RUE DU CLOS-GEORGE AU
soir la clarté d'une lanterne. Mais il en était accusé davantage, quatre ans auparavant, par l'état que voici : à gauche, hôtel d'Anjou, au coin de la rue ïraversine (de la Fontaine-Molière) (i); Tézou, ensuite ; Chartier, ensuite ; M. Charron, enfin ; à droite : l'abbé de Loze, coin Traversine ; M. de Marida, Lemaistre, Mme L. Ménestrel. La propriété Lemaistre était à porte cochère ; mais celle Marida n'ouvrait que sur la rue Traversine et les quatre d'encoignure n'avaient pas plus de portes qu'aujourd'hui sur la rue du Clos-Georgeau, qui n'arrive qu'en les comptant à son 10mo numéro.
Vers la lin du règne de Louis XV, Houel vendit le 7 à Coulanges, dont la veuve se remaria avec Beausire, lieutenant au Greuier-à-sel. L'un et l'autre de ces immeubles étaient sous la censive de l'Archevêché. Du 1 se rendit maître, en 1754, l'architecte Jean Charpentier.
(1) C'est maintenant la rue Molière.
Rue Clovis. (1)
Le Lycée. — V Abbaye — La Patronne de Paris.
— La Bibliothèque. — Saint -Êtienne-du-Mont.
— L'ancienne Chancellerie. — L'Enceinte de Philippe- Auguste. -- Les Collèges de Navarre et de B incourt.
N'attribuons pas aux rois mérovingiens l'ouverture de la rue Clovis ; elle ne fut percée qu'en l'an xm de la République, entre les rues Clotilde et Descartes, sur le territoire conventuel des cidevant abbé et religieux de Sainte-Geneviève, et prolongée jusqu'à la rue des Fossés-Saiut-Victor (2) qu'en 1809. L'église de ce monastère, fondé par Clovis et la reine Clotilde, venait d'être démolie, à l'exception de la tour cari ée qu'en a gardé le lycée Napoléon, autrement dit le collège Henri IV, ouvert depuis l'année 1802. La tour doit avoir fait partie de l'église incendiée en 857 par les Danois ; la crypte, qu'illustraient les miracles opérés au tombeau de sainte Geneviève, patronne de Paris, préexistait également à la reconstruction de 1175 (3). La châsse de la sainte, palladium historique de notre ville, fut publiquement détruite en 1793. Mais n'est-ce pas comme un dernier miracle qui sauvait encore la bibliothèque des religieux ? Elle a reçu ses lecteurs, sous le dôme
(1) Notice écrite en 1858.
(2) Actuellement du Cardinal-Lemoine.
(3) Sujet amplement traité dans l'Histoire de Sainic Geneviève^ patronne de Paris, par M. Lefeuve.
RUE CLOVIS
dont la coupole était peinte par Restout, jusqu'à sa iranslation sous Napoléon III dans le monument élevé à la place de l'ancien collège Montaigu. La congrégation dont l'abbaye génovéfaine était le chef-lieu, depuis l'introduction de la règle de saint Augustin, comptait 109 maisons en France et y nommait à 500 cures. La censive de l'abbé embrassait, sous Louis XIV, presque tout le faubourg Saint-Marcel et s'étendait, de plus, en 54 rues de la ville.
Les chanoines de Sainte-Geneviève avaient bâti, dans leur enclos également et à la place d'une chapelle, que l'enceinte de Philippe-Auguste avait fait entrer dans Paris, Saint-Etienne-du-Mont, dont le jubé est une merveille. Cette église paroissiale se présente de profil, en regard du lycée, avec son presbytère. En l'an 1506, frère Etienne Contesse, génovéfain et curé de Saint- Étienne-du-Mont, avait obtenu de l'abbaye, après maintes difficultés, que la maison où se tenait la chancellerie du chapitre devînt ledit presbytère, restauré au xvir siècle. Jusqu'à la Révolution le curé de cette église voisine était toujours l'un des chanoines de Sainte-Geneviève. Aucune maison particulière ne participe au droit d'aînesse que Saint-Étienne-du-Mont et ce qui de l'abbaye reste au lycée ont sur une voie publique qui a été tracée, comme pour les séparer, aussitôt que l'Université eut divorcé avec l'Église. Cette rue appelée à dominer Paris, sur les ruines d'un royal monastère, ne se. taillait pas dans le vide ; elle ne pouvait manquer d'être monumentale. Honneur au fondateur d'une dynastie nouvelle qui, au lieu de lui infliger un nom tiré du Panthéon moderne, l'a fait monter sur le pavois du conquérant, père de la monarchie française !
Faute d'anciens logis humains, nous découvrons
RUE CLOVIS
le long de la rue Clovis, à travers des bocages plus élevés que la chaussée, des nids d'hirondelles que le granit où ils s'attachent rend presque historiques. Chaque année en renouvelle uniquement la mousse, dans les fissures d'un pan de mur, large environ d'un mètre et demi et qui nous reste de la clôture de Philippe-Auguste. Ce tronçon d'enceinte vu de profil, qu'éclaire la nuit un bec de gaz, indique l'ancien niveau du sol ; mais on n'y retrouve plus les créneaux qui couronnaient d'abord le large mur. Longtemps il ne servait plus de limite qu'aux collèges de Boncourt et de Navarre, qui ont fini par n'en former qu'un seul.
