RUE NOTRE-DAME-DES- VICTOIRE S
Delahaye ; le sieur Hyon, à l'enseigne de la Tourd'Argent; le sieurGirard, pour le mur d'une propriété de la rue Montmartre; M. do Bourges, pour le derrière aussi d'une maison de la rue Montmartre ; le sieur Proux, sculpteur; le même; M. de Sé ronges, ;ï l'en coignure de la rue Montmartre.
Hue LiOtiis-le-€ii*aiid. (i)
MmG de Montespan. — Le Général Chasseloup- Laubat. — M. Double. — Le Général Bertin de Vaux. — Les Hôtels d'Egmont et Gontaut-Biron.
— Le Duc cCAntin. — Le Maréchal de Richelieu.
— Le Pavillon de Hanovre.
Les propriétaires en cette rue étaient, sous le règne de Louis XVI :
Coté des numéros impairs: — MM. de La Fontaine de Brassard, de Grandbourg, Castela, de la Bussière, de .Villemarais, Maurangel, Tawpin, Gueffier, Dauguy, d'Egmont, de Gontaut, la maréchale de Nicolaï, MM. Arthur et Grenard.
Coté des numéros pairs : — M. Duval de Lépiuay, MH« Quinon, les héritiers Croixmare, MM. de Verville, Vernier, de Richelieu.
Bien qu'ouverte en 1703, elle était bordée plus encore de murs que de maisons sur le plan de Paris en 1739. Des hôtels auxquels tenaient ces murs, gardons-nous d'oublier le plus ancien, mais
(1) Notice écriîe en 1860. La nouvelle rue du Dix- Décembre croise aujourd'hui la rue Louis-Le-Grand, à la rive gauche de laquelle s'arrête à l'heure qu'il est l'avenue de l'Empereur, qui doit également passer outre, pour mettre en communication directe le nouvel Opéra avec le palais des Tuileries. Le changement de niveau donne l'air de s'effondrer à un tronçon de la rue Louisle-Grand, reliée d'un côté par des marches à la rue du Dix-Décembre.
RUE L0UIS-LE-GIIAX1)
le moins connu. C'était plutôt une maison qu'un hôtel, car elle n'avait pas de jardin, tant le couvent des Capucines, par-derrière, la serrait de près ! Mmo de Montespan, dans la disgrâce, y passa quelque temps. Depuis son départ de Versailles, elle menait une vie de pénitence, quoique peu sédentaire, après s'être essayée à l'immobilité de la retraite dans la communauté des tilles de Saint-Joseph: ses terres la gardant six mois de l'année, elle prenait, de plus, les eaux de Bourbon. Le duc du Maine et le comte de Toulouse, légitimés princes du sang, visitaient à Paris Mme de Montespan, qui ne les traitait pas sur un autre pied que le fils du marquis de Montespan, leur frère aîné. MM. de Grandboiug et Castela ont disposé de la propriété; elle a été occupée de plus fraîche date par l'amiral Parceval-Descbônes, par le général Digeon : n°* 3 et 5 a-présent.
