‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 73 sur 99 · Î RUE CORVISART, ETC · texte numérisé non relu

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guère; les cadres de l'effectif sont à remplir tout le long de l'ancien jardin des Cordelières, et il y a d'autres lacunes pour témoigner de la même prévoyance.

En revanche, le 52 est une construction à plusieurs corps, qni donne aussi sur le Boulevard, flanquée d'un clos par-ci et d'un jardin anglais par-là. C'est un ancien hôtel Neubourg, déjà visible sur le plan de Turgot du côté de la rue Croulebarbe; le terrain pour le moins en avait dépendu du clos Payen. D'autres Neubourg que la famille palatine de Bavière, devenue électorale en 1685 et issue de la maison ducale de Deux- Ponts, ont pu jouir de cette villa suburbaine. La bonne femme qui en dispose depuis la première république a commencé, sous la Restauration, à y blanchir le linge des Hospices, et la même buanderie coule toujours ses lessives.

Avcuuo des Cliaiups-Ëlysées. (i)

Notes pour empêcher de les confondre avec ceux dont la Fable fait le séjour exclusif des âmes vertueuses.

En 1648 Marie de Médicis crée, sur d'anciennes cultures de maraîchers, la promenade du Coursla-Reine, que d'abord ferment des fossés et des grilles. Veis 1670 se plantent les quinconces, ainsi que la grande allée du Roule, dile depuis l'avenue des Champs-Elysées. Au Rond-Point se jette le pont d'Antin sur un égout, en l'année 1719, et la promenade h. cette époque sert toutes les nuits de repaire aux déclassés, qui n'ont pas encore la ressource de se mettre révolutionnaires de profession. Malheur aux petits bourgeois de Ghaillot qui s'y attardent! Les arbres cachent nuitamment des bras crochus, qui agrippent le passant, l'entraînent et le fouillent au moins jusqu'aux chausses; quelquefois même l'allée des Veuves (2) en fait réellement une de plus. Toutefois il se suit bientôt dans le faubourg Saint-Honoré des hôtels qui projettent sans interruption un cordon de jardins sur l'avenue Gabriel, cette lisière des Champs-Elysées, et l'hôtel d'Argenson, séparé de l'Elysée-Pompadour par l'avenue Marigny, contribue, avec un petit nombre d'autres hôtels, avec le Colisée, avec la Folie-Beaujon et avec la Folie Marbeuf, à border du jardins particuliers ce parc de tout le monde aux grandes allées,

(1) Notice écrite en 1859.

(2) Ayenue d'Antin.

aux carrés disposés pour les jeux de paume, de quilles et de ballon, dont les abords sont embellis pompeusement par Louis XV. Un monument en l'honneur de 31arat et de Le Peletier y surgit, sous la Convention, mais tombe avec la tèle de Robespierre. Puis la placée Louis XV, devenue place Louis XVI h titre d'expiation, et l.es Champs- Elysées se trouvent concédés ù la Ville par Cliarles X, mais à la condition qu'elle y dépense d'abord 2,300,000 francs.

A ce prix-là se sont régularisés des alignements, rajeunies des allées et aplanies des inégaliiés, sur toute l'étendue de la promenade, en même temps tjuc s'améliorait la viabilité de l'avenue qui la partageait en deux. Mais c'est la révolution de 1830, et non pas la première, qui en a fait un lieu relativement siîr h la lueur des réverbères ; jusqu'alors il fallait être brave et bien armé pour y passer à minuit avec sécurité. Là pourtant commençaient et finissaient, depuis la première pousse, toutes les réputations qui tenaient essentiellement h l'équipage, comme si elles mangeaint au même râtelier, et les amours y menaient déjà ce train. LeLongchamps de la mode s'y prolongeait d'une semaine-sainte à l'autre et s'y prolonge encore pour des pèlerines et pèlerins mondains, dont les révolutions n'ont fait qu'accroître le nombre. Seulement un palais de l'Industrie, des théâtres, des cafés, des parterres, des jets d'eau décorent et animent la promenade qui, depuis l'Exposition universelle, a perdu le caractère d'un spacieux boulevard parisien, pour devenir en plein air le caravansérail du monde entier. Quand l'avenue fêtait la saint-Charles ou la saint-Louis, il s'y dressait des pavillons du haut desquels saucissons et poulets se jetaient à la foule, pour laquelle des fontaines de vin coulaient en bas. La saint- Napoléon fait autrement ses libéralités ; mais rien

n'estcompaiable à ses resplendissantes illuminations, qui n'attirent pas aux Champs-Elysées que des badauds de leur pays. Malgré cette extension internationale, il y aurait vraiment ingratitude à oublier que l'Elysée, le Golisée, Beaujon, Marbeuf et d'autres jardins d'hôtels avaient déjà donné sous l'ancien régime, avec la Seine, leur magnilique encadrement à l'ancien Cours-la-Reine.

Par delà le Rond-Poinl, deux lignes d'hôtels luxueux, mais ceux-ci de ( réation moderne, font conduite à l'avenue, dite précédemment de Neuilly, jusqu'à la barrière de l'Étoile, qui est menacée elle-même de reculer jusqu'au Bois-de-Boulogne. Ce quartier de Paris devient, et comment en douter? le faubourg Saint-Germain du règne de Napoléon III.

