‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 105 sur 114 · CC · texte numérisé non relu

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dont on attribuait la fondation au roi Charles Martel. Les maçons et les charpentiers avaient ouvert ou adopté, pour le service de leurs confréries, une chapelle Saint-Blaise-et-Saint-Louis, attenante à Saint-Julien-le-Pauvre. Cette chapelle, rebâtie en 1684, ne fut détruite que près d'un siècle plus tard, et alors on disait les messes de la communauté à la chapelle Saint- Yves, rue des Noyers, après les avoir célébrées quelque temps à Téglise des Carmes, place Maubert.

Avant la fin du règne de Louis XIV, le n° 36 appartenait à Durfort, un maître-des-comptes, et le suivant, enjolivé d'une Perle, aux sieurs procureur, doyen et suppôts de la Nation de Picardie, qui avaient aliéné ladite maison squs Henri IV, mais qui, depuis peu rentrés en possession, y succédaient au théologien Bouvard de Fourqueux. La Perle, qui touchait rue du Fouarre à la sacristie de la chapelle et aux écoles de ladite Nation, était désignée sur le plan de 1718 sous cet autre nom : Saint- Ni colas, qui sousentend à notre sens: séminaire de Saint-Nicolasdu-Chardonnet.

La Nation de France avait le Cliàteau-de-Vincennes ou de Bicêtre, à l'autre angle de la rue du Fouarre, ainsi que la maison voisine, à l'image de Saint-Julien. Puis le Grand-Écu-de-Normandie appartenait à la Nation de Normandie, dont le collège était rue du Fouarre, du côté opposé au collège de Picardie.

Deux anciens hôtels se révèlent un peu plus loin, au n° 57, dont les habitants regardent Gabrielle comme leur devancière, et au n° 65, où résidèrent pour sûr des Châtillon, et il se pourrait qu'on eût jeté bas un troisième bâtiment, sur le rang des chiffres pairs. Mais l'un de ces hôtels fut Lamoignon, grâce au président à mortier, père et grand-père de deux amis de Boileau. Dans son ancienne cour, dite

RUE G GLANDE

encore Lamoignon, se tenait en 1692 un bureau de papier et de parchemin timbrés, ainsi que le bureau du contrôle des exploits. L'un également des hôtels signalés porta le nom de Lesseville pendant un siècle pour le moins. Deux frères Leclerc de Lesseville obtinrent du Saint-Siège les dispenses nécessaires pour épouser deux sœurs, leurs cousines-germaines. L'un était Charles-Nicolas Leclerc de Lesseville, baron d'Hauton, seigneur de Saint-Leu et de Saint-Prix, conseiller au parlement de Paris, maître-des- requêtes, puis intendant de Limoges, d'Auch et de Tours successivement; l'autre demeura conseiller au parlement. Le premier cessa de vivre au beau milieu du xvinc siècle, en laissant trois enfants : Charles, président de la chambre des enquêtes au parlement ; Anne, mariée à M. de l'Escalopier, intendant de Tours en dèrnier lieu, et puis une seconde fille, en religion aux Filles-Dieu. Mais ne citait-on pas déjà en 1691, à cause de son importance, la bibliothèque réunie par M. de Lesseville, rue Galande? Cet autre Charles Leclerc de Lesseville, qui se qualifiait seigneur de Rubelles, Saint-Leu, Saint- Prix et autres lieux, siégeait à la cour des Aides; il avait épousé en premières noces Marguerite Prévost, fille d'un conseiller au Grenier-à-sel, puis Anne Pallu, fille d'un fermier-général. Les deux frères mentionnés tout-à-l'heure étaient enfants du premier lit.

Dernièrement, pendant que la cathédrale était l'objet de grandes réparations à l'intérieur, le chapitre de Notre-Dame officia à Saint-Julien-le- Pauvre ; mais cette petite église, depuis longtemps, n'est plus que la chapelle de l'Hôtel-Dieu. Il paraît qu'elle doit son origine à un établissement hospitalier du vie siècle, où logea saint Grégoire de Tours, en s'arrêtant de passage à Paris. La rue Galande aurait donc eu pour habitant l'historien

RUE GALANDE

de la première race des rois de France ; malheureusement elle était tout au plus un chemin du vivant de l'évêque de Tours dont nous vous parlons.

