‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 102 sur 114 · RUE DU POIRIER · texte numérisé non relu

RUE DU POIRIER

Sur la rangée opposée, la rue Pierre-au-Lard avait deux coins : l'un à la chartreuse de Paris, représentée par dom Arsène Le Boiteux, prêtre, religieux et procureur y demeurant, et l'autre a dame Marguerite Rousseau, veuve de Baudouin Presty, écuyer, ancien échevin.

En 1691, on dînait ou soupait pour 20 sols à la Croix-d'Or, dans la rue du Poirier.

Rue du Renard,

EN CE QUI S'EN APPELAIT NAGUÈRE

Renard"Saint-Merri, et rue Grenéta,

EN CE QUI S'EN APPELAIT NAGUERE

Renard- Saint -Sauveur. (1)

L'acception dans laquelle a été appliqué à deux rues le mot renard signifiait : fente, canal ou trou par où se perdent des eaux. L'une comme l'autre avait son renard d'égoût et prenait aussi le nom de Saint-Merri par-ci, de Saint-Sauveur par-là.

Néanmoins une enseigne, qui passait sous Louis XIV pour patronymique, montrait un quadrupède carnassier à la queue touffue sur une maison de la rue du Renard-Saint-Sauveur ayant sa principale entrée rue Saint-Denis et appartenant à M1,e Hardy : là se trouve aujourd'hui le passage du Renard.

Le duc de Goislin, qui était l'homme le plus poli de France, occupait les nos 5 et 9 actuels, son petit et son grand hôtel. L'acteur Laruette, compositeur de musique pour les pièces à ariettes, demeura postérieurement au petit, avec sa femme, M,Ie Laruette, née Villette. Le nom de cet acteur désigne encore l'emploi qu'il remplissait à la Comédie-Italienne: il avait réussi au théâtre comme

(1) Notice écrite en 18f>4. La rue du Renard-Saint - Merri n'englobait pas encore ia rue de la Poterie-des Arcis ; celle du Renard-Saint-Sauveur n'était pas encore ajoutée, avec la rue Beaurepaire, à la rue Grenéta.

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père-noble bien mieux que dans les amoureux, qu'il jouait déjà à la foire Saint-Germain en 1752. L'actrice ne jouait pas avec moins d'expression que son mari, et elle chantait mieux; les opéras de Monsigny et de Grétry lui trouvèrent encore la voix fraîche, bien qu'elle eût débuté à l'Opéra en 1758, pour entrer aux Italiens trois ans après. Un agent-de-change habitait, au milieu du règne de Louis XVI, une maison contiguë à celle que les époux Laruette n'habitaient déjà plus, rue du Renard-Saint-Sauveur, et alors un autre agentde change était au grand hôtel Coislin, en même temps que le célèbre accoucheur Sigaud de Lafon, qui y faisait son cours. La faculté de Médecine avait voulu, par gratitude, qu'une médaille lût frappée en l'honneur de ce praticien, pour consacrer l'expérience heureuse d'une découverte spéciale qu'il avait faite étant encore élève en chirurgie. Utile progrès, qui ne laissait pas d'être la conséquence d'un autre progrès encore plus important ! Les sages-femmes avaient-elles toujours eu, pour leur donner de salutaires exemples, ces confrères, ces rivaux, ces maîtres qui différaient de leur clientèle par le sexe? Rien qu'à ce mot : un accoucheur, combien de siècles antérieurs auraient crié à l'indécence ! Un magasin d'épongés, au petit hôtel, fut remplacé dès 1817 par le magasin de parfumerie que tient toujours la famille Dubuc-Josse. La maison intermédiaire se construisit vers le même temps, aux dépens de l'ancien jardin de M. de Coislin.

Leroy, ancien greffier, et Macé, greiïier en l'élection, étaient propriétaires de front avec le duc. Ceux d'en face, à partir de la rue des Deux- Portes, étaient Barthélémy, maître-maçon, la susdite D* Hardy, Des Essarts, De la Vergée et Valbrun.

