RUE DES CISEAUX
Le 5 et le 6 de la même rue, qui se contentait déjà de 9 maisons et de 2 lanternes en 1714, paraissent plus anciens que la propriété des écoliers écossais.
Rue de la Clef. (1)
L'Enseigne. — La Prison. — La Gueuserie. — La Victime cloîtrée de bonne Composition. — La Pension bourgeoise. — Michel Fourmont. — Henriot. — L'Institution Savouré. — Le Clos du Chardonnet. — L'hôtel Danès. — L'Ogre municipal.
On a bientôt dit d'une rue qu'elle est la filleule d'une enseigne. Celle-ci. ajoute-t-on, se serait brimbalée, rue de la Clef, entre deux fenêtres du n° 5. S'il s'agit du 5 d'à-présent, la chronique semi-officielle court le danger de s'être trompée de porte, les titres de propriété de cet immeuble ne parlant même pas pour mémoire du signe particulier dont il s'agit. Pas plus de prétentions en face à cette paternité, dont la recherche n'est pas interdite. Trois maisons d'origine commune y venant la troisième, la quatrième et la cinquième à partir de la rue Copeau (Lacépèdc), étaient à Louise-Catherine Moreau, épouse séparée de binis de Pierre Lemerre, écuyer, avocat au parlement
(1) Notice écrite en 1858. La rue de la Clef s'appelait encore rue Vieille-Notre-Dame et rue du Pout-aux- Bjches à partir de la rue d'Orléans, maintenant Daubenton. L'élargissement et l'exhaussement font qu'eile commence du côté droit par une place à bâtir, que suivent des constructions neuves, et a gauche par un vieux mur, au pied duquel est gardé par un petit escalier l'anjien niveau. Une place, en outre, s'est formée presque en face de Sainte-Pélagie ; elle prendra sans doute le nom de Monge, comme la rue nouvelle qui y fait parallèle à celle de 'a Clef.
RUE DE LA CLEF
et du clergé de France, en 1763, et à Borderel de Caumont, prêtre, quelques années plus tard.
Problablement un serrurier s'était mis sous l'invocation que les captifs de Sainte-Pélagie ont dû souvent prendre pour un sarcasme. La Clef, quelle arrière dérision! Sainte-Pélagie en a des trousseaux, mais accrochés à des ceintures de geôliers. Prison pour dettes, elle a fait rire ; politique, elle a donné lieu aux récriminalions et aux chansons. Mais on y enferme de nos jours, faute de Bérangers et de Courriers, des hommes de paille de la presse plus souvent que des journalistes, des ambitieux, ou plutôt des envieux, qui ne cesseraient d'être persécutés que pour devenir les plus ineptes, les plus lâches, les plus odieux de tous les persécuteurs, et puis des marchands à faux-poids, des laitiers trop chimistes, des gérants de société en commandite sans compères dans la finance, des complices d'adultère, des médecins si peu autorisés a soigner des malades que leurs confrères à diplôme en tuent bien davantage, des agents d'affaires auxquels on a confié quoi que ce soit, des usuriers ne prêtant qu'à la semaine, des cochers en contravention, des voleurs à leurs premières armes, des mouchards en apprentissage, etc.
Cette prison a cessé d'être affectée à la détention pour dettes eu 1834 ; une division à part y servait de maison de correction pour des garçons de catégories diverses, et une autre prison encore, ayant son greffe particulier, recevait dès-lors des prévenus et des condamnés, accusés ou convaincus d'avoir commis des délits ou des crimes. La Bévolution y avait fait, en outre, des prisonniers politiques en beaucoup plus grand nombre que la Bestauration, notamment Millin, naturaliste et archéologue, le peintre Hubert Bobert et Mme Joséphine de Beauharnais. C'est même en 1792
RUE DE LA CLEF
qu'on avait converti on prison publique Sainte- Pélagie, qui ne renfermait sous l'ancien régime que des pécheresses repenties et non repenties, celles-ci dans une division dite le Refuge, qui relevait de l'Hôpital-Général, en se distinguant du couvent dans lequel entraient celles-là. Mme d'Aguil- Ion avait contribué a fonder en 1665 la communauté religieuse qui s'y était placée sous le patronage spirituel d'une comédienne sanctifiée par la pénitence.
Sainte-Pélagie, ce purgatoire des mœurs, commença par purifier et transformer, en l'absorbant, certain hôtel de la Gueuserie, dit aussi Zone et Jaune. Pierre Moue était encore propriétaire en l'année 1660 de la Gueuserie, qui comportait trois corps-de-logis et autant d'arpens de jardin, à l'angle de la rue Courtoise et de la rue Françoise, qui faisait suite à celle du Puits-de-l'Ermite. Au nombre des maisons voisines qui passèrent vers le même temps aux religieuses de Sainte-Pélagie et à l'Hôpital-Général, plusieurs n'étaient données ou vendues qu'en nue-propriété. Lépy, docteur en médecine, et sa femme, née Lemoyne, en araient encore l'usufruit, l'année 1731. La rue s'était appelée d'abord de Saint-Médard, en raison de l'église a laquelle elle conduisait ; puis était venue la dénomination de Courtoise, dont la clef nous échappe encore. La moitié des pensionnaires de Sainte-Pélagie s'y écrouait, de par le roi, pour sauver l'honneur des familles, ce qui pouvait être fort utile, mais non pas fleur de courtoisie.
Une des filles forcément repenties du Refuge était pourtant venue, avec le temps, à n'en plus vouloir à personne du séjour d'une année et demie qu'elle avait fait dans un âge encore tendre, qui ne l'avait déjà montrée que trop tendre à des tentations prématurées. Elle revenait rue de la Clef en 1805, après avoir usé et abusé de la
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plupart des autres années de sa vie, et c'était pour se retirer au n° 25, en regard de son ancienne maison de correction, dans une de ces pensions bourgeoises comme il en reste plusieurs rue de la Clef. Elle avait nom Mme du Petitpas et environ quatre-vingt-cinq ans d'âge, bien qu'elle ne regrettât la perte que d'une seule de ses facultés. Est-il besoin de dire laquelle? Gomment s'appelait-elle Petitpas? point délicat à éclaircir, car elle appartenait à une honnête famille, qui n'avait pas même attendu la majorité de Louis XV pour faire casser un mariage clandestin que la petite avait contracté, en état de minorité, avec un Italien de passage en France, et déjà vieille elle avait convolé en second, puis en troisième divorce, sous les gouvernements républicains. Tous les jours elle montrait à Mme Simon, qui tenait la pension bourgeoise, le donjon sombre et sans croisées d'en face, en regrettant fort, si ce n'est le châtiment, de ne pouvoir plus l'encourir. M. Rousseau, notre estafette, tient ces détails d'une voisine, qui, en 1807, a vu mourir la mère Simon. La pensionnaire était fort saine d'esprit et de corps, en dépit d'une longue jeunesse ; mais il y avait alors sous le même toit un certain nombre de gens infirmes et, qui plus est, dans un corps-de-logis à part, cinq ou six fous et folles, gardés à vue. Le docteur Chansaud est mort centenaire dans cette maison de santé et de convalescence, dont il était le médecin, et qui de notre temps compte encore des pensionnaires, d'âge et de sexe différents, sous la direction d'une brave femme, Mme Vallon.
Michel Fourmont, professeur de syriaque et d'éthiopien au Collège de France, membre de l'académie des Inscriptions et frère de l'orientaliste Étienne Fourmont, avait eu en 1738 une propriété, qui n'était séparée que par deux autres de celle dont Mme Lemerre disposait vingt-cinq ans plus tard.
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Henriot, chef de factieux, héros des journées de Septembre et agent de Robespierre, dont il a partagé la fin, logea quelque temps rue de la Clef, dans une maison qui semble en disconvenir, tant son aspect est plein de sérénité ! Le nombre qu'elle affiche est 29. Cet Henriot, natif de Nanterre, domestique chez un procureur au parlement, qui l'avait renvoyé, s'était trouvé employé aux barrières, en qualité de commis, lorsque l'insurrection y avait apporté la flamme, dans la nuit du 12 au 13 septembre, et cet agent de l'octroi, craignant quelques mauvais traitements, avait cru plus prudent de se ranger parmi les incendiaires : tels avaient été les débuts du promoteur de tant d'insurrections !
Uu jour on heurtait violemment à la porte du n° 9, chez M. Savouré, chef d'une institution de jeunes gens, qui vint lui-même savoir ce qu'on voulait. C'était l'affreux voisin Henriot et plusieurs autres terroristes, ayant à lui intimer l'ordre de faire dîner ses élèves dans la rue. Les tables furent bientôt disposées, pour obéir à ces traîneurs de sabres, parlant au nom de la Nation ; mais Mme Savouré refusa prudemment l'argenterie; et eut l'idée de servir aux élèves des mets qu'ils pussent porter aux lèvres sans se servir de cuillers ni de fourchettes ; le fromage et les artichauds tirent donc les frais de ces agapes par ordre. Déjà une irruption pareille du citoyen Henriot avait eu pour objet d'ordonner au maître de pension la destruction d'un certain nombre de bustes- qui décoraient la façade sur la rue, et qu'il prenait pour des figures de saints ; or ces malheureux plâtres représentaient des dieux de la fable, et même, du côté de la cour, il en a été conservé huit ou dix, dont ne différaient aucunement les premiers.
La pension Savouré fut fondée rue Copeau, vers 1730, sous les' auspices d'une compagnie de professeurs jansénistes, qui avaient pour supérieur Besoigne,
RUE DE L£ CLEF
successeur de Durieux et de Gillot, et qui étaient expul&ésde Sainte-Barbe, à l'instigation des jésuites de Louis-le-Grand, leurs adversaires. Depuis 128 ans, de père en fils, les Savouré dirigent la maison, et cette dynastie tend à se perpétuer. Jean-Louis Savouré Ier eut dix-sept enfants d*un seul lit ; Jean-Baptiste en compte onze. En sa qualité de janséniste, Rollin accorda, dès le principe, son patronage aux Savouré ; il leur prodigua ses conseils et ses encouragements, et le fait est qu'ils ont mis en honneur les doctrines de son Traité des Études.
« L'honneur est l'âme de tous les arts, disait l'illustre « recteur de l'université de Paris, mais du nôtre prin- « cipalemeut. Quels que soient les préjugés d'un siècle « corrompu par la frivolité, il n'est rien de plus grand o que notre profession ; rien qui exige des sentiments « plus purs et plus élevés. C'est l'esprit et non le corps « qui est confié cà nos soins. Un père remet son. fils « entre nos mains; il demande que nous cultivions son « esprit, que nous formions son cœur à la vertu, que « nous y gravions les principes de la religion et. de « la piété. Quel emploi ! Est-il des fonctions plus nobles < et plus excellentes? » {Opuscules de Rollin, tome 1er, p. 430.)
Presque seul des établissements d'éducation, celui que tenait les Savouré résista sans interruption aux crises de la Révolution, en substituant des cours particuliers à ceux des collèges de Lisieux et de Montaigu, dont l'exercice se trouvait supprimé. Son. droit de chapelle datait de la création ; Napoléon Ier le sanctionna, et récemment Pie IX le confirmait. Des élèves remarquables de cette institution citons le prince Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon ÏC1, l'amiral Baudin, Gay-Lussac, les généraux de Grouchy, fils du maréchal, MM. Naudet, d'Houdetot, Delécluze et Silvestre de Sacy,
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les docteurs Ghomel, Donné et Vernois, l'architecte Rougevin.
M. Lacroix, professeur,, n'est-il pas une étoile de plus pour cette pléiade? ïl a mis au jour une notice historique sur la maison, berceau de ses études, au temps où l'auteur du présent ouvrage publiait, de son côté, un livre sur l'ancienne Sainte- Barbe. Grâce à M. Lacroix, nous savons notamment que la pension Savouré fut transférée dès 1779 dans le local qu'elle occupe maintenant. C'était d'abord l'hôtel Danès, qui a passé dans la maison de Rohan avant que les Savouré l'acquissent : jusque-là rien qui nous taquine. Mais la notice ajoute que Pierre Danès, précepteur de François II, puis évêque de Lavaur, fut propriétaire rue de la Clef, et rien dans son architecture, dans ses décorations à l'intérieur, n'autorise à croire du \\t siècle l'édifice, qui nous a plutôt l'air contemporain d'un autre Pierre Dnnès, curé, auteur de plusieurs dictionnaires, décédé en 1709. Trois plans de Paris vont passer sous nos yeux ; cherchons-y cet hôtel Danès. La carte de 1652 n'en souffle pas mot. Aucun trait ne l'indique davantage sur le plan de 1714, dans lequel figure un corps-de-garde-francaise, au coin de la rue d'Orléans, et qui compte en tout, rue de la Clef, 23 maisons. Interrogeons encore la topographie de Paris en l'année 1739, même absence de désignation. Décidément il y a erreur de date.