La rue, dit-on, ne fut percée qu'en l'an 1202, sur la lisière du clos Mauvoisin, lequel y confinait au clos de Garlande, en dépendant de la seigneurie du même nom. A cette date, en effet, le clos de Garlande fut donné en fief par l'abbé de Sainte-Geneviève à Matthieu de Montmorency et à sa femme. Mais la division ne s'était-elle pas jetée antérieurement dans le domaine seigneurial, et de façon à hâter l'ouverture de cette voie principale de communication, mitoyenne de deux clos primitivement distincts ? Étienne de Garlande avait affecté, dès l'an 1118, plusieurs vignes de Garlande à la dotation de la chapelle Saint-Aignau, établie à Paris par les chanoines de Saint-Aignau, église d'Orléans, et le fait est que, dans la suite, on ne connut plus d'autre fief de Garlande, aliâs Galande, que celui qui appartenait audit chapitre. Il est vrai que la fusion de leurs droits respectifs a pu résulter d'une alliance que les Montmorency ont contractée avec la famille de Garlande, qui remplissait aussi, au xne siècle, les premières charges du royaume. Anceau de Garlande fut sénéchal de France et premier ministre, sous Philippe Ier et Louis-le-Gros ; Étienne de Garlande, son frère, mourut évêque de Beauvais, en 1151, après avoir été lui-même sénéchal, chancelier et premier ministre pendant neuf années ; enfin Anselme de Garlande, une quarantaine d'années après la mort de cet évêque, remplissait les fonctions de prévôt de Paris. Les chanoines de Saint-Aignan passèrent un accord avec les juifs, sous le règne de Louis IX, pour leur vendre conditionnellement une maison et un terrain, où ils avaient alors la permission d'établir leur cimetière. Il ne se passa pas longtemps sans qu'on retirât cette autorisation ; mais c'est

RUE GALANDE

précisément le cas aléatoire que le contrat de vente avait prévu, et le chapitre rentra dans tous ses droits.

Vers la fin du même siècle, presque tous les états se trouvaient exercés par la population de la rue Galande. (Mais on y remarquait déjà des regrattiers, dont les traditions industrieuses sont précieusement conservées, en ce temps-ci, chez autant de gargotiers. Rien ne s'y perd !

Rue Drouot* (1)

La Grange- Batelière. — Les Pinon. — La Maison du Jockey-Club. — Crozat. — La Duchesse de Gramont, — L 'Administration de V Opéra. — Les âHAugny. — M. Aguado. — Le Salon des Étrangers. — La Mairie.

L'une des deux branches de l'éqiierre que formait la rue de la Grange-Balelière se prolongeait en 1847, à la place de l'hôtel patronymique de cette rue, et prenait le nom du général Drouot, qui venait de mourir à Nancy. L'autre branche était de première pousse, et ledit château avait servi de tronc à toutes les deux. La rue Neuve-Grange- Batelière, dite aussi du Faubourg-Richelieu, se distinguait de celle de la Grange-Batelière en 1704 et commençait où commence notre rue Drouot, pour y finir à la hauteur de notre rue Rossini.

Le chef-lieu du fief l'avait pour avenue. Ce n'était pas encore un hôtel ; mais depuis longtemps ce n'était plus une grange, et il ne fallait plus, comme autrefois, y arriver par eau, dans un bateau. Vous étonnez-vous qu'on ait pu se baigner et pêcher dans une rue aussi peu vénitienne ? Il descend encore de Montmartre, les jours de pluie, assez d'eau pour alimenter un étang, ou inonder démesurément un saut-de-loup, comme il y en avait sans doute devant la grange érigée en manoir, à un niveau depuis lors exhaussé. Les fossés de ce qu'on a appelé la ceinture de Sainte-Opportune sont depuis longtemps affectés a l'égout ; mais on

