‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 80 sur 114 · RUE CORVISART, ETC · texte numérisé non relu

RUE CORVISART, ETC

guère; les cadres de l'effectif sont à remplir tout le long de l'ancien jardin des Cordelières, et il y a d'autrës lacunes pour témoigner de la même prévoyance.

En revanche, le 52 est une construction à plusieurs corps, qni donne aussi sur le Boulevard, flanquée d'un clos par-ci et d'un jardin anglais par-là. C'est un ancien hôtel Neubourg, déjà visible sur le plan de Turgot du côté de la rue Croulebarbe; le terrain pour le moins en avait dépendu du clos Payen. D'autres Neubourg que la famille palatine de Bavière, devenue électorale en 1685 et issue de la maison ducale de Deux- Ponts, ont pu jouir de cette villa suburbaine. La bonne femme qui en dispose depuis la première république a commencé, sous la Restauration, à y blanchir le linge des Hospices, et la même buanderie coule toujours ses lessives.

Aven no des Champs-Elysées. (1)

Notes pour empêcher de les confondre avec ceux dont la Fable fait le séjour exclusif des âmes vertueuses.

En 1618 Marie de Médicis crée, sur d'anciennes cultures de maraîchers, la promenade du Coursla-Reine, que d'abord ferment des fossés et des grilles. Vers 1670 se plantent les quinconces, ajnsi que la grande allée du Roule, dite depuis l'avenue des Champs-Elysées. Au Rond-Point se jette le pont d'Antin sur un égout, en l'année 1719, et la promenade a cette époque sert toutes les nuits de repaire aux déclassés, qui n'ont pas encore la ressource de se mettre révolutionnaires de profession. Malheur aux petits bourgeois de Chaillot qui s'y attardent! Les arbres cachent nuitamment des bras crochus, qui agrippent le passant, l'entraînent et le fouillent au moins jusqu'aux chausses; quelquefois même l'allée des Veuves (a) en fait réellement une de plus. Toutefois il se suit bientôt dans le faubourg Saint-Honoré des hôtels qui projettent sans interruption un cordon de jardins sur l'avenue Gabriel, cette lisière des Champs-Elysées, et l'hôtel d'Argenson, séparé de l'Elysée-Pompadour par l'avenue Marigny, contribue, avec un petit nombre d'autres hôtels, avec le Colisée, avec la Folie-Beaujon et avec la Folie Marbeuf, à border de jardins particuliers ce parc de tout le monde aux grandes allées,

(1) Notice écrite en 1859.

(2) Arenue d'Antin.

aux carrés disposés pour les jeux de paume, de quilles et de ballon, dont les abords sont embellis pompeusement par Louis XV. Un monument en l'honneur de Marat et de Le Peletier y surgit, sous la Convention, mais tombe avec la tête de Robespierre. Puis la place Louis XV, devenue place Louis XVI à titre d'expiation, et les Champs- Elysées se trouvent concédés à la Ville par Charles X, mais à la condition qu'elle y dépense d'abord 2,300,000 francs.

A ce prix-là se sont régularisés des alignements, rajeunies des allées et aplanies des inégalités, sur toute l'étendue de la promenade, en même temps que s'améliorait la viabilité de l'avenue qui la partageait en deux. Mais c'est la révolution de 1830, et non pas la première, qui en a fait un lieu relativement sûr à la lueur des réverbères ; jusqu'alors il fallait être brave et bien armé pour y passer à minuit avec sécurité. Là pourtant commençaient et finissaient, depuis la première pousse, toutes les réputations qui tenaient essentiellement à l'équipage, comme si elles mangeaint au même râtelier, et les amours y menaient déjà ce train. Le Longchamps de la mode s'y prolongeait d'une semaine-sainte à l'autre et s'y prolonge encore pour des pèlerines et pèlerins mondains, dont les révolutions n'ont fait qu'accroître le nombre. Seulement un palais de l'Industrie, des théâtres, des cafés, des parterres, des jets d'eau décorent et animent la promenade qui,' depuis l'Exposition universelle, a perdu le caractère d'un spacieux boulevard parisien, pour devenir en plein air le caravansérail du monde entier. Quand l'avenue fêtait la saint-Charles ou la saint-Louis, il s'y dressait des pavillons du haut desquels saucissons et poulets se jetaient à la foule, pour laquelle des fontaines de vin coulaient en bas. La saint- Napoléon fait autrement ses libéralités ; mais rien

n'estcomparable à ses resplendissantes illuminations, qui n'attirent pas aux Champs-Elysées que des badauds de leur pays. Malgré cette extension internationale, il y aurait vraiment ingratitude a oublier que l'Elysée, le Colisée, Beaujon, Marbeuf et d'autres jardins d'hôtels avaient déjà donné sous l'ancien régime, avec la Seine, leur ma^nitique encadrement h l'ancien Cours-la-Reine.

Par delà le Rond-Point, deux lignes d'hôtels luxueux, mais ceux-ci de création moderne, l'ont conduite à l'avenue, dite précédemment de Neuilly, jusqu'à la barrière de l'Étoile, qui est menacée elle-même de reculer jusqu'au Bois-de-Boulogne. Ce quartier de Paris devient, et comment en douter? le faubourg Saint-Germain du règne de Napoléon III.

Deux constructions anciennes, y Taisant exception, appartenaient aussi aux rues d'Angoulème (1) et de Berri; nous en parlons dans les notices affectées à ces rues. Mllc Contât habita l'un des deux hôtels, avant le comte de Marescalchi, ambassadeur d'Italie. L'autre fut édifié pour la fine Mmc de Langeac par Chalgrin, et Barthélémy y peignit le plafond du salon qui donnait sur ce qu'on appelait alors le Grand- Cours. Chalgrin, architecte de Louis XVI et de Monsieur, comte de Provence, aimait éperduincnt sa femme; cette passion tout-à-fait légitime, mais qu'il n'était pas de mode au xviir siècle d'afficher, donna lieu au jeu de mots que voici : sans i il n'y aurait que chagrin.

Vis-à-vis se projetaient les jardins de Chaillot, formés par M. de Janssen, homme instruit, bienfaisant et philosophe, qui était baronnet anglais et qui mourut à un âge avancé le 2 décembre

(1) La rue d'Angoulôme-Saint-Honoré est actuellement de Morny.

1780. On remarquait dans son vaste enclos, quand Mme de Marbeuf en prit possession, un saule de Babylone au tronc de 84 pieds de .circonférence. Le comte de Choiseul-Goutfier, favori de l'impératrice Catherine, acheta le jardin Marbeuf et y réunit des curiosités monumentales, qu'il avait recueillies dans son ambassade à Constantinople. L'arbre qu'on y admirait alors était un cèdre du Liban, contemporain de celui du Jardin-des-Plantes. Converti en jardin public par ordre de la Convention, l'ancien Marbeuf devenait Idalie ; un hyppodrome y fut même disposé. Puis des maisons remplacèrent les taillis, dans un quartier nouveau, qui s'agrandit ensuite aux dépens du Jardind'Hiver, création du règne de Louis-Philippe.

On pourrait croire que l'hôtel qui porte le chiffre 44 date de la fin du siècle précédent; mais le docteur Villette, acquéreur d'une portion du Cotisée, y a fait bâtir cette maison au commencement de la Restauration. Postérieur encore est un petit hôtel que possède, près la rue d'Angoulême, la baronne de Montalleur, y succédant à l'architecte Ducret, qui l'a bâti.

Au 70 un marchand de chevaux s'est établi sous le premier empire, et jusque-là les maquignons passaient sans s