Vers l'endroit où se carre encore cette maison, cinq autres avaient été anciennement bâties sur la Villeneuve-Saint-Réné, quartier de terre dit aussi le clos du Chardonnet ; elles avaient dû 60 livres tournois de rente, pour une partie desquelles Nicolas Bouchinel, charcutier, avait passé reconnaissance en 1548 â Raphaël d'Albiac, fils de Louis, seigneur du même fief. Le Canon, vicaire de Ghoisy-sur-Seine, avait succédé au charcutier,
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puis Marin Noël, puis Dauphin, archer de la connétablie, puis le fils de l'archer, sieur de Sainte-Marie, qui avait vendu en 1643 à Pierre Crochet.
De 1747 à 1770, si ce n'est davantage, la propriété appartenait à Antoine-Pierre-Hilaire Danès, comte de Serris, baron de la Mothe, conseiller au parlement, puis conseiller royal et président de la cour des Aides, puis gouverneur de Saint- Denis et enfin lieutenant-général de la ville, prévôté et vicomté de Paris. L'ancien hôtel de ce grand personnage est menacé de perdre une portion de son joli jardin, et les pensions bourgeoises placées sur la même ligne doivent être également écornées : le percement probable d'une rue nouvelle met en émoi tout le quartier. Il est de fait qu'on y trouve encore de la verdure et que les squares y ' sont tout faits.
— Grâce pour mes arbres ! épargnez mon gazon ! s'écrie plus d'un propriétaire.
— Respectez, dit un autre, mon escalier à vis et ma porte à claveaux.
Malheureusement il y a un ogre dans cet omnipotent préfet qui né se soucie d'aucune des traditions conservatrices de l'édilité, et l'ogre se bouche les oreilles.
Rue des Sept-Yoie*. (1)
Dénombrement des propriétaires en Vannée 1660.
Droite :
Le collège de Reims f> corpsde-bâtiment Pt un jardin, tant rues de Reims, d'Écosse et Chartière que rue des Sept- Voies.
Idem, petit corps - de - bâtiment, au coin de la rue des Sept-Voies et de celle de Reims, alàs de Bourgogne.
Idem, '/ maisons, dont l'une à l'Image-Saint-Pierre.
Brisson, hôtel d'Albret.
La veuve de Bourdon, à h
Ville-de-Barcelorui.
Le collège des Grassins, 2
corps de-bâtiment, à la Diligence et à la Sphère- François du Moutier, principal de ce collège, maison
du cul-de-sac de la Cour-
aux-Bœufs, attenant aux
Grassins.
Le collège de la Merci.
Édeline et Claude, à la Chi-
che-Face.
Les abbé, prévôt et confrères
de la Grande- Confrèrie-
aux-Bourgeo:s, 2 corps-de-
bàtiment, à l'Image-Notre-
Dame et à la Madeleine.
Godechal et consorts, à
l'Image-Saint-Ktienne.
Antoine de Saumaviile, à la
Bible-d'Or.
Ge-llier, à l'Image - Saint -
Claude.
Poirier, au Pot-à-Moyneaux.
Sellier, à la Corne-de-Cerf.
Le collège de Fortet.
Id. hôtel de Marly.
L'église Saint - Etienne - du-
Mont. son petit cimetière
Peu de temps après, l'Image-Nolre-Dame et la
MM. de sons.
Sorbonnc, 2 mai-
Montaigu, 2 maisons et jardin, au" coin de la rue des Chiens que Sainte Barbe a absorbée.
(1) Notice écrite en 1860.
RUE DES SKPT-VOIES
Madeleine passaient Petit-Saint-Jean, et la Bibled'Or, Grâce-de-Dieu.
Le collège des Grassins, dont l'historique est présenté dans la notice de la rue des Amandiers- Sainte-Geneviève (i), avait été passagèrement en possession de la Ville-de-Barcelone, que lui avait vendue en 1634 la veuve de Michel Charpentier, sieur du Plessis, mais qu'avait rachetée dès 1636, par retrait lignager, l'avocat Brisson, qui dans la même année avait eu Cristophe Descourtieux pour acquéreur. Michel Charpentier tenait ce bien de sa mère, née Marie Boissart, fille et héritière de Boissart, conseiller au parlement, et de Marguerite Chapelain, y succédant à Jean Chapelain. Mais le même manoir avait appartenu à des ducs de Bretagne, comme l'hôtel d'Albret, à l'origine, et cela remontait, pour le moins, à l'époque de la guerre des Deux-Jeannes. Le mariage de Charles de Blois, neveu de Philippe de Valois, avec Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III, duc de Bretagne, qui le choisit pour successeur, donna lieu à de sanglantes querelles, que les héritiers des compétiteurs tirent durer un siècle. Ce souvenir historique rend fort peu surprenant que le séjour des ducs de Bretagne, au mont Saint-Hilaire, ait été dit de Blois, puis de Penthièvre.
Collège Montaigu. — Tout en a disparu, en 1844> pour faire place à la nouvelle bibliothèque Sainte- Geneviève. C'était, en dernier lieu, une prison militaire, qui avait servi d'hôpital. La suppression des classes n'y datait que de 1792. Ce qui nous a permis amplement de connaître un aimable vieillard, M. Sauvage, qui avait fait ses études à Montaigu : il y était même entré en 1762, M. Regnard y remplissant les fonctions de principal.
(1) Maintenant rue Laplace.
RUE DES SEPT-VOIES
La chapelle du collège renfermait le tombeau d'Ulrich Géring, l'un des trois imprimeurs attirés d'Allemagne par la Sorbonne pour fonder à Paris la première imprimerie. Le prédicateur Jean Standoutht, qui dormait sous les mêmes dalles, avait institué dans la maison, sous la direction d'une communauté, une école si pauvre que l'université n'avait rien de pareil : on y faisait un maigre qui ressemblait par trop au jeûne, avec lequel il alternait toute l'année. Ce régent de la faculté de Théologie avait humblement débuté, en qualité de petit domestique. Le collège toutefois avait pour fondateur Gilles Àycelin de Montaigu. Il est fâcheux que ce chancelier, ancien archevêque de Narbonne, ait pris une part active à la persécution suprême des templiers. Mais ne se trouvet-il pas qu'il est entré pour quelque chose dans l'éducation d'Érasme et de Calvin, puisque l'un et l'autre ont fait la moitié de leurs humanités à Montaigu ?
Collège Fortet. — La famille Perdiicet, dont nous avons évoqué le patriarche, en établissant lès états de service d'un des quais de l'île Saint- Louis, fait le commerce des vins depuis un siècle ; elle a fourni à Sainte-Barbe plusieurs générations d'élèves, qui, pour entrer à la pension ou en sortir, n'ont jamais eu que la rue des Sept- Voies à traverser, dans sa largeur modeste. MM. Perducet y sont encore propriétaires, aux nos 19 et 21, de l'ancien collège Fortet, dont nous allons faire l'histoire.
Pierre Fortet, né à Aurillac, archidiacre de Cussac et chanoine de plusieurs églises, ne multipliait sur sa tête les bénéfices, au xi\° siècle, qu'en vue de faire le plus de bien possible. La preuve suprême en fut donnée par ses dispositions testamentaires, qui fondaient un petit collège, avec huit bourses, sans compter les offices, en laissant des maisons dans
RUE DES SEPT -VOIES
différents quartiers de Paris, ainsi que des rentes, des fiefs et des terres, avec la liberté pour ses exécuteurs testamentaires d'établir le collège où bon leur semblerait quand sa succession serait ouverte, et elle s'ouvrit le 22 avril 1394. Deux des propriétés de ville ainsi léguées reliaient la rue Saint-Jacques h celle des Cordiers ; nous en retrouvons au moins une, dont l'aspect vénérable sourit aux antiquaires, à travers deux petites portes, dont une cintrée, et qui égrène encore, comme un chapelet, ses deux escaliers à balustres, n° 3, rue des Cordiers : elle avait pour enseigne le Barillet. L'autre, qui a été refaite, montrait l'image de la Madeleine. Là fut d'abord créé l'établissement, transféré trois années plus tard rue des Sept- Voies, dans une maison acquise de Listenois, seigneur de Montaigu, moyennant 500 écus d'or, qui formaient, avec une vingtaine d'écus de potde-vin comptés à un intermédiaire, 458 parisis. La chapelle, qu'on ajouta vite à l'édifice en l'appropriant à sa nouvelle destination, se dédia à saint Géraud, autrefois seigneur d'Aurillac. La Cornede-Cerf, propriété attenante, s'incorpora- en 4493 à l'établissement, qui ne s'en défit qu'au xvne siècle : c'était bien un accroissement. Néanmoins les finances du collège de Fortet n'avaient pas prospéré pendant le premier siècle de son ère : se» rentes sur des particuliers en avaient trouvé d'insolvables ; ses placements sur diverses caisses avaient subi des quartiers de réduction ; l'une de ses maisons, sise rue des Prouvaires, avait été vendue menaçant ruine. La faute pouvait-elle s'en imputer aux maîtres? La principauté de Fortet, à laquelle nommait le chapitre de Paris, en vertu d'un droit conféré par les statuts originaires, passait en l'année 1416 à Jean de Rouvrai, qui eut pour successeur Jean du Sellier ; mais le chapitre avait nommé, depuis deux ans, un procureur, pour ad-
RUE DES SEPT-VOIES
ministrer les affaires, à la décharge du principal et du chapelain.
Le siècle suivant se montra plus favorable. Charles de la Rivière, comte de Dammartin, devait aux principal et boursiers, substitués aux droits de Pierre Fortet, 160 livres parisis : des procès intentés aux acquéreurs et détenteurs des biens du débiteur amenèrent à composition, après plus de 150 ans, l'un d'eux, M. de Harlay, qui se détermina à transporter au collège de Fortet, en 1566, 400 livres de rente à prendre sur celle « de 1,000, que les prévôt et échevins lui avaient constituée en 1562 sur le clergé. Jean Beauchêne, grand -vicaire de Paris, avait fondé trois nouvelles bourses, en y appliquant l'abandonncment d'un moulin Martinot, sis à Eaubonne, à Andiily et à Margency, dans la vallée de Montmorency, et ce bienfaiteur était mort en 1566; Nicole Watin, principal de Fortet, en ajoutait deux autres, en 1574. Les testaments de Jean Froideval et de Grouzon, qui remplirent au même siècle les fonctions de principal, l'un avant, l'autre après Watin, léguaient aussi de petites sommes, à titre de fondations d'obit dans la chapelle de la maison. Du temps de ce Froideval vint au collège pour la seconde fois Calvin: il y avait précédemment étudié en théologie, il en était sorti pourvu de bénéfices, bien qu'il n'eût pas encore vingt ans, et il avait été suivre des cours de droit à Orléans, en s'y perfectionnant comme helléniste. Le second chef de la Réforme se démettait, en rentrant à Paris, de ses titres et revenus ecclésiastiques, et la savante montagne Sainte-Geneviève, grosse en tout temps des œuvres du passé, se sentit mère d'idées nouvelles. Pierre Robert d'Olivetan s'y était lié avec Calvin, et l'université de Paris avait déjà des échos pour leurs voix. Une harangue de Michel Cop, qui n'en était pas moins que le recteur,
RUE DES SEPT-VOIES
lut dénoncée en 1533, et comme elle passait pour une leçon qu'il avait appris de Calvin à réciter, on voulut s'en -prendre à tous deux. Seulement l'étudiant de Fortet avait déjà quitté sa chambre, lorsqu'on vint l'y chercher ; le chanoine Dutillet, frère du greffier en chef du parlement de Paris, lui donna asile en Saintonge, puis la reine Marguerite, à Nérac. Après avoir prêché, du côté gauche, jusqu'à un changement de communion, la rue des Sept-Voies abonda dans le sens opposé, de l'autre côté de la rue, Sainte-Barbe y devenant le berceau de la compagnie de Jésus.
Aussi bien l'université agissait officiellement, par des visites, sur la discipline de Fortet, et le parlement eut lui-même à s'immiscer dans ses querelles intestines. Charles de Goussancourt, quoiqtfe fait principal par les chanoines, se voyait disputer la place par Jean Cinqarbres, que les boursiers lui préféraient : un arrêt de la cour ne tarda pas à annuler la nomination de Goussancourt, parce qu'elle avait eu lieu pendant l'office divin. Les agitations de la Ligue, avant d'avoir le royaume pour théâtre, se ménagèrent des coulisses dans le même établissement, où le fougueux ligueur Boucher, curé de Saint-Benoît, qui fut aussi recteur de l'université et prieur de Sorbonne, eut assez longtemps un asile : le conseil-général de la faction des Seize y tint ses premières séances, en 1585. Le xvie siècle compta donc avec le collège Fortet, qui se passionnait avec lui et entrait des premiers en lice, au lieu de garder la sage neutralité qu'aiment à observer tant de cuistres ! L'un des risques courus à ce jeu n'étaitil pas de passer d'un extrême à l'autre? La jeunesse, d'ailleurs, se renouvelait dans la pédagogie de la rue des Sept-Voies, bien qu'elle ne cessât pas d'y être vaillante. Préoccupés de questions extérieures, ses écoliers prenaient moins vite leurs
RUE DES SEPT-VOIES
' degrés; les finances de l'école n'en allaient pas plus mal.