M. de l'Épinay était propriétaire du 4, arrièrebâtiment de l'hôtel Mondragon, que nous avons vu rue d'Antin. L'hôtel avait appartenu conjointement à Marie Bersin, femme de Louis Duval de l'Épinay, secrétaire des finances, et. au marquis de Mondragon, secrétaire des commandements de Madame, comtesse de Provence, ainsi qu'à la marquise, née Duval de l'Épinay. M. Varignon de Villemarais, qui avait le 9 du chef de sa femme, veuve de Derbais en premier lit, était l'un des prédécesseurs du général marquis de chasseloup- Laubat, père du ministre actuel de ia Marine. Sénateur depuis une année, le général, en 1814, se rappela qu'il était lils et petit-fils de brillants officiers, qui avaient, servi sous le drapeau des maréchaux de Saxe et de Luxembourg ; il refusa même, aux Cent-Jours, de reprendre sa place au sénat, ce qui n'empêcha pas Napoléon de faire encore à Sainte Hélène l'éloge des talents et de la probité de Chasseloup-Laubat. Le général a
RUE LOUIS-LE- GRAND
eu pour acquéreur le beau-père de M. Double, propriétaire a l'heure qu'il est de l'immeuble où il donne l'hospitalité à une rampe d'escalier, tirée de la maison de Samuel Bernard, rue Notre-Damedes- Victoires. M. Double possède aussi, dans la vallée de Montmorency, un ancien château des ducs de Vendôme, qui fut de plus à Mlle d'Enghien. Son appartement à Paris est d'un luxe devenu rare en ce qu'il ne parle pas qu'aux yeux: un magnifique mobilier historique y réveille le souvenir des détenteurs primitifs de chaque objet, c'est-àdire des plus grands ministres, des ducs et pairs, des rois eux-mêmes, et des femmes qui, l'une après l'autre, taillèrent dans chaque règne le leur. Tapisseries, cheminées, porcelaines, mosaïques, pendules, bronzes, dorures, lustres, sofas et guéridons sont des chefs-d'œuvre de bonne compagnie, avec lesquels jamais on n'est tout seul : chacun d'eux cite une date et un nom historiques, dont on aime à s'entretenir et qui donnent quantité d'idées qu'un mobilier tout neuf garde pour plus tard. Tout n'est pas une importation dans le musée domestique de M. Double : les sculptures, les peintures des plafonds et des dessus-de-portes n'ont jamais été autre part. Bon Boulogne a passé par-là.
Suit l'ancienne propriété de M. Maurangel ; M. Tau pin, vers 1800, la vendit à M. Merlin, agent-de change, beau-père du général Berfcin de Vaux, qui y commande. Les immeubles d'après n'ont fait, pour la plupart, que croître, sans embellir, depuis le règne de Louis XVI : exemples, le grand hôtel d'Egmont, au 21, et le petit, dans le fond du 23. Jenny-Colon a joué aux Variétés une pièce qui nous empêche d'oublier que la jolie Mmp d'Egmont chassait de race, étant fille du maréchal de Richelieu.
L'hôtel de M. de Gontaut-Biron a quitté entière-
RUE LOUIS-LE-GRAND
ment la place à des maisons de revenu sur ce point de la rue Louis-le-Crand. La fameuse pension Morin et cet hôtel, pour lequel elle avait renoncé à l'ancien théâtre de Pierre, seraient-ils morts dans les bras l'un de l'autre? L'Histoire du lycée Bonaparte donne sur la pension Morin des détails plus circonstanciés, qui seraient pour iïous une répétition. Renvoyons aussi le lecteur à la notice de la rue Grange-Batelière (i) s'il tient à s'édilier sur le compte de M. Daugny, le second voisin des d'Egmont. Mais les Gontaut ont eu évidemment, eux aussi, majeur et mineur hôtels. L'un des deux a passé Nadara et ouvre plus , bas : vous pénétrez dans son sous-sol d'autrefois en allant prendre une glace chez Durant, sur le boulevard des Capucines, où le jardin de l'hôtel a touché au jardin du ci-devant couvent de femmes déboisé par le percement de la rue de la Paix.
L'an 1738, il n'y avait encore à l'angle du Rempart et de notre rue, à l'extrémité de sa ligne gauche, que le magasin dés marbres du roi. L'autre anglen'était qu'un fossé. L'égout de la Ville grouillait, à n'en pas douter, entre les deux.
Le financier Lacour-Deschiens, sieur de Neuville, avait fait bâtir, en l'année 1707, sur les plans de Pierre Levée, un bel hôtel rue Neuve-Saint Augustin, dont le jardin allait jusqu'au boulevard, entre lés rues de la Micbodière et Louis-le-Grand. 11 en reste, sur celle-ci, notamment le n° 16, marqué déjà sur le plan de Lacaille. Le duc d'Antin, ingénieux courtisan du roi, surintendant de ses bâtiments, s'était rendu acquéreur, en 1713, de l'hôtel qui a pris son nom pour le laisser à un
(1) La portion de Ja rue Drouot dans laquelle se retrouve l'ancien hôtel Daugny appartenait naguère à la rue de la Grange-Batelière.
