‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 77 sur 114 · TABLEAU PRESQUE COMPLET DES PROPRIÉTAIRES VERS · texte numérisé non relu

TABLEAU PRESQUE COMPLET DES PROPRIÉTAIRES VERS

à partir de la place des Victoires.

Crozat, à l'angle de Ja place.

Darboulin, marchand de vins suivant la cour, bme maison venant alors après la rue Coquillière.

Legrain, hôtel du Dauphin.

De Voisenon, gentilhomme de la chambre, hôtel de Provence, porte cochère.

Legras, banquier, à l'angle

de la place.

Leduc, architecte, deux

maisons, la seconde au

coin de la rue de la

Vrillière.

Rouillé, fermier des Postes.

Boissière, à l'enseigne des

Trois-Bouteilles, second

RUE CROIX-DES PETITS-CHAMPS. 403

Thuillier, médecin, deux

portes cochères.

De Voisenon, coin de la rue

du Bouloi.

Paul Poisson de Bourvallais,

autre coin de la rue du

Bouloi.

Le même, hôtel de Bourbon,

coin de la rue du Pélican.

Les Quinze-Vmgis, autre

coin de la rue du Pélican.

Lescot, à l'image du Chef-

de-Cerf.

Pallu.

Moulle, au SoleiJ-d'Or, porte

cochère.

Lebel, à la Couronne-de-

Diamans.

Nolain.

coin de la rue Baillif.

De Maupeou, immédiatement

après le susnommé.

Bouquant.

Dauinesnil.

Veuve Leroux-Sellier.

Véron.

De la Guillaumie, deux

maisons.

Ranchin, deux maisoDS.

M'se de Gourneray, avec

sortie rue Neuve-des-Bons-

Enfants(l).

Colbert de Maulevrier.

Le chapitre de l'église Saint-

Honoré, propriétaire de

tout ce qui séparait de

la rue Saint-Honoré la

maison précitée.

En cette nomenclature ne peut figurer que sous un autre nom l'ancien hôtel de Bazin de la Bazinière, trésorier de l'Epargne, près la rue du Bouloi. Item l'ancien hôtel d'Aubray, imputé en 1664 à une rue des Petits-Champs qui pouvait être celle à la Croix : d'Aubray, lieutenant-civil, avait le malheur d'être le père de la marquise de Brinvilliers. L'hôtel du Hallier-L'hospital avait certainement appartenu à la rue Croix-des-Petits-Champs ; mais il r'était plus porté qu'au compte de la phice des Victoires. Malherbe était descendu en l'année 1606 à l'auberge de l'Image-Notre-Dame, près l'hôtel de la Bazinière : Henri IV, bien que ce poète eût servi dans la Ligue, le pensionnait.

Un siècle et demi plus tard, la rue donnait aux voyageurs le choix entre quatre hôtelleries, desquelles deux étaient tenues par des loueurs de carrosses, Gabaret et Francieu, hôtel d'Anjou et hôtel de Bourbon ; l'un de ces établissements exploitait les anciens bureaux de la compagnie du

(1) Présentement rue RadziviJl.

RUE CROIX-DES-PETITS-CHAMPS

Sénégal, maintenant hôtel de la Marine, où une rampe en fer tordu aide à monter de plus ancienne date encore. Dans la même rue était le café Allemand.

Le fermier-général des Postes n'entrait dans son hôtel de la Vrillière, actuellement occupé par la Banque-de-France, que par la rue de Vrillière et par celle des Bons-Eufants.

La famille de Lussan avait son grand hôtel au n° 38, trop bien remis à neuf depuis onze ans pour qu'on y revoie une tache d'huile qu'avait faite, disait-on, dans un accès de mauvaise humeur le grand Golbert, en renversant sur le plancher la lampe du comte de Lussan, attaché au prince de Gondé. La même maison fut dite du Lombard, à cause d'un mont de Milan, bureau de prêt sur gages qui s'y tenait. Tripier, avocat estimé, l'habita ultérieurement et la laissa à ses héritiers.

L'ancienne porte de derrière du couvent des carmélites de la rue du Bouloi est près et facile à reconnaître. Sandrier des Fossés avait en 1780 l'une des deux maisons y attenantes.

