RUES CHATEAU-LANDON ET CHAUDRON
cette autre rue, formée au commencement du xvni'' siècle. Mais d'autres veulent que le parrain en soit Joseph Chaudron, qui a fait établir en 4718 une fontaine au coin de la rue du Faubourg- Saint-Martin et du chemin de Pantin (rue Lafayette). — La rue Chaudron, bien qu'elle date de tantôt deux siècles à notre époque, ne paraît encore que tracée, et sur un sol qui n'a pas encore vu le til-à-plomb. En face du château dont vous parlez, une vieille bicoque a l'air de trébucher, dans un petit renfoncement ; mais il s'en exhale une poussière à faire éternuer les gabelous de la barrière des Vertus : on , y bat sans cesse des tapis. En vue de la rue du Faubourg-Saint-Martin, voici bien une maison proprette, avec une entrée en jardin ; il est vrai qu'elle fait exception. Les autres constructions sont en petit nombre, mais elles ne marquent plus : ne branlent-elles pas un peu la tête ? Quelques poules, qu'on y voit gratter au pied des murs, ne semblent pas déjii si rassurées, et il est vrai qu'aux étages supérieurs pas mal de chambres sont à louer, comme des écriteaux l'indiquent. De ce côté-là, Paris n'est jamais plein. Mais ce n'est pas qu'on y craigne, en réalité, l'éboulement. Comment donc expliquer l'abandon et le discrédit qui font de cette rue du Chaudron, parallèle au mur de l'octroi, une sorte de second chemin de ronde ? Entre chiffonniers il est passé de mode d'avouer qu'on y couche à la nuit, car le quartier Mouffetard l'emporte, comme si le prix du gîte y était bien plus doux. Ils ont pourtant baillé le sobriquet de rue QuaV-sous à celle du Chaudron.
Rue Piepiis. (i)
Couvents. — Pensions. — Maisons de Plaisance. — Maisons de Santé.
Jeanne de Saulx, veuve de René de Rochecliouart, comte de Mortemart, donna au commencement du xvn« siècle le terrain et les bâtiments où s'établirent les pénitents réibrmés du tiers-ordre de Saint-François, venant de Franconville près Beaumont. Une épidémie, au milieu du siècle précédent, avait couvert les bras des femmes et des enfants d'enflures pareilles h celles que causent les puces, et un religieux avait donné la recette d'une liqueur parfumée pour faire disparaître tache et démangeaison ; de là le nom de Picpus, que porta non-seulement le couvent, mais encore le territoire environnant. Louis XIII, en posant la première pierre d'une chapelle, bltie en remplacement d'une plus petite, fit la maison de fondation royale : ce fut d'ailleurs la métropole des 60 couvents de la congrégation. Le cardinal Duperron y reçut la sépulture et le père Héliot y prit l'habit, après avoir été chanoine du Sépulcre : tous deux léguèrent aux moines de Picpus des livres qui leur complétèrent une bibliothèque considérable. Des leurs était aussi frère Biaise, le sculpteur, et il orna d'une Notre-Dame-de-Grâce une des grottes de leur grand jardin, qui était ouvert au public. Le 14 mai 4717, Régnier,
(1) Notice écrite en 1862. Au-delà du Boulevard extérieur, la rallonge d'un bout de rue a été mise à la rue Picpus par le dernier agrandissement de Paris.
bourrelier au faubourg Saint-Antoine, faisait donation aux Picpus de la nu-propriëté d'une maison, dont il restait usufruitier ainsi que son père ; voici les signatures des religieux-profès qui acceptaient la donation : Louis Mirleau, ministre pi'ovincial, Jérôme, defflniteur, Macaire, ex-provincial, Murcian, gardien, Eustache, vicaire ; Emmanuel, Samuel, Grégoire, Charles, Constance, discrets, et Bonnot, aussi discret et procureur. Chez eux les frais du noviciat étaient de 400 livres et la profession entraînait à-peu-près la même dépense.
Le n« 52, situé en regard du couvent, qui en était propriétaire, servait de point de départ aux ambassadeurs des puissances catholiques, le jour de leur entrée solennelle à Paris, qui avait lieu ordinairement le dimanche. Cérémonial qui commençait Il la Folie-Rambouillet, rue de Charenton, pour les ambassadeurs protestants.
Les religieux ont eu pour successeurs : au 57, un maître-de-pension, puis la congrégation de la Mère-de-Dieu, fondée par M""' de Lezeau ; au 42, le jardinier du couvent de Sainte-Clotilde; aux 41, 39 et 37, les dames des Sacrés-Cœursde-Jésus-et-de-Marie, dont l'église au 35 est neuve.
On y consacre tous les ans un service funèbre aux victimes immolées pendant la Terreur sur la place du Trône, alors du Trône-renversé, et qui ont été enterrées dans un ci-devant cimetière de clianoinesses, voisines des religieux de Picpus. Les parents de ces victimes ont été autorisés en 1804 Il se faire inhumer près d'elles. Le général Lafayette y repose près de sa femme, tille du duc d'Ayen, et il n'y a pas longtemps que la marquise de Rosambo a pris sa place au même cimetière.