RUE LOUIS-Lfi-GRAND.
quartier. Le maréchal de Richelieu en était propriétaire dès 1757, et il y faisait faire des embellissements. Alors fut dessiné par Ghevautet ce joli pavillon qui forme encore le coin du boulevard, à la place de l'ancien fossé : sa rotonde y délasse la vue des monotones pans coupés que présentent tant d'autres angles ! Les masques qu'on y a sculptés demeurent les chefs-d'œuvre du genre. Un balcon tourne autour de l'édifice, comme une ceinture glissante, et c'est pourtant la seule que Richelieu ait nouée, dans son pavillon de Hanovre : il faisait le contraire aux autres ! On sait que la plupart des femmes préféraient sa maturité à la jeunesse de ses rivaux, le poursuivaient encore, octogénaire, de leurs envies de pardonner, qui étaient des lettres de rappel : plus d'une finissait même par le coucher, consolation désespérée, dans lu ruelle de son testament ! Il disait à son fils, goutteux : — Imitez votre père, Fronsac ; quand un de mes pieds a la goutte, c'est l'autre qui en souffre le plus : je ne fais pas un pas de moins.
En ce qui regarde notre rue, le duc plaida avec M. Arthur, prédécessseur des frères Robert : cet Arthur avait établi, à l'autre encoignure du Cours, c'est-à-dire à la place qu'avait occupée le dépôt des marbres du roi, une fabrique de papiers peints, qui masquait la moitié de la vue. Fronsac n'hérita de son père qu'en 1788, et des entrepreneurs de fêtes publiques accaparèrent l'hôtel de seconde main, dans la Révolution. Il était dès-lors divisé, car la rue de Hanovre, dont le terrain avait été acquis par Chéradame, et celle de Port-Mahon, dont le nom rappelait aussi une victorieuse campagne du maréchal, avaient été, celle-ci tracée et l'autre ouverte, avant que Richelieu rendît le dernier soupir dans l'hôtel, séparé déjà du pavillon. On y assista à des fêtes,
RUE LOUIS-LE-GRAND
bals, concerts, petits spectacles, feux d'artifice ; on put s'y loger en garni ; une maison de jeu s'y essaya, qu'éclipsa bientôt Frascati ; enfin Tortoni y fonda sa réputation de glacier, comme associé de Velloni. Puis, les maçons revenant à la charge, de nouveau les lustres s'éteignirent dans les salons où, au milieu d'un bal, la générale Bonaparte avait reçu le glorieux surnom, qui déjà était justifié en 1798, de Notre-Dame-des-Victoires. Simon, marchand de papiers peints, devint le locataire du pavillon, occupé aujourd'hui par un marchand de ruoltz.
Comment en un vil plomb for pur s'esl-il changé?
Rue de Vareiiiic. (1)
Documents recueillis aux Archives de ï Empire et mis d'accord, autant que ïiossible, avec le peu de découvertes qui jusqu'à présent a suffi, sur le même sujet, aux livres relatifs à ïhistoire de Paris.
Les personnages historiques ne laissent pas souvent leurs noms aux demeures que semblait pourtant leur assimiler pour jamais l'empreinte de leurs succès ou de leurs infortunes, de leurs exploits ou de leurs défaillances, de leurs vertus ou de leurs vices, de leurs croyances ou de leurs doutes. Le caractère et le rang d'un logis ne changent ni aussi vite ni aussi complètement que ceux des habitants qui s'y succèdent. Un hidalgo a beau devenir gueux, il drape son manteau troué d'une façon qui le distingue encore, et il en est de môme pour un hôtel, qui se révèle, en dépit de ses transformations, jusque dans la décrépitude, et ne tombe tout-a-fait qu'en ruine. Pour nous, qui n'avons le fanatisme ni de l'habit noir, ni de la blouse bleue, il y a des maisons qui portent des pelisses à la Louis XI ; d'autres, une coiffure a bandelette nouée par un camée ou une pierre précieuse, comme la belle ferronière, et plus encore, un des costumes des personnages de Molière. Cela dépend de l'époque où elles ont été le plus remarquées.
Le 11 de la rue de Varenne porte à nos yeux
(1) Notice éciite en 1860.
