RUE ROYALE-SAINT-HQNORÉ
Florentin, le bureau de M. Ghabert, inspecteurgénéral des côtes maritimes, et c'est le berceau du ministère de la Marine, qui englobera le Garde-Meuble. ,
Au 6, sous la première restauration, un salon acquiert l'importance d'un cabinet diplomatique, le salon de Mme de Staël. De nouveau cette femme célèbre quitte la France, pendant les Cent Jours, et d'Italie elle revient malade, pour rendre le dernier soupir uatre jours avant Suard, son voisin. La lecture 'un testament fait connaître que M. de la Rocca a été le second mari de Mmc de Staël, dont Delphine donne le portrait et Corinne l'idéal.
La rue Royale, dite en 1792 de la Révolution et trois ans plus tard de la Concorde, reprend ensuite son auguste nom. Elle se prolonge, sans uniformité de construction, aux dépens du Cours ou Boulevard, qui venait primitivement jusqu'à la porte Saint-Honoré, démolie en 1733.
Rue Rousselet, (i)
Rousselet, propriétaire, est devenu sous la Régence, père et parrain d'une rue, qu'on appelait auparavant chemin des Vachers. Des masures y sont plus anciennes que les maisons bourgeoises, dont quelques-unes ont été des hôtels. L'ordre numérique y commençait et y finissait rue de Sèvres, quand il n'était pas fait de différence entre les chiffres pairs et les impairs ; maintenant il part à la fois des deux angles de la rue Oudinot. Que la noblesse de robe ait pris sa retraite, comme aujourd'hui la bourgeoisie modeste, dans cette rue honnête et tranquille, il n'y a pas de quoi s'en étonner. Mais on y a aussi porté l'épée avec honneur. Les hôtels Béon, Lastic et Saisseval étaient occupés rue Rousselet, avant la grande révolution, par le marquis de Béon-Caseaux, chef de brigade des armes du roi, par le comte de Lastic, colonel d'infanterie, fils d'un lieutenant-général, et par le marquis ou le comte de Saisseval-Feuquières, ces deux frères étant en même temps capitaines de cavalerie. Enfin, le n° 29 a été restauré et habité par Valérius, l'ancien bandagiste de la rue du Coq, que ses opinions légitimistes avaient tant compromis, au commencement du règne de Louis- Philippe, et qui a cessé de vivre en 4855.
(1) Notice écrite en 1862.
Rue Joubert. (1)
Plus l'âge expose à des affronts la vieille coquette et le galantin sur le retour, plus ils se montrent jaloux des préférences qu'accorde souvent l'amour à la jeunesse. Mais les maisons d'un certain âge sont de si bonne composition qu'elles souffrent sans se plaindre de l'alignement nouveau qu'une façade prend près des leurs et qui est une menace à leur adresse. On ne fait pas grâce d'une crevasse à ces maisons, du moment qu'on convoite leur emplacement ou leurs matériaux. Aucun ménagement n'est gardé par les ennemis que leur fait la spéculation. Sont-ce des hôtels ? ou les trouve insolents. Des bicoques? elles répugnent à une grande ville. Si la vie qu'on y mène paraît irréprochable, quelle jeunesse orageuse ne dissimule pas cette bonhomie caduque ! Parfois on évoque des souvenirs dont elles rougissent sous leur badigeon, en présence d'un square ou d'un boulevard moderne, mais dont elles riraient entre vieilles connaissances. Toute maison qui a vécu est indulgente ; si elle ne dore que le premier étage, elle en console la mansarde ; les espérances qui ont séché ses plâtres ne l'abandonnent qu'au dernier coup de pioche. C'est pourquoi vous voyez errer inévitablement aux alentours, quand elle a disparu, ceux de ses anciens habitants qui lui survivent : on la cherche, on voudrait la revoir, ou la regrette comme un ami discret!
Une vingtaine de maisons, parmi celles de la
(1) Notice écrite en 1862.
RUE JOUBERT
rue Joubert, ont vu le jour avant 89 ; mais, malgré le peu de pruderie que leur donne l'expérience de la fin du xvme siècle, elles ont été des premières à se plaindre d'une des maisons neuves qui sont nées sur l'ancien jardin de la princesse de Wagram. Cette maison, qui a jeté de bonne heure son bonnet par-dessus les moulins, ne paraissait pas à sa place dans une rue de bonne compagnie. Le voisinage, à l'unanimité, d'en demander la fermeture. Les gens, s'écriait-on principalement, qui toute la nuit y viennent en voiture, pourquoi n'iraient-ils pas plus loin ? Mais la maison Farcy, c'était alors son nom, comptait sur des protections, qui font emporté, en effet, sur les scrupules du voisinage. Les établissements de ce genre devaient se contenter autrefois de locaux beaucoup moins en vue, que la spéculation ne disposait pas exprès pour la spécialité. Ayant cédé son fonds, la Farcy est devenue commanditaire d'un agent-de-change, dont les affaires ont moins bien tourné.