RUE DROUOT

les avait probablement établis pour servir à la défense, en prévision d'un retour offensif de l'ennemi. Ces fossés à la file, que depuis ont couverts les rues des Petites -Écuries, Riches de Provence, etc., avaient pu d'autant mieux s'étendre à la Grange- Batelière que Sainte-Opportune était en possession du fief dès l'année 1153, bien qu'il relevât plus ou moins de l'évêque. Les comtes de Laval en firent l'acquisition à la fin du même siècle ; Jean de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier de Bretagne sous Charles VII, le donna aux blancsmanteaux, qui le vendirent au comte de Vendôme, et Catherine de Vendôme le mit dans la maison de Bourbon; par son mariage avec le trisaïeul d'Henri IV. Les financiers Vivien, qu'avait anoblis en 1491 Réné II duc de Lorraine et qui servirent plus tard de parrains à la rue Vivienne, achetèrent, au milieu du xvie siècle, cette Grange- Batelière, terre surburbaine qui, originairement, ne contenait pas moins de 194 arpens, mais que l'établissement du Rempart de la ville, autrement dit du Boulevard, réduisit à 168. Louis Vivien, sieur de la Grange -Batelière, maria sa fille, le 28 août 1608, h messire Daniel Bourgoin, dont l'arrière-petite-fille épousa, le 27 mars 1713, Anne- Louis Pinon, vicomte de Quincy-sur-Cher, et le manoir passa de la sorte dans la famille Pinon, avec la terre. Le fils et le petit-fils de ce nouveau seigneur portèrent l'un après l'autre au parlement de Paris le bonnet rond de velours noir, bordé d'un galon d'or ; ils demeuraient rue Culture- Sainte-Gatherine, avant de transformer en hôtel leur maison des champs, dont le vieux colombier marquait la suzeraineté sur le beau quartier qui commençait à sortir de leurs cultures.

Lorsque le président à mortier s'installa dans cette résidence, digne d'un souverain, ce fut pour y mener grand train : chaque dîner de cérémonie

RUE DROUOT

qu'il donnait a* l'occasion de la rentrée du parlement, lui coûtait 4000 écus. Le jardin de l'hôtel n'avait alors qu'un peu plus de 14 arpens ; mais les droits censitaires et de lods et ventes, attribués à la seigneurie, décrivaient un rayon si large et pesaient sur tant de maisons neuves, non-seulement dans le faubourg, mais encore dans les rues de Richelieu, Montmartre, Notre-Dame-des-Yictoires, Feydeau, Saint-Marc, des Filles-Saint-Thomas, Neuve- Saint- Augustin, Neuve-des-Petits-Champs, Golbert, Vivienne, des Petiis-Pères et place des Victoires, qu'ils faisaient ressembler le magistrat Pinon au marquis de Carabas. A l'occasion d'une réclamation d'une portion de ces droits, faite judiciairement au tenancier du domaine noble, mais tque l'évêché avait eu en vasselage, M. de Vintimille, archevêque de Paris, publia un factum, par lequel on apprit que le revenu de la Grange - Batelière dépassait déjà un million au commencement du règne de Louis XV : il y avait de quoi partager ! Law, en ayant acquis tout ou partie, s'était qualifié lui-même seigneur de la Grange- Br.telière.

M. Pinon n'échappa que par miracle h la terrible curée parlementaire du 20 avril 1795. La Grange- Batelière était personnellement occupée, pendant la Révolution, par des représentants montagnards : Ghristiani, du Haut-Rhin; Villars, de la Mayenne. Ce fut sous l'Empire une magnifique hôtellerie, dans laquelle des princes descendaient. Le duc d'Orléans y fut lui-même le locataire de M. Pinon, à partir du 25 mai 1814, jusqu'à ce que les appartements du Palais-Roydl fussent remis en état. Puis la Ville, en 1820, lit l'acquisition de l'hôtel, pour y établir la mairie du IIe arrondissement, et, vers la lin du règne de Louis-Philippe, les bâtiments en livrèrent place tant au prolongement de la rue rectifiée qu'à un nouvel hôtel

RUE DROUOT

des Ventes mobilières et à bieu des maisons d'un grand revenu. Le nom de Pinon y restait encore à une rue séculaire, qui commençait à gauche sur le point où naguère tournait à droite celle de la Grange-Batelière ; c'est maintenant la rue Rossini. Ne croirait-t-on pas que s'est éteinte, avant de subir cet affront, la race magistrale des derniers titulaires du fief? Loin delà ! des rejetons attendent que le soleil de la fortune redore cette tige, qui n'en a plus que l'ombre.