L'hôtel des évèques de Nevers, longeant le jardin du collège et ouvrant rue, des Amandiers, ainsi qu'au carrefour de Saint-Étienne-du-Mont, avait été adjugé au profit du collège, en 1564. Quand, plu» tard, l'évêque de Nevers voulut profiter des édits de' 1608 et 1613, autorisant le réméré des biens ecclésiastiques aliénés pendant les guerres de religion, les acquéreurs lui réclamèrent judiciairement une somme trois ibis plus forte que celle de l'adjudication, à cause des réparations qu'ils avaient faites dans la propriété, et le vendeur préféra renoncer à toute revendication. Ladite propriété, dont les boursiers tirèrent pendant deux siècles le revenu, s'appelait cour de la Vérité du côté de la rue des Amandiers, où maintenant elle remplit encore les nos 13 et 17, avec passage rue des Sept-Voies, 17. Du côté de Saint-Etiennedu-Mont, elle garda la dénomination d'hôtel de Nevers tant qu'elle put.
Une acquisition du même temps est représentée à nos yeux par un des deux immeubles de MM. Perducet: voyons-y Marly-le-Châtel, maison à trois corps-de-logis, vendue par Claude de Lévis, qui était seigneur de Marly, et que le séminaire des 33 avait quittée eh 1637 pour passer à l'hôtel » d'Albiac, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. La corporation des relieurs, démembrée de celle des libraires en 1689, renforcée au siècle suivant par celle des papetiers-colleurs, et reconnaissant pour patron saint Jean-Porte-Latine, avait là son bureau, qui payait loyer au collège. Autre maison encore et puis jardin, dans la même rue des Sept-Voies, adjugés sous le règne de Henri III aux mêmes boursiers, qui n'en gardaient pas moins d'autres biens par la ville, et particulièrement rue Saint- Victor.
RUE DES SEPT-VOIES
En 1610, restauration complète du collège proprement dit. Fondation de quatre bourses de plus, deux ans après, par Claude Groisier, principal. Deux autres dues, en 1719, à Grémiot, chanoine de Castres. A cette dernière date, Bernard Collot exerce la principauté ; ce fonctionnaire, d'humeur trop processive, finit par être déclaré incapable d'ester en justice sans l'assistance de Lavigne, avocat, nommé d'office par la cour. Puis le collège Fortet est au nombre de ceux qu'on réunit au collège Louis-le-Grand, en 1764 : M. de Vernhes, le dernier principal, deux autres officiers et seize boursiers composent alors l'effectif constitutionnellement défrayé. Le grand-bureau de Louis-le- Grand administre ses biens, que la Révolution fait nationaux ; l'immeuble du collège n'est adjugé à un particulier que le 12 juillet 1806.
Hôtel d'Albret. — Le manoir à Paris de Charles de Blois, duc de Bretagne, époux de Jeanne de Penthièvre, ayant passé à un ou plusieurs comtes de Blois, à un ou plusieurs comtes de Penthièvre, Jean de la Chesnaye n'en fut que partiellement donataire en l'an 1516. La moitié en constituait déjà l'hôtel d'Albret, qu'on ne disait plus de Blois que pour mémoire. Alain d'Albret, comte de Dreux, y commandait en maître; mais était-il le vieux sire de ce nom dont le fils devait à un mariage la couronne de Navarre, ou n'était-il qu'un autre membre de la même famille? Henri, roi titulaire de Navarre, héritait alors du Béarn ; mais ce grand-père de Henri IV n'en faisait pas autant du séjour que voici.
Alain d'Albret y vendait en 1520 une place et une masure à Nicolas Barrière, procureur-général de l'ordre religieux et militaire de la Merci, pour établir le collège de son ordre. Ce collège, au xvme siècle, n'était plus que l'hospice de la Merci, infirmerie du couvent dont il reste des débris et des bâtiments rue de Braque et rue du Chaume,
RUE DES SEPT-VOIES
Dès 1793 a été mis en vente l'ancien collège de l'ordre.
Mais l'édifice qui donne en face de la rue du Four- Saint-Hilaire a-t-il, comme on le dit sur les lieux, fait partie du collège, tout en étant le siège d'une imprimerie royale pour la musique? Ne seraitce même pas l'ancienne masure refaite, celle qu'avaient vendue à la Merci les parents du chef de la dynastie des Bourbons ? Deux escaliers à balustres de chêne, que nous avons l'heur d'y revoir, étaient déjà de mode surannée à l'époque attribuée par Germain Brice à la construction de la maison. D'après cet historiographe, la maison de la rue des Sept-Voies occupée de son temps par Frédéric Léonard, marchand libraire et imprimeur ordinaire du roi, avait été bâtie en 1673 par son père, fameux dans la même partie. Brice confondait, selon nous, une recoiistruction avec une construction, et des documents inédits viennent à l'appui de notre opinion. Avant l'année 1673 Frédéric Léonard avait déjà en cet endroit une maison et un jeu de paume, que lui avait cédé à titre d'échange Claude Rotrou, conseiller et procureur du roi ; il y tenait d'une part aux grassins et aux religieux de la Merci, d'autre part à la maison de la Grande-Confï^M'ie-aux-IJoui^eois. Il faudrait donc dans le bel édilice reconnaître une réparation complète de la Chiche-Face. Quelle transformation avantageuse ! A coup sûr, la propriété était vendue en 1768 par Léonard des Malpeines, conseiller au Châtelet, et son beau-frère Chardon, maître-desrequêtes, intendant de marine, à Leguay d'Hauteville.
François du Moutier, principal des Grassins, a laissé à sa famille la maison de la CoUr-des-Buuts, qui attenait à son collège et que la communauté de provenance rendait solidaire avec l'hôtel d'Albret, pour le cens dû à l'abbaye de Sainte-Geneviève.
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La marquise de Jussac en était propriétaire quand sonnait la dernière heure de Louis XIV. Lejeune, officier du roi, jouissait des mêmes droits, de 1732 à 1740. Puis est venu le docteur en Sorbonne Antoine de Sarcey de Suttières, que le cardinal de Gesvres, évêque et comte de Beauvais, a eu pour grand-vicaire. Son frère, Jacques Sarcey de la Combe, négociant à Lyon, a été le légataire universel de ce prêtre, en vertu d'un testament reçu par Jarry, notaire à Paris, le 17 avril 1768, et l'exécution de ce testament a été consentie par les héritiers légitimes exhérédés, dont les principaux s'appelaient : J. B. de Suttières, écuyer, gentilhomme-servant honoraire du roi; Mme Louise-Marie Sarcey, veuve d'Etienne Chanony, négociant à Lyon ; J. B. de Suttières- Sarcey, ancien officier d'infanterie, et Mlles Antoinette v et Jeanne Sarcey, tilles majeures, ses sœurs ; Mmo Claude Simon,* teuve de Jean Sarcey l'aîné, négociant à Lyon ; Benoît Sarcey ; Melle Claudine Sarcey ; François et Philibert Sarcey, autorisés par Mc Pierre Perrin, procureur ès-cours de Lyon, leur curateur à conseil nommé par sentence de la chambre de la sénéchaussée de la ville du 17 décembre dernier. Nomenclature d'autant plus intéressante qu'elle rappelle à Francisque Sarcey, notre confrère, des parents qui ne lui étaient pas encore aussi connus !
Il y eut place aussi dans le cul-de-sac de la Cour-des-Bœufs, mais plus au fond du sac, pour le séminaire de Saint-Hilaire, où des étudiants en théologie s'exerçaient aux cérémonies du culte. L'église. Saint-Hilaire, qui avait une porte à l'entrée de la rue des Sept-Voies, était connue dès le xiie siècle ; Philippe-le-Bel y avait annexé un petit hospice pour six pauvres femmes de bonne » vie ; elle a été démolie en 1790.
François-Vincent Bazin, chapelain de Saint- Marcel, supérieur de la communauté de Saint-
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Hilaire, avail acheté la cour d'Albret, en 1718, de la présidente Rouillé, née Bitault, demeurant au couvent de Bon-Secours, rue de Charonne, et de sa fille mineure. Les six corps-de-logis que concernait principalement cette mutation permettent de croire que tout ce qu'on appelait encore l'hôtel d'Albret y passait. Néanmoins cela pouvait n'être que l'ancienne Ville-de-Barcelone. Un titre authentique nous dit bien que la cour d'Albret, qui avait appartenu à François Brisson, en la censive, justice, police, voirie, terre et seigneurie de l'abbaye, s'adjugeait en 1686 à Pierre Rouillé de Marbeuf, conseiller du roi, lieutenant-général des eaux-etfôrets, auquel nous savons de bonne part que Rouillé, président au grand-conseil, succéda. Malheureusement un autre document donne pour tenants à la cour d'Albret également une maison aux grassins par-ci, une maison au président Rouillé par-là.
Collège de Reims. — Il y avait déjà près de cinq siècles que la rue des Sepl-Voies avait sept débouchés sur ce versant de la montagne, heptacorde vibrant au grand air, quand, sous le règne de Charles VI, le testament de Guy de R<»ve, archevêque de Reims, fut ouvert : le défunt enjoignait à ses héritiers d'établir à Paris un collège de Reims et * de Réthel. L'hôtel de Bourgogne, situé au-dessus de l'église Saint-Hilaire, fut acquis, en 1412, à cet effet pour une société d'écoliers, et les premiers bénéficiaires de ladite fondation champenoise avaient l'honneur d'être sous la conduite de Gerson. Né à Réthel, diocèse de Reims, cet auteur présumé de Y Imitation de Jésus-Christ avait fait ses études au collège de Navarre ; commc'curé de Saint-Jeanen-Grève, il s'était élevé en chaire contre la doctrine de Petit, théologien, qui avait essayé de justifier le meurtre du duc d'Orléans, assassine» à la porte Barbette. L'influence de Gerson dans l'université
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de Paris était déjà considérable, avant qu'il y eût succédé, comme chancelier, à son ami le grandmaître Pierre d'Ailly.
Voulez-vous voir la porte principale de cet ancien collège, dont la façade sur la rue des Sept-Voies a été entièrement refaite en 1745? Elle répond au chiffre 46. La somme de 72,000 livres était énorme sous Louis XV, et surtout au pays latin ; on se demandait donc dans quelle caisse puisait, à pleines mains, le docteur en théologie François Copette, à la fois principal, procureur et chapelain, pour appliquer aussi forte dépense à une reconstruction partielle. Il ne suffisait pas à maître Copette, pour la défrayer, d'économiser deux offices; il allait jusqu'à ramener à pareille unité les bourses fondées à trois reprises dans la maison qu'on réparait: mieux valait, après tout, subventionner quelque temps des maçons que des écoliers, s'il fallait retenir ceux-ci sous un toit qui se refusait à les couvrir, entre des murs qui commençaient eux-mêmes à faire l'école buissonnière. Aussi bien l'archevêque de Reims, collateur aux bourses, avait consenti à sauvegarder l'avenir de l'institution aux dépens du présent.
