RUE DE L'AIGUILLERIE
et Pierre Noiret ; le 2, au chirurgien Paul Emmenez, successeur de Charles Bernard.
A quelque cinquante ans de là, Sauvage, à l'image du Sauvage, faisait un grand commerce de soierie et de mercerie, dans l'ancienne propriété de Vuaflard et de Marsollier. Le même magasin passait, au moment de la Révolution, pour le plus ancien de ce genre, sous la nouvelle raison de commerce Paulus et Reverard. Les épiciers,, tant que les corps-d'état ne furent pas entièrement abolis, maintinrent leur bureau dans cette rue ; une auberge s'y établit au commencement de notre siècle; mais ce n'est plus qu'une maison ordinaire, dont les habitants payent leur terme quatre fois par an.
Rue de la Huehette. (i)
Le Bureau des Apothicaires. — Les Enseignes.
— Revue de Propriétaires. — Revue de Huches.
— L'Hôtel de Pontigny. — L' Afficheur . — Les Aiguilles à VY. — Les Tapisseries. — Les Rôtisseries. — Manon Lescaut au Cabaret. — La Noce et V Enterrement. — Les Lapidaires. — Les Peaussiers. — Petit-Radel.
En Tannée 1714, le bureau des Apothicaires s'ouvrait tous les matins rue de la Huehette, à l'image delà Lamproie. Toutefois un maître-apothicaire, lorsqu'il était en quête d'un garçon, s'adressait aussi au bureau des Épiciers, rue de l'Aiguillerie, pour y être mis en rapport avec des sujets disponibles. Il y avait déjà séparation de biens, mais la séparation de corps n'était pas encore complète entre les épiciers et les apothicaires. Le bureau particulier de ces derniers avait simplifié l'enseigne de la maison, pour la purger du sens •trop culinaire dont le boulanger Pierre Budin s'accommodait encore trente ans plus tôt, étant alors propriétaire a cette enseigne : La Lamproiesur-le-Gril.
Ladite image pendait probablement à la porte du n° 13, en sortant de laquelle vous eussiez rencontré sur votre droite :
— - la Croix-Verte, à Michel Pelet; — Saint-Nicolas, à la veuve de Jacques Daminois ; — l'Écu-de-France,
(1) Notice écrite en 1864.
à Hérard, chirurgien ; — la Hure-de-Sanglier, à Dlle Marie Meusnier et consorts ; — la Bannière-de-France ;
et à main gauche :
— le Flacon-d'argent ; — Saint- Jacques, à Pierre Gilet, procureur au parlement ; — Notre-Dame (antérieurement les Trois-Pigeons), à la famille Corniquet ; — la Rose- Blanche; à Jacques de Logny ; — la Huchette-dOr.
Cette Huchette-d'Or ne succédait-elle pas de loin à la Huchette pure et simple, sous l'invocation de laquelle, Philippe-le-Hardi régnant, s'était percée modestement la rue ? La vieille maison de ce nom appartenait au chapitre de Notre-Dame. Mais l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, propriétaire du clos -de Laas, qui s'étendait parallèle à la Seine entre Nesle et le Petit-Pont, en avait aliéné, vers Tannée 1179, de quoi bâtir la rue qui nous occupe, primitivement de Laas. Les caisses de toute sorte, depuis le coffre-fort et le bahut jusqu'à la boîte à mettre les chandelles, ont commencé par être confondues le plus souvent sous la même dénomination que la huche à pétrir et à serrer le pain : huchier et menuisier ne faisaient qu'un. La dénomination de huche s'est appliquée aussi, par extension, à un petit étal de marchand et à un droit prélevé sur cet étal, principalement dans le commerce du poisson. Si d'origine on n'en a pas vendu dans la maison capitulaire, on y a du moins perçu le droit. Le receveur, pour parler de cet impôt, aura eu politiquement recours à un diminutif ; de là huchette, mot dont la terminaison cherchait à adoucir la chose, et qui souligna sur l'enseigne un coffret, qu'on clorait plus tard. Sous Louis XV, la Huchette-d'Or fut remplacée, en tant que blason domestique, par les Trois-Maillets-Couronnés. A cette époque, la maison tenait d'une part à Notre-Dame-des-Anges, que possédait Degland, un officier du roi, et,
d'autre part, à la Rose-Blanche, que Bachelier, un charcutier, avait au coin de la rue du Petit- Pont. La propriété du milieu était alors dans la censiye du roi ; les deux autres relevaient des abbé et religieux de Sainte-Geneviève. La plupart des maisons sus-désignées se retrouvent par le temps qui court; on en comptait pourtant dans cette rue 79, nombre réduit de plus de la moitié.