RUE DE VA RENNE
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une perruque volumineuse, qui retombe sur les épaules de Potier de Novion, président à mortier, pour lequel il fut édifié par Leduc sous Louis XIV : le petit-fils de ce président, ayant la survivance de sa charge, se trouva président à quinze ans. Raphaël de là Planche, trésorier des bàiiments-duroi, laisse au 15 comme une fraise du temps de Henri IV ; il a créé la rue qui s'est dite de la Planche, entre les rues de la Chaise et du Bac, jusqu'à la présidence républicaine de Napoléon III. Une manufacture de tapisseries y avait le même fondateur, avec entrée rue de la Chaise. Tout ou partie de l'hôtel Novion passa Saint-Agnant, et M. Portail, président au parlement, l'achetait eu 1750 d'Edme Duban, marquis de la Feuillée, capitaine au régiment d'Harcourt. La moitié indivise de l'ancien hôtel était celui de Venise, conversion due probablement à l'ambassadeur de celte république, lorsque le marquis de la Feuillée vendit à Marie-Florence du Chatelet, veuve de Melchior Esprit delà Baume, comte de Montrevel, maréchalde-camp, qui ne tarda pas à acquérir l'autre moitié. M,neAmeloî, née de Brion, laissa la maison patronymique de la rue de la Planche à Àmelot, ministre d'Étal, qui Ja céda au procureur-général Joly de Fleury. La famille de ce magistrat* a eu pour acquéreur le marquis de Montmorency, avec lequel traitaient dernièrement les pères de la Miséricorde. Au moment où Napoléon h* nommait grande-duchesse de Toscane Ja princesse Klisa Bacciochi, sa sœur, qui avait déjà exercé le pouvoir sous le npm de son mari, couronné prince de Lucques et de Piombino, elle avait pour palais l'un de ces deux hôtels.
Une varenne est un terrain inculte et fertile en gibier, ou^ une réserve de chasse, et cette traduction étymologique convient à une rue où tombe celle Beilechasse. Néanmoins la localité
RUE DE VA RENNE
pourrait avoir eu pour parrain un abbé de Varennes, un seigneur de Varennes ou encore Florent de Varennes, amiral de France. Mathieu Perrot, chancelier de l'académie et de l'église de Bourges, était abbé de Varennes sous Charles IX; Jacob de Nûcliez, coadjuteur de l'évêque de 'Chalon-sur- Saône, l'était sous Louis XIV et avait pour contemporain François Perron, écuyer, sieur de Varennes. Enfin le bailliage et le ' greffe de la Varenne, juridiction forestière, se tenaient au Louvre; mais il y avait aussi une capitainerie des chasses de cette Varenne du Louvre, et rien n'aurait empêché le chef-lieu de la capitainerie de s'asseoir originairement à une petite distance du palais des rois. Caron de Beaumarchais fut lui-même lieutenantgénéral des bailliage et capitainerie royale des chasses de la Varenne du Louvre, grande vénerie et fauconnerie de France.
L'hôte! Saint-Gelais, occupé sous Louis XV par La duchesse de Lauzun, se délabre, nos24, 26 et 28. Quelque chose aussi appartenait aux récollettes dans la ci- devant rue de la Planche, habitée en notre siècle par M. de Musset, M. de Goyon, la duchesse de Lorges, le prince de Montmorency-Tancarviîle, la marquise de Paris, le duc de Narborme.
Une salle d'asile réunit des enfants au 39 ; 41 et 43 n'ont fait qu'un; la duchesse de Narbonne, née Serrant, a disposé du 45 ; le duc de Larochefoucauld-Doudeauville a le 47. A coup sûr, ce pâté d'hôtels n'a pas cuit tout d'une pièce. L'hospice des Convalescents, que nous mentionnons rue du Bac, donnait aussi rue de Varenne sur ce point. L'abbé- de Fontenille demeurait, en l'année 1736, dans une propriété tenant, des deux côtés et par-derrjère à cet établissement de charité, et Je duc de Lauragais, qui cultivait les lettres et les sciences, en était locataire ensuite. Cartaud, en
RUE DE VARENNE
1735, dessinait pour M. de Janvry une belle maison, près des Convalescents.
