RUE BOISSY-D'ANGLAS. ETC
assez osé pour dire souvent à sa mère qu'elle s'était diablement mésalliée en épousant le fils d'un cliarculier. Le jeune Alexandre Grimod de la Reynière, bien avant la prise de la Bastille, se moquait des grands airs toujours affichés dans sa maison, dont il aurait voulu que les armes fussent un cervelas sur champ de gueules. — Pourquoi ne pas acheter une charge de conseiller ? lui disaient ses amis. — Parce qu'étant juge, répondait le jeune homme, je commencerais par condamner mon père pour l'argent qu'il a mal acquis. En me faisant avocat, je ne pourrai que le défendre.
L'avocat offre ensuite un grand dîner, dans l'hôtel de son père, 5 ceux de ses confrères qui fourniront le mieux leurs preuves de roture ; d'autres fois il invite pêle-mêle abbés, mousquetaires, charcutiers, à la condition de se présenter tous la tête nue, sans épée et sans décoration. Il se livre néanmoins aux lettres, d'abord en ce qu'elles ont de compatible avec la bonne chère et la gaieté, mais aussi d'une façon plus sérieuse qu'au Caveau. On ne sert îi ses déjeuners du mercredi et du samedi que du café au lait, des tartines et les écrits nouvellement mis au jour. Une fois que le droit de succession le rend loutà-fait maître de la place, la table de Grimod de la Reynière est constamment ouverte aux beauxesprits, qui lui font la réputation de gourmand illustre et généreux, pendant que mille fiicéties et mascarades continuent à le signaler comme original au premier chef. M'i-^ Contât et d'autres actrices participent h ces fêtes, mais qui n'ont pas toujours pour décoration principale les emblèmes de la piofession de son grand-père. Une fois, entre autres, il tend de noir la salle h manger, et derrière chacun de ses invités une bière fait l'office de servante. Domilien n'a-t-il pas, du reste, joué un tour encore plus funèbre à des