RUES MICHEL-LE-COMTE, ETC
ensuite par un hôtel Ferlet, par un hôtel Lemaître, enfin par un hôtel Mérat, qui s'appela aussi Crillon, et auquel faisait vis-à-vis l'hôtel Bouligneux, plus tard d'Halvil. Que de pratiques excellentes à la portée du vitrier Rousseau, dont la boutique était dans ladite rue ! L'honnête homme dont nous parlons est celui qui avait recueilli un enfant naturel de Mme de Tencin, abandonné sur les marches d'une église, mais à l'éducation duquel pourvoyait son père, le chevalier Destouches-Canon, et cet enfant devint l'illustre d'Alembert.
Remontons-nous encore de quelque trente années ? On parle alors de M. Le Vasseur comme réunissant des curiosités en sa demeure, rue Grenier- Saint-Lazare. Dans l'autre rue, on vient de démolir un théâtre érigé en 1632 par Jacques Avenet, à la place d'un jeu de paume, et que des comédiens de l'hôtel de Bourgogne exploitaient depuis 1660. Mais cette salle de spectacle avait été fermée longtemps, sur une plainte adressée au parlement par les habitants des deux rues, qui ne s'accommodaient ni des carrosses bruyants, ni de l'insolence des pages et des laquais, ni des vols qui se commettaient plus fréquemment aux abords d'un théâtre qu'en un quartier sans foule.
La rue d'en bas s'appelait G arnier de- Saint-Ladre, en 1315, et comptait au nombre des gens qui l'habitaient : Nicolas le dorelotier ; Jeacques de la Salle, gâcheur; Jehan, savetier. On dit qu'une famille était déjà connue au siècle précédent sous le même nom que cette rue, laquelle touchait presque à la porte Saint-Martin élevée sous Philippe- Auguste. Le comte Michel, parrain de la rue d'en-haut, vicus Micaelis comitis, passe pour contemporain de ladite famille.
Rue Montmorency. (4)
De 1215 à 1854.
L'avant-dernière maison à gauche est surtout amusante à voir de l'une des croisées qui font face : elle paraît l'agglomération désordonnée de plusieurs corps-de-bâtiment, dont le plus élevé s'appuie sur ceux de devant. Mais aux regards des passants elle dérobe le toit figurant un V renversé qui, si longtemps, la fit appeler maison du grand pignon! Aussi bien Germain Brice, qui ne la prenait pas pour une seule maison, écrivaitil : « A l'entrée de cette rue sont des inscriptions difficiles a lire et à entendre sur de vieilles maisons ; c'était autrefois un hôpital pour les passants, fondé par Nicolas Flamel. » Déjà vieilles sous Louis XIV, ces inscriptions elles-mêmes n'en feraient qu'une. Seulement deux petites boutiques, peintes de deux couleurs différentes et crottées comme l'escalier de Saint-Nicolas-des-Champs, se sont assimilé et partagé les pierres sur lesquelles restent gravées ces lettres:
Nous homes et fèmes laboureurs demourans ou porche de eeste maison qui fu fée en l'an de grâce mil quatre cens et sept : sommes tenus chacù en droit sou dire tous les jours une pastenostre et 1 ave maria en priant dieu q de sa grâce face pardô aux poures pescheurs trespassez, amen.
Tout près de là gisait le cimetière Saint-Nicolas,
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qui comprenait une chapelle et que les religieux de Saint-Martin-des-Champs avaient donné à l'église Saint-Nicolas-des-Champs avant que l'Hôtel-Dieu en disposât et que les carmélites du quartier en agrandissent leur territoire: raison déplus pour que Nicolas Flamel et sa femme Pernelle se souvinssent des morts! Mais on peut douter qu'ils aient eu le temps de donner suite au projet d'établir un hospice dans leur maison de la rue Montmorency. Celle-ci fut laissée, avec leurs autres biens, à l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, mais à charge d'acquitter tant de legs particuliers qu'il ne fallut pas moins de sept années aux marguilliers pour les remplir. On avait soupçonné Flamel de sorcellerie, parce qu'il se livrait à l'alchimie, et il passait, à cause de sa richesse, pour avoir découvert la pierre philosophale ; mais cet écrivain et librairejuré de l'université de Paris, qui, de plus, tenait une école, n'avait fait son honnête fortune qu'au moyen de spéculations heureuses sur les terrains, et tous les Parisiens de la croire sans bornes, comme sa générosité!
