RUE DE BÉARN, ETC
Sous les auspices de leur oncle commun, Jacques Verberecht, sculpteur du roi, demeurant rue Bassedu-Rempart, le cousin Pion avait obtenu en cour de Rome les dispenses nécessaires pour épouser la cousine Dorothée Verberecht. Ce vieux couple amoureux, tout au moins de ses habitudes, dînait sur le coup de deux heures et, une fois ou deux par semaine, Mme Mongolfier prenait place à la table. Quand le couvert de ce convive se trouvait mis en pure perte, les époux Pion mangeaient et dormaient mal ; ils ne digéreaient l'affront fait à Ja fortune du pot qu'en recevant, le lendemain, des explications ou des excuses, qui, d'ailleurs, étaient si valables que l'affaire s'arrangeait toujours. Une fois môme l'accident qui avait fait manquer le rendez-vous donnait à craindre de dangereuses récidives. En montant dans un omnibus, la bonne dame avait commencé par se tromper de direction ; elle avait, d'autre part, oublié de se munir des 5 sous, prix d'une place alors dans ces voitures, et, pour surcroît, en mettant pied à terre, à l'extrémité de la ligne, elle avait senti le vide se faire absolument dans sa mémoire, bien qu'on put la tenir jusque-là pour une femme de sens et douée de présence d'esprit. — Votre nom? lui demanda une dame, qui venait de lui prêter cinq sous. — C'est singulier, c'est affreux, lui dit-elle ; je ne m'en souviens plus du tout. — Votre adresse ? — Je ne la sais plus... Mme Mongolfier s'était assise sur une chaise, à la porte d'un pâtissier, et elle s'y mettait l'esprit à la torture sans en tirer le moindre souvenir ; heureusement quelqu'un passa qui la reconnut, qui l'appela par sou nom, en demandant ce qu'elle faisait là. Aussitôt, le nuage se dissipa et la conscience de soi reparut. Mais il était trop tard pour que Mme Montgolfier se rendît à l'invitation du couple Philémon et Beaucis de la chaussée des Minimes.
Rue des Pet itou-Écuries. (\)
M,ne la comtesse Gudin, veuve d'un général de l'Empire, habite le 56 de cette rue depuis l'époque où la paix de Tilsitt était conclue avec les Russes par le maréchal Ney, dont la famille demeurait au 52. L'armée d'Espagne attendait Ney, qui fit ensuite la campagne de Russie. M. Gamot, dont nous croyons que le maréchal était parent, et qui a rempli les fonctions de préfet, possédait alors la maison, dont M. de Lathan, officier aux gardes-françaises, avait été le créateur en l'année 1783; M. François Cottier, banquier, puis membre du conseil municipal de Paris, s'en rendit acquéreur sous la Restauration, ainsi que du 54. M. André, associé de M. Cottier, et qui lui a donné son fils pour gendre, a occupé de même le 46. Or la plupart des hôtels qui se suivent sur cette file et sur l'autre le 51 doivent à des rapports de style et d'âge d'être attribués en masse à un architecte du comte d'Artois, qui n'aurait travaillé pour lui-même qu'au 48. Cet immeuble a été le théâtre d'un crime sous Louis-Philippe : l'assassinat des époux Maës. Un autre, à M. Paravey, peut se qualifier rétrospectivement hôtel d'Aumont. On a considéré, d'ailleurs, comme signé par Ledoux en 1780 un hôtel sis à l'angle de la rue du Faubourg- Poissonnière et que cet architecte a habité, en sortant d'un pavillon aux pères de Saint-Lazare ; mais ledit hôtel a été d'Espinchal avant la Révolution : la cour y séparait deux portes cochères
(1) Notice écrite en 1860.