Le 35, où s'expose la montre d'un chemisier, paraît avoir passé lui-même une gigantesque chemise le gala dans sa cour brodée de sculptures. Elle faisait partie du trousseau de luxe 'qu'apporta en sa résidence le duc de Gesvres, gouverneur de Paris, qui ne ferma pas la corbeille sans y mettre les armes du roi, à titre de premier gentilhomme de sa chambre. L'écu est visible encore, mais privé de signes sur la porte, et une ancre de vaisseau, dont l'avait surchargé en 1750 une compagnie d'assurances, a été radiée également. On eût pu rehausser ces armoiries d'un cornet à dés et d'un jeu de cartes, les ducs de Gesvres n'étant que trop brelandiers. L'un deux donna au comédien Poisson en location son hôtel de la rue Neuve-

RUE CROIX-DES-PETITS-CHAMPS

Saint-Augustin, avec une permission de jeu. Un autre se trouvait-il beaucoup plus étranger à l'exploitation d'un tripot, que la police dépista dans cet hôtel de la rue Croix-des-Petits-Champs, où il pouvait être né, mais qu'il n'habitait plus étant lui-même gouverneur de Paris. Celui-là aimait fort à rire ; son dos était chargé d'une bosse, qui lui fit dire au peuple, un jour d'émeute : — Mes amis, personne plus que moi n'a à se plaindre des abus féodaux.

Du vieux balcon fleurdelisé qui régnait sur la cour, n° 31, il ne reste déjà plus qu'une moitié, qui va être sacrifiée à l'établissement de magasins. Un escalier à jolie rampe y survivra, dans le bâtiment du fond, ressortissant à la rue Neuve-des- Bons-Enfants, et aidera encore à reconnaître une maison bâtie, disent les actes, pour une des plaisantes d'Henri IV, qui en fit don aux religieuses de Grécy. Elle entrait il y a 120 ans dans la famille qui en jouit maintenant.

Le hasard seul n'a pas groupé plusieurs compagnies maritimes et une auberge de la Marine en notre rue si, comme une tradition l'affirme, ce département ministériel a siégé au n° 27. Aujourd'hui c'est l'hôtel du Levant, qui ouvre encore par une belle porte à clous et dont les chambres ont conservé des dessus-de-portes peints et sculptés, auxquelles conduisent des degrés protégés par une belle ferrure du même âge.

L'exhaussement du sol nous explique les vestiges de peintures adhérentes aux caves du 25. Pour que son joli balcon n'ait pas l'air d'être descendu d'un étage, faut-il que l'auteur des raccords ait eu du talent I Cet immeuble adjugé au citoyen Marck, le 18 prairial an ni, et pourvu alors d'un jardin, avait été l'hôtel du lieutenant-général Scepeaux, marquis de Beaupréau, mari deMllc Duché, père de la comtesse de la Tour-d'Auvergne. Néanmoins il s'y ajoutait, vers la fin du règne de

RUE CROIX-DES-PETITS-CHAMPS

Louis XVI, aux grandes maisons de banque et de commerce déjà créées dans le quartier, celle de M. Rougemont.

La propriété adjacente fut vendue par M Mallat, gendre de Tripier, au baron de Nivière, avant de passer au père Brion, loueur de voitures. Au commencement de l'Empire on y dînait chez le traiteur Barbet.

On avait dîné de même au 21, durant tout le demi-siècle qui venait d'échoir : il s'y tenait une table-d'hôte à 32 sols, le prix moyen de ce tempslà, mais avec des appartements qui ne coûtaient pas toujours moins de 400 livres par mois. C'était le premier local de l'hôtel de Bretagne, qui n'a eu, vers 1805, qu'à traverser la rue pour passer au second. Un roman avait fait descendre Faublas à cet hôtel, qui n'avait rien d'imaginaire, puisque nous en donnons aussi l'adresse. Deux des fils du marquis de Juigné, colonel du régiment d'Orléans, tué à la bataille de Guastaîla, et qui furent députés aux États-Généraux, comme leur frère, l'archevêque de Paris, donnaient à bail cette propriété avant que la Nation se l'appliquât. Un écusson ovale, en marbre noir, portant en lettres d'or l'enseigne de l'ancienne hôtellerie, y a été exhumé de notre temps, puis une borne fleurdelisée, d'une époque plus reculée. Aussi bien un passage usuel semble creusé sous le bâtiment du milieu pour relier le premier au troisième ; ce tunnel entr'ouvre le cercueil, pour ainsi dire, d'un rez-de-chaussée, qu'on a enterré vif en élevant ses abords jusqu'à la place des Victoires, et qui s'est transformé en un premier berceau de caves, tout en gardant le niveau du jardin du Palais-Royal. Un escalier de palais, tout en pierre et carré, bien conservé, et des mansardes sur la rue, qui semblent avoir servi de modèle à celles du château de Chantilly, font remonter à la fin du xvie siècle cette ancienne résidence de