Mme de Narbonne a possédé aussi le 46 ; les Baignières, le 48, ancienne résidence de Charles Skelton! maréchal-de-camp. L'hôtel de la duchesse d'Estrées, que nous avons vu rue de Grenelle, s'étendait jusq,ue-là. Gouffier, marquis de Thoix, hérita de son père le n° 56, qu'il céda à Châtiment, marquis de la Galaizière, eu 1768. La comtesse Bernard du Prat, née Bourgoing, inaugura l'hôtel d'Auroy, qui suit, sur lequel est assis le majorât créé pour le comte Rampont, général de l'Empire. A M. de la Galaizière fut encore le 60, dit plus tard hôtel de Tirigry: M. le comte de Béthunc- Sully y succède à M. de Montmorency-Luxembourg.
Ce Chaumontde la Galaizière n'avait-il pas pour proche Guy-Franeois de Chaumont-Quitry, qui •prenait la qualité de « républicain français » en tête d'une brochure politique, parue en thermidor an vu? Ce grand-père du marquis de Chaumont- Quitry, chambellan de l'empereur actuel et député, habitait aussi la rue de Varenne ; il était gardedu-corps en 1789. Il y avait un fusil à lui parmi les armes données en' nantissement que le Mont de-Piété distribua au peuple pour la journée du 14 Juillet. La restitution de ces gages étant devenue impossible, on vota à l'Hôtcl-de-Ville, pour les porteurs de reconnaissances, une indemnité dont la répartition a été faite sur des pièces qui se retrouvent à Ta Bibliothèque impériale, section des Manuscrits. Le reeu de Chaumont-Quitry s'y produit, le premier, pour 80 francs de boni sur son fusil.
Le millésime 1787 ligure dans la serrurerie de la porte du 49. En l'absence d'autres documents, nous regrettons de n'y pas introduire un Jaucourt, un Boisgelin ou un Ségur : nous cherchons en vain i'ue de Varenne la place exacte de ces trois contemporains des deux*Chaumont.
RUE DE VA RENNE
Mlie d'Angennes, dont la vie a fini avec le xviiic siècle, a laissé à M. de Vérac la propriété qui précède le superbe hôtel Monaco. Celui-ci, dessiné par Gortonne pour le maréchal de Montmorency, prince de Tingry, fut vendu inachevé, eu 1723, à Jacques Goyon* de Matignon, comte de Thorigny. On y revoit, au fond d'un grand jardin, un petit Trianon, pavillon ajouté par M. de Matignon. À son fils, pair-de-France, qui prit le nom de Grimaldi en devenant prince régnant de Monaco et duc de Valentinois, cette demeure donnait pour voisins Roise, conseiller au parlement, d'une part, et le marquis de Latour-Maubourg, de l'autre. M. de Quélen, duc de la Vauguyon, ce lieutenant-général qui devint le précepteur des quatre petits-fils de Louis XV, n'avait été là que locataire de Matignon ou de Tingry. Mademoiselle, princesse Adélaïde, a occupé l'hôtel sous la Restauration ; puis le générai Cavaignac, étant chef du pouvoir exécutif; après cela, M. Baroche, président du Conseil d'État.
Le susnommé de Fay de Latour-Maubourg, Lieutenant-général, avait eu pour prédécesseur Philippe de Vendôme, le grand-prieur de France, acquéreur du comte de Tessë eu 1719. La duchesse de Mazarin, née Françoise de Mailly, mais d'abord femme du marquis de la Vrillière, avait pris pour son compte la moitié de la vaste propriété adjugée en 1733 à M. de Latour-Maubourg, après une saisie pratiquée sur les héritiers du grand-prieur à la requête de ses créanciers ; si bien que cet hôtel/ en faisait deux. Le premier échut à.Duprat, marquis de Barbahçon, et à sa femme, Éléonore de Latour-Maubourg ; il fut, au profit de enfants mineurs du marquis, vendu au duc de Renan, qui devait le partager avec le prince de Monaco, déjà nommé; puis il passa Chimay : Mmc Tallien, grâce au divorce, y entra princesse de Chimay.
