de conversation et d'illusion. Il y avait aussi à la porte, comme à l'issue de tous les spectacles, un certain nombre de falots. On appelait ainsi des porteurs de lanternes numérotées, qui se chargeaient, quand manquaient les voitures, de reconduire les gens à domicile, jusqu'au palier de l'étage qu'ils habitaient, moyennant une rétribution variant selon l'heure et la distance.

Un de ces officieux lampadaires, en ramenant rue du Croissant, par une nuit du carnaval, M. David, un chevalier de Saint-Louis, ancien gouverneurgénéral des îles de France et de Bourbon, l'escorta ponctuellement jusqu'au seuil même de son appartement, accepta sans réplique une pièce de 24 sols. Le lendemain seulement, M. David, bien que son âge tournât le dos à celui des étourderies, s'aperçut que sa montre était restée dans les mains du falot, qui l'avait aidé au départ à se draper de son manteau, et le froid ou la mauvaise humeur, peut-être aussi le contre-coup de quelque déception au bal, l'avait empêché de prendre garde au numéro de la lanterne. De courir néanmoins chez son ami le chevalier Duboys. commandant de la garde de Paris et chevalier du guet. — Mais, mon cher, lui dit celui-ci, le mal est sans remède. Je ne peux pas faire arrêter tous les falots, pour en pendre un que tu ne sais pas désigner, el les bourgeois attardés m'en voudraient si j'allais les priver, ce soir, de leurs réverbères ambulants. — Avoue

plutôt, reprend le plaignant, que tous ces porteurs de lanternes sont des espions de police qu'on ménage. Pourquoi ne pas les choisir honnêtes? — Tu en parles à ton aise, réplique alors le chevalier du guet ; mais où trouver un honnête homme qui se fasse mouche par dévouement?

L'ancien gouverneur colonial, victime de cette petite mésaventure, possédait un fort bel hôtel. Il était d'une maison anoblie à Salins, ou d'une maison du Midi de laquelle faisait partie Alexandre- Alphonse-Joseph, dit le marquis de David, fils de David, comte de Saint-André, puis de Beauregard, et dont les armoiries à allusion biblique comportaient une harpe d'or, avec ces mots : Mémento nomine David. Par contrat du 30 décembre 1770, Jeanne David, fille du gouverneur, avait épousé Louis-Henri-François comte de Colbert, lieutenant aux gardes-françaises, puis lieutenant du roi au comté de Nantes et second fils de François Colbert, marquis de Chabanais, mort maréchal-de-camp en 1765. Il est probable que le père de la comtesse avait connu le marquis de Beauharnais, gouverneur et lieutenant-général pour le roi de la Martinique et autres îles ; ce qui put valoir dans la suite à sa famille la protection de Bonaparte, pour rentrer en possession de cet hôtel et d'autres biens confisqués à l'époque de la Révolution. Pourtant Stofflet, qui avait été le garde-chasse d'un des frères Colbert, demanda lui-même, pour faire sa paix avec la République, en 1794, que son ancien maître recouvrât ses héritages légitimes ; de plus, presque tous les petits-neveux du ministre de Louis XIV servirent vaillamment l'Empire. L'un des cinq héritiers de Jeanne David, veuve du comte de Colbert, s'appelait Pierre-David de Colbert, lieutenant-général des armées du roi ; un autre, Louis-Pierre-Alphonse de Colbert, passa maréchal-de-camp en 1814.

Quant à l'aide-de-camp de Napoléon I", qui le fut ensuite de Louis-Philippe, il occupait encore sous la Restauration l'hôtel qui a gardé son nom et que, pour mettre ordre à ses affaires, il vendit, en y demeurant comme locataire. Le baron Louis, ancien ministre, occupait un appartement sous le même toit. Dans cet immeuble, que mesurent deux escaliers à ferrures de l'autre siècle et qui replie chaque matin sur lui-même les deux battants d'une porte colossale, fut fondé un journal, dont le premier numéro parut le 15 juillet 1836 ; la présente notice sur la rue du Croissant voit le jour dans cette feuille, le Siècle, dont les bureaux sont encore là, ainsi que ceux du Charivari.

Un sieur Duval était propriétaire, avant la fin du règne de Louis XV, des constructions auxquelles ont succédé, aux n°' 12 et 14, l'immeuble où s'imprime la Patrie. M. Preissac de Marestang, dit le vicomte d'Esclignac, époux de Charlotte de Varagnac et fils du marquis de Gardouch, disposait de la maison voisine au même temps ; l'enseigne de cet hôtel de Mars, à l'usage des voyageurs, remonte nécessairement a une époque où l'école romantique des poètes et des peintres n'avait pas rendu le paganisme ridicule : les dieux et les demi-dieux qu'on invoque depuis lors ne sont-ils pas encore plus ballottés qu'autrefois, mais sont élus à d'autres scrutins ?

