RUE DE MONSIEUR
Du même temps et toujours du même architecte est l'hôtel conligu, inauguré par Mlle de Bourbon- Condé, abbesse de Remire mont, et occupé sous Louis-Philippe par le comte de Beaumont et la comtesse, fille de Dupuytren.
Un an plus tôt, Legrand a fait bâtir, à côté de la maison de Wie de Condé, un autre hôtel pour le comte de Jarnac. Le comté de ce nom avait passé dans la famille de Rohan-Chabot en 1715, par suite du mariage de M. de Rohan-Chabot, colonel d'infanterie, avec la veuve de M. de Larochefoucauld-Montendre, née de Jarnac. Maintenant à l'hôtel Jarnac vivent religieusement les barnabites, pères Italiens, dont la chapelle donne rue de Babylone.
Il est plus facile de reconnaître dans le n° 3 l'hôtel de Saint-Simon, puisqu'une inscription le désigne. Le général duc de Saint-Simon, sénateur, ancien pair-de-France, y a pris sa retraite.
La rue de Monsieur a porté la dénomination de Fréjus pendant le Consulat et le premier empire, en mémoire du débarquement opéré par le général en chef de l'armée d'Egypte à Fréjus le 9 octobre
Rue Royale-Saiiit-Honoré. (4)
La rue Royale entre dans la circulation en 1757, avec la place Louis XV, dont elle est le trait-d'union pour le Boulevard. Le plan qui leur est commun, ouvrage de Gabriel approuvé par le roi, a imposé aux maisons de la rue l'identité de façade. L'inauguration de la place et de la statue de Louis XV a lieu le 20 juin 1763. Néanmoins il reste, vingt ans après, des vides a remplir dans la monumentale avenue de la place. André Aubert s'y fait donc concéder par le bureau de la Ville 1,304 toises de terrain, afin de les revendre en 6 lots, et l'on peut lire sur les affiches qu'il fait placarder dans Paris :
Lesdits terrains sont exemps de droits seigneuriaux et autres. On pourra vendre à vie les faces bâties. S'adresser à Auhert fils, architecte, rue de la Magdelcine.
Pour se lancer dans cette opération, Aubert a été cautionné par M. Rouillé de l'Estang, qui est déjà propriétaire, sur la place Louis XV, d'un hôtel dont héritera Mn,e de Pastoret, sa nièce, et que grève une rente foncière de 2,462 livres, 10 sols, au profit du prieuré de Sainte-Catherine-du-Valdes-Ëcoliers. En qualité de trésorier de la Police, Rouillé de l'Estang a sous ses ordres des commis ; il transfère bientôt ses bureaux rue Royale, au n° 13.
Cette maison, qui a été élevée comme les n° 5, 7, 9, 11 et 15, sur le terrain adjugé à
(l) Notice écrite en 1862,
272 RUE ROYÀLE-SAINT-HOtfORÉ.
Aubert, est habitée postérieurement par Suard, lequel y meurt à 86 ans, le 20 juillet 1817. Avant la Révolution, cet homme de lettres a rédigé la Gazette de France, avec l'abbé Arnaud ; il s'est fait de bonne heure une réputation qui attirait chez lui les étrangers de marque, et il a été élu membre de l'Académie-Française dès 1772. Gomme censeur royal, il a refusé son approbation au Mariage de Figaro, et pourtant la famille royale assistait à la première représentation de cet ouvrage de Beaumarchais. Poursuivi et proscrit pendant la République, Suard a vu supprimer, en 1810, le Publiciste, feuille qui lui appartenait.
Le n°3, tout d'abord, voit M. de Montaut locataire de l'architecte Boullée, et ensuite c'est l'hôtel Fronsac. Petit-fils du maréchal de Richelieu, Frousac y réside cinq ou six ans avant d'émigrer, et ce même duc, en servant la Russie, sera nommé gouverneur d'Odessa ; il reviendra en France pour être ministre et membre de l'illustre compagnie fondée par le cardinal de Richelieu.
Le n°l, sous Louis XVI, fait partie de l'hôtel Fronsac, ou de l'hôtel Coislin, qui donne sur la place Louis XV et où la marquise de Coislin reçoit son monde en se rendant redoutable par les vivacités de son esprit.
La trésorerie de la Police fait au même temps vis-à-vis à l'hôtel de Gouvernet. Un peu plus bas que cet hôtel, M. Lebas de Courmont, payeur de rentes, a ses bureaux ; un peu plus bas encore se trouve l'hôtel de Ghastenet, contigu au Garde- Meuble, en d'autres termes à la maison du roi. M. Randon de la Tour est à cette époque trésoriergénéral de la maison du roi et il a pour voisin M. Thierry de la Ville-d'Avray, commissaire sous ses ordres, dont la porte ouvre sur la place. Il y a enfin, dès ce temps-là, près de M. Thierry de la Ville-d'Avray, sur la place et sur la rue Saint-