HUE DE VA'ùENNE. 125
Reynauld, curateur à la succession vacante de la duchesse de Mazarin, céda l'autre à Frédéric de la Tréinoille, prince de Talmond, duc de Chàtellerault, qui eut pour acheteur en 1750 Dominique de Rohan-Ghabot, prince de Léon, président de la noblesse de Bretagne. Ledit hôtel n'est devenu Montcbello que bien après la mort du maréchal Lannes sur le champ-de-bataille d'Essling. Rougevin, architecte, avait les deux immeubles à sa disposition en l'année 1826 ; niais il perpétua leur, divorce en les séparant par nue rue, qui s'appela d'abord Mademoiselle, à cause du voisinage de la princesse d'Orléans, mais qui prit ensuite le nom de Vanneau, élève de l'école Polytechnique, tué le 29 juillet 1830 en commandant l'attaque de la caserne Babylone.
C'est en 1708 que l'hôtel d'en lace est acquis par Lacroix, marquis de Castries, et sa femme, une Rochechouart-Mortemart, d'Angélique de Guynes, veuve de Dufour, seigneur de Nogent, à l'expiration d'un bail consenti au président Etienne d'Aligre. Leur fils épouse la tille du duc de Lévis, nommée dame d'honneur de la duchesse de Chartres sur la présentation du duc du Maine ; il devient lieutenant-général, maréchal de France, puis ministre. C'est, nous le rappelons, cVsi à la suite d'un duel entre Charles de Laraeth et M. de Castries, mestrede-camp de cavalerie, qui a blessé son adversaire, que tout un peuple excite se porte rue de Vaienne, le 13 mars 1790: l'hôtel est mis à suc, et, au bout d'une demi-heure, il n'en reste pins que les murs, avec des monceaux de débris. Des petitsneveux du maréchal occupent de nos jours la maison.
Mlle Desmares crée un bol cl au commencement du xviir siècle : h? plaii en est dressé par Aubry, architecte du roi. El'e différé tellement de M"« Guimard, avec laquelle des historiographes la
RUE DE VARENNE
confondent, que, la première, elle joue le principal rôle ftAthalie et celui de £ émir amis. Les amoureuses de comédie sont également dans ses cordes, et, grâce à ses talents de rechange, l'emploi des soubrettes lui vaut encore les suffrages du public. Vive, jolie, intelligente, M110 Desmares obtient des succès à la ville, auxquels elle sacrifie ceux de la scène en n'ayant encore que 39 ans ; mais ce n'est, qu'une demi-retraite, car elle joue encore à la cour et sur des théâtres de société, où de vrais seigneurs lui donnent la réplique.. Hoguier, baron de Presles, devient ensuite propriétaire de la même maison, dont i! est exproprié par des créanciers, alors que l'ambassadeur d'Angleterre l'occupe, et dont se rend adjudicataire le. duc deVilleroi, qui en augmente les proportions. Ce gouverneur de l'enfant-roi était un favori de Louis XIV ; le duc du Maine, moins heureux, a vu passer en d'autres mains la surintendance de l'éducation de Louis XV, que lui confiait le testament royal. Aussi bien Villeroi ne refuse pas à son élève un exemple dont le roi défunt se montrait encore moins avare : il est lié publiquement avec la spirituelle et belle Mme de Gaylus. Ne voilà-t-il pas des précédents un peu légers, pour un immeuble qui maintenant est de ceux qu'on prend le plus au sérieux? Il se trouvait déjà ministériel au département du Commerce, lorsque lui a été confié le portefeuille de la Police générale ; la présidence du Conseii-d'Ëtat a quitté depuis sept ans l'hôtel Monaco, pour nous remettre ici en présence de l'avocat distingué qui est le chef de ce grand corps de l'État?
Notre 59 est l'ouvrage du duc de Fornari, un Sicilien, mettant ses talents d'architecte au service du marqnis Charles d'Étampes. Le cardinal de Polignac l'habile pendant, la Régence, a l'époque où la conspiration de Cellamare recrute plus d'un
RUE DE VARENNE
conjuré, rue de Varenne. Cet auteur de Y Anti- Lucrèce, poëmc latin, que commence à traduire le duc du Maine, occupe le fauteuil de ftossuet à l'Académie. Comme ambassadeur de Louis XIV, il a pris à Utrecht une revanche de précédentes humiliations, en traitant avec l'Angleterre sans l'assentiment de la Hollande, et c'est alors qu'il a répondu aux négociateurs du pays, qui essayaient de l'écarter: — Nous traitons de vous et chez vous; mais il faut que ce soit bans vous... Le successeur de M. d'Étampes est le marquis de Mézières-Béthisi, que Saint-Simon nous représente comme un être vaniteux et difforme, ayant, épousé une Anglaise dont la mère a été blanchisseuse de la reine, ftjmme de Jacques IL Cette marquise, qu'on ose appeler Ml,c de Mézières, comme si elle n'était pas femme de qualité, fait restaurer par Dulin son hôtel. L'un de ses enfants devient lieutenant-général et gouverneur de Longwy, tout en cultivant les lettres et les arts. Des Rohan, alliés aux Mézières, les remplacent quelque temps a l'hôtel d'Étampes-Mézières-Montauban.