Un gros propriétaire, M. Badin, signe aujourd'hui les nombreuses quittances de loyer du 8, où M""^ Bouillet a précédé le sieur Cadet, dans le siècle d!avant, à l'enseigne du Nom-de- Jésus, laquelle était aussi celle d'un magasin de nécessaires tenu dans la galerie de Valois par le même Badin sous la Restauration. La demi-lune ménagée à l'entrée de cette ruche de petits ménages est marquée sur le plan de 1739, où la maison figure avec jardin, mais où n'est nullement indiquée

l'échancrure pareille de l'hôtel Colbert. Les plans des années 1707 et 1717 ne fortifient eux-mêmes la rue qui nous occupe que d'une seule de ces innocentes demi-lunes, facilitant dans les rues trop étroites la circulation d'une voiture. Gomboust, en 1652, ne fait voir qu'un jardin, suivant le cours de la voie à une distance suffisante pour que des maisons le précèdent ; mais celles-ci ne sont nullement accusées. La rue portait déjà, l'an 1612, son nom, qui lui ^-enait d'une enseigne ; les livres sur Paris en conviennent, mais leurs découvertes se restreignent, rue du Croissant, à ce trop peu de documents. Pour en vérifier la valeur, nous avons comparé l'enceinte de Paris sous Charles V à celle de Paris sous Henri IV, et le fait est que le sol de la rue, laissé hors de ville par la première enceinte, y fut incorporé par la seconde.

Voici, du reste, quels étaient les propriétaires de notre rue, du côté de celle des Jeûneurs, il y a à-peu-près 150 années:

Claude de Mesmes. comte d'A vaux, marquis de Givry, trois maisons, dont il avait occupé au moins une. — Ferdinand. — L'abbé Diitot. — Caboué, propriété ayant de la profondeur. — M'^" de la Haye. — Perrichoo. grande propriété. — La Suze. — Fouei, brodeur. — • M^e Bouillet. — Dezègre, marbrier-

Dès 1739 étaient en façade sur la voie, tels que nous les voyons encore, les n"' 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 16, 18, 20 et 22. Los sieurs Cardinal et Desnoyers payaient, un peu plus tard, droit de cens à l'archevêque de Paris pour le 6 et le 4, actuellement divisés en deux petits hôtels-garnis, et pour le 2, dont le devant est vieux et bas avec une grande porte. Le 1 et le 3 sont le flanc gauche du ci-devant hôtel de Chalabre, mis en loterie sous la Révolution et qui donne rue du Sentier. Le 5, fier d'une rampe en fer, d'un mascaron et

d'une prestance qui sent toujours le tiers-état, appartenait à un bourgeois, le sieur Guyot, et logea Baculard d'Arnaud, grand romancier, qui épousait en 1767 M"« Chouchou, marchande de modes. Le 7, ouvrant rue Saint-Joseph, a gardé à ses fenêtres les grilles d'appui du temps de M. de Varagnes, dont la propriété formait équerre sur un jardin, remplacé aujourd'hui psr une maison moderne. A l'encoignure de ce n° 7 commence l'élargissement de l'ancienne ruelle du Croissant, notre rue.

Le président Massu, contemporain de David, avait le n° 18, qui devint, sans qu'il y fût pour quelque chose, un tripot où se jouaient la belle et le biribi. M. de Pressigny, fermier-général, était le second voisin du président ; mais on entrait dans sa propriété principalement par la rue des Jeûneurs. Quant à l'ancien hôtel d'Avaux, immeuble en partie double, il appartient en ce temps-ci à deux propriétaires différents, bien que l'issue en soit une. Il y avait déjà division en 1769, car le fond appartenait à M. Gamont et le devant, faisant angle, h M. Zilgens, dit Eclair, qui eut pour héritier son fils, un avocat au parlement. Un café se tient à ladite encoignure depuis assez longtemps; lorsqu'on en refit la devanture, en 1852, on retrouva intacte, sous la boiserie, une affiche qui annonçait encore, mais un peu tard, une vente pour l'un des premiers jours de 1784. Sur M. de Manneville, émigré, fut saisie la portion de cette propriété que M. Gamont avait eue. Or damoiselle Charlotte-Jacqueline-Françoise de Manneville, cousine de la duchesse de Rochechouart, avait épousé, en l'année 1754, Colbert, comte de Maulevrier ; cette comtesse de Colbert était de la famille des Manneville, gouverneurs de Dieppe. Il vivait, d'autre part, un Jean- Robert Gosselin de Manneville, chevalier de Saint- Louis, en 1766.