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l'abbé de Saint-Honoré. L'hôtel, il est vrai, devint laïque au point de servir de berceau à de royales amours. Les premiers rendez-vous de Louis XV et de la future marquise de Pompadour avaient lieu rue Croix-des-Petits-Champs ; une publicité ménagée par des indiscrétions graduelles préparait pour M™ d'Étiolés la succession de Mme de Châteauroux : le roi entrait à l'hôtel de Bretagne par une porte de la rue Neuve-des-Bons-Enfants, et comme deux de ses courtisans le suivaient, il n'en fallait pas davantage pour qu'on attendît à Versailles la nouvelle favorite qui faisait antichambre.

Un ordre moins relevé de galanteries avait sa chancellerie chez la Gourdan, qui ne demandait qu'a en multiplier les chevaliers, avec des récidives et des variantes d'accolade. Il faut croire que cette entremetteuse, qui habita la rue, avait l'air d'une femme honnête ; on l'appelait ordinairement la petite comtesse. Elle roulait une fois dans un fiacre, que bouscula le carrosse de l'évêque de de Tarbes, et le prélat n'hésita pas a offrir une place auprès de lui à la dame qu'il avait versée et qui, n'en souffrant déjà plus, demandait à reprendre la course qu'un accident venait d'interrompre. M*1' la conduisit donc chez Beudet, secrétaire de la Marine, à l'hôtel Praslin, où il l'aida, de sa propre main, à mettre pied à terre ; mais cette courtoisie fit tellement rire des gens qui étaient dans la cour que l'évêque s'en tint là. D'autres prélats, à ce qu'on osait dire, auraient plutôt laissé la petite comtesse sur le pavé que de lui parler en ville, tant ils la connaissaient chez elle ! Certaine Mmc d'Oppy, que son mari, ancien grandbailli d'épée de Douai, avait fait mettre à Sainte- Pélagie, prétendait elle-même n'avoir été chez la Gourdan qu'en la prenant pour une femme de son rang. Plus prudente que sa cliente, la matrone avait disparu ; on la condamna par défaut à être

RUE CROIX-DES-PETITS-CHAMPS

promenée sur un âue monté à rebours; mais elle finit par purger sa contumace et, comme ses livres étaient en règle, un acquittement s'ensuivit. La même affaire avait maintenu pour quelque temps deux entremetteuses moins heureuses dans ledit lieu de correction. Notre vieille drôlesse fit enfin banqueroute au mois de mai 1778, et c'est le moment où deux personnages différemment connus sautaient le même pas : le principal du collège du Plessis et le bourreau. La Delaunay, qui eut aussi de la notoriété dans la partie, prenait la suite des affaires de la Gourdan, qui avait eu, dans la rue même, la Vaudry pour rivale. Nous croyons que le gynécée de celle-ci a efféminé le n° 26, dont la porte bâtarde annonçait la discrétion d'un escalier peu clair et dont le balcon se prêtait aux œillades. L'autre avait plus l'air d'un hôtel et se disait maison du Grand-Balcon: n'était-ce pas le 16 ?

Néanmoins cette voie publique avait une spécialité musicale et presque éolienne, comme quartiergénéral des luthiers, lorsque la harpe faisait fureur. Les facteurs d'instruments ne l'ont pas entièrement quittée ; mais on chercherait en vain dans une des maisons de rapport édifiées par le chapitre de Saint-Honoré, maintenant le n° 11, une boutique de luthier que, du temps de Grétry, tout Paris connaissait : un mécanisme à musique y faisait danser des violons en montre. On remarque, par exemple, au 32 un magasin de layetier-emballeur, portant le millésime 1740. Est-ce par modestie qu'aucune date ne s'affiche chez le successeur de Guerbois, pâtissier, dont le renom pour les pâtés se constatait déjà par une note dans une édition de Regnard, contemporaine de cet auteur du Distrait ?