Un autre hôtel figure sur le plan de 1739, à l'encoignure de la rue Neuve-Grange-Batelière et du Cours, et il n'a fait depuis que s'alourdir de force constructions supplémentaires. En voici l'historique. Du fief sont achetées 2016 toises, en 1717, par Pierre Darieux, bourgeois de "Paris, qui en cède 952 à Nativelle, architecte des bâtiments-du-roi, et celui-ci y élève deux maisons, pour les transporter, deux années après, à Farges de Polizy, munitionnaire-général des troupes. Nicolas Levasseur, conseiller, au parlement, se rend adjudicataire de la double propriété, en 1722, par suite d'un retrait lignager exercé à sa requête sur Nativelle et ses acquéreurs; mais le munitionnaire, au bout de six années, prend de tels arrangements avec les créanciers du magistrat qu'il rentre en possession. Au décès de Farges, les biens de sa succession sont mis en vente par-devant les commissaires-généraux du roi : la grande maison, celle qui forme l'angle, est adjugée, avec son jardin, à messire François-Louis Le Tellier, comte de Rébenac, marquis de Souvré et de Louvois, maître de la garde-robe du roi et lieutenant-général ; la petite passe au bourgeois Lemaignen. Après l'avoir habité vingt-huit ans, M. de Louvois cède son hôtel, en 1764, à Jeau- Joseph de la Borde, vidame de Chartres, conseiller-secrétaire du roi, lequel désintéresse bientôt

RUE DROUOT

les héritiers de Lemaignen, pour réunir de nouveau les deux propriétés. M. de la Borde transporte ses droits, en 1783, au fermier-général Clément Delaage, mais en se réservant le jardin, sur lequel se sont ultérieurement casés les nos 16 et 18 du boulevard Montmartre. M. Delaage s'empresse de démolir ce qu'a lait bâtir Nativelle, à l'exception d'un bâtiment qui fait retraite encore sur le Boulevard, en s'y éclairant par deux fenêtres, et auquel on a ajouté sous le règne de Louis XVIII, un autre petit corps-de-logis, à l'extrémité de la propriété. Les autres, présentement surélevés tant sur la rue que sur le Boulevard, datent de 1784, comme l'escalier superbe du premier, comme le salon d'encoignure à six fenêtres et une ou deux autres pièces dont la décoration est encore de style Louis XVI.

Aussi bien cet immeuble, après la mort du financier qui l'a renouvelé, est acquis, sous l'Empire, par le comte Alexandre-Edmond de Talleyrand- Périgord, aide-de-camp du prince de Neulchâtel, époux d'une princesse de Courlande. Ce neveu du prince de Talleyrand fait la campagne de Russie en qualité de colonel au 8" chasseurs, est nommé maréchal-de-camp en 1814 et soutient au Congrès de Vienne les intérêts du roi de Naples qui, une fois rentré dans ses États, lui donne le duché de Dino. C'est justement l'année 1815 qui le voit transmettre à M. Mouroult ses droits sur la propriété dont il s'agit. M. Mouroult, neuf années plus tard, a pour preneur M. Debruges-Duménil, agent-de-change. Une galerie de curiosités, créée par ce propriétaire, par malheur a été vendue ; son moindre ornement n'était pas un cabinet, tout garni de laque jusqu'aux voussures, enrichissant le petit bâtiment qui reste de l'hôtel primitif. M. Jules Labarthe, ancien avoué, auteur d'un savant volume sur l'art céramique, a épousé la tille de M. Debruges,

RUE DROUOT

propriétaire actuel. Cette maison, si avantageusement située, a eu aussi pour locataires à citer : le Jockey-Club, depuis sa création en 1836 jusqu'en 1855 ; le chirurgien Jules Cloquet, durant vingt ans ; le comédien Arnal, le facteur de pianos Pleyel et le restaurateur Laiter, dont les officiers supérieurs de l'armée alliée formaient la principale clientèle à la chute du premier empire.

En l'an de grâce 1729, Pinon de Quincy n'était encore que conseiller au parlement, comme Levasseur, et ils se touchaient de près d'autant plus que ce dernier, à la suite des deux maisons déjà portées à son actif, en avait quatre. Les propriétaires sur l'autre ligne, en deçà de l'hôtel seigneurial, étaient : Mlle de Villefranche, le bourgeois Ponroy, Delaunay et Crozat.