Mais avant que ce prélat ait à sacrer un nouveau roi, les petits collèges trop endettés doivent être réunis à Louis-le- Grand. Il s'assemble donc un conseil, par ordre du parlement de Paris, pour préluder par une enquête à la réduction et à la centralisation des bourses de tant de fondations pédagogiques. Or le recteur, les anciens recteurs et les principaux, qui composent ledit conseil, veulent au moins qu'on leur présente, qu'on leur fasse connaître à fond l'unique élève, mm avis, défrayé par le collège dont toutes les autres bourses sont en souffrance. Comparaît donc un jeune clerc tonsuré, arrivé par le coche la veille
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do la convocation, et il se nomme Laurent Modaine. Quand il. aura été examiné par des régents, ce rhétoricien de province ne sera reçu, à Paris, qu'élève de troisième au collège de Lisieux. Il reste toutefois dix autres étudiants, tant en théologie et en philosophie qu'en médecine, en physique et en droit, payant loyer de leur chambre au collège de Reims, et ils ne sont pas tous obligés d'en sortir pour suivre le cours objet de leurs études. Les professeurs de droit ont, en effet, pris à bail la plus grande classe de la maison, afin d'y donner des leçons, et d'autres élèves, dans une autre salle, profitent des leçons de maître Tranchant du Tret, bachelier en théologie, qui vise à entrer en Sorbonne; la chapelle ellemême sert de classe à un maître de philosophie. Enfin l'instituteur Dubois, locataire d'une bonne portion des bâtiments, conduit deux fois par jour ses trente-cinq pensionnaires, comme élèves externes, au collège de Beauvais. Le principal de Reims, après avoir édifié ces messieurs sur l'état de l'intérieur, rend un compte non moins fidèle du revenu de 11 maisons formant le pourtour du collège, 6 rue de Reims et rue Chartière, 5 sur la rue des Sept-Voies; sa place pourtant ne lui rapporte en tout que 1,374 livres 10 sous, sur lesquels 250 livres sont retenues pour son propre logement. Le conseil, au bas du mémoire que lui a présenté Copette, écrit: « L'état de ce collège fournit une preuve bien sensible et bien convaincante de la nécessité de la réunion. »
La grande institution Sainte-Barbe, en notre siècle, a établi les mathématiciens qu'elle prépare aux examens des écoles du gouvernement, dans la plus grande partie des bâtiments qu'avait occupés Reims, mis en vente par l'État les 8 messidor
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an iv, 2 mai et 8 août 1807. L'ancien collège Sainte-Barbe a été pour nous le sujet de recherches particulières (î).
(1) Histoire de l'ancienne Sainte-Barbe et du collège Rollin. ln-8, 1858.
Rue du Jour.
Le collège Fortet avait une petite rente sur une maison de la rue du Jour, en face de l'église Saint-Eustache. Le 3 a pourtant fait partie de l'hôtel Châteauneuf, ouvrant rue Coquillière, donnant aussi rue Platrière (Jean-Jacques-Rousseau) : M. de l'Aubespinc, marquis de Châteauneuf, gardedes-sceaux, en était le propriétaire dans la première moitié du xvue siècle. Le marquis de Pourpre ou de Poulprie, en 1167, avec M. Gressu de Saint-Marsault pour tenant, du côté de la rue Coquillière, et Mlle Léger de la Cour, sur l'autre flanc.
L'hôtel de Royaumont se carre, sur le plan de Paris en 1652, auprès de l'église Saint-Eustache ; reconnaissons-le donc n° 4, avec sa grande porte, au couronnement llanqué de deux chiens de faïence : un marchand de faïence et de porcelaine y laisse grimper du lierre sur une des faces de ia cour. Philippe Hurault, évêque de Chartres, abbé de Royaumont, fit construire cet hôtel en 1612. François Montmorency, comte de Routeville, ne tarda pas à y établir une salle-d'armes, où se réunissaient les raffinés du point-d'honneur, qui s'y entretenaient la main en mettant des fleurets à la disposition de tout bretteur de profession, sauf a noyer sa raison dans le vin s'il en avait encore trop pour se faire le second du premier-venu. Cet illustre duelliste Bouteville. père du maréchal de Luxembourg, affronta jusqu'au bout les édits de Louis XIII contre le duel. Forcé de se réfugier à Bruxelles, après une rencontre, il revint tout-à-coup, pour
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se battre en plein jour place Royale, où il avait Croixmart pour second. Arrêté dans sa fuite, il paya de sa tête en Grève cette forfanterie suprême. Mme de Bouteville, qui était huguenote, passa galamment le veuvage : elle couchait dans des draps de lin écru pour paraître plus blanche. Toutefois elle épousa Croixmart, catholique comme son premier mari.
Un grand cabinet littéraire occupait en partie l'hôtel de Royaumont au moment de la Révolution, et l'archevêque de Cambrai, en tant qu'abbé de Royaumont, touchait le prix de cette location.
Mais il y eut du côté opposé un petit hôtel du même nom, qui a donné le change à plus d'un historiographe. Il était contigu à l'habitation de la communauté de Sainte-Agnès, ouvrant surtout rue Plâtrière. On y retrouvait les ruines d'une tour du mur de Paris dû à Philippe- Auguste. Un autre pan de la même enceinte se dressait chez le sieur Legay, alors qu'il disposait de la maison qui venait la cinquième avant la rue Coquillière, et ce tronçon se reliait aux restes d'une autre tour, régnant chez Gilles, rue Plâtrière.
Une tranche de ce gâteau de pierre avait été concédée par la Ville, en l'année 4574, à Jean du Tremblay, dont la propriété appartenait : en 1581 à Martin Ballet, bourgeois; en 1699 à Philippe de Laporte; en 1729 à Anjorrant, conseiller au parlement de Paris ; en 1767 à André Dufour, seigneur de la Nau, ou de Lanneau, et à Anjorrant, son beau-frère. Est-ce à un prince de Lambesc ou à la ville de ce nom que ladite propriété devait la qualification d'hôtel de Lambesc? Elle avait eu deux portes rue du Jour, avec une dans la rue Montmartre et une dans la rue Plâtrière; mais, Anjorrant et Dufour ayant partagé, la maison du premier donnait rue Mont-
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martre et celle du second rue du Jour, où il séparait les religieuses de Sainte-Agnés des héritiers Danets, qui avaient l'encoignure.
En ce temps-là M. Mariette, contrôleur-général en la grande-chancellerie, était propriétaire sur la même ligne, entre l'abbé de Royaumont et les héritiers de Bèze ; mais il touchait aussi d'une part et dans le fond à la succession du président Mallet, propriétaire d'un cul-de-sac par-derrière. Sa maison était grande; le tailleur Bucy n'en était pas le seul locataire ; elle avait porté l'image du Cormier et plus anciennement la dénomination du Séjour. Jean Mariette, libraire, et sa femme, née Coignard, en avaient été possesseurs antérieurement; le pâtissier Coring, sous Louis XIII, et Pierre de Caen, sous Henri III. Le Séjour, qui plus est,' avait valu à la rue Raoul-Roissolles du siècle XIII le nom de Séjour, dont Jour n'est que la corruption.
Je te salue encore, logis du roi, inauguré par Charles V sur la lisière du Paris de Philippe- Auguste, et que les historiographes, a l'unanimité, se sont plu à jeter par terre, sans jamais donner une date à cette prétendue démolition ! Le royal pied-à-terre du xivu siècle n'est pas aussi rasé qu'on le croit. l)n escalier, bordé de pilastres en bois, et les beaux dessus-dc-porte des paliers, à tous les étages, confirment au n° 25 un droit d'aînesse incontestable sur l'hôtel des abbés, avec un air d'autorité que ne sapent pas entièrement les disgrâces d'une si longue occupation populaire! Que sera-ce donc si vous vous arrêtez â deux lines colonnes, dont les chapiteaux forment des têtes de béliers, dans la cour? Cela indique le style delà chapelle, qui était, en effet, contemporaine du palais Saint-Paul et de l'hôtel de Sens. Des mascarons et des dorures intérieures, qui ne
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remontent qu'au siècle de Louis XIV, sont un fard déjà pâle et n'en dissimulant que plus mal un âge beaucoup plus avancé.
La propriété de M. Mariette était encore à ses hoirs en 1784, et les deux latérales, aux hoirs de Bèze, à l'abbé de Royaumont. Mais le comte de Montmort et le marquis de Goursillon, un peu plus tard, avaient l'intermédiaire, si ce n'était pas le 29. Le 10 appartenait alors à M. de Voypierre.
Au reste, plus d'une maison s'était bâtie sur les dépendances du Séjour, notamment celle où Mallet, président en la cour des Comptes, avait pour successeur le chevalier Mallet de Chanleloup, qui résidait rue Plâtrière. Propriétaires avant eux, même endroit : le bourgeois Maupin, en l'an 1581, et dame Jeanne Sanguin, veuve de Jean Goret, en 1574.
Les filles de Sainte-Agnès avaient aussi, en quelque chose, Charles V pour prédécesseur indirect. La porte d'une crèche, en notre rue Jean-Jacques- Rousseau, a été l'entrée principale de ces religieuses, tenant une école de filles pauvres et une pension de jeunes demoiselles, qui était séparée de l'école. Léonard de Lamet, curé de Saint-Eustache, avait institué leur communauté en 1678, et les titulaires de la cure, depuis lors, avaient continué à veiller sur sa bonne tenue. La grande révolution a supprimé cette^communauté, que Colbert avait gratifiée d'une rente de 500 livres, dont elle avait mis en gage le contrat, pendant l'hiver rigoureux de 1709, afin d'être plus secourable aux enfants confiés à sa garde.
Le dernier curé qui l'ait assistée de ses conseils était l'abbé Poupart. Il habitait, n° 2, une maison appartenant à la fabrique de Saint-Eustache.
RUE DU JOUR
Chaque fois que les membres du comité révolutionnaire de la section du Contrat-Social vinrent y voir le citoyen Poupart, c'était pour le conduire à la Râpée ou à la Courtille et y déjeuner copieusement à ses frais. Si le pauvre homme avait résisté, c'en était fait de sa liberté et de sa vie.
line Laffitte* (1)
Café Hardy. — Cérutti. — Le Marquis cCHertford.
— Laromiguiêre. — Dîner de V Exposition. — La fausse Malibran. — La Rue qui se range. — MM. de Rothschild. — Mme de Saint- Jullien.
— La Reine Hortense. — Hôtels Laffitte et Thélusson.
Riz au lait, riz au gras, cette inscription figurait sur les vitres des meilleurs cafés, et ils ne servaient de substantiel que des potages quand le café Hardy imagina, à l'époque du Directoire, d'ajouter à l'indication extérieure : et déjeuners à la fourchette. L'innovation d'abord était timide : elle avait surtout trait à des déjeuners froids ; mais les œufs et les côtelettes amenèrent peu-àpeu bien des limonadiers à se faire restaurateurs, à l'exemple du pauvre Hardy, qui a fini par se couper le cou. Son café avait, du reste, commencé par être l'œi'l-de- bœuf des affaires, la petite Bourse escomptant les nouvelles douteuses et la coulisse des spéculateurs sur les fournitures des armées. Le restaurant de la Maison-d'Or a pris la suite du café Riche, dans un immeuble qui remplace, depuis
(1) Notice écrite en 1860, pendant que bien des pioches frayaient, au travers de la rue Laffitte, passage à la rue Lafayette, en ce qu'elle avait de nouveau. Mais la rue Olivier ne s'élargissait pas encore aux dépens des derniers numéros de la rue Laffitte, pour se prolonger des deux bouts et pour prendre bientôt le nom du cardinal Fesch, qui avait résidé à l'une de ses nouvelles extrémités.
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1839, l'ancien hôtel de Mmfi Laferrière, décédée au milieu du règne de Louis XVI. La même résidence a été connue au comte de Stainville, qui était un Choiseul ; Mnie Tallien l'a habitée aussi, avant de passer princesse de Chimay, mais après Gérutti, dont la rue a porté le nom de 1792 à 1814. Cet élève relaps des jésuites, rédacteur principal de la Feuille villageoise, membre de la Commune de Paris et député à l'Assemblée, est mort dans un bon lit à l'angle de sa rue.
Le ci-devant hôtel d'Aubeterre, dont l'encoignure demi-circulaire fait vis-a-vis a celle-là, ne s'appelle plus comme d'anciens maréchaux de France; mais le marquis d'Hertfbrd, pair d'Angleterre, partout gentilhomme accompli, l'a acheté sous la Restauration, alin de ne pas déménager, au moment où sa mère, qui y demeurait avec lui, devenait ellemême propriétaire au coin de la rue Taitbout.
Au n° 10 ou au 12, l'an vin voyait Laromiguière, qui avait publié, au fort de la Terreur, ses ÉlémenU de Physique à Toulouse.
Nous croyons que le 16 n'était pas étranger au grand hôtel-garni que la Révolution avait fait du ci-devant hôtel de Choiseul, maintenant occupé par l'administration de l'Opéra, et dont une porte donnait rue Cérutti. Un passage Laftitte s'y trouvait, en tout cas, avant que M. Emile de Girardin, acquéreur de l'immeuble, y eût pour locataires les fondateurs du Dîner de l'Exposition-lîniverselle. Plutôt qu'un restaurant, n'était-ce pas la banque des assignats de la gastronomie ? Que d'actionnaires en sortirent ayant faim!