Une ancienne galerie, dont la balustrade surmonte encore une porte et deux boutiques, fait soupçonner le 16 de mauvaises mœurs dont, après tout, il a

RUE CROIX-DES-PETITS-CHAMPS

pu rester pur : pas d'autre preuve ne sé relève à sa charge. Il s'y tenait plus sûrement, au commencement de la Révolution, le bureau des Petites- Affiches de Ducray-Duminil. L'arrestation de ce publiciste, qui succédait à l'abbé Aubert depuis le 15 septembre 4790, fut provisoirement décrétée le 14 nivôse an u, parce qu'il avait inséré l'annonce d'une vente à faire en assignats démonétisés ; par bonheur, il sut exciper de sa bonne foi et revint en liberté rue Croix-des-Petits- Ghamps. Dans cette feuille, fondée en 1612, l'abbé Aubert donnait encore des fables et Demoustiers des épîtres ; Ducray-Duminil avait l'un et l'autre au nombre de ses collaborateurs pour une partie littéraire, que les annonces depuis ont envahie.

Rappelons encore que le marquis de Vérac était propriétaire de l'ancien hôtel de Bourbon avant la Révolution. La rue du Pélican, qui touchait à cette maison, n'avait été qualifiée que trop gauloisement Poilecon au xme siècle.

Que si les lecteurs nous permettent de les renvoyer pour le cloître Saint-Honoré rue des Bons-Enfants et rue Saint-Honoré, nous allons être au bout de notre rouleau pour la rue qui devait son nom à une croix placée à l'angle de la rue du Bouloi et à des champs, extra-muros pour l'enceinte de Philippe-Auguste. Un corps-degarde, qui marquait encore, rue Croix-des-Petits- Champs et rue Saint-Honoré, la place d'une ancienne barrière des Sergents, n'a été démoli qu'en 1805.

Rue de Lille et Quai d'Orsay, (i)

Satisfaction donnée, en ce qui regarde deux voies publiques, à un besoin prévu dés 1787.

Dans le Provincial à Paris paraissait en 4787 cet avis de l'éditeur :

« Nous supplions les acquéreurs de vouloir bien faire écrire leurs noms sur le tympan des principales portes d'entrée, et de ne pas souffrir qu'on en efface les marques indicatives, telles que les armes, les numéros, etc. Ils ne sauraient imaginer avec quel plaisir un étranger, un Parisien, un homme de lettres, se promenant dans Paris, s'arrête pour les lire. Comme ces noms sont plus ou moins connus par des faits historiques ou des anecdotes intéressantes, sur-le-champ on se les rappelle ; et cette galerie d'hôtels superbes, décorés chacun d'un nom illustre ou îemarquable, inspire ' du respect pour leur maître et une sorte de vénération pour leur demeure. »

A cet appel, qui fut mal entendu, la rue dans laquelle nous entrons eût pu répondre par des noms historiques, dont la liste n'a fait depuis que croître et embellir. Mais il est probable qu'une inscription révélait les écuries de S. A. R. la comtesse d'Artois, Marie-Théi èse de Savoie, dans la mai.son venant la première à gauche. Édifiée pour M. Pidoux dès les commencements du règne de Louis XIV,

(1) Notice écrite en 1861. Le quai d'Orsay n'avait encore pour affluent ni l'une des extrémités du boulevard Saint-Germain ni la rue Solférino, deux voies qui traversent la rue de Lille.

elle devint, sous le premier empire, l'hôtel de M. Real, préfet de police, qui avait été procureur au Châtelet, accusateur public et procureur de la Commune ; puis cela fut le chef-lieu de la lre Division militaire. Le général de Muy, voisin de Réal, avait eu pour prédécesseurs un Créqui et un Montmorency ; sa famille avait résidé à l'autre extrémité de la rue, laquelle recevait autre part des voyageurs à l'enseigne des Armes-de-Montmorency dès 1768.