Le financier Pierre Crozat, écuyer, n'avait guère là qu'un vaste potager en 1709, alors que la permission de relier cet annexe à son hôtel de la rue Richelieu, par un passage souterrain, lui coûtait 500 livres comptant et 10 de rente. Il s'y élevait au moins un pavillon quand Crozat le vendit à Lenormand, en ne gardant à sa charge que la moitié de la petite redevance annuelle. D'après une carte de Paris gravée en 1763, le jardin s'étendait pour le moins jusqu'au point où la rue Taitbout accoste la rue du Helder. Quant à l'hôtel encore debout, Carpenticr le dessina pour Bouret, avec la coopération de Desportes. Un autre capitaliste fameux, qui fit un peu de tout, M. de Laborde, y précéda M. de la Reynière et M. de Choiseul, ancien ministre, dont ce fut le dernier domicile. On y voit, en revanche, où se dressait le lit nuptial de la chanoinesse Béatrix de Choiseul-Stainville et du duc de Gramont, qui portait entre autres titres celui de souverain de Bidache et qui s'était une première fois marié à l'âge de 17 ans. Cette duchesse de Gramont n'était

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pourvue que des agréments de l'esprit; l'homme d'état, son frère, ne négligeait ni ses conseils, ni ceux de Mme deBeauvau. MmeDubarry, que la duchesse avait irritée, l'a vue avec délices partager la disgrâce du ministre, qui tombait avec lés parlements ; mais l'exil a eu ses grandeurs et puis un terme. Quelle catastrophe attendait à son tour le nouveau règne inauguré par de justes réparations ! Les duchesses de Gramont et du Châtelet, deux amies, partagèrent enfin le même supplice, à la satisfaction de Robespierre et de Fouquier-Tinville. L'hôtel de Mmo de Gramont, restitué depuis à sa famille, n'attendit toutefois pas la Restauration pour être Vindé. Le vicomte de Morel-Vindé, agronome et littérateur, pair-de-France et ancien conseiller au parlement, était propriétaire de l'immeuble, en 1821, quand on a fait de son jardin l'Opéra et les passages qui s'y rattachent. L'administration de ce théâtre ne siège qu'après l'étatmajor de la garde nationale dans l'hôtel même, que la finance du xviii0 siècle avait libéralement pourvu de sa cour spacieuse et carrée, de ses sculptures, parmi lesquelles on remarque celles du fronton, et d'une porte qui serait assez haute pour un 'arc-de-triomphe. On se hausse involontairement pour passer dessous Étonnez-vous que les amours-propres et les prétentions des artistes, qu'on y voit plusieurs fois par jour, grandissent aussi! Il faudrait les faire passer tous par la petite porte du passage noir.

Les Daugny, en revanche, sont moins prétentieux au xixfi qu'au xviue siècle : ils ont rengainé l'apostrophe qui donnait à leur nom l'emblème d'une épée de gentilhomme et relativement ils se rangent tous les jours. Le premier fermier-général de cette famille, qui pour Paris et la finance quittait Metz et la robe, aimait avec passion la taWe. S'il avait dissipé les 2,664,000 livres qu'il fut con-

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damné à restituer au Trésor en 1716, alors qu'Antoine Grozat, son confrère, était taxé a 6,600,000 livres, c'est la goinfrerie qui lui avait fait faire ses folies. Son lils, également dans la Ferme, entrait 35 années plus tard dans un hôtel tout battant neuf à la Grange-Batelière, vis-à-vis de celui dont nous sortons, et quel hôtel ! Avenue par-devant, grand jardin par-derrière, plus un manège couvert; petits appartements pour les maîtresses de monsieur, avec des peintures à demeure de Boucher, d'Eisen, de Vanloo, etc. Celui-là donc ne se contente plus de la bonne chère. Que ne lui coûte pas notamment la Gogo ! On surnomme ainsi M,n« Bellecour, qui a brillé dans l'opéra-comique avant de jouer à la Comédie- Française avec son mari, et ceGiles Colson,dit Bellecour, prélève de quoi faire lui-même des libéralités galantes sur celles du financier. Le même d'Augny se retire ensuite des affaires pour se marier ; seulement il est si peu fier de prendre pour femme la petite chanteuse Liancourt, fille de la Duval, qu'il s'exile avec elle dans ses terres pour deux années, avant de reparaître à Paris. Soit lui, soit son fils, un d'Augny, trésorier des États de Bourgogne, occupe l'hôtel en 1789, et des médailles, des tableaux, un cabinet d'histoire naturelle y sont l'objet de l'attention des curieux.

Mais bientôt le comte de Mercy-d'Argenteau, ambassadeur de l'empereur d'Allemagne, remplace d'Augny. Puis la Révolution transforme un des ci-devant hôtels de la rue de la Grange-Batelière en ministère de la Guerre. Celui qui fut d'Augny ressemble en quelque chose, peu de temps après le 9 thermidor, à l'arche d'alliance, d'où partit une colombe en quête d'une branche d'olivier, qui confirmât que le déluge finissait ; mais le ballon d'essai qui se lance pour cette fois est un bal, le bal des Victimes! L'Étranger a beau craindre

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Paris, comme la peste, il viendra se l'inoculer, sous le prétexte de relever des victimes, mais encore plus pour voir ce qui reste des bourreaux, et le virus, au lieu de se cacher comme agent mystérieux de la contagion, prend toutes les formes de la séduction dans le salon des Étrangers, dont l'entretien est imposé à l'administration des Jeux.