Le parrain de la rue n'était autre que le grandconnétable Matthieu de Montmorency. L'hôtel qu'y avait fait construire en la 1215me année ce proche parent de deux empereurs et de six rois, allié aux autres souverains de l'Europe, resta aux connétables suivants de son illustre race. Le maréchal Charles de Montmorency, comme otage volontaire à la place du roi Jean, se trouvait retenu en Angleterre quand le prêtre Velvet, muni de la procuration du captif, et pour subvenir à ses besoins, vendit l'hôtel à Rogues, sire de Hangest. Seulement il ne faut pas croire, avec Sauvai, que les Montmorency n'en reprirent plus possession. Messire Hangest fut nommé panetier de France le 11 février 1345, sur la démission de Charles de Montmorency, puis créé maréchal-de-
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France par Jean-le-Bon, et les gages de la paueterie furent augmentés en sa faveur ; mais Charles V ou Charles VI en retrancha, après, 5 sols prélevés sur chaque boulanger. La même résidence passat-elle à Guillaume de Hangest, prévôt de Paris, Philippe-le-Bel régnant ? Cela se pouvait faire. Toujours est-il qu'au xvimc siècle le connétable Anne de Montmorency n'avait pas moins de quatre hôtels à Paris: l'hôtel de Montmorency, rue Sainte- Avoye, l'hôtel Rochepot, rue Saint-Antoine, l'hôtel Damville, à la Couture-Sainte-Catherine, et celui qui n'avait sans doute été l'objet que d'une vente à réméré 200 années auparavant. Cet aîné de tous les hôtels Montmorency était donné par Anne à Charles, son troisième fils, capitaine de 50 hommes d'armes.
L'hospitalité y fut reçue par le poëte Théophile, que Boileau a daubé d'importance et dont le frère, Paul de Viau, était maître-d'hôtel du duc Henri de Montmorency, le petit-fils du connétable et le tilleul de Henri IV. Encore plus athée que calviniste, Théophile ne manquait ni d'imagination ni d'esprit ; mais des vers le firent accuser de lèse-majesté divine et humaine ; caché d'abord, mais condamné par coutumace a être brûlé vif, il se vit charger de fers et il n'obtint qu'avec difficulté la commutation de sa peine en bannissement de la capitale, avant qu'il lui fût fait grâce entière ; il avait pourtant conservé la fidèle protection du maréchal Henri de Montmorency et touché, sans interruption, jusqu'à la pension que lui servait le roi. L'acharnement des poursuites s'expliquait par le crédit de ses ennemis auprès du cardinal de la Rochefoucauld. Mais la conduite de Théophile laissait encore plus à désirer, sous le rapport des mœurs et de la religion, que ses écrits, qui, à la vérité, ne méritaient guère l'honneur de la persécution. La renommée du poëte n'était qu'à
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peine, de son vivant, obscurcie par celle de Malherbe, et chez le duc, à Chantilly comme à Paris, il avait le pas sur Mairet.