L'autre ruelle du Renard eut jusqu'à une salle-

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de-spectacle. Des amateurs y jouaient la comédie, au commencement de la République ; des acteurs plus ambitieux iëur succédèrent, en ouvrant au public payant le théâtre de la Concorde. Si la rue était trop étroite pour les voitures, il en fut autrement de la salle pour les piétons, qui ne s'y aventurèrent eux-mêmes que peu de temps. Ce théâtre était-il à gauche, ou bien à droite? D'un côté comme de l'autre il y avait eu place, sur des cours ou jardins d'anciens hôtels, pour cet établissement malencontreux. Quels étaient-ils donc, les hôtels d'une voie si peu carrossable? Il se peut que le n° 1 de ce temps-ci ne soit pas absolument autre qu'une maison, située au même endroit, dont le propriétaire était Desnots, secrétaire des finances, vers la fin du xvir3 siècle. Mais les chiffres impairs qui suivent ne montrent plus rien d'un hôtel qui communiquait aussi par une allée avec la rue Neuve-Saint-Merri et qui avait appartenu à René Potier, président au parlement : le conseiller d'État Réné de Marillac y avait pour voisins le président de Lesseville et M. de Buzenval; puis la maison passa au petitfils de M. de Marillac, le duc de la Trémoille, encore mineur, mais déjà pair-de-France et président des États-de-Bretagne par droit de naissance. Quant aux chiffres pairs, ils commencent et ils finissent aristocratiquement par une construction séculaire, sans compter le n° 10, qui se flatte d'avoir eu pour maîtres, durant le dernier siècle presque entier, les princes d'Orléans. Il nous paraît probable néanmoins que le propriétaire de cette maison, sous la Régence, fut un simple conseiller au parlement, Lucas, seigneur de Muin, qui en avait une autre adjacente, et non pas le régent. M. Lucas y tenait d'une part à Arnauld de Pomponne, conseiller d'État, garde-des-sceaux, abbé commendataire de l'abbaye Saint-Médard de

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Soissons, qui succédait lui-même au ministre, son père, et à son grand-père, Robert Arnauld d'Andilly, dans la propriété de son hôtel, ouvrant rue de la Verrerie. Seulement M. de Pomponne tenait aussi à la marquise de Castilly, dont la maison avait sa porte sur la rue du Renard-Saint- Merri.

Rue et Place Sainte-Opportune. (1)

Vendue nationalement le 24 novembre 1792, l'église Sainte-Opportune fut bientôt démolie. Des maisons la remplacent, entre la rue de l'Aiguillerie, la place Sainte-Opportune et la rue du même nom, qui s'appelait aussi de l'Aiguillerie quand la principale porte de l'église y donnait. Était-ce assez d'espace pour une église royale, collégiale et paroissiale, avec sa tour festonnée de fleurs de lis ? Pas trop : vous en pouvez juger. Mais les paroissiens pauvres remplissaient le chœur, tandis que le service curial se faisait dans une chapelle, sur le côté méridional de la nef. Le chapitre, au surplus, n'avait-il pas comme sous la main l'église des Saints-Innocents, dont le curé était à sa nomination ? Le jurisconsulte François Gonnan, élève de l'Italien Alciat, et que François Ier avait fait maître-des-requêtes, reposait à Sainte- Opportune, au-dessous d'une épitaphe en vers latins, qui témoignait de la douleur de sa veuve. On ne remarquait pas moins un superbe candélabre, dont Charles-Quint, en passant a Paris, avait fait présent à l'église. Plus anciennement il y avait eu des recluses dans une loge qui dépendait du cloître, notamment Agnès du Rochier : cette tille d'un gros marchand de la rue Thibautodé s'était enfermée là volontairement, le 5 octobre 1403, n'ayant que 18 ans, et elle y était morte à 98. A une époque encore plus reculée, Sainte-Opportune avait été

(1) Notice écrite en 1864. La rue des Halles, qui traverse la place Sainte-OpportuDe, est de création postérieure.

un prieuré de filles. L'église datait, comme ermitage de Notre-Dame-des-Bois., d'avant l'invasion des Normands ; au siècle xm on l'avait rebâtie et au siècle suivant érigée en paroisse. Ses deux bienfaiteurs principaux étaient Louis-le-Bègue et Louisle-Gros.

Il y avait aussi, en 1260, une maison a Simon d'Auxerre sur la place Sainte-Opportune ; entre cette maison et l'église siégeait la justice du fief. Or nous retrouvons sur la place les nos 4 bis et 6, dont le plan de 1715 a tenu compte. De ces deux maisons la plus grande donnait à deux pas d'une porte latérale de l'église, et elle devait être non-seulement capitulaire, mais encore chef-lieu seigneurial du fief de Sainte-Opportune, par destination originaire ; ce qui en reste de mieux est voué en notre siècle au commerce du bouchon, de l'éponge et de l'amadou. Aussi bien la justice du chapitre avait été transférée aux Porcherons, dès l'année 1483, par « Messieurs les chefcier, chanoines et chapitre de l'esglise Madame Saincte Opportune, seigneurs de leurs grand et petit cloistres et anciennes appartenances d'iceux, du fief de Saint- Caran et Cocatrix, en partie des Porcherons et Marais de Paris, à prendre depuis le pont Perrin jusqu'au dessous de Ghaiilot, et austres lieux. » Du petit cloître dépendait la rue ; du grand, la place, et on ne cessait pas encore d'y voir, sous Louis XIV, un pressoir banal à verjus, propriété domaniale. La chefcerie n'eu était pas moins propriétaire dans la rue des Fourreurs, et il en était de même du chapitre, dans la censive duquel il se trouvait des maisons situées eu 16 rues de Paris, d'après Sauvai. Les rues étaient encore peu nombreuses, mais se multiplièrent au xvme siècle dans ce qu'on appelait la ceinture, les fossés de Sainte-Opportune : zone d'abord de défense militaire, puis d'égout suburbain, avant que Paris,

grandissant toujours, l'absorbât. M'est avis que le dénombrement des 16 rues ne comprenait pas encore ce qui demeurait du fief en-dehors de Paris. Les droits de cens étaient payables à cette seigneurie le 22 avril, jour de la Sainte-Opportune.

