RUE BOISSY-D'ANGLAS, ETC
rival du sien par un des rédacteurs du Journal des Débais. On reproche ii M"* Lorphelin d'élever ses pensionnaires trop pour le monde et surtout de leur faire jouer la comédie ; il est vrai que les représentations données de loin en loin par ces demoiselles obtiennent en ce temps-là tant de succès que l'élite de la société intrigue pour y assister. Le maréchal comte Serrurier, qui vote en 1814 la déchéance de Napoléon, cesse toutefois en 1816 de gouverner les Invalides ; remplacé dans ce poste par le duc de Coigny, il se retire où étaient naguère M"« Lorphelin et ses élèves. Puis, à la fin du règne de Charles X, c'est l'hôtel du duc de Raguse. Nous y voyons mourir, en l'année 1841, le comte Pelet de la Lozère, ancien membre du conseil des Cinq-Cents, où il s'est constamment montré le défenseur des libertés de la presse, et l'immeuble appartient encore de nos jours à l'ancien ministre des finances du même nom, homme d'État aux vues libérales, mais d'application conciliante.
En face, voici le n" 9, habité sous l'ancien régime par le prince de la Trémoille, époux de la veuve du prince de Saint-Maurisse. Anselme Lagrenée, peintre de chevaux, lils et neveu de peintres, a disposé de la même propriété. La belle M"'' Bazire avait quitté de bonne heure la Comédie-Française, pour partager le nom de cet homme de plaisir, le plus aimable des membres de sa famille, rictime du choléra en 1832.
Au 12, où demeurent maintenant les princes de Beauvau, nous eussions rencontré en son temps le général Junot, duc d'Abrantès, mari d'une femme d'esprit. Moins dépourvu de goût que d'instruction, Junot aimait les livres, les belles éditions, les manuscrits pi'écieux, les gravures en première épreuve, et cette passion rendait insuffisants les grands revenus dont il jouissait; sa bibliothèque
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fort curieuse lui coûtait encore plus cher que son hôtel, ci-devant h la marquise de Cauvisson, bien qu'il en eût fait un palais. Les deux colonnes qui en décorent le seuil datent de cette restauration. D'ailleurs, un vieillard nous rapporte de vUii que ledit hôtel, acheté par la liste civile, a servi à l'exposition des diamants de la Couronne, qu'on montrait tous les mercredis. Quant à M""* de Cauvisson, elle avait eu pour voisins les d'Andlau, prédécesseurs probables du comte Pelet,
Qui si nous remontons au plan de Turgot, pour voir les choses de plus haut, des murs et des chantiers n'avaient pas encore fait place en 1739 aux hôtels dont nous venons d'ébaucher l'histoire. Presque tout le terrain, du côté des numéros pairs, avait eu pour propriétaire Paul Duparan, seigneur en Brie et conseiller du roi Louis XIV, puis Noël Odeau, puis le célèbre Law. La .rue s'appelait de la Bonne-Morue et finissait à la porte du Cours-la-Beine, en 1714, après avoir porté antérieurement, comme simple chemin, la dénomination de l'Abreuvoir-l'Evêque. Toutefois, dès le milieu du xvn" siècle, il avait été bâti du côté précité une maison à deux corps, à quatre étages, :i deux boutiques et h l'image de Sainte-Anne, pour Rousse, conseiller du roi ; les actes la désignaient comme sise au faubourg Saint-Honoré, en la grande rue, où donnait sa porte principale. Mècre, lieutenant de cavalerie, en était pi'opriétaire lorsque des lettres-patentes de Louis XV, en 1757, donnaient à la rue son nom artuel, en prescrivant l'alignement qui coupait en ccharfie ladite propriété, et ordonnaient l'établissement de l'égout qui grouille encore sous le trottoir. A la place de cette construction, doyenne à coup sûr delà rue, deux autres maisons s'élevaient sous la Restauration.