Une Histoire de Paris, publiée en 1781 par Poncelin, avocat au parlement, tut ornée de gravures par Martinet ; nous y revoyons de ce collège royal de Navarre la belle entrée, que décoraient des statues et d'autres sculptures ; la grande cour est également reproduite, puis le jardin du principal, enfin l'un des dortoirs de la maison, qu'une ingénieuse disposition avait faits les modèles du genre. Des bâtiments et la chapelle de cet établissement célèbre subsistent encore de nos jours, comme pour excuser Martinet de n'en avoir pas donné le dessin. Fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, reine de France, au profit de 70 boursiers, ce collège de plein exercice a compté pour élèves : Henri III. Henri IV, le duc de Guise, le cardinal Louis de Bourbon, le prince Eugène de Savoie ; on disait que le roi de Fi ance en était le premier boursier, de fondation, et que les revenus de sa bourse s'employaient à acheter des verges pour entretenir b\ discipline. Les archives de la Nation de France, ancienne division de la Faculté des Arts, étaient confiées aux écoliers de Navarre, avant que l'université de Paris les transférât à Louis-le-Grand. Réunie à celle de Boncourt, la maison n'a été fermée
RUE CLOVIS
que par la grande révolution. Ur. décret de Napoléon, daté de Saint-Cloud le 9 germinal an xin, a transféré l'école Polytechnique dans les ci-devant collèges de Navarre et de Boncourt.
Rue Victor-Cousin,
NAGUÈRE
de Cluni. (1)
La Maison des grands Hommes. — Les Ecoliers de Cluni.
L'hôtel de Saint-Quentin occupait le n° 5 ; sa porte était rue des Cordiers, où La remplace de nos jours la boutique d'une marchande a la toilette. Des pierres en saillie, qui n'en ont plus d'autres à attendre, prouvent, qu'une voûte a couvert l'extrémité de la rue de Cluni, du côté de celle des Grés (2). Au surplus, l'édifice est haut, et ne dirait-on pas que tout y parle? Un escalier à balustres de bois le mesure perpendiculairement ; des fenêtres à coulisses, prenant jour sur différentes faces du bâtiment, le croisent d'étage en étage, mais avec moins de symétrie que dans les constructions modernes qui ne disent rien. Au quatrième, gémit une porte en chêne lorsqu'elle met a découvert un pas usé, seuil d'une chambre mémorable, dans laquelle Jean-Jacques Rousseau reçut d'abord Thérèse Levasseur. C'est même la maison de plusieurs grands hommes en ce qu'y habitèrent le philosophe
(1) Notice écrite en 1860 La rue n'avait pas encore répudié la mémoire du collège de Ja congrégation de Cluni pour convoler, sur la carte des rues, eu secondes noces avec un maître que l'éclectisme philosophique, la politique libérale, la littérature et l'Université venaient de perdre.
(2) Aujourd'hui Cujas.
RUE VrÇTOR-COUSIN,
Condillac et son frère Mably, qui écrivait aussi. De notre temps encore, le poète Hégésippe Moreau a passé dans le même garni de longues nuits, puis le critique Gustave Planche, dont ce fut le dernier domicile.
Sur la même ligne sont le 1 et le 3 ; l'une de ces vieilles bâtisses se tient parfaitement droite encore, sur un reg-de-chaussée que l'abaissement du terrain a déchaussé pourtant jusqu'au soussol ; l'autre s'affaisse, comme un soldat obèse, n'ayant plus que ses pieds qui gardent l'alignement. Toutes les deux, comme la précitée, datent, il n'en faut pas douter, de l'ouverture de la rue, qui eut lieu dans le xur3 siècle. On y remarque fort peu une boutique où Robert donnait à manger, du temps de Mably et de Condillac, à raison de 12 et 16 sols, et qui traite encore au même prix, mais avec un menu réduit. En 1714, cette voie de communication, qui finissait à l'arcade, fournissait à la population de la ville un contingent de 5 maisonnées, qui retrouvaient le soir leur3 portes à la lueur de 2 lanternes. Son prolongement jusqu'à la rue Soufllot ne remonte qu'à l'année 1849; mais le projet en fut conçu l'an xin et l'ordre de l'exécuter se donna dès 1826.
Sur la ligne opposée à celle où nous avons trouvé trois vieilles maisons, nous cherchons les deux autres. Mais ce côté a subi un reculement notable, la seconde année du règne de Louis- Philippe. Il s'y élève des façades encore neuves. Quoi de commun, en apparence, entre l'hôtel-garni que peuplent des étudians, n° 6, et l'ancien hôtel de Saint-Quentin ? Franchissez néanmoins la porte et vous reconnaîtrez sans peine que le bâtiment du fond n'est pas nouveau. Autrefois il faisait partie d'une propriété qui non-seulement partait de la place Sorbonne pour aller jusqu'à la rue des Grés, en longeant toute celle de Gluni, mais