« C'était, dit Voltaire, un jeune homme de bonne compagnie, faisant très facilement des vers médiocres, mais qui eurent de la réputation ; très-instruit dans les belles-lettres, écrivant purement en la*tin ; homme de table autant que de cabinet, bienvenu chez les jeunes seigneurs qui se piquaient d'esprit et surtout chez cet illustre et malheureux duc de Montmorency, qui, après avoir gagné des batailles, mourut ' ur un échafaud. »
Le protégé avait rendu le dernier soupir, à 36 ans, dans l'hôtel de son protecteur, qui n'en avait lui-même que 38 quand le cardinal de Richelieu se vengeait impitoyablement de sa rébellion. La branche directe des Montmorency tombait avec la tête du rebelle et la confiscation frappait ses biens. Nicolas Fouquet, fils d'un riche armateur, était procureur-général ; la protection d'Anne d'Autriche ne l'avait pas encore préposé à l'administration des finances lorsqu'il occupait le grand * hôtel Montmorency, présentement n° 5. Le petit hôtel du même nom, que la rue séparait du grand, porte le chiffre 8. Il touchait tout-à-fait ou presque, Louis XIV étant déjà vieux, à l'hôtel de M. le lieutenant-criminel, qui pouvait sortir de chez lui par cette rue et rentrer par la rue Chapon.
Du côté de ce magistrat, mais plus loin de la rue du Temple, les évêques de Châlons avaient vendu leur propre hôtel aux carmélites en 1620; ces dames en avaient fait le noyau de leur couvent de la rue Chapon, qui englobait une dizaine de nos de la rue Montmorency actuelle, entre les rues du Temple et Beaubourg. Il y survit non-seulement d'anciens bâtiments du monastère, mais encore des murs de son église, où fut inhumée la duchesse
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de Longueville et qui se transforma dans la suite en salle de danse, puis en théâtre Doyen.
Le beau 28 de la rue Michel-le-Cornte, 17 de la rue Montmorency, débuta au service du lieutenantgénéral Louis de la Palu, comte de Bouligneux, longtemps colonel du régiment de Limousin, qui périt au siège de Vérue le 14 décembre 1704. D'autres membres de la même famille gardèrent cet hôtel Bouligneux, dont l'écurie avait des stalles pour 18 chevaux. Puis les d'Halvil, sur le plan de Ledoux, en modifièrent toutes les dispositions du côté du jardin, où une entrée de gala, avec sa barre seigneuriale, se trouva remplacée par une colonnade, qui ne se voit plus de la rue, mais qui n'en sert pas moins de portique démesuré à une maison de commerce. Il régnait en face un grand mur ; les carmélites permirent d'y peindre un paysage pour ajouter la fiction d'une perspective aux charmes de la galerie couverte. Un d'Halvil était maréchal d'Autriche et un autre était colonel d'un régiment suisse en France, vers le milieu du xvinc siècle. Après cette famille arriva, dans le même hôtel, celle du prince Esterhazy, qui représentait la Hongrie au couronnement de l'empereur François II, en 1792, et qui était ensuite ambassadeur d'Autriche a Naples, près du roi Murât.
N'est-ce pas déjà beaucoup de nobles pour une rue dont la moitié ne dédaigna pas le pseudonyme de Courtauvilain ? Tous les historiens de rapporter que ses habitants signèrent et présentèrent, en 1768, une supplique pour divorcer avec ce vilain nom, dont un meilleur parti, dit-on, avait été tiré au moyen-àge par ses habitantes. La corruption des mœurs en cet endroit avait été autorisée par des ordonnances, qui en purgeaient d'autres quartiers ; la corruption du mot Cour-aux-Yiiains avait dû être la conséquence de l'autre. Les vilains n'affluaient-ils pas dans notre rue, quand maîtres
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et garçons boulangers s'y présentaient à la barre du panetier, ou venaient y payer des droits, dont la noblesse était exempte? C'est entre la rue Beaubourg et la rue Saint-Martin qu'elle n'a jamais changé de dénomination ; mais ses plus belles maisons toujours ont surgi dans l'autre moitié, qui avait déjà recommencé à se nommer Montmorency bien avant l'époque indiquée dans les ouvrages sur Paris. Trois curieux étaient cités dans le Livre commode, en 1691 et 92, avec indication de leur résidence dans la rue Montmorency, et pas un rue Courtauvilain : le comte de Vaux et M. de Crosy, en qualité d'amateurs de médailles, et M. de Creil, comme amateur de curiosités en général. Antérieurement encore, M. Vilain demeurait à l'hôtel Vilain, dans la rue Courtauvilain. M. de Mandat avait un autre hôtel, dont le jardin ouvrait sur la même rue et la cour sur la rue Chapon. Ce dernier reçut une lettre dont voici la suscription : à M. de Mandat, Chapon par-devant, Courtauvilain par-derrière. La concision de l'adresse flattait si peu le destinaire qu'il en demanda surle-champ pour la rue un changement de nom, qui lui fut accordé, malgré l'opposition du voisin qui espérait passer pour le seigneur du lieu.