Que si vous demandiez, par exemple, où est l'hôtel de Pontigny, on ouvrirait de grands yeux sans vous le dire. Il llorissait, sous les règnes de Charles VI et Charles VII, a l'extrémité occidentale de la rue, du côté de la rivière, et les femmes se baignaient en ce temps-là aux étuves de l'hôtellerie des Bœufs, qui attenait à l'hôtel de Pontigny. Celui-ci n'a-t-il fait qu'un avec la maison de l'Ange, où séjournèrent des ambassadeurs de l'empereur d'Ailemagne? L'abbaye de Pontigny, l'une des quatre filles de Citeaux, avait été fondée près d'Auxerre en l'an 1114. Les Bœufs touchaient encore à son ancienne maison de ville en 1691; les messagers de la Ferté-Alais et de Châtillonsur-Indre en partaient tous les lundis.
Dans la même rue, en revanche, vous ne chercheriez pas en vain un afficheur, et déjà il y en avait un sous Louis XIV, à l'image des Trois-Bourses : le colleur d'afiiehes Lafolie. Les bonnes ménagères, à Paris, ont encore en prédilection les aiguilles à l'Y ; apprenons-leur que cette marque de fabrique ht sa réputation, du vivant de Lafolie, dans une maison de commerce qui vendait en gros des épingles en même temps que des aiguilles, rue de la Huchette. Les tapisseries pareillement étaient l'objet d'un commerce local, qui, de 111 en aiguille, allait bien avec 'l'autre. Mais passons de l'aigu au grave, en descendant, .comme on fait en musique, et nous relèverons une spécialité infiniment plus
substantielle, qui marqua encore davantage dans cette rue dont nous fouillons le passé.
La Lamproie-sur-le-Gril, la Hure, les Pigeons et la Huchette nous font déjà soupçonner, comme au flair, des habitudes gastronomiques; la rôtisserie n'a plus qu'à déposer pour qu'aucun doute, dans l'espèce, ne fasse ombre à la conviction. Un des négociateurs de la paix deVervins, le père Bonaventure Catalagirone, général des cordeliers, se rappelait encore, de retour en Italie, avec un soupir de regret, les broches qu'il avait vues tourner, au bruit crépitant d'un feu clair, chez les traiteurs de la rue de la Huchette. Quel fumet, pour aller si loin ! Toutefois les rôtisseurs, à force de servir plus de vin que de cuisses d'oie, devinrent moins nombreux et cabaretiers. L'abbé Prévost, qui avait pris en affection l'un de ces restaurants où l'on buvait plus qu'on ne mangeait, y composa, diton, Manon Lescaut. Quel franc cabaret ce devait être! Malheureusement l'auteur avait quitté Paris depuis quatre ans lorsque parut le roman qu'il y avait pris sur le fait. Chez Aubry, à l'enseigne du Quartier-Général, se trouvaient la table et le logement quand un bal de noces, qui se donnait chez un autre rôtisseur transfiguré, fut interrompu tristement, le 7 février 1767, par l'écroulement d'un plancher : des danseuses et des danseurs, sans se quitter la main, tombaient, pour ne plus se relever.
Les lapidaires-diamantaires faisaient alors, comme de juste, moins de bruit que les cabaretiers; ils n'en avaient pas moins en cette rue le siège de leur corporation. Les statuts de la compagnie remontaient au règne de saint Louis, qui en était resté le patron. Pour passer maître, il fallait 300 livres et sortir victorieux de l'épreuve du chef-d'œuvre. L'apprentissage durait 7 ans.
Là n'était plus le bureau des Lapidaires en
1787; celui des Tanneurs, hongroyeurs, peaussiers et parcheminiers l'y remplaçait. Les tanneurshongroyeurs, dont les établissements se groupaient pour la plupart au faubourg Saint-Marceau, n'étaient que depuis onze années réunis officiellement avec les corroyeurs, les peaussiers, les mégissiers et les parcheminiers. Depuis lors la maîtrise, dans cette corporation professionnelle, ne coûtait que 600 livres ; le brevet, 30. On demeurait 5 années apprenti. La compagnie siégeait dans une maison qui portait le n° 8; mais l'ordre numérique, à cette époque, partait de l'extrémité de la rue Saint-André-des-Arts, sans que les chiffres pairs fussent appelés à faire vis-à-vis aux impairs.
Au n° 12 du même ordre, on venait suivre un cours d'anatomie, fait par Petit-Radel, qui avait été reçu docteur-régent de la faculté de Médecine de Paris en 1782 et que les Invalides eurent pour chirurgien sous l'Empire. L'un des deux frères de ce médecin connu fut architecte, élève de Wailly; l'autre, prêtre et littérateur, membre de l'Institut.
Rue Galande. (t)
Jolies Maison* quon y découvre. — Comment on se galandait. — Images servant de Numéros. — Bureaux des Amidonniers et des Charpentiers. — Hôtels. — Saint- Julien-le- Pauvre. — Le Clos, le Fief et la Famille de Garlande. — Les Regrattiers.
