‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 19 sur 114 · RUE DU SENTIER · texte numérisé non relu

RUE DU SENTIER

Pour réparer Miseriam, Que Pompadour fit à la France, Leuormant, plein de conscience, Vient d'épouser Rem pubîicam.

Mais ne voilà-t-il pas que l'ex-danseuse rend son mari des plus heureux ! Il va donc publiant que si, en premières noces, il a eu le malheur de tomber sur une femme honnête qui est devenue une catin, le contraire cette fois a lieu. Gomme il donne de très-beaux concerts rue du Sentier, Mme de Goislin s'y risque, entraînant d'autres grandes dames, et la maîtresse du logis en fait les honneurs avec une si charmante modestie qu'elle se trouve acceptée par un monde qui s'était d'abord bien promis de ne la pas prendre au sérieux. De ce mariage naît une fille, qui, devenue Mme de Linières, habite le côté des numéros impairs et vend l'autre propriété, en 1801, h M. Bonnet, avocat, dont la veuve y reçoit encore ses visites.

Cette dernière maison tient, sous Louis XVI, à M. Ghauveau d'une part et de l'autre à Mme Janvier, que suit M. de la Renaudière. Après se carre le bel hôtel du président Masson de Meslay, échevin, et qui peut provenir de Jean Douart ; il passera au chancelier Dambray, à • Hottinguer, banquier, puis aux Legentil, du commerce des nouveautés, avec le chiffre 32 sur la porte, plus des plaques de marchands en gros, comme il n'en manque nulle part rue du Sentier.

Rue des Colonnes, (i)

M. Rousseau n'est ni marié ni prêtre ; peu lui importe, lorsqu'il va prendre en ville des notes sur les maisons anciennes, qu'un gros numéro ça et là accuse une spécialité qui ne l'attire ni ne le fait reculer. Paris n'est pas fait tout dune pièce ; les traditions qu'on y recueille ne prêtent pas toujours à rire, nous ne leur demandons que d'être intéressantes, sans les chicaner sur le reste, et la méthode synthétique, dont le caractère convient éminemment à des recherches historiques, aide à recomposer un tout, quelque distincts qu'en soient les éléments. Nous ne sommes exclusivement ni collecteur d'anas, ni archéologue, ni généalogiste, ni biographe, et si nous pouvions réunir en nous-même un bénédictin, un rat de l'Université, un critique et un peintre de mœurs, quelle ambition complètement assouvie ! En attendant, le gibier que nous chassons nous entraîne par monts et par vaux : c'est principalement un oiseau rare, l'inédit. Chasse qui menaçait de se perdre, comme la fauconnerie s'est perdue. L'historiographe, depuis trop longtemps, n'a plus rier. d'un oiseau de proie, qui fend la nue avant de raser la terre ; il élève plutôt des lapins domestiques, afin d'en régaler de petits gourmands, dont c'est tout le gibier. Notre piqueur bat les rues de porte en porte, pendant que nous explorons des fourrés

(1) Notice écrite en 1859. L'ouverture de la rue du Dix-Décembre n'a que postérieurement tranché la tête à la rue des Colonnes.

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