A la place de ce restaurant, où l'on mangeait si bien.... l'argent des autres, un gymnase érotique donnait auparavant un autre genre de leçon. Bien que les exercices n'y fussent pas de ceux qui se recommandent aux familles, c'était encore pis
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dans un corps-de-logis qui passait pour mieux habité, à l'extrémité du passage, alors qu'une supercherie odieuse y exploitait la vogue si méritée de Mme Malibran. Une vieille femme, postée au paradis, assistait fréquemment aux représentations des Italiens, et elle était habile à distinguer les étrangers, fraîchement débarqués, dont le talent de la prima-dona portait l'exaltation au comble. L'intrigante fieffée s'arrangeait pour en aborder au moins un, dans l'entr'acte, en se donnant pour la parente, pour l'amie de la cantatrice, et que n'osait-elle pas offrir ! Il y avait toujours rendezvous pris au passage Laffitte, et l'amateur s'y rendait, au sortir du spectacle, tout plein d'orgueil, quand ce n'était qu'un sot, mais avec hésitation s'il avait l'esprit de craindre une mystification. N'en arrivait-il pas toujours à se croire le plus fortuné des galants quand il voyait venir la duègne, accompagnée d'une femme dont la taille, les traits et l'âge se rapportaient à ceux de la grande artiste ? L'étranger en bonne fortune vidait sa bourse sans regret, et souvent il quittait Paris avant qu'un examen plus attentif l'eût tiré d'une erreur où son amour-propre trouvait son compte. L'aventurière abusait de sa ressemblance avec Mrae {Malibran jusqu'à se donner pour elle, tout le carnaval, au bal de l'Opéra, et à ne pas même en démordre quand le Champagne du souper semblait lui délier la langue. M. de Girardin, en supprimant le passage, n'a pas peu contribué a 1 a moralisation de la rue Laffitte.
Elle est de plus en plus financière et de moins en moins décolletée, cette avenue du quartier Bréda, qui lui-même se modifie sensiblement en prenant du développement. Lola Montés, qui a donné des bals par souscription au n° 40, et Mogador, si connue à Mabiie lorsqu'elle était logée au 52, ont des couronnes brodées sur leurs mouchoirs !
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Mais retournons d'un siècle à l'autre. Après Mme Laferrière, dont la propriété tenait plus de place que la Maison- d'Or, venait M. de la Live de July, introducteur des ambassadeurs. M. d'Aubeterre, proche parent des d'Esparbès, était, comme à l'entrée de la rue, propriétaire aux n°s 13 et U;. En face demeurait M. de Courmont, régisseurgénéral du Trésor, à côté M. de Saint-Jullien, trésorier des États de Bourgogne, puis receveurgénéral des rentes du clergé. La clientèle ecclésiastique de ce dernier n'empêchait pas sa femme, une La Tour-du-Pin, de s'amuser, de fréquenter Voltaire et de sacrer à la manière des bateliers du coche de Vert-Vert. Le veuvage ne la trouva pas moins philosophe que d'autres inconstances de l'amour. Sa 90ine et dernière année lut 18u2().
La reine Hortense, bien que la cour consulaire l'eut mise plus à son aise que la cour impériale, en était l'ornement encore lorsqu'elle se lixa à l'hôtel Saint-Jullien. Le titre de reine lui était conservé, malgré sa séparation et l'abdication de son mari. Son salon devint tout de suite le rendez-vous de ce qu'il y avait de plus distingué. Elle ne suivit pas les membres de la famille Bonaparte, dans leur premier exil, en 1814; mais, ayant contribué au revirement des Cent-Jours, elle en porta la peine le reste de sa vie.
Mieux encore qu'un tel souvenir, un des rameaux de l'arbre des Rothschild protégecette belle demeure: leur greffe de Vienne s'y ente sur Paris. M. Anselme de Rothschild ne veille pourtant que de loin sur son immeuble, naguère habité par M. Salomon. Des compagnies de chemins de fer y ont établi un réseau de sièges administratifs, qui comptent l'espace par minutes, comme le temps par kilomètres.
Chez M. le baron James de Rothschild, qui fait souvent des affaires avec les rois, le Trésor royal avait ses bureaux avant 89, et dire que le fonds
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de roulement, s'y est accru considérablement, en passant d'un souverain à un particulier ! Le garde du Trésor, M. Micault d'Harvelay, résidait lui-même ruo d'Artois, vis-à-vis de la rue Pinon, maintenant Rossini, aussi près de ses bureaux que l'est M. de Rothschild. Naugude, voisin de d'Harvelay, précédait aux nos 23 et 25 : le général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police sous l'Empire, M. de Greffulhe, M. Joseph Périer, qui a fait bâtir le devant, enfin M. James de Rothschild.
Le comte de Laborde, banquier de Joseph II, a étrenné l'hôtel qui vient après et que l'on écorne à cette heure pour faire place à une rue de biais, reliant le boulevard des Capucines à la Nouvelle- France. Cet inaugurateur, que n'a pas épargné le tribunal révolutionnaire, était un honnête homme, d'après les uns, et un trop habile homme au dire des autres. Valet-de-chambre du roi, puis banquier, il a été encore plus connu par ses galanteries et ses œuvres musicales. Un d'Escars, chevalier de Malte, n'a consenti à changer de vocation, en devenant le gendre de ce financier, qrie pour un million, plus le gîte et la table. Substitue aux droits que Rouret de Vézelay, un autre financier, tenait de l'édilité sur les bords de l'égout parallèle au boulevard, M. de Laborde a obtenu, vers la fin du règne de Louis XV, des lettres-patentes autorisant le percement de la rue d'Artois, dont Cérutti ne fut plus tard le parrain qu'à la place d'un prince du sang. On dit que le même Laborde a, dans l'origine, affermé l'hôtel à sa maîtresse, la Guimard, mais pour peu de temps. Il ne le vendit en 1770 à Mme Loménie de Rrienne que pour bientôt rentrer dans ses droits, faute de paiement. La duchesse de Mouchy fut un acquéreur plus sérieux ; elle eut pour successeurs : l'architecte Rougevin, les époux Mellier, Jacques Laffitte.
La révolution de 1830, à laquelle ce dernier avait
RUE LÀFFITTE.
tant contribué, valut à son nom la popularité de l'estampille voyère où la Restauration avait remis en honneur celui du prince. Le 28 juillet, les députés de l'opposition s'étaient réunis dans l'hôtel dont Jacques Laffitte, leur collègue, était propriétaire depuis huit ans, et les délibérations y avaient continué jusqu'à la constitution du nouveau gouvernement. L'homme politique triomphait un moment; par malheur il était financier, et les affaires souffraient, depuis plusieurs années, des violences d'une polémique dont les tendances remettaient en question les principes de l'autorité. Trop de passions révolutionnaires étaient déchaînées pour qu'une transaction libérale suffit à les assouvir. Aussi le député devait-il promptement rentrer dans l'opposition, comme devant ; l'auréole du martyre lui était décernée en raison du mauvais état de ses finances, qui n'avait nullement attendu, pour se produire, les journées de Juillet. Une souscription mémorable rachetait son hôtel, pour le lui rendre à titre de don patriotique. Dans Laffitte s'incarnait bourgeoisement le centre-gauche, dont l'idéal était assurément le meilleur des gouvernements, mais qui l'a eu plus d'une fois pour adversaire sans s'en apercevoir.
La rue d'Artois s'est prolongée, en 1823, jusqu'à la rue Chantereine, ou de la Victoire, en faisant mordre la poussière au superbe hôtel Thélusson, dont la porte, en forme d'arche de pont, se voyait du boulevard. Mmfl Thélusson y avait reçu somptueusement la bonne compagnie, qui en avait repris le chemin, sous le gouvernement directorial, quand le Bal des Victimes s'y donnait périodiquement par souscription, ainsi qu'au ci-devant hôtel Richelieu. L'État avait confisqué la propriété, qui n'était encore en 1807 qu'un hôtel-garni, auquel faisait concurrence porte à porte l'ancienne résidence de Laborde. Puis Murât l'avait habité; Napoléon ensuite
RUE LAFFITTE
l'avait donné à l'empereur Alexandre, pour l'ambassade de Russie. Enfin Berchut, naguère tailleur au Palais-Royal, avait acheté l'immeuble, et tout le quartier en voulut à ce spéculateur alors que disparut le beau jardin qui distribuait de toutes parts quelque aperçu de sa verdure, purifiait et rafraîchissait l'air, en y mêlant des senteurs délicieuses.
L'année suivante, la rue fut continuée sur le territoire d'Ollivier, auquel nous consacrons un souvenir domestique dans la rue du Faubourg-Montmartre.
Rue Taitbout. (i)
ttougainville, Thénard, Talleyrand, Mme Grandi, Parny, de Jouy, les Magny, Le Peletier du Houssay, Taitbout, La Michodiêre, Bouret de Vézelay, Eleurieu, Ouvrard, Aguado, Ed. Renaud, Dantan, Lablache, M]]e Déjazet, M"v Flore, Tortoni, de Brancas, lord Seymour, Mmc de Villoutreys, Démidofî, Angilbert et Guéras.
Quand la constitution de l'an vu i se promulgua, Bougainville et Thcnard, les deux savants, logeaient au cul-de-sac dont l'émancipation n'avait pas encore fait la rue du Helder. L'Institut donnait à Bougainville pour collègue le premier-consul, qui devait le nommer sénateur, comte de l'Empire; il avançait déjà dans ce voyage de la vie qui se décomposa pour lui en tant d'autres, et, à titre de fils d'un éohevin, il avait de bonne heure contracté des liaisons avec la famille de Taitbout, grellier du bureau de la Ville. Ces relations suivies avaient même fait attribuer au grand navigateur un Essai sur Vile d'O-Taiti, qui était l'œuvre d'un Taitbout. Les croisées de Thénard et de Bougainville donnaient à la fois sur la rue Taitbout et sur son impasse.
M. de Talleyrand, autre membre de l'Institut, sortait fréquemment à cheval du n° 30 de la rue,
précédemment hôtel d'Orsay, avec M Grandt,
une Indienne, veuve d'un administrateur de la compagnie des Indes. Le ministre du Directoire,
(1) Notice écrite en 18î>8.
RUE TÀITBOUT.
ayant donné sa démission a temps, revenait aux affaires grâce au 18 Brumaire. Le premier-consul vit d'abord avec l'indifférence d'un Athénien que l'ancien évoque d'Autun donnât à des femmes, en public, le bras auquel était confié le portefeuille des relations extérieures ; il ne dit qu'après réflexion à sou ministre : — Finissez-en avec M,m> Grandt.... M. de Talleyrand, n'étant pas homme à se complaire aux longs attachements, se proposait précisément de rompre ; mais, dans le désir qu'il avait de n'obéir et de ne désobéir qu'incomplètement à l'ordre ainsi reçu, il trouva un biais : le mariage. Le contrat fut signé sans bruit, comme un testament, rue Taitbout. Un bref de Pie VII, il est vrai, relevait peu de temps avant, ou peu après, l'homme d'église de ses premiers vœux ; seulement, la question de l'hyménée n'y étant que sous-entendue, M. de Talleyrand ne fit accueillir qu'avec difficulté Mme Grandt aux Tuileries;
Macdonald et Français de Nantes «avaient un peu plus tard leur protégé, l'élégiaque et l'érolique Parny, dans l'ancienne maison du ci-devant marquis de Mesnil. C'était, ma foi, le n° 25, où un autre homme d'esprit, Nestor Roqueplan, avec délices Parisien, né au surplus dans le Marais, a pris, avec un intervalle de quelques lustres, la survivance du poète qui a pleuré souvent avec les femmes, mais badiné toujours avec les dieux. Le faubourg Poissonnière, au reste, fut aussi habité par M. de Parny, auquel Napoléon finit par accorder une rente de 3,000 fr. : pension, pensionnaire et Empire, tout s'éteignit en même temps.
Il ne fallut pas loin courir pour remplir à l'Académie le fauteuil devenu vacant. M. de Jouy, dont le couvert n'était plus mis, avec ceux de Jay et de Tissot, aux déjeuners de Savary, dans
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ib
le futur hôtel Laffitte, n'en vivait pas moins en ermite de la Chaussée-d'Antin, au 67 de notre rue. Mais elle s'appelait par-là rue des Trois- Frères, le percement en étant dû à l'année 1778, sur l'initiative de M. Magny de Maisoaneuve, avocat, et de ses deux frères. Le père Murger, portier de l'académicien, était tailleur ; il a donné le jour à Henry Murger, le bohème par excellence de la littérature. On ne remarquait dans la rue des Trois-Frèrcs que la maison Castéra (Brunet fecit 1802) et la maison Biteaux (Blanchard, 179o).
Pour mettre en communication la rue Taitbout primitive avec celle des Trois-Frères, M. Le Peletier du Houssay avait ouvert, en même temps que celle-ci, la petite rue du Houssay. L'unification trinitaire est de 1853.