Brice, moins de vingt ans après, vantait le cabinet d'antiquités de l'abbé Fauvel, chapelain du roi, en donnant son adresse à l'entrée de la rue Montmorency, et tout porte à croire qu'il sousentendait : ancien hôtel Montmorency. Gresset enfin, étant déjà l'auteur de ses chefs-d'œuvre, Vert-Vert et le Méchant, logea pour quelque temps en la même rue, et nous pensons que c'était n° 11, chez MmeThirouxde Lailly ou d'Arconville. Mme d'Arconville, femme d'un président, avait pour beau-frère M. Angran d'Alleray, lieutenant-civil : elle publiait des livres qu'il y avait modestie de son fait à ne pas signer. Gresset, lorsqu'il était
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son hôte, pouvait prendre le titre de poète de Paris, qui se trouvait dans les attributions du prévôt-des- marchands et dont le traitement s'élevait à 5,000 livres.
Le 19 novembre 1853, un incendie dévora plusieurs des maisons érigées sur l'ancien cimetière Saint-Nicolas, et les corps de plusieurs victimes mêlèrent soudain leurs cendres chaudes à des cendres longtemps refroidies. Une population ouvrière était jetée sur le pavé par ce lamentable sinistre ; la charité avait beaucoup à faire pour réparer le mal, en ce qui n'était pas irréparable. Mais des spectacles se donnèrent au bénéfice des incendiés et des souscriptions s'ouvrirent, notamment chez M. Detouche, le grand horloger de la rue Saint-Martin, qui fit tant et si bien que M. Arnaud- Jeanti, maire de l'arrondissement, versa au bureau de bienfaisance l'excédant du budget du feu. Le n° 34 en était quitte pour des réparations urgentes ; mais les décombres fumaient à la place du 32, et l'on en pouvait autant dire de plusieurs maisons de la rue Beaubourg.
Rue Richer. (1)
A l'hôtel des Menus-Plaisirs, rue du Faubourg - Poissonnière, le Conservatoire de la danse avait sa place, ainsi que le garde-meuble de la Couronne. Des garçons y battaient à tour de bras les fauteuils et les tapis de rechange, pour empêcher que les vers ne s'y missent ; mais ils ne braquaient pas, contre un autre genre d'ennemis, assez de souricières. Les élèves danseuses, quand elles quittaient la classe, marchaient encore sur la pointe du pied, afin de laisser moins de prise, en cas de rencontre, à quelque autre rat. Ce calembour doit être de Cicéri, qui demeura longtemps aux Menus-Plaisirs, comme peintre-décorateur de l'Opéra, et qui sans doute y surprit les rapports primitifs de rais de la danse avec les véritables rats, auxquels ils doivent leur surnom. Aujourd'hui ceux-ci et ceux-là se font la chasse au magasin de décors de l'Opéra, 6, rue Richer.
La seconde porte qui vient après était franchie, en 1841, par les amis de Berton, lorsqu'ils rendaient visite à cet auteur de la musique d'Aline, reine de Golconde. L'acteur Berton, notre contemporain, est fils, petit-fils et arrière-petit-fils de compositeurs.
Le 18 était érigé, en 1793, par et pour l'architecte Daniesme, qui dessina aussi l'ancien théâtre de la rue de la Victoire et le grand théâtre de Bruxelles. M. Ollivier succéda à Damesme.
En 1809, M. Duval acquérait du sieur Saint-
(1) Notice écrite en 1864.