Le 6o-67 a été fondé, mais plus lard que les habitations qui l'environnent, par la marquise de la Suze et la vicomtesse de la Rochefoucauld, grand'mère du duc de la Roehefoucauld-Doudeauville. Cet auteur de Mémoires en cours de publication habite maintenant l'hôtel : il y est né.
Si nous cherchons sur le plan de Comboust l'immeuble où M. Ducbàtel, ancien ministre, réside en ce temps-ci, nous y trouvons la plaine de Crénelle; mais Lacaille nous montre, (lès 1714, l'hôtel dcChâtillon, qui n'est pas autre. L'architecte Leblond fa bâti pour la sœur du duc de Chevreuse, qui venait d'épouser, quoique jeune, un vieillard, le marquis de Seissac, grand-maître de la garderobe. Ce mari avait pour le, noir une aversion, qui lui survécut pour sa femme et qui la dispensa
RUE DE VA RENNE
du deuil. Au lieu de Mme de Seissac, qui Taisait emplette plus tard de la maison de Lauzun à Passy, la rue de Varenne logea la duchesse de Ghâtillon, dame d'atours de Madame. Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermout, entra postérieurement en possession. Il jeta le froc aux orties, pour se distinguer à Fonteuoy, et voulut même être de l'Académie. Pour un prince du sang, n'était-ce pas un peu déroger ? L'égalité commençait au fauteuil ! Pendant que M. de Glermont, ses bénéfices résignés, allait finir sa vie plus loin du monde, son hôtel devenait d'Orsar. C'était vers 1815 l'habitation d'Armand Séguin, économiste et fournisseur des armées, ami de Fourcroy et de Berthollet, mais qui l'était aussi d'Ouvrard, qu'il lit écrouer pour une dette s'élevant à 60 millions. A la tête d'une immense fortune, Séguin était un grand original, un marquis de Brunoy parvenu ! M. Barbet de Jouy, en 1838, a pris sur la propriété, qui se trouvait ' alors entre ses mains, de quoi ouvrir la rue portant son nom, et qu'il a défrayée de pavé, de trottoirs, de bornes-fontaines et de conduits pour le gaz, en acceptant l'interdiction d'y élever des bâtiments au-dessus de 16m, 50.
Remarquez-vous que dans cet historique il y a un blanc pour le premier empire ? L'hôtel auraitil échappé aux billets de logement que le maître signait alors au profit de hauts dignitaires, qu'il défrayait aussi du train de maison? Oh! il était tombé au sort, dans cette conscription des hôtels, à en juger par la nombreuse livrée que l'on y voyait dans son neuf. N'était-elle pas au service de son Excellence Bigot de Préaineneu, l'un des auteurs du Gode, que Napoléon avait lait ministre des Cultes? Cet ancien avocat au parlement, qui avait été député à l'Assemblée législative, resta au pouvoir jusqu'à la Restauration ; mais l'ancien hôtel d'Orsai cessa probablement d'être ministériel avant
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la fin de l'Empire. L'hôtel de Préameneu était le n°17 de l'année 1812, et il y en avait un de Bénévent, numéroté 23, que nous hésitons plus encore à reconnaître. Son altesse Talleyrand avait perdu en 1807 le portefeuille des Affaires-Etrangères, pour avoir bâti d'autres châteaux en Espagne que ceux de l'empereur ; mais il avait reçu, outre la principauté de Bénévent, le titre de vice-grandélecteur, avec 500,000 francs de traitement.