Une église, qualifiée sur le plan de Gomboust aide de Saint-Sulpice, a été remplacée par une belle gentilhomnière de ville, où le comte de Lauragais, duc deBrancas, cultivait alternativement les lettres et les sciences. Ce grand seigneur ne se partageait pas moins sous un autre rapport : impossible à Mme de Lauragais-Brancas d'en garder le plus petit doute le jour où un carrosse lui apporta des bijoux et deux enfants, contenant et contenu que Sophie Arnould renvoyait à la femme pour mieux rompre avec le mari, de qui elle tenait tout cela. Le coupable, à son retour de ^ Genève, constitua 2,000 écus de rente, dont le contrat ne fut accepté par sa complice que sur les instances de la femme légitime, qui n'en fut pas quitte pour si peu ; elle se jeta, de guerre lasse, dans un couvent quand il y eut réconciliation entre la maîtresse et l'amant. Au ci-devant hôtel Lauragais, n° 19, s'est casée la librairie Treuttel et Wurtz sous la Conveniion. Dès-lors le 21 avait été gagné à la loterie. Trois ci -devant hôtels de Crillon, du Chayla et de Béthune étaient et sont encore un peu plus loin. On avait confisqué sur les chanoines de Saint-Honoré les premières maisons que vous voyez sur la même ligne après la rue du Bac. L'une de celles-ci n'est donc pas la maison Weber, dont s'enrichissait la rue de Lille en 1801 et dont nous tenons le plan, i

dû à Jacob, avec 4 croisées au rez-de-chausée, plus la porte-cochère, et 8 croisées à chacun des 3 autres étages.

M. Mandat, colonel de la garde nationale, qui fut assassiné le 10 août 1792, et dont on condamna la nièce à mort rien qu'en mémoire de son oncle, demeurait immédiatement après la rue de Poitiers. Un Monaco de Valentinois y avait succédé au maréchal de Maillebois, petit-fils de Golbert. La marquise Desmarets de Maillebois avait acheté en 1739 de la présidente Baudoin et de son fils, seigneur de Pommeret, ayant pour locataire le marquis de la Fare. L'emplacement avait été vendu en 1700 par la veuve de Pagès, maître-desrequêtes, à l'architecte Prédot, bailleur du président Baudoin.

La propriété contiguë fut donnée, en 1706, au président Duret par le même Prédot, auteur probable de sa galerie à double rangée de colonnes. Gourcillon, marquis de Dangeau, cet auteur du Journal de la cour à qui Boileau dédia sa satire sur la noblesse, y coulait ses derniers jours avec sa seconde femme, Sophie de Loewenstein, nièce du cardinal de Furstenberg. Leur pelite-fille, Sophie de Gourcillon, veuve de deux ducs et pairs, un Picquigny et un Bohan, vendit, dans le cœur du xvme siècle, à Legendre, comte d'Onzembray, lieutenant-général. La société de Mrae de Montesson et de Mmc de Genlis fut représentée ensuite, à l'hôtel Dangeau de notre rue, par le comte de Nansouty.

Un hôtel subséquent a passé, sous Louis XV, du marquis de Mouchy au marquis de Garvoisin, et un autre était successivement Stonville, Bouault, Puységur : propriétés aujourd'hui divisées en amont de la rue Bellechasse. En aval, si nous côtoyons ce qui reste de la même rive en ne remontant qu'au règne de Louis XVI, nous avons à recon-

naître : — un hôtel de Périgord, occupé plus tard par le général Klein, et que nous croyons avoir été acquis, vers 1812, par la veuve du général Hoche; — un hôtel de Salm-Kirchbourg ; — un hôtel de Gramont, qui peut être l'immeuble que, de nos jours, M. le duc de Maillé tient de sa belle-mère, Mrac d'Osmont ; — un petit hôtel d'Humières, qui porte ou a porté le chiffre 73 ; — un hôtel Lafayette, plus récemment d'Harcourt et puis Grillon ; — enfin la résidence du comte de Muy, maréchal-de- France, qui accepta le portefeuilfe de la Guerre, après l'avoir refusé de Louis XV. On avait redouté a l'hôtel Forcalquier, devenu de Muy, la coterie du Salon-Vert, bureau d'esprit qui avait inspiré à Gresset l'idée de sa pièce, le Méchant, en lui fournissant des modèles à choisir. Un ou deux des hôtels que nous précitons avaient dû être le petit hôtel du Maine, puis de Dombes, sur le jardin duquel fut percée la rue de Gourty, vers 1780, par Gourty, De Romange et Gîe. Le maréchal d'Estrées n'avait été propriétaire que du terrain de celui donnant à la fois rue de l'Université, rue de Bourgogne et rue de Lille, alors Bourbon.