Tubeuf, intendant des finances d'Anne d'Autriche, avait fait venir de Reims et installé au village de Picpus, avec le concours de M. de Gondi, arche-
veque de Paris, leschanoinesses deNotre-Dame-de-la- Victoire-de-Lépante : la première supérieure qu'elles y avaient élue, en 1652, était Suzanne Tubeuf, sœur de leur bienfaiteur. Ces religieuses célébraient, le 7 octobre de chaque année, la victoire remportée en 4572, dans le golfe de Lépante, par don Juan d'Autriche sur les Turcs. Elles suivaient la règle de saint Augustin et portaient un habit de serge blanche, avec surpli de toile hne, un voile noir sur la tête, une aumusse sur le bras. Environ 40 chanoinesses et 10 converses composaient leur maison, en 1778 : des jeunes pensionnaires y étaient reçues n\oyeniiant la rétribution annuelle de 400 livres, élevée h 500 dans les derniers temps. Le séminaire de Picpus, qui a succédé en l830 h une fondation religieuse irlandaise, occupe en partie l'ancienne maison des religieuses.
Il y avait avant la Révolution plus de pensions de garçons que de couvents dans cette rue Picpus, et presque toutes du côté droit. La Mésangère, maître-ès-arts, homme de lettres, qui avait reçu la tonsure, y fut le chef d'un établissement, où la pension se payait 500 livres jusqu'à 10 ans, 600 au-dessus de cet âge, plus 20 pour papier, plumes, encre,' poudre et pommade, et dans cette maison d'éducation, comme dans les voisines, on donnait par élève 24 livres de bienvenue pour les maîtres et les domestiques. Ayant quitté l'enseignement, La Mésangère fut rédacteur du Journal des Dames et des Mo^?es de 1790 iM831. Outre MM. Watrin, Lottin et Coutier, qui étaient établis plus haut, M. Collia tenait une pension, la plus ancienne de la rue, au n° 92, lequel avait appartenu ii M. de la Beaume, maître-des-comptes. Le sénateur Yiltard en ht sa maison de campagne, et depuis c'est une maison de santé pour les afiéctions mentales. On y lit encore sur le mur l'inscription que voici :
1726. Do par h roi, (}éfe7iscs expresses sont, faites de bâtir dans cette rwc hors la présente borne et limite aux peines portées par les déclarations de S. -M. de ll-2i et 1726.
M"'' Clairon, sous les auspices d'un financier, habita le 82, précédemment à M. de Nérac. Ce dernier avait eu pour voisin le musicien Marais, dont le jardin allait jusqu'à la rue de Reuilly. Un ouvroir pour les jeunes filles est sous la direction du Sacré-Cœur, au 64, antérieurement maison de santé Sainte-Aure-de-Piepus, et dans deux immeubles adjacents. Par-là a demeuré la comtesse d'Esparda, Eugénie de la Bouchardie, que Marie- Joseph Chénier a chantée.
Ninon de Lenclos avait eu pour maison de campagne la propriété occupée par La Mésangère, transformée en filature de lacets sous la République, et dans laquelle a été transféré en 1828 l'hospice d'Enghien, fondé neuf ans auparavant par la duchesse de Bourbon. La maison d'éducation de M"'e Blacque, qui date d'un demi-siècle, est une transformation des anciennes écuries de Ninon.
Le 10 avait servi de rendez-vous de chasse à Henri IV. M*"*^ Saint-Marcel y créa, sous Louis XV, un établissement particulier pour des aliénés, et l'immeuble appartient encore à la même famille, sans avoir changé de destination. L'acteur Lassagne y est au nombre des malades en traitement.
Le 4, ce pavillon carré dans lequel un pensionnat de demoiselles succède h un pensionnat de garçons, fut originairement nue petite-maison. Léonard Bounaud de Tranchecerf, écuyer, comte du Saint-Empire, membre de l'Académie de chirurgie, demeurant rue de Montreuil, acquit cette propriété, en 1786, de la succession Galle.
Rue de Reuilly et rue Érard,
NAGDÈRE
petite rue de Reuilly. (i)
Le Haut et le Bas-Reuilly sous les règnes de Dagobèrt P', de Jean-le-Bon, de Louis XIV, de Louis XVI, de Napoléon /•"" et de Napoléon IIL
En 1862 il y a encore une rue, une petite rue et une impasse de Reuilly ; mais l'impasse, désignée sur le plan de Verniquet comme cul-de-sac Siguéri, est devenue une rue, en débouchant sur le boulevard Mazas, et changera de nom inévitablement.
Les rois mérovingiens ont eu pour résidence d'été le château de Reuilly, où Dagobert I" a amené Gomatrude, sa première femme, puis Nanthilde, après avoir répudié Gomatrude en l'année 629. Le roi Jean, au xiv^ siècle, promettait encore h Humbert, patriarche d'Alexandrie, de lui donner son manoir de Reuilly. De ce château, reconstruit au moyen-âge, les ruines ont été longtemps une cour des Miracles, repaire de la bohème. Rivière Dufresny, patronné par Colbert, y a créé, en 1634, la manufacture royale des glaces, qu'on retrouve transformée en quartier d'infanterie. Il restait néanmoins, derrière la manufacture, une maison de Reuilly, dans la petite rue, entre le cul-de-sac Siguéry et la rue de Charenton. La population de ce hameau suburbain était croissante avant même qu'une grande industrie s'y exploitât
, (1) Notice écrite eu 18C2. La rue qui est dédiée à Erard, facteur de pianos, s'appelait alors petite rue de Reuilly.