Le comte de Langonnay a précédé la famille de Broglie, dans un hôtel édifié en 1704 près celui de Châtillon et embelli au bout de sept années par Boffrand. En 181o y résidait Lebrun, prince de Plaisance, archi-trésorier de l'Empire, qui avait gardé son fauteuil de sénateur à la chambre des Pairs de Louis XVIII quand la nouvelle du retour de l'île d'Elbe vint le surprendre, comme tant d'autres! M. Valette, son secrétaire, en l'abordant dans le jardin, lui rendit aussitôt un titre qu'il avait cessé de porter: — Gomment se porte Votre Altesse? — Moi, je vais bien, lui répondit Lebrun ; mais mon altesse à la migraine Toutefois, pendant les Cent-Jours. l'ancien consul Lebrun était grand-maître de l'Université: au milieu même de ses grandeurs, il avait toujours fait étal de sa qualité iKhoumie de lettres.
Dernier hôtel de fa rue deVarenne. Il eut pour architectes Gabriel et Aubert, dont le client était Peyrenc de Moras, chef du conseil de la maison de Gondé, inspecteur-général de la Banque. Son altesse sérénissime la duchesse .du Maine, princesse vive et ambitieuse, petite-tille du grand Gondé, que la conspiration découverte par Dubois avait éloigner de la cour, ne reparut qu'en 1721 ; son mari l'accusait de ses malheurs e( de trop dépenser : elle acheta donc, toute seule, mais à vie, la maison Moras. L'excellent accueil que tous deux faisaient aux poètes, aux beaux-esprits du temps, les aidait
RUE DE VARENNIi.
à se consoler séparément de leurs disgrâces ; cette passion qu'ils avaient pour les lettres finit même par les rapprocher, dans le brillant domaine de Sceaux. La duchesse mourut à 77 ans, dans son hôtel, où le maréchal de Matignon la remplaça. Néanmoins Gontaut duc de Biron, lieutenantgénéral, colonel des gardes-françaises, achetait des héritiers d'Anne Farges, veuve Moras. Lauzun, qui ne signa duc de Biron qu'en 1788, s'installait à l'hôtel en revenant d'Amérique, épris des libertés qu'il avait contribué à rendre au Nouveau-Monde. Aux États-Généraux, le député Lauzun était encore l'ami du duc de Chartres, et tous deux eurent la même fin en 1793. L'hôtel, dont les jardins avaient été publics à certaines heures, so.us l'ancien régime, servait de geôle sous la Terreur, comme succursale du Luxembourg. Maintenant, c'est le Sacré-Cœur qui en occupe les bâtiments.
Rue de Béa ru ,
NAGUÈRE
de la CIiausgée-MleK-Hiuiiues. (1)
Se restreignant à une sorte de carré, elle formait comme une boîte dont une maison dite le Pavillon de la Reine, sur la place Royale, figurait le couvercle, ouvert à angle droit, avec les arcades du Pavillon pour Charnières. Commencer à la place Royale pour aboutir rue des Minimes, n'était-ce mesurer plus de longueur que de largeur? Elle n'en avait pas moins porté la dénomination de rue du Parc-Royal, en mé noire du parc des Tournelles, lors de sou ouverture, en 1607, à la place d'un chemin bordé par des terrains appartenant aux seigneurs de Vitry. De 1805 date son prolongement sur l'emplacement de l'église des Minimes. Les religieux de cet ordre avaient eu tout près une bibliothèque a citer*
Le bureau de bienfaisance de l'arrondissement occupe le n° 10, qui dépendait jadis du couvent des Hospitalières, dont une impasse garde le nom (2). Fondé en 1624 pour donner du soulagement à de pauvres filles at femmes malades, cet établissement fut fermé en 1792 ; mais il est remplacé depuis lors, au-delà du cul-de-sac, par une filature à l'usage des indigents, qui appartient à l'administration générale de l'Assistance-Publique.
Au commencement du règne de Lotus-Philippe, le second étage du n° 5 se complaisait à tenir clos et couvert un vieux ménage, dont la maison restait* l'aînée assurément, mais qui avait déjà célébré depuis huit ou dix ars ia cinquantaine.
(1) Notice écrite eu 1858. L'ancienne chaussée aes Minimes n'avait pas encore pris le nom d'une ancienne province.
(2) Maintenant impasse de Béarn.