Rue des Charbonniers et rue Bertliollet,
NAGOÈRK
des Charbonniers«Saint-i]llarce]. (4)
L'une des deux donne rue de Charenton, au faubourg Saint-Antoine ; I autre, rue des Bourguignons, au faubourg Saint-Marceau.
Celle-ci date de 1540, en tant que chemin des Charbonniers, qui demeura quelque temps encore inhabité ; mais Henri IV eût pu y appliquer l'un des grands mots qui l'ont fait populaire: « Charbonnier est maître chez soi. » De son règne datent le 4 et le 6, masures déjh vides, qui ne demandent plus que le coup de grâce. A l'enseigne des Trois-Chapelets a été le 7. Le 9 tient bon, il porte ses deux siècles avec une certaine aisance : maison de petite bourgeoisie. Au 18 Fructidor vint s'y cacher Dussault, qui avait rédigé avec Fréron ["Orateur du Peuple, feuille rivale de cclle
(l) Noiicp écrite «r-n 185R. L'avpnue Daumesni! et 1« Yi'aHiic du rhemin de fer de Viiicennes croisaient déjà colle dos deux tues des Charbonniers qui garde sa df-nomination ; mais 1rs travaux de voirie n'y étaient pas achevés comme au boulevard Ma/as, qui dépassait déjà celle rue dans un sens presque parallèle à l'avenue et an viaduc La rue qu'on a dédiée depuis à un ffrand chimiste ne commençait qu'à celle de l'Arbalète ; elle part maintenant de celle des Feuiliaiitines, prolongement donné à un cnl-de-sac ; son élargissement, bien qu'il ait épargné quelques maisons qui se regardent »u milieu du nouveau jiarcours, jiorte son embouchure un peu plus à cauche que naguère sur la ci-devant rue des Bourguignons, tronçon actuel du boulevard Arago.
5o4 RUE DES CHARBONNIERS, ETC.
de Marat, et la découverte de sa retraite le contraignit à en chercher une autre; mais le 18 Brumaire lui permit de quitter l'incognito, pour concourir, non sans éclat, t» la rédaction des Débats. Une fabrique de poterie succède à un jardin, n" 12, et l'école des Frères, qui fait vis-àvis, tient elle-même la place d'une serre. La maison contiguë aux classes n'a plus rien, Dieu me pardonne ! qui sente le sac à charbon ; on y vit et on y respire sans poussier qui monte h la gorge. Un jardin s'épanouit encore derrière la muraille du 14, dont la seconde porte est rue des Bourguignons. Mais du temps de Buffon c'était bien autre chose : on venait jusqu'à la rue des Charbonniers-Saint-Marcel rien que pour la pépinière de Descemet, fleuriste du collège de Pharmacie et de Monsieur, frère du roi. Un hôtel de la Noblesse y portait, qui plus est, le n'' 20: école formant par l'éducation nobiliaire des officiers pour l'artillej'ie, le génie et la marine. Néanmoins notre rue et celle des Bourguignons étaient privilégiées, comme une portion de celle de l'Arbalète, en ce que les ouvriers pouvaient s'y passer de maîtrise.
L'autre rue des Charbonniers a porté la désignation de Clochepin, et d'abord celle du Portau-Plâtre. Elle a changé du blanc au noir ; ce n'est pourtant pas une rue politique. Son n" 25 se reconnaît sur la grande carte de 1739 : cette maisonnette ouvrait dès-lors sur la rue de Charenton, mais il y altenaitun jardin longeant la petite rue. Une jolie lîlle, nommée Rose-Marie, que le maréchal de Soubise avait lancée dans la circulation galante, et qui, au lieu de monter en grade, ce qui eût été difficile, avait fini, de chute en chute, par s'affoler d'un simple mousquetaire de la 2'' compagnie, casernée rue de Charenton, logeait dans cette maison en 1757, et de chagrin elle s'y jeta dans le puits: elle avait vu la veille