Il n'y a plus que deux immeubles à caractériser par des révélations sur leurs antécédents. M. de la Planche en était propriétaire à l'autre coin de la rue Montmartre. A l'église Saint-Eustache appartenait le cimetière Saint-Joseph, qui venait après. Moyennant échange, le chancelier Séguier céda, en 1625, à Saint-Eustache, dont il était le premier marguillier, un grand terrain de la rue du Croissant à celle Saint-Joseph, où il fit construire une chapelle, dont il posa, seulement quinze ans après, la première pierre, bénite par le curé Etienne Tonnellier. Médiocre était l'architecture de cette petite église, qui n'avait ni fonts baptismaux ni saint-ciboire ; mais, si l'on n'y baptisait pas, en revanche &n enterrait des morts à l'ombre de son édifice, qui, avant d'être jeté bas, devint le chef-lieu d'une section pendant la République.

La dépouille mortelle de Molière reposait dans ce cimetière, en vertu d'un permis d'inhumation signé en 1674 par M. de Harlay, archevêque de Paris ; on croit même qu'à côté de Molière gisaient les restes de Lafontaine, ce qui depuis a été contesté. Néanmoins, avant d'établir le marché Saint-Joseph à la place de l'église et de l'asile mortuaire du même nom, l'autorité chargea des commissaires de relever les cendres des deux poètes, qu'on déposa au musée des Petits-Augustins et qu'en 1816 on transféra au Père-Lachaise : muette odyssée, qui ne séparait pas les deux compagnons de voyage ! La mort accouplait deux grands noms, conviés ainsi que l'un par l'autre au banquet de l'éternité, ici-bas promise au génie comme aux âmes dans un autre monde.

Rue Croix-des-Petits-Champs.

Comment se rajeunissent les Maisons. — Le Bureau de Z'Union, — Le Moulin. — 1710. — Hôtels. — Malherbe. ■ — Hôtelleries. — Le C^ de Lussan. — Le Duc de Gesvres. — La Plaisante du Roi. — Le Ministre de la Marine. — M^'^ d'Étiolés. — Les Maisons de Filles. — Les Luthiers. — Guerhois. — Les Petites- Affiches. — 1780. — La Croix. — Le Corps-de-Garde.

On a fait fi de l'amidon en poudre, dont la neige cachait celle des années sur la tête d'un père, quand elle s'accommodait comme la tête de son fils, qui lui-même eût paru trop jeune à ne pas suivre cette mode. L'usage de se poudrer tendait pourtant à établir l'égalité de l'âge, qui serait plus précieuse que toute autre. Les femmes à cet égard ont presque toutes un esprit révolutionnaire. Les maisons qui, comme elles, cherchent à se rajeunir, commencent aussi par la tête. Ne se coilfent-elles pas d'un ou de plusieurs étages qui les grandissent, sans recourir aux échasses ? Fort heureusement M. Rousseau, qui, rue par rue, mesure toutes les façades, croit ne blesser aucune bienséance en nous dénonçant celles qui portent perruque.

Par exemple, on a surchargé une maison fort originale, au coin de la rue de la Vrillière et de la rue Croix-des-Petits-Champs ; autrefois elle finissait au second étage, dont le joli balcon borde les bureaux de Y Union, feuille à la rédaction de laquelle nous ne sommes pas toujours étranger. Le ministre Portails ayant constitué un majorât

iOÎ RUE CROIX-DES PETITS CHAMPS.

appelé à se perpétuer dans sa famille, cette propriété y est inféodée. Le plan, exécuté dès 1733, en avait été donné par Pierre Desmaisons, chevalier de Saint-Michel, memhre de l'Académie ; mais Leduc, son confrère, était auparavant propriétaire au même endroit. Hébert disait de la maison dans VAimauach de Paris pour l'année 1780 : « Elle forme une encoignure en tour ronde accompagnée de deux trompes ; la proportion de son ordonnance et la hardiesse de sa construction ont mérité l'approbation générale. »

La rue Croix des-Pelils-Champs, ainsi nommée dès le xiv^ siècle, ne s'était prolongée jusqu'à la place des Victoires, quand le maréchal d'Aubusson de la Feuillade avait créé celle-ci, qu'en prenant de son côté la dénomination d'Aubusson, qui ne dura pas. En 1615 un moulin évoluait encore entre la rue Coquillière et le sol de ladite place occupé par l'hôlel d'Émery ; l'ancienne butte de ce moulin, au lieu de s'aplanir, servit de niveau à une élévation de terrain qui, comme toujours, causa des préjudices, en encaissant le rêz-dechaussée des maisons d'alentour et en laissant planter comme dans un grand fossé le jardin du Palais-Royal.

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