La rue Taitbout d'auparavant n'avait sur les deux rues y faisant suite que trois ans de primogéniture ; celles d'Artois (Lattjjtte) et de Provence étaient, au contraire, ses aînées de plusieurs années. L'autorisation manquait encore au projet de la former quand Jean-Baptiste-François de la Michodière, chevalier, comte d'Hauteville, prévôt des marchands, et ses échevins, vu la requête présentée au roi par Bouret de Vézelay, trésorier-général de l'artillerie et du génie, pour obtenir d'ouvrir une nouvelle rue sur un terrain acquis par lui à titre demphytèosc des Religieux Mathurins à droite du chemin de la Grande-Pinte dite Chaussée d Antin, laquelle rue prendrait son ouverture sur le Rempart, vers Vissue de la rue de Grammont, entre la rue d'Artois et la Chaussée d' Antin, à travers un terrain appartenant propriétaircment audit sieur Bouret de Vézelay et tenant audit Rempart, serait continuée, sur ledit terrain acquis des Mathurins au grand égout, ainsi qu'elle est tracée sur le plan joint à ladite requête, demandaient que la nomination de cette rue leur
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fût réservée si Sa Majesté n'y pourvoyait pas par ses arrêt et lettres-patentes. Il souriait aux édiles d'en choisir le parrain dans la famille municipale, et le greffier du bureau de la Ville eut l'honneur de fixer leur choix.
Quant à Bouret, qui mourut secrétaire du roi en 1777, il ne fut pas le seul fermier-général de son nom. Le père de ce financier avait été laquais de Ferriol, ambassadeur à la Porte, et avait épousé une femme-de-chambre de Mmc Ferriol. Sa famille possédait encore le n° 9, dans la seconde moitié du règne de Louis XVI, et deux maisons peu importantes, que séparait Tune de l'autre l'hôtel du comte de Vasan, à-peu-près en face du 25.
Il y eut aussi, avant la Révolution, un hôtel de Caumont rue Taitbout. M. de Fleurieu était au n° 20 : il ne devint ministre de la marine qu'en 1790, et lorsqu'il cessa de vivre, vingt ans après, il était sénateur, membre de l'Institut. Mme de la Live se trouvait au 40, mis depuis lors en communication avec l'hôtel qui le touche parderrière. La banque d'Ouvrard, fameux munitionnaire, occupa le n° 11, mais à partir du Directoire.
Une petite-maison du dernier siècle figurait bien encore, sous Louis-Philippe, au n° 44 : un salon y formait rotonde à l'angle des rues Taitbout et de Provence. M. Aguado y meubla une danseuse de l'Opéra et ajouta le contenant au contenu en la rendant propriétaire. Lorsqu'un autre acquéreur voulut augmenter le revenu de l'immeuble, un tour de force s'y exécuta : le locataire du premier continuait à dormir sur les deux oreilles, pendant qu'on refaisait deux étages sous le sien et qu'on le surchargeait de trois étages supérieurs. Les amateurs y apprécient les bas-reliefs qui surmontent les croisées, et le vestibule de la cour présente lui-même un beau travail. L'honneur en revient à M. Ed. Renaud, contrôleur en chef des grands travaux
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de la Ville, qui en architecture est un artiste. Quel joli logement il occupe en haut de la maison ! On y remarque une cheminée, pleine d'originalité, où soufflent deux petits démons ; plus haut est l'Amour qui s'échappe, après avoir allumé son flambeau : il luit le foyer domestique, où il n'a pas brûlé ses ailes, car une glace les montre tout ouvertes. Dantan jeune, ami de M. Renaud, n'a pas craint de commettre un calembour de plus, en disant de cette œuvre d'art : — Quand tu Feras, mon cher, un autre Amour, ne lui mets plus le derrière à la glace !
Le 16 doit être bien bâti, car le gros Lablache y logeait. Mllc Déjazet, ce colibri de la scène, pèse infiniment moins au 5. M11' Flore, sous l'Empire, a été mise dans ses meubles par un gros fermier de la Brie, au-dessus même de* Torloni. Le propriétaire de l'immeuble était alors M. Mallet, qui n'y avait pas succédé directement à M. de la Reynière. Tortoni, mort en 1822, avait fondé pendant la République son illustre établissement.
L'ancien hôtel de Brancas, au coin du boulevard, recevait naguère le dernier soupir de lord Seymour, le dandy populaire des carnavals parisiens d'avanl Chicard et d'avant Gavarni. La marquise d'Hertford, mère de milord, avait acheté l'immeuble qui, d'après l'acte du notaire Dehérain, en dale du 15 mai 1825, provenait de la Nation et des mathurins. Les religieux mathurins avaient vendu à Bouret de Vézelay le terrain sur lequel MM. de Braneas- Lauraguais avaient fait bâtir, cl l'hôtel avait pu, comme bien d'émigré, revenir â l'État, substitué du reste aux mat hurins, qui n'avaient pas aliéné la totalité de leurs droits. Toujours est-il que Trudaiue el Charles delà Sablière s'étaient rendus propriétaires de la maison et de ses dépendances en février 1792. MM. Lefeuve et Habert, prédécesseurs de la marquise, avaient donné en échange la terre de
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la Jonchère à la comtesse de Villoutreys, épouse divorcée du général Rapp en premières noces, et cette dame avait eu pour vendeurs en juillet 1820 M. Le Cornu, comte de Balivière, et sa femme, née Bouvard. Dans l'appartement de lord Seymour, le prédécesseur de sa mère avait été le baron Cardon, qui venait lui-même après le comte Nicolas Démidoff, dont un fils épousa en 1840 la princesse Mathilde Bonaparte. Angilbert et Guéras avaient cependant ouvert au rez-de-chaussée le café de Paris, plus salon à manger que restaurant, haut de plafond comme dans un château, et il était de meilleur ton de s'y montrer qu'en tout autre cabaret du monde. Ce lion des cafés a vécu 36 ans : tous les lions meurent-ils aussi vieux ? Trop gentilhomme pour laisser des économies, il avait encore fait plus de réputations qu'il n'avait contribué à défaire de fortunes.
Rue et Quai des Grands-Augustin*. — Rues Gît-le-Cœur et de l 'Hirondelle. (1)
Le Couvent des Grands- Augustins . — Les Hôtels d'Hercule, de la Salamandre, de Savoie, d'O, de Luynes, des Charités-de-Saint-Denis , de Saint- Louis, Lecoigneux, de Con flans et de Bussy. — Les Collèges d 'Autun et de Saint-Denis. — Et leur Entourage.
Avant que Philippe-le-Bel fit établir le quai où nous abordons, des saules y bordaient la Seine de leurs troncs, souvent creux, et de leurs branches flexibles. Le siècle suivant y vit les augustins succéder à des frères de la Pénitence-de-Jésus- Christ, dits sachets, que saint Louis y avait placés. Les nouveaux-venus avaient été voisins de la porte Saint-Bernard et de la porte Montmartre; leur monastère définitif ne s'acheva que sous Charles V. De l'histoire de France fait partie celle du couvent dont nous nous entretenons, dépositaire des archives des ordres de la noblesse et des ordres du roi : les assemblées du clergé s'y tenaient, Henri III
(1) Notice écrite en J860. Le marché de la Vallée a été supprimé depuis, et maintenant la volaille se vend principalement aux Halles centrales. La for malion d'une nouvelle place Saint-Michel a fait tomber les premières maisons du quai des Grands-Augustins et presque toutes celles de la rue de l'Hirondelle, qui ne serait plus qu'une impasse de la rue Gît-le-Coeur sans les arcades qui la relient à la place, comme un passage. #
y présida le chapitre des chevaliers du Saint- Esprit, Marie de Médicis y fut saluée régente, la chambre des comptes et plusieurs chambres de justice en occupèrent les grandes salles. Ainsi furent condamnés en 1716 aux Augustins, comme coupables de malversations, les traitants Geoffrin, Leriche, Luillier, Aviat, Crozat, Poisson, Daugny, Hénault, Rouillé et autres ; mais leur maltôte, une fois les taxes payées, déshonorait moins les coupables que s'ils avaient volé des objets de peu de valeur à des particuliers. De l'église, dédiée à sainte Anne en 1443, où furent enterrés Philippe de Gommines, Rémy Belleau, le seigneur de Pibrac, Eustache de Gaurroy, et qui longeait le quai à l'endroit occupé par le marché à la volaille, rien ne reste debout. Les religieux du crû n'ont pas môme justifié, en 1790, de l'envie de résister que supposait ce vers de Boileau :
J'aurais fait soutenir un siège aux Augustins.
Il subsiste pourtant un assez bon nombre des maisons qui formaient le pourtour et les dépendances du monastère ; les murs de son réfectoire s'y reconnaissent, qui plus est, sur le derrière, entre les rues du Pont-de-Lodi et Christine. Le surnom de la Vallée s'appliquait déjà sous l'ancien régime à la portion du quai des Augustins où se vendaient en plein vent, le long de l'église, le beurre, les œuls et la volaille. Il y stationnait, dès 1691, des calèches attelées, qu'on prenait à 20 sols l'heure.
Quelques-unes des fenêtres qui donnent sur le quai, entre le marché actuel et la rue Dauphine, doivent avoir éclairé le travail de Bérey, enlumineur du roi à l'enseigne des Deux-Globes, dont le plan de Paris se dessinait avant la mort de Mazarin. Une dame Truchet, qui, du temps de Necker et de Turgot, regardait l'eau couler au
même endroit, sans sortir de chez elle, et qui se faisait vieille, avait été la Hantier de l'Opéra. Difficile de reconnaître en cette bonne femme une beauté, qui avait eu tant de galants à ses trousses ! On eût dit qu'elle oubliait tout, voire même la nuit où le prince de Carignan, son amant en titre, avait surpris au lit, dans l'appartement dont il avait une clef, le fermier-général Leriche de la Popelinière, brutnlement tiré de bonne fortune, puis exilé pour trois mois à Marseille par une mission du cardinal Fleury.
A l'autre angle de la rue des Grands-Augustins se carrait, sous François Ier, le grand logis du chancelier Duprat, qui le tenait de Louis XII et que remplaçait le prévôt Nantouillet sous les règnes suivants. C'était l'hôtel d'Hercule, à cause de peintures ou de tapisseries qui représentaient à l'intérieur les travaux de ce demi-dieu. » En septembre 1573, dit l'Estoile, j'ai vu nos trois rois, celui de France, celui de Pologne, celui de Navarre ; ils mandèrent à Nantouillet, prévôt de Paris, qu'ils voulaient aller prendre la collation chez lui, comme de fait ils y allèrent, quelques excuses que sût alléguer Nantouillet pour ses défenses. Après la collation, la vaisselle d'argent de Nantouillet et ses coffres fusrent fouillés, et disait-oh dans Paris qu'on lui avait volé plus de cinquante mille livres. » Procéder ainsi par surprise, même pour se faire justice, était-ce digne de tout autre roi que de celui qui avait présidé à la Saint-Barthélemy l L'hôtel de Nemours a pris la place de celui d'Hercule, en en retenant beaucoup plus qu'un pavillon. Mais de cette conversion étaient indépendantes deux maisons qui appartenaient, sur la fin du règne de Louis XIV, à Forget, comte de Bruillevert, grand-maître des eaux-et-forêts, avec porte sur le quai et porte sur la rue. Un peu plus loin des Augustins, mais aussi près de la rivière, les
d'Ourset, correcteurs des comptes de père en fils, touchaient à Guérin d'un côté et de l'autre au marquis de Novion, époux en secondes noces d'une Le Boulanger.
Aujourd'hui se remarque davantage une façade, décorée de jolis dessus-de-croisées et sur laquelle se prend la devanture de la librairie académique de Didier, à l'angle de la rue Pavée (1). Le procureur Martin acquérait, en 1700, des familles Feydeau et Montholon, cette propriété et la contiguë, que décore le balcon d'un appartement qui fut celui du mathématicien Laplace, sous le Directoire. L'autre angle de la même rue passait, sous Louis XIV et sous Louis XV, de Reveîois en Revelois : l'un d'eux était marchand rue Saint-Denis, ce qui n'empêchait pas tantôt un avocat, tantôt un médecin, de se qualifier M. de Revelois, seigneur de Buire, dans les actes. Pierre Martin, sieur de la Guette, maîtredes-comptes, avait une maison à côté, mais résidait rue Saint-Avoye. Émery, libraire, en tenait deux autres de Saint-Simon, marquis de Sandricourt, et de Lemaistre de Bellejamme, conseiller au parlement; ses affaires devenant mauvaises, patatras! expropriation. Bailly, doyen de la chambre-descomptes, était propriétaire au coin de la rue Gîtle-Cœur, un peu avant l'avènement de Louis XVI.
Mais, un instant ! ne passons pas devant le n° 25, où la Salubrité eut ses bureaux sous Louis- Philippe, sans vous dire que son origine, malgré cela, fut d'un logis royal. François Ier le lit construire, pour s'y rapprocher d'un hôtel habité par la duchesse d'Étampes.