Non-seulement celle-ci se prolongeait jusqu'à la rue de Bourgogne depuis 1704 ; mais encore elle aboutissait au Cours, avant que le prince de Condé fît exécuter par Belisart des changements et augmentations considérables au Palais-Bourbon, dessiné par Girardini en 1721 pour la duchesse de Bourbon, mais continué par Lassurance, Gabriel père et d'autres architectes. Cet agrandissement avait reporté le palais de la rue Bourbon à celle de l'Université, en transformant son autre iaçade sur le quai d'Orsay, dit encore de la Grenouillère, et en couvertissant l'hôtel de Lassay en petit Palais- Bourbon. Lors de la prolongation de la rue, Boucher d'Orsay, prévôt-des-marchands, avait posé la première pierre du quai, dont les travaux,

bientôt interrompus, ne traînèrent pas moins que ceux du palais : un instant repris en 1769, ils ne le furent tout-à-fait qu'en 1808. La rue, dans son premier parcours, s'était ouverte sur le grand Préaux-Clercs, dès l'année 1640, sous le patronage de Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain-des- Prés. Force étant de changer son nom en 1792, on en profita pour consacrer le souvenir de la résistance des Lillois aux Autrichiens. (Mais les confiscations faisaient subir d'autres changements encore à la rue, qui presque entièrement retournait à l'État. Nous venons d'en suivre le courant ; remontons en changeant de rive.

Les propriétaires y étaient, ainsi que sur le quai, du temps de la duchesse de Bourbon et de M. de Lassay :

M. Leclerc, maison et pré en fer-à-cheval sur le Cours. — M. le O de Lassay. — S. A. S. la duchesse. — M. le maréchal d'Estrées. — M. le duc d'Humières. — Mgr le duc du Maine — M. de Torcy.

— M. Bonnet sur la rne et le sieur Tripet sur le quai.

— Mme la princesse de Conti, avec dis chantiers sur le quai. — M. de Mascany, item. — M. le M1'* de la Vrillière — M. de Bellisle. — MM. Delaunay et Cotte.

L'hôtel d'Estrées passa à M. de Salles, puis au comte de Bentheim, dont les ancêtres avaient été feudataires immédiats de l'empereur d'Allemagne, mais qui tut obligé en 1753 d'engager son domaine princier au Hanovre. Au n° 96, démembré de l'hôtel Bentheim, la maréchale Lobau avait dernièrement pour lit mortuaire son ancien lit nuptial, qu'un demisiècle n'avait pas changé de place.

Masséna, duc de Rivoli, prince d'Essling, que la campagne d'Italie avait fait surnommer à juste titre Enfant chéri de la Victoire, mourut le 4 avril 1817 au n° 94, qui est de la même origine. L'ambassade de Parme avait occupé l'autre hôtel

où M. de Vogué succède au prince de la Trémoille, et qui n'en a pas moins été Bentheim ; seulement l'envoyé de Parme avait, par exception, son entrée par le quai d'Orsay, où la plupart des autres propriétaires de la rue Bourbon, jusqu'à la rue du Bac, n'alignaient que des jardins.

Du crayon de Mollet sortit l'hôtel d'Humières, qui nous rappelle un maréchal de France, ami de Louvois, courtisan zélé de Louis XIV. Tout ou partie en devint Montmorency, refait par Desmaisons. Mlle Clairon, tragédienne qui avait quitté sa principauté de théâtre pour partager celle du margrave d'Anspach, près duquel l'avait remplacée lady Clarven, mourut octogénaire en 1803 au petit hôtel d'Humières, en regard du grand. Etienne écrivit même des mémoires sur M11# Clairon dans cette maison, où il avait pris un logement. Le conventionnel Germain, qui perdit la raison avant la vie, précéda le maréchal Mortier, duc de Trévise, au grand hôtel d'Humières. On sait comment fut célébré en 1835 l'anniversaire des journées de Juillet par la machine infernale de Fieschi : elle n'épargna les jours du roi qu'en enlevant le maréchal Mortier, alors ministre de la Guerre.

Le prince de Dombes eut de son père, le duc du Maine, entre M. de Montmorency et MM. de Béthune-Charost , un grand hôtel, aujourd'hui disparu, que de Cotte avait dessiné et que le ministre au département de la Guerre a occupé sous Napoléon Ier.