Deux constructions anciennes, y faisant exception, appartenaient aussi aux rues d'Angoulême (i) et de Berri; nous en parlons dans les notices affectées à ces rues. M"'' Contât habita l'un des deux hôtels, avant le comte de Marescalchi, ambassadeur d'Italie. L'autre fut édifié pour la fine M'"" de Langeac par Chalgrin, et Barthélémy y peignit le plafond du salon qui donnait sur ce qu'on appelait alors le Grand- Cours. Chalgriii, architecte de Louis XVI et de Monsieur, comte de Provence, aimait éperdùment sa femme ; cette passion tout-à-fait légitime, mais qu'il n'était pas de mode au xvni*^ siècle d'afficher, donna lieu au jeu de mots que voici : sans l il n'y aurait que chagrin.

Vis-à-vis se projetaient les jardins de Chaillot, formés par M. de Janssen, homme instruit, bienfaisant et philosophe, qui était baronnet anglais et qui mourut à un âge avancé le 2 décembre

(1) La rue d'Angoulême-Saint-Honoré est acluellement de Morny.

1780. On remarquait dans son vaste enclos, quand M'"*' de Marbeuf en prit possession, un saule de Babylone au tronc de 84 pieds de circonférence. Le comte de Choiseul-Gouttier, favori de l'impératrice Catherine, acheta le jardin Marbeuf et y réunit des curiosités monumentales, qu'il avait recueillies dans son ambassade à Constantinople, L'arbre qu'on y admirait alors était un cèdre du Liban, contemporain de celui du Jardin-des-Plantes. Converti en jardin public par ordre de la Convention, l'ancien Marbeuf devenait Idalie; un hyppodrome y fut même disposé. Puis des maisons remplacèrent les taillis, dans un quartier nouveau, qui s'agrandit ensuite aux dépens du Jardind'Hiver, ciéalion du règne de Louis-Philippe.

On pourrait croire que l'hôtel qui porte le chiffre 44 date de la fin du siècle précédent; mais le docteur Villette, acquéreur d'une portion du Colisée, y a fait bâtir cette maison au commencement de la Restauration. Postérieur encore est un petit hôtel que possède, près la rue d'Angoulême, la baronne de Montalleur, y succédant à l'architecte Ducret, qui l'a bâti.

Au 70 un marchand de chevaux s'est établi sous le premier empire, et jusque-là les maquignons passaient sans s'arrêter dans les Champs-Elysées. La belle pelouse que laisse voir la grille du 74 ! Une pension de garçons y était tenue, sous Charles X, par Pierre Blanchard, qui écrivait et publiait des livres pour les enfants ; au même endroit avait été transférée précédemment la pension de demoiselles que dirigeait M"»" Campan, auteur d'un Traité de VÉducation des Demoiselles et de mémoires sur Marie-Antoinette. Et, comme si ce n'était pas encore assez de titres à la spécialité de la littérature d'éducation, Bouilly, des Contes à ma Fille^ et la famille du poète Legouvé fréquentaient aussi la maison. La large porte du 78 ouvrait sur

l'hôtel d'un prince régnant, le duc de Brunswick, avant qu'une révolution lui enlevât l'exercice de la souveraineté. A ce prince succéda, comme propriétaire, M. le comte de Caumont-Laforce, aujourd'hui duc, et qui s'est fait construire un autre hôtel en face de l'ancien jardin Beaujon. Le 99 et le 101 ne remontent guère qu'au commencement du présent siècle. A la place du 109, qui appartient à la rue du Château-des- Fleurs aussi et à la rue des Vignes (i), il s'élevait, sous Louis XVI, un bâtiment dont il reste un corps par-derrière, et une échoppe k bière y aliénait, que fréquentaient en ce temps-là les habitués du promenoir de Chaillol. On appelait ainsi la promenade en terrasse que Ghaillot accolait à l'avenue des Champs-Elysées.

(1) Maintenant l'une est rue Bassano et l'autre tue Vernet.

Rue Boissy-d^An^las,

EX en QUI S'kX appelait NAGUÈaii

Rue tHe» Cliauips-Élysées* {i)

Grimod de la Kei/niâre. — M^^*" Lorphelin. — Pelet de la Lozdre. — Logrenée. — Junnt. — Les Diamants de la Couronne. — M. Rousse.

Le fermier-général Grimod de la Reynière, qui devint administrateur-général des Postes, s'était d'abord cm'ichi dans les fournitures de l'armée du maréchal de Soubise, pendant la guerre de Sept-ans, à l'issue de laquelle il s'était fait bâtir un magnifique hôtel. Le cercle Impérial en paye le loyer à l'État et y succède h l'ambassade de Turquie, qui venait elle-même après celle de Russie: o, rue des Champs-Elysées. Le financier Giimod y a fait décorer un grand salon sur les dessins de Clérisseau, peintre du roi, premier architecte de l'impératrice de Russie, et y a réuni une belle collectiondetablcaux de l'école française, d'eslami'cs rares et de bronzes. Le jour même où il épousait M"* de Jarente, nièce d'un évêque auquel étaient connues de fastueuses amours, il demandait Ji Malesherbes, son beau-frère : — Croyez-vous qu'elle me rende heureux ? — Cela dépend, répondit nettement le plus honnête homme de son temps ! Cela dépend du premier amant qu'elle aura.

L'unique fruit de cet hymen fut un garçon

(1) Notice érrile pd 1858. Le président rie la Convention qui avait montré une si héroïque fermeté, dans la journée du ler prairial an ni, n'était encore le patron ni de la rue des Champs-Elysées, ni de celle de la Madeleine.

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