Un hôtel tau n° 3 est tenu par Mme Compagnon, ancienne mercière, qui a passé 50 années de sa vie, sur 73, dans la rue dont nous vous parlons. Elle y a connu des personnages marquants du Consulat et de l'Empire: Caulincourt, duc de Vicence, au n° 39; Lefebvre, duc de Dantzick, au n° 29; le général Digeon, au n° 17 ; le général Vatrin, au n° 35.
Nous ne passons jamais devant le n° 15 sans nous rappeler de charmants mercredis. Les salons de Mme Ancelot étaient ouverts, dans ce petit hôtel, à la littérature et à la diplomatie, sous le règne de Louis-Philippe. Tout ce qu'on y a eu d'esprit ne tiendrait pas en un gros livre. Ancelot, l'académicien, fut par malheur directeur du Vaudeville et y écorna sa fortune; mais les procès qu'entraînent de telles affaires l'ayant mis en rapport
RUE JOUBERT
avec Me Lachaud, cet avocat déjà connu épousa M1,e Ancelot.
Le prince d'Arenberg a fait construire le 25 et le 27 ; de la même origine paraît être le 23. Mm* Pellaprat demeurait au 35, pendant le Consulat, et le duc de Chuiseul, dans la maison suivante, vers 1830; il y avait alors au fond de ces deux hôtels, comme au fond de l'hôtel Caulincourt, de petits jardins, suspendus au-dessus des remises.
Le général Joubert, gouverneur de Paris sous le Directoire, a sans doute habité la rue. Toutefois, le Moniteur du 27 brumaire an VIII se borne à dire : « La rue Neuve-des-Capucins, où demeurent la veuve et la famille du général Joubert, a pris ce nom. » Le général était mort à Novi, dans sa 30mc année. Sa veuve, née M,le de Montholon, demeurait en haut de la rue, du côté des chiffres impairs, au dire de Mmc Compagnon.
L'ouverture de la rue Neuve-des-Capucins avait été ordonnée par le roi, le 8 juin 1780, sur des terrains à M. de Sainte-Croix et à l'Hôtel-Dieu, en face du couvent des capucins de la Chausséed'Antin, actuellement lycée Bonaparte. Les maisons à bâtir avaient été exemptées de diverses charges, telles que le logement des gardes-françaises et suisses, jusqu'à la première vente. Rouillé d'Orfeuil, intendant de Châlons, n'avait pas tardé à établir ses bureaux dans la nouvelle rue. L'architecte Bellanger y avait bâti en même temps lesnos20, 22 et 24. Cette propriété, qu'habita Bellanger, servit aussi de pied-à-terre galant au comte d'Artois et même au financier M. de Saint-James. On en fit une prison sous la Terreur, principalement pour des Anglais que Robespierre y retint. Il paraîtrait que M. de Choiseul y fut aussi incarcéré. Un peu plus tôt ou plus tard, le citoyen Fauchard résidait là.
Rue de la Grange-Batelière* (i)
Etat de la propriété en 1729 dan* eette rue, qui commençait alors au Boulevard et qui aboutissait à la rue du Faubourg-Montmartre.
Gauche. — M,,e de Villefranche, y demeurant : Ponroy, bourgeois; Deslaunay, id. ; de Crozat, y demeurant, avec une entrée par le cul-de-sac devenu ensuite la rue Pinon, puis la rue Rossini ; un maraîcher, au fond dudit cu'-de-sac ; Pinon de Quincy, conseiller au parlement, seigneur du fief de la Grange-Batelière, y demeurant; Rameau, secrétaire du roi, place à bâtir ; Chenizot, id.; Levasse r, conseiller au parlement, avec un menuisier pour locataire; l'abbé Darcy, place à bâtir; Raymond, secrétaire du roi, y demeurant; un maréchal-ferrant ; Vallée, paveur, *J maisons.
Droite. — Levasseur, déjà nommé, 6 maisons dont une à son usage; Plessy, menuisier; Duval, avec un menuisier pour locataire ; un paveur; un maçon ; Dolville, procureur, y demeurant; Vallée, déjà nommé.
Depuis 1847, la rue Grange-Batelière commence où elle finissait depuis un siècle et demi, c'està-dire à la rue du Faubourg-Montmartre : les numéros de ses maisons semblent avoir joué aux quatre coins. D'autre part, au lieu de faire crochet sur le boulevard, la rue se prolonge en droite ligne, de façon que plusieurs hôtels ont changé de rue sans changer de place. Mais au nombre de ces déserteurs involontaires ne figure pas
(1) Notice écrite en 1862.