Deux autres contigus furent l'œuvre de Bolfrand et au service de plusieurs héritiers de Colbert, dont la bibliothèque s'y conserva assez longtemps. L'un s'appela Seignelay, comme le fils aîné dudit ministre, et d'Aucezune, comme son petit-neveu par alliance ; l'autre ïorcy, comme son neveu direct. Ce marquis de Torcy avait déjà joué un grand rôle diplomatique alors qu'il acheta, en 1714,

l'hôtel que l'architecte s'était d'abord réservé pour lui-même, et c'est là qu'il laissa sa veuve : le duc d'Ancezune était leur gendre. Néanmoins M. de Lambert et la famille Béthune-Gharost furent propriétaires à la place occupée par le marquis de Seignelay ou par M. de Torcy, et la duchesse de JVÎodène locataire. Mme de Tencin y fit les honneurs du salon où le système de Law compta ses premiers adhérents, et d'autres souvenirs pèsent sur la chambre à coucher de cette femme d'esprit, auteur du Siège de Calais. Ses appartements furent plus tard occupés par le prince Eugène de Beauharnais, puis par le maréchal marquis de Lauriston, petitneveu du financier dont les premières actions' y avaient été souscrites.

M. le duc de Noailles a pour prédécesseur, aux 68 et 66, le maréchal Ney, qui y reçut des visites de l'empereur Alexandre. Des du Roure y vivaient en 1786. Ne traitait-on pas encore de Vilîeroi, à cette époque, un hôtel conligu à celui de Saisseval, qui l'était à celui de Salm ? Le marquis et le comte de Saisseval servaient comme capitaines de cavalerie : leur façade à péristyle de six colonnes regardait la rivière.

Quant au petit palais du prince de Salm, on en était aux bas-reliefs, on y mettait la dernière main : cette œuvre de Rousseau présentait sur le quai d'Orsay un avant-corps demi-circulaire, décoré d'un ordre corinthien, et sur la rue une porte en forme d'arc-de-triomphe à colonnes ioniques, presque en face d'une maison au même propriétaire. Ayant dissimulé ses sympathies pour les idées nouvelles, M. de Salm surprit la cour de France, qui le comblait de ses faveurs, en passant dans les rangs de la Révolution, d'abord en Hollande et puis à Paris, où il commandait un bataillon de garde nationale. Il lui en coûta la vie ; mais sa seigneurie immédiate de prince Allemand n'était pas encore médiatisée.

Le nommé Lieutraud, dit marquis de Boisregard, fut arrêté comme faussaire, dans l'ex-hôtel de Salm, dont il s'était rendu propriétaire, avant que Mme de Staël y présidât, pendant le Directoire, un conciliabule politique, auquel Benjamin Constant prenait déjà part. On en fit en 1802 le palais de la Légion-d'Honneur.

Le palais du conseil d'État et de la cour des Comptes, commencé sous Je premier empire pour le ministère des Affaires-Étrangères, s'est achevé sous le règne de Louis-Philippe. Il n'y avait déjà plus de gardes-du-corps à la caserne du quai d'Orsay, substituée aux anciennes remises des voitures de la cour ; mais Visconti avait déjà orné ce quai d'un nouvel hôtel du petit format, le 31.

Le maréchal de Bellisle, petit-fils du surintendant Fouquet, s'était fait dessiner par Bruant fils un autre hôtel, à escalier de palais, à façades enrichies de balcons, de balustrades et de vases jusqu'aux combles ; puis it était mort sans enfants, ou du moins après ses enfants. Les Praslin ayant pris la place du maréchal, la duchesse de ce nom laissa un testament, en 1784, par lequel, en léguant ses biens aux héritiers du prince de Soubise, elle deshéritait ses enfants, comme étant ceux d'une femme de théâtre qu'on avait substitués aux siens ; le fait est que M. de Praslin, qu'elle laissait veuf et que l'académie des Sciences avait pour membre honoraire, était lié depuis un demi-siècle avec Mllc Dangeville ; mais on cassa le testament. Le comte Démidoff résidait dans l'hôtel au moment où il fut vendu à la comtesse d'Harville, née d'Alpozzo, c'est-à-dire sous le Consulat, et bientôt ce fut la demeure d'un sénateur, le général d'Harville ; M. de Lépine prit ensuite possession, avant d'être fait pair-de-France; enfin la Caisse d'amortissement et des consignations acquit et s'installa. Un changement de dispositions ne rend encore méconnaissable

ni sur le quai ni sur la rue l'extérieur de cet édifice, à la hauteur duquel ne s'élevait plus aucun train de maison privée, et l'administration publique a jusqu'au bout donné le bon exemple, en faisant inscrire sur la porte de la rue de Lille ces deux dates: 1720-1858.