Ce dernier, qui se revoit encore dans la rue de l'Hirondelle, s'étendait jusqu'à l'autre encoignure
(1) On dit présentement rue Séguier.
de la rue Gît-le-Cœur. Seulement la rue de Hurepoix n'était pas encore absorbée par le quai parallèle, qui devait s'en incorporer avec le temps tout un côté, dans ces parages. Une Salamandre est restée le signe caractéristique de cette maison historique, achetée par le roi-chevalier pour faire plaisir à sa maîtresse, qui y demeurait déjà, et décorée en l'honneur de la belle de peintures à fresque, de tapisseries et de devises, dont il ne reste rien de plus tangible que de la salle de bain et du jardin. L'auguste amant aurait pu y donner à la fameuse inscription gravée de sa main sur une vitre cette variante: Souvent moison varie ! Celle-là, en effet, avait appartenu à Louis de Sancerre, connétable de France, dont les prédécesseurs y avaient réuni le séjour des évêques de Chartres ; Deuvet, maître-des-requêtes, avait ajouté à cela une maison en regard d'une ruellette qui descendait a la rivière.
. Après avoir favorisé de royales amours, le tout se divisa en hôtel d'O, dont une porte se retrouve au d de la rue Gît-le-Cœur, cl eu hôtel de Luynes, duquel a dépendu le n° 17 du quai. Le chancelier Séguier, pendant la Fronde, pensa y être assassiné ; mais des soldats, déguisés en ma<;ons, n'y découvrirent pas sa cachette, dans une chambre où son frère Tévêque de Meaux, réfugié avec lui, se hâtait de le confesser : les assaillants s'en consolèrent en saccageant le reste de la maison. Le mariage de la fille du chancelier avec le duc de Luynes réunit un hôtel à l'autre encore une fois.
Dix lots en étant faits par Albert de Luynes, duc de Chevreuse, l'année 1671, l'un convint à Berrier, secrétaire du conseil, et de nouvelles constructions commencèrent, mais en respectant le plus possible des anciennes : circonstance oubliée toujours par les auteurs des ouvrages sur Paris, qui n'aiment pas à tenir compte de la répugnance
que nos pères avaient pour la démolition. Berrier, lieutenant-de-police, hérita donc le 5, Gît-le-Cœur, de son grand-père. Un hôtel, nouvellement dit de Saint-Louis, s'étendait rue de l'Hirondelle et comportait sans doute la Salamandre, mais avec une entrée rue Gît-le-Cœur ; il fut adjugé en 1689 au duc de Nivernais, ministre d'État, lieutenantgénéral, académicien, etc., qui demeurait rue de Tournon. Les Thumery de Boissise, que nous avons vus rue Barbette, et M, de Lespine, le premier acquéreur d'un des dix lots, divers membres de la cour des comptes et Gueffier, imprimeur-libraire, avaient aussi pignon sur cette rue, qui devait son nom à Gilles Cœur, ou bien à Gilles, queux du roi.
Ne quittons pas celle de l'Hirondelle sans reconnaître en ses nos 23, 25 et 27 l'ancien collège d'Autun, dont une face regardait l'église Saint- André-des-Arts, mais qui, dans le sens opposé, confinait à une maison, portée à son avoir, baillée en location et décorée de l'image patronale delà rue, une Hirondelle. Cette pédagogie a été fondée en 1341 par' le cardinal Bertrand; deux autres bienfaiteurs de l'institution ont été Oudart de Molins, président en la chambre des-comptes sous Charles VI, et André de Sauséa, évêque de Bethléem et principal du collège sous Louis XIII. Après la réunion des petits collèges à Louis-le-Grand, on a mis au collège d'Autun l'École gratuite de dessin, pour ne la transférer qu'en 1770 à Saint- Côme, où elle est encore.
Le cardinal Bertrand n'avait connu le quai voisin que sous la dénomination de rue de Seine. Quant à la rue des Grand s-Augustins, elle a été celle à l'Abbé-de-Saint-Denis, aliàs des Écoliers-de- Saint-Denis. Un collège, en effet, sorte de séminaire de l'abbaye, a été établi par Matthieu de Vendôme,
abbé de Saint-Denis, avec une maison de ville pour ses officiers, entre les rues Contrescarpe (1), Saint- André-des-Arts, Dauphine, Anjou-Dauphine (2), Christine et de Savoie, ces quatre dernières n'existant pas encore. Il s'en projetait même quelque chose sur l'autre aile de la rue des Grands- Augustins, et un passage sous terre menait de la grande propriété à la petite, que le plan de Paris en 1652 qualifiait encore hôtel des Charitésde-Saint-Denis. Le trésorier de l'abbaye y avait gardé ses bureaux. Or le n°25 avait pour occupant un loueur de carrosses, au XVIIIe siècle, et n'était séparé de ladite aumônerie que par le 23, dont la porte déployé ses battants à gros clous sans montrer aux passants son bouquet d'arbres, qui n'est pas seul à survivre par-derrière au jardin de la trésorerie des moines. Le corps-de-bâtiment où se retrouve encore, dans l'ancien hôtel des Charités, un escalier à balustrade en chêne, remonte sans doute à Matthieu de Vendôme.
Plusieurs historiographes se débarrassent pareillement de l'hôtel de Nemours et de Savoie, en disant qu'il n'existe plus depuis que la rue de Savoir est ouverte. Il y avait seulement des écuries entre les Charités et cette résidence princière, quand Charles-Amédée, duc de Savoie, de Génevois, de Nemours et d'Aumale, en hérita, avec son frère Henri de Savoie. La duchesse de Savoie, tille de Charles-Amédée, la divisa, pour s'en défaire, en 1670 ; mais les morceaux n'en étaient pas mauvais. Les mansardes du 7 ne s'affaissent pas encore sur ses deux étages, hauts de plafond ; un escalier de figure seigneuriale y tait monter sa vieille
(1) Maintenant rue Mazet.
(2) Maintenant rue de Nesles.
rampe en fer jusqu'à une librairie ancienne, où l'in-folio domine sur les rayons, et le 5, où demeurent MM. Pillet, qui impriment le Journal de la Librairie, depuis 1812, et le Journal des Villes et Campagnes, n'a été que refait pour Mlle de Bretteville, propriétaire des deux hôtels habités antérieurement par des princes de Garignan, autrement dit par la maison de Savoie. Mlle de Bretteville a eu pour héritière sa cousine, MI,e de Conflans, qui a donné, par testament, en 1761, à Louis de Conflans, marquis d'Armentiéres, lieutenant-général, toute sa fortune et notamment le 5, devenu l'hôtel de Gonfïans-Garignan ; mais la défunte avait réservé quelques legs, en laissant notamment à Brière de Bretteville une propriété de la rue des Grands-Augustins qui avait la même origine, c'était probablement le 7. Des lucarnes à la Ducerceau recommandent à notre attention une façade en briques au n° 3, même rue ; nous avons peine à croire que jusque-là pût aller l'hôtel de Nemours. Elle a été timbrée des panonceaux du notaire Laideguive, et ce tabellion, y succédant comme propriétaire aux Dupré de Saint-Maur, maîtresdes-eomptes, devait en savoir plus long que nous sur l'origine de son logis, qui s'était probablement détaché de l'hôtel d'Hercule.
Du côté des chiffres pairs, en face de la rue de Savoie, les initiales E. B. s'entrelacent dans la grille d'une terrasse ; elles voudraient rappeler que la maison a été l'hôtel de Bussy : on y entre par la rue Christine. Matthieu Feydeau, docteur en Sorbonne et curé, plusieurs fois exilé comme janséniste enragé, n'avait que l'usufruit du n° 18 ; sa sœur en avait transporté la nu-propriété au couvent de la Conception, dans lequel elle s'était retirée, à l'Assomption. Claude Feydeau de Marville, lieutenant aux gardes, était possesseur
du 22. Enfin Barberie de Saint-Contest, que protégea plus tard Mme de Pompadour et qui devint ministre des Affaires-Étrangères, eut pour locataire un évêque, au fond du n° 26.
Rue du Cloitrc-Noirc-Dame. (4)
Dans quelles conditions s'y menait la vie de chanoine.
Une loi du 24 août 1790 déterminait la position nouvelle de ces propriétés du cloître Notre-Dame dont les titres principaux étaient un bref de Benoît VII et des lettres-patentes de Lothaire ; la Nation, moyennant le payement d'un sixième de leur valeur estimative, les affranchissait des conditions particulières qui avaient voulu perpétuer leur transmission de chanoine à chanoine. L'Assemblée nationale, avant d'émanciper l'avenir de cette main-morte ecclésiastique, s'était enquise du passé, et nous allons sonder, comme elle, les arcanes d'une situation amphibie, qui était plus que de l'usufruit, moins que de la toute-propriété, pour les chanoines dont les 33 maisons du cloître portaient les 33 noms. On disait à coup sûr : Maison Cochu et maison Farjonel.
Et, en effet, elles étaient dans le commerce ; impossible de les prendre pour des fonds de bénéfices ecclésiastiques; on ne les achetait pas du chapitre, mais d'un chanoine, eu présence du chapitre, sans énoncer les conditions du marché. L'un disait à la compagnie : — Je vends ma maison; N l'autre : — Je l'accepte, et le chapitre prenait acte, approuvait, en touchant, à titre de seigneur, cent sols de lods et ventes, qui se partageaient entre les capitulants. Chaque chanoine, il est vrai, ne
(!) Notice écrile en 1859. La rue à J'élude n'avait pas encore pet du deux ou trois de ses maisons anciermts à l'angle de Ja rue de la Cité.
devait posséder qu'une maison ; mais ils étaient 81, et toutes les maisons situées dans le périmètre du cloître, dont les rues étaient entretenues par le chapitre, ne se trouvaient pas canoniales. Quand le chanoine était mort ab intestat, le bureau du chapitre ouvrait une enchère, et les droits de mutation s'élevaient au cinquième du prix ; si, avant de mourir, le chanoine avait disposé in extremis de sa propriété, par-devant les commissaires du chapitre pour la validité c'est le dixième qui revenait aux capitulants ; dans ces deux cas, au reste, les créanciers primaient les héritiers, quant à la portion disponible. Tout cela était si connu qu'un chanoine empruntait avec la plus grande facilité, soit pour acquérir une propriété dans le cloître, soit pour la réparer ensuite. Ils avaient presque tous des dettes, mais solidement hypothéquées, puisque leurs maisons valaient, en général, de 60 à 100,000 livres. Celle de M. Bochard, décédé peu de temps avant la promulgation de la loi nouvelle, lui avait coûté 79, 400 fr., et il y avait fait pour 60,000 fr. de réparations dans l'année de l'acquisition ; celle de M. Montagne, doyen, revenait de la même façon à 74,000 livres, plus 'tt),000, et il n'en était pas différemment pour les logis des chanoines Dumarsais, Desplasses, Leblanc, Viet, Delon et de Bonneval. Différentes conclusions capitulaires avaient été prises en 1775, en 1766 et en 1745 pour régler différents usages que le temps avait consacrés, avec la sanction des autorités spirituelle et temporelle; toutefois les statuts et règlements conservaient au chapitre pris en corps le titre de propriétaire-foncier, en reconnaissant à ses membres la faculté de disposer de la jouissance des maisons par la seule voie des résignations au chapitre.
Les laïques habitant le cloître étaient surtout des magistrats ; on y venait solliciter un certain
nombre de parlementaires, au milieu du xvme siècle. Les maisons canoniales étaient en possession de donner asile à des femmes, pourvu qu'elles tussent parentes ou domestiques du détenteur, et pourtant, en remontant à l'année 1334, nous trouverions un arrêté par lequel le chapitre défendait à toutes femmes de franchir les portes du cloître. La preuve qu'avant cette date pareille prohibition n'existait pas, c'est qu'Héloïse et Abélard, évangélistes d'un amour qui n'était même pas connu de l'antiquité païenne, se sont donné des rendez-vous dont le lieu n'était pas à l'extérieur du cloître, sous le prétexte il est vrai d'étudier. Mais le concours qu'y attiraient alors les écoles épiscopales avait si bien troublé la paix du cloître qu'avant peu le chapitre avait résolu de conserver uniquement l'école de théologie.
Sur la place du Parvis-Notre-Dame, en sa largeur actuelle, et dans la rue du Cloître-Notre-Dame, qui d'un côté se confond avec elle, il y avait autrefois : et l'entrée dudit cloître, et le bureau des Pauvres, qui donnait rue Saint-Pierre, tout près de Saint- Pierre-aux-Boëufs, presque en face de Saint- Christophe, et Saint-Jean-le-Rond, qui touchait d'une part la cathédrale, d'autre part la porte du cloître, et un puits, mais à l'autre extrémité de la rue, encore plus voisin de l'archevêché que de la rue Chanoinesse. Quant aux maisons sur lesquelles, depuis tant de siècles, se projette l'ombre de Notre-Dame, voici des documents, inédits comme les précédents, qui les concernent.