Les bals masqués principalement font merveille à l'hôtel d'Augny ; les pontes du trente-et-un y tentent une fortune qu'aveugle plus encore l'incognito du masque. Seulement une dame d'honneur de Mn,c Bonaparte, aux derniers jours du Consulat, perd là un argent dont la source finit par ne plus être plus pure que le gouffre où il se perd, et le service de cette dame d'honneur est supprimé aux Tuileries, en même temps que les bals masqués au Salon des Étrangers : interdiction que ne lève pas l'Empire. Les réceptions continuent, mais à visage découvert. Les membres du corps diplomatique rencontrent sur ce terrain neutre plus d'un souverain, lors du mariage de Marie-Louise, et les gros fournisseurs de l'armée y coudoyent des gentilshommes de l'ancienne cour, sur le pied d'une égalité qui étonne encore moins ceux-ci que ceuxlà. On n'est reçu à l'hôtel d'Augny qu'en justifiant d'un nom à conserver et d'une fortune à compromettre ; les redingotes et les bottes servent ellesmêmes de titre à l'exclusion. Il y a successivement trois commissaires chargés de maintenir le décorum et de résoudre les cas de conscience de l'étiquette, le marquis de Livry, le marquis de Rueil et M. de Gussy, gourmand célèbre. A deux ou trois grands dîners par semaine sont conviés les membres du cercle ; Robert et Lointier servent et Brillât-Savarin prend ses notes sur le menu. Frascati ne peut donc être, de l'autre côté du Boulevard,

RUE DROUOT

qu'une pâle imitation de cette maison de jeu sans pareille :

Qtiin et erai magnœ pars imitanda domûs.

Pendant que Frascati survit au Salon des Étrangers, M. Aguado, marquis de Las Marismas, prend possession de l'hôtel d'Augny et y réunit une collection de tableaux, dont la vente fait événement après la mort de cet ancien banquier, qui a été marchand de comestibles. Le n° 4 dépend alors de la propriété, dont le jardin n'a pas encore cessé de se prolonger au-delà du passage Jouffroy. La révolution cte 1848 trouve les bureaux de Ganneron et Gouin, banquiers, dans l'immeuble principal, qu'une compagnie d'assurances ne tarde pas à vendre à la Ville, qui aussitôt y rétablit la mairie à laquelle manque l'hôtel Pinon.

Rue des Noyers, (i)

« Un avocat en une ville, dit le proverbe, un noyer en une vigne, un pourceau dans un blé, une taupe dans un pré, un sergent dans un bourg, c'est pour achever de tout gâter. » Or, près des vignes de Garlande il y avait plus d'un noyer ; on en voyait une allée toute gai nie, comme l'Hoheveg d'Interlaken, et ce double rang de noyers séparait, on ne peut mieux, le clos Bruneau du clos Garlande. Mais le moyen que la vigne en bordure ne souffrît pas d'un pareil voisinage ! L'air et le soleil y manquaient tour-à-tour. Aussi bien une rue, à la place de l'allée, amenait la ville jusque-là dès le règne de Philippe-Auguste ; puis une chapelle y fut dédiée à saint Yves, patron des avocats, et même la dénomination de rue Saint- Yves prévalut au milieu du xive siècle, mais moins longtemps que ne dure un bon procès, sur la dénomination héréditaire qui rappelait les deux rangées d'arbres. Noyers en vigne, puis avocats en ville, quel surcroît de mauvais augure ! s'il faut en croire la sagesse des nations. Néanmoins la chapelle, que la Révolution avait fermée au culte, n'a vu tomber ses quatre murs, avec l'aile droite de la rue des Noyers, que pour faire place au boulevard Saint-Germain, et l'aile qui reste ne sera pas découpée : le boulevard nouveau se l'incorpore. Ainsi, l'allée d'avant Philippe-Auguste reparaît plus large et plus longue, mais sans changer de direction, après avoir passé huit siècles sans verdure.

(1) Notice écrite en 1801.

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