Le 54 appartient également à la Caisse. M. de Praslin en avait fait lui-même son majeur hôtel, par voie d'acquisition, et y avait formé une galerie de peinture. Mais Robert de Cotte, conseiller du roi et architecte de l'Académie royale, avait construit cette maison à ses propres dépens, ainsi que celle du coin de la rue du Bac, qui a été hôtel d'Harcourt alors que par-derrière M. de Chastelux occupait la première maison du quai. Dans celleci, le peintre Robert Lefèvre, dont le talent et la raison, sous le coup du plus vif chagrin, partageaient l'exil de ses augustes protecteurs, a fini déplorablement en octobre 1830. Dans celle-là, quittée par les d'Harcourt, le maréchal Jourdan a demeuré.

Carie Vernet, au n° 36, avait l'ancien atelier de Lebel, dans un ancien hôtel Crillon, vraisemblablement un de ceux qu'avaient édifiés les religieux théatins. L'hôtel-garni de Laon, qui s'était exploité près de là au siècle dernier, n'avait pas plus de profondeur ; mais d'autres maisons, encore plus rapprochées de la rue des Saints -Pères, allaient de la rue Bourbon au quai des Théatins (Voltaire), qui lui était parallèle entre les rues du Bac et des Saint-Pères. Tel était un hôtel d'Ancezune, près le dépôt de la Guerre ; telle une maison que M. Pierre Salle payait 218,000, livres, en l'année 1752, à la veuve de M. Thiroux d'Arconville, née Darlu, et qui tenait d'une part à l'hôtel de Ruffec, d'autre part à une maison prise en location par le comte de Jarnac.

Le monastère des Théatins, fondé par le cardinal

Mazarin, était également double en profondeur. Les fidèles y entraient à l'église Sainte-Anne, objet des libéralités d'Anne d'Autriche, par une maison de la rue Bourbon à trois étages et à deux fenêtres par étage, faite ou plutôt refaite sur le plan de Desmaisons. C'est aujourd'hui une hôtellerie, sur la porte de laquelle n'a pas cessé de trôner un ange sculpté dans une gloire, mais auquel un bras manque. Les religieux de ce couvent, seul de son ordre en France, étaient il y a cent ans au nombre de 24, frères compris. Les novices y payaient pension sur le pied de 4 ou 500 livres par an, a moins que le sujet obtînt par son mérite d'en être dispensé, et le noviciat durait 16 mois, dont 4 de postulance. La Révolution a transformé l'église des théatins, Sainte-Anne, en une salle de spectacle, où il ne s'est pourtant donné que des bals, puis en un café des Muses, démoli sous la Restauration.

Une petite niche à Notre-Dame fait encore visà-vis à une grande en ces parages, où le temps paraît se mesurer sur le cadran solaire et légendaire du n° 14, qui défie bien le passant de savoir littéralement l'heure qu'il est :

Dum petis, Ma fugit.

Rue de Verneuil* (1)

1640. — Cette année voit tailler dans le grand Pré-aux-Clercs la rue de Verneuil, en même temps que celle Bourbon (Lille). Elles se partagent en véritables sœurs le nom de Gaston-Henri de Bourbon, duc de Verneuil, abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés, et si l'une de ces rues jumelles rappelle au titulaire d'un des plus riches bénéfices de France que son père fut Henri IV, l'autre l'empêcherait au besoin d'oublier qu'il a perdu depuis sept ans sa mère, la marquise de Verneuil. Il s'en est même fallu de peu que celle-ci n'ait mêlé, dans les veines de son fils, le sang de la branche des Valois à celui du premier Bourbon, pour le rendre encore plus royal : elle est bien la fille de d'Entraigues, gouverneur d'Orléans, et de Marie Touchet ; seulement celle-ci, avant que de passer Mme d'Entraigues, a été la maîtresse de Charles IX. Avec ledit duc de Verneuil s'enterre son titre en 1682 ; mais la duchesse de Verneuil, fille du chancelier Séguier, mère de la duchesse du Lude et belle-mère de la duchesse de Sully, devient princesse du sang à titre de veuve, cinquante après la mort de la marquise qui lui vaut cet honneur tardif, et les prérogatives y attachées ne finissent pas pour elle avec la vie, dans sa 83me année : le roi prend le deuil pour 15 jours !

Hôtel de Saint-Thierri. — Un disciple de saint Rémi de Reims et un ^évêque d'Orléans ayant sanctifié le nom de Thierri, nous n'avons pas donné la préférence à ceux de Saint- Thiry et

(1) Notice écrite en 1861.

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