En 1660, Jacques Séguier, chanoine théologal de l'église de Paris, avait le 22 ; il était membre de cette famille Séguier qui portait avec éclat la robe depuis le milieu du xvic siècle et qui fut aussi celle, comme on l'a dit, de l'apothicaire de Charles IX. L'immeuble a jeté le froc aux orties d'une adjudication laïque, le 8 brumaire an iv ;
mais le cardinal Mathieu et sa famille turent depuis de ses locataires, ainsi que la duchesse d'Aumont.
Louis-Joacliim-Élisabeth Cochu n'était sans doute pas la perle du chapitre ; il avait plus de dettes probablement que tout autre chanoine, au commencement de la Révolution, et nous l'eussions trouvé n° 20. Le toit y fait angle rentrant sur une petite place de forme inusitée, où il n'y a de jeune que des brins d'herbe, poussant comme la barbe au menton d'une vieille femme. Cette maison, résignée in extremis par le chanoine Jondon entre les mains de son confrère, s'était donné depuis une indigestion d'hypothèques ; il fallait bien finir par les purger. Parmi les créanciers à désintéresser, la malveillance aurait remarqué un limonadier, un bonnetier et un épicier. Celui-ci devenait l'acquéreur du chanoine, qui se retira bien dégrevé rue Chabanais, n° 3.
Sur la petite place en retraite se rencogne le 18, dont les glaces et les trumeaux ont été enlevés, de notre temps, comme une garniture superflue, au bureau de secours du IXe arrondissement, qui n'a gardé une rampe en vieux fer qu'en ne la croyant pas un objet de luxe.
Le 16, où se tient l'école des frères, s'écarte un peu moins de l'alignement ; mais, en fait d'âge, il n'a rien à envier aux voisins : j'en atteste les balustres de bois d'un escalier. Maisons nées pour le célibat, elles en ont gardé la discrétion ; loin de se commander, elles s'arrangent d'un commun accord pour isoler la vue dont elles jouissent, au risque de briser cinq fois l'alignement. De là vient cet angle rentrant sur lequel prennent encore façade, en divers sens, le 14 et le 12, qui n'ont pas toujours observé le vœu du célibat, convenons-en, puisqu'il fut un temps où les deux ne faisaient qu'un. L'abbé Cu'iir, à présent évêque, habitait le 14, comme le fait encore un chanoine, M. Tré-
vaux, à charge de loyer. A M. Chillaud-Desfieux, dernier détenteur canonial, avait été résignée cette maison, le 27 septembre 1780, par M. de Ghazal, chanoine à l'article de la mort, et 3,840 livres avaient été perçues en conséquence par le chapitre, comme dîme de Vin extremis. Avant Ghazal, c'était Gaujet, membre aussi du conseil archiépiscopal, qui disposait de la propriété et qui la dégrevait d'une dette contractée par un de ses prédécesseurs, Pierre de la Chasse, envers Charles Perroehel, chantre et chanoine de l'église de Paris, puis passée à Jean-Jacques Farjonel d'Hauterive, chanoine de la même église et conseiller en la grand'chambre du parlement Maupeou. Ce Farjonel « adorait les bénéfices, sans oublier les épices, » d'après une note qu'à laissée le chancelier Maupeou sur les membres de son parlement. Il eut sans doute été moins assidu aux offices sans le méreau, jeton de présence auquel avaient droit les chanoines.
En revanche, l'abbé de Lafage, qui portait aux cérémonies de Notre-Dame la robe rouge et violette, comme l'abbé Farjonel, s'est imposé une sorte d'amende volontaire pour avoir siégé à la même cour : il a fait reblanchir à ses frais l'intérieur de l'église métropolitaine.
De la Chasse, décédé archidiacre de Josas, avait été propriétaire là avec Jacques-Étientie de Méromont, pénitencier ; par conséquent, à leur époque, la maison était divisée. L'un et l'autre avaient succédé à un homme éminent, Edme Picot, chancelier de ladite église et partant de l'université de Paris, confesseur de la fameuse Mnie de Brinvilliers ; Ce double chancelier tenait la propriété, par conclusion capitulaire du 4 janvier 1706, des vénérables doyen, chanoines et chapitre de l'église de Paris, entre les mains desquels elle avait été remise par l'université de Paris. Rappelons même que Louis de Bernage, étant le titulaire du logis au
milieu du siècle xvn, cédaâ son collègue et voisin du n° 16, Jean de Hillerin, un aisément d'environ 3 mètres carrés, cession qui enchevêtre encore l'un dans l'autre ces deux immeubles mitoyens. Le chanoine Feydeau avait été le prédécesseur de Hillerin, et ne sait-on pas que des familles Feydeau ont produit des sujets brillants dans l'église, la magistrature et les lettres ?
L'abbé Thiéry, a son tour chancelier, prononçait un discours lorsqu'il présidait, en cette qualité, a la clôture annuelle de la licence de théologie ; a celte occasion, en 1770, il fit l'éloge de l'archevêque, M. de Beaumonf, dont l'ardeur à défendre les prérogatives ecclésiastiques contre les droits de / la royauté passait alors pour abusive. Le lendemain, selon l'usage, il donnait un repas d'étiquette aux docteurs et suppôts de Sorbonne, en son hôtel claustral, qui n'avait rien d'érémitique.
Le cabinet d'histoire naturelle de l'abbé Bourbon était visible, sous Louis XVI, en cette rue, à proximité de celle Chanoinesse.
Etienne Brémont, né à Chàtcnudun en 1714, avait la vocation des sciences abstraites. Curé et grandpénitencier à Chartres, il prit ensuite le bonnet en Sorbonne et devint chanoine à Paris ; mais à l'époque de son changement d'église, la Gazette ecclésiastique l'attaqua, a propos des prétendus miracles opérés sur la tombe du diacre Paris. L'abbé Brémont (ut surveillé par le parlement, puis décrété de prise de corps ; il se sauva plus tard en Italie; seulement ses biens furent annotés pendant onze ans, et notamment sa maison dans le cloître, dont se remarquent la belle porte cintrée, qu'un balcon surmonte, et la rampe d'escalier enfer, 10, rue du Cloître-Notre-Dame. L'amour de la patrie l'emportant sur les avantages qu'on lui offrait en Italie, Brémont se plut à rentrer en France, où ses ouvrages obtinrent du succès, entre autres un livre en six volumes, De la Raison
dans î 'homme, honoré d'un bref de Pie VI. Cet ecclésiastique assistait, non sans émotion, au spectacle révolutionnaire, où ses amis jouaient les rôles de victimes, lorsqu'un érysipèle goutteux l'enleva aux consolations du travail, le 25 janvier 1793, c'est-à-dire quelques jours après la mort du roi. Les héritiers d'Etienne Brémont, par un arrêté des commissaires de l'administration des Domaines nationaux, le 12 juin de la même année, furent déclarés propriétaires de la maison sise au ci-devant cloître, payement étant fait du sixième appartenant à la Nation. Cette propriété, le 17 floréal an m, tenait par-derrière aux citoyens Despinas et Desfieux, ci-devant chanoines, d'un côté au citoyen Rivière, ci-devant chanoine, et à la ci-devant maîtrise des enfants de chœur, d'autre part au citoyen de Lostanges, ci-devant chanoine, et au citoyen Desfieux, déjà nommé.
M. Bouchardat, ex-pharmacien en chef de l'Hôtel - Dieu, possède en ce temps-ci la maison du précité chanoine Rivière. Une rampe de fer, bien que depuis longtemps le style en soit passé de mode, rajeunit encore cet hôtel, qui a été la résidence du médecin de Charles VI. L'habileté de ce médecin royal est rappelée par Sismondi ; son domicile dans le cloître, vis-à-vis de la porte Rouge, est constaté de même par Barante, dans ['Histoire des Ducs de Bourgogne. Probablement ce médecin, qui s'appelait Claude Fréron, était prêtre ; on l'estimait le plus des médecins attachés au roi, dont la démence fut traitée plusieurs fois par des astrologues et des sorciers.
Rue de la Colombe, (i)
Des colombes de l'antiquité faisaient leur nid dans des casques de guerriers, afin de prouver que la bonne intelligence régnait entre Mars et Vénus ; à plus forte raison, ces oiseaux de paix et d'amour trouvaient un refuge facile, au moyenâge, dans les mitres des saints évêques sculptés sur la face des églises, et il n'en manquait pas dans la Cité. Paris est une forêt de Dodone où des colombes à voix humaine ont toujours rendu des oracles ; la plupart sont belles et fêtées, tant que leur cœur est pur de liel, comme le dil Lucrèce de ses colombes :
Quas odium nullum, nec fellcus inquinat ardor.
Quand la haine succède aux caresses, l'oiseau de Cypris devient une chouette.
De la petite rue qui nous occupe parle une charte de l'an 1223, sans dire quelle image douce et blanche, quelle colombe fut d'abord son signe particulier. Peu de filles d'Eve faisaient parler d'elles, depuis la célèbre Héloïse, sur le territoire canonial ; or le cloître de Notre-Dame s'étendait, en suivant la rue de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmouzets. Un amour dénué de poésie y fut tout au plus inspiré à un Italien, M. de Salze, secrétaire de l'ambassadeur de Naples sous Louis XV, par une tille Mercier, dite la Cauchoise ; son oncle, chantre au lutrin de l'église de Paris, logeait dans une maison, n°10, dont les fenêtres à coulisses et l'escalier de bois à balustres n'ont
(1) Notice écrite en 1859.
RUE DE LA COLOMBE
pas encore changé de physionomie. Cet étranger, qui était abbé de cour, avait rencontré la normande en se rendant chez un chanoine : elle était grande, corsée et brune, mais d'un teint de lait, avec d'aussi blanches dents ; on ne lui reprochait guère que d'être bête et de savoir où demeurait la Varenne, complaisante duègne de la rue Feydeau., M. de Salze lit offrir une chambre garnie, rue de Beaune, à la colombe sans défense ; mais il y mit une condition, c'est que, revêtue d'un manteau de lit, sans robe qui lui permît de sortir, elle garderait nuit et jour la chambre. La nièce du chantre ne dit pas non et s'envola tout-à-fait de chez son oncle.
La rue ne comptait alors que 6 maisons et 2 lanternes ; c'est seulement en 1811 qu'on l'a prolongée jusqu'au quai. De ses vieilles maisons, qui plus est, la plupart ouvrent sur d'autres rues ; tels sont le 9, le 7 et le 5. Cette dernière propriété à double face comporte les restes d'une chapelle Saint-Aignan, près de laquelle nous ne pouvions moins faire que de passer deux fois. Une ancienne porte cochère est aussi condamnée au n° 4, dont l'enseigne à Saint-Nicolas doit remonter au moyen-âge ; néanmoins sa façade est décorée de rinceaux, et ses fenêtres, de grilles d'appui, qui prouvent une reconstruction datant seulement du dernier siècle. On remarque au 8, grâce aux marches d'un café, un changement de niveau, qui porte à soupçonner que d'anciens fossés servaient par-là de limite au cloître. Nul doute que le sol de la Cité, au lieu de s'abaisser, s'est élevé. Le 12, une construction haute à escalier d'autant plus ténébreux, s'accote depuis longtemps sur le 14, dont le seuil est rue Chanoinesse ; l'origine de l'un et de l'autre remonte à celle de la rue de la Colombe.
Place Gerson
NAGUÈRE
du CoIIége-Louis-le-tirantl. (i)
Substituée en 1839 à la rue des Poirées, cette , place méritait à double titre de porter le nom du collège dont elle a dégagé les abords et qui a contribué aux frais de son établissement.
Le bouquiniste Loisel y a sa boutique n° 3, après avoir été rue Saint-Jacques et rue des Grès ; il achète et vend des livres d'occasion depuis un demi-siècle pour le moins. Chaque édition de la grammaire grecque de Burnouf, en dépréciant la précédente, a fait perdre quelque argent audit revendeur, que pourtant cet helléniste, son client, honorait autrefois d'une protection familière. La boutique de Loisel était occupée, avant lui, par un gargolier plus heureux, en ce qu'il regrattait à coup sûr, servant le malin en ragoût les rôtis rebutés la veille, et ne me! tant rien au pilon, ainsi que le fait un libraire des ouvrages classiques répudiés par les programmes de l'Université. A la maison du bouquiniste est conliguë une maison du même âge, mais d'une importance augmentée par douze marchands d'habits ambulants qui se cotisèrent il y a quinze ans pour en devenir propriétaires.
De l'autre côté de la place, voici le 4, qu'on
(l) Notice écrite en 185U, avant que Ja place reçût le nom d'un ancien chancelier de l'université de Paris.