Ne se cache-t-il pas, à notre avis, quelques-unes des plus jolies maisons de Paris dans cette rue ouvrière? Voici le 3, voilà le 12, le 27 et le 31, nous en citerions même plus de quatre aussi agréables à voir; mais ils tiennent si peu de place qu'un nouveau boulevard, s'il les guette, n'en fera qu'une bouchée. Le Paris qu'on aimait s'en va, et l'autre Paris jusqu'ici réalise des améliorations purement matérielles, qui ne sont pas toujours incontestables. Néanmoins on retrouverait encore, pour la plupart, les 76 maisons qu'éclairaient, dans la rue Galande, 14 des lanternes de M. de la Reynie, quand il était lieutenant-de-police. L'historique de tant de pignons étant lettre close, décachetons de nouveau. Ne semble-t-il pas que chaque rue ancienne soit un personnage collectif dont nous vous esquissons la biographie ? Donnons cette fois encore la préférence aux documents qui lui restitueront son caractère particulier :
Summa sequar vesiigia rerum,.
De prime-abord, la personnification de cette rue nous semblait devoir être galonnée sur toutes
(l) Notice écrite en 1861.
RUE GALANDE
les coutures, ou vouée au commerce du galon. Galand signifiait anciennement galon, et galander, fournir ou border de galands. Mais l'interrogatoire a fait tomber tout de suite l'idée que nous avions préconçue d'une spécialité primitive: pas un bout de galon ne se montrait. D'ailleurs, près de la moitié de la rue Galande était encore des Trois- Portes sous Louis XIV.
Notre n° 1, qui appartenait aux boursiers du collège de Presle, eut pour signe particulier une Sainte-Thérèse, plus anciennement des Pèlerins, plus anciennement encore un Gril. Puis venait immédiatement le Bon-Secours, ex-Cheval-Blanc, dont Beaubrun, peintre du roi, fut propriétaire. Henri et Charles Beaubrun travaillaient fraternellement aux mêmes portraits, qui ne firent entrer que l'aîné à l'Académie ; Louis Beaubrun, parent de ces deux frères, les avait devancés comme portraitiste. Etienne Langlois disposait du n° 5, où des Rats, ultérieurement, ne' craignirent pas de remplacer un Lion-d'Or, pour liât ter l'amour-propre d'un autre propriétaire, Pierre-François Le Rat, marchand-bourgeois de Paris, mari de Louise- Charlotte de Bougainville.
Toutefois la rue des Rats tombait de bien plus ancienne date dans celle des Trois-Portes ; c'est maintenant la rue de l'Hôtel-Colbert. Au premier angle de cette rue des Rats, le sieur Desmaisons, maître-maçon, avait en 4768 la Corne-de-Cerf, contiguë au Bout-du-Monde, qui tenait aussi aux deux rues et qui appartenait à Delamesle, libraire et fondeur en caractères. Après le second coin venait le Cheval-Alezan, ci-devant Saint-Étienne, à Louis Parmentier, marchand de chevaux, qui eut pour successeur Toudouze, boucher. Les deux encoignures de la rue Jacinthe étaient pareillement au pouvoir de Hébert, marchand de poissons, et de Boiste, conseiller aux Eaux-et-Forêts. A Ponson,
RUE G A LANDE
officier du roi, les Balances, entre Hébert et la veuve de Geoffroy, lieutenant de l'amirauté, dont les deux corps-de-bâtiments se disaient Saint-Claude et le Chêne-Vert.
ïl est probable que le 9 et le 11 ne formèrent aussi qu'un : Grandjean, chirurgien-oculiste de la famille royale, y demeurait au moment de la Révolution.
Jean-Marc Antoine, porte-arquebuse du roi, se rendit adjudicataire du 30 en l'année 1694.
Dans l'une des maisons que vous voyez en face, le bureau des Amidonniers fut installé. Ce corps d'état n'obtenait pas sans peine, au mois de mars de l'année 1774, les lettres-patentes du roi l'au* torisant et déterminant ses statuts. Toutamidonnier, avant de passer maître, n'avait que 2 ans d'apprentissage à faire; mais il ne pouvait s'établir que si le lieutenant- de-police, condition moins facile à remplir, ne lui refusait pas son agrément.
L'apprentissage d'un charpentier se prolongeait trois fois autant que celui d'un amidonnier, et quand il aspirait à la maîtrise, il servait pendant un trimestre chez un juré de sa corporation, puis le même temps chez un des anciens maîtres ; après quoi il n'avait plus qu'à subir, s'il en était jugé digne, l'épreuve du chef-d'œuvre et à verser à la caisse commune 1,400 ou 1,500 livres, droit de maîtrise, dont n'était pas exempt un fils de maître. Les charpentier-jurés du roi exerçaient le privilège de l'estimation et du toisé des bois, ouvrés ou non, soumis à leur inspection obligatoire sur les ports et dans les chantiers. Un des articles du règlement de la communauté des Charpentiers, dont le siège se trouvait également rue Galande, défendait aux compagnons d'enlever les copeaux sous peine de punition corporelle. Saint Joseph était le patron de cette compagnie,
RUE GALANDE