Du temps de Henri III, une maison séparée dudit n° 6 par quatre maisons, tout au plus, appartenait à Benjamin Leriche, receveur-taillon de la gendarmerie, lequel y venait après feu Blachivaille, commissaire-examinateur au Châtelet. Cette propriété, sise à la pointe de la maison du Papegault, donnait sur le grand cloître, à l'angle d'une rue de la Tabletterie, et aboutissait par-derrière à la maison des Rats, rue Saint-Denis. Une autre, qui faisait en ce cloître le coin de la rue des Fourreurs, dite alors de la Cordonnerie, était l'objet d'une reconnaissance passée au Terrier de Sainte-Opportune par « honorable homme Claude Richer, maître paticier et poullaier, demeurant à Saint-Germaindes-Prez, au nom et comme tuteur des enfants de Robert Andry, maître paticier, et de Jacqueline Berton, autrefois sa femme, à présent femme dudit Richer, tenant à Guillaume Jallier sur la rue, à Boutin sur le cloistre, et par-derrière à Charles Andry. » Un siècle plus tard, l'enseigne du Papegault avait fait place à celle de la Housse-de-Cheval, qui pendait à la porte" de MUe Antoinette Boursier, sage-femme ordinaire de la reine, veuve du docteur en médecine Robinet, tandis que l'ancienne maison de Blachivaille était à la veuve de Leroux de Clairfond, conseiller au bailliage d'Orléans. La rue Sainte-Opportune, qu'on a ouverte en 1836 entre la rue de la Féronnerie et la rue des Fourreurs, où commençait auparavant celle de l'Aiguillerie, garde la maison dont Boutin disposa, maintenant hôtel-garni du Petit-Manteau-Bleu.

La place du Cloître-Sainte-Opportune, dont le nom n'a subi qu'une abréviation, était habitée par

Mallet, agent-de-change, et par Gibert, notaire, peu de temps avant la suppression de l'église. Le bureau des Lingères s'y trouvait également, près la rue Courtalon, alias ruelle Sainte-Opportune, et ce n'était pas depuis peu, car il attenait déjà sous la Régence aux derrières de la maison de la Barbe-d'or, qui formait un des angles de ladite ruelle avec la rue Saint-Denis. Pour les maîtresseslingères le droit de réception s'élevait encore à 800 livres, vers la fin, et il avait été plus fort de la moitié sous le règne précédent. Sait-on môme pertinemment si cette gracieuse corporation ne siégeait pas au cloître Sainte-Opportune dès le milieu du xvne siècle? C'est justement l'époque où la

Rue de l'Aiguillerie (0

commençait à se substituer à la rue du Cloître- Sainte-Opportune, laquelle avait porté antérieurement la dénomination de l'Esculerie, et, en 1220, le nom de particulier que voici : Alain-de-Dampierre. Il est vrai que la communauté des Aiguilliersépingliers pouvait s'être fixée, aussi bien que celle des Lingères, dans une des maisons aliénées ou affermées par les chanoines de Sainte-Opportune.

L'excellence des dragées et confitures, ces premières douceurs affriolant Paris, fit, moins légèrement que les aiguilles, une spécialité de commerce à notre rue, puis une réputation à la rue des Lombards, dont elle est la queue en droite ligne. La communauté des Épiciers achetait, en 1563, « dans là rue de l'Escuillerie, » c'est-à-dire au petit cloître Sainte-Opportune, une maison, moyennant une rente de 200 livres, qui dans la suite fut amortie. Or les épiciers-apothicaires ne formaient, sous Philippe-Auguste, que le dernier des quatre corps de marchands, qui passa plus tard le second. Les six maîtres ou gardes qui administraient ses affaires, au bureau de la rue de l'Aiguillerie, portaient dans les cérémonies des robes de drap noir, à bordures de velours et à manches pendantes, comme les robes de juges-consuls. Cette confrérie était dépositaire de l'étalon des poids. Une de ses grandes assemblées avait lieu à l'église Sainte-Opportune, dès 1572 ; une autre, dix-sept années après, à l'église des Grands- Augustins. Et le patron était saint Nicolas. Dans

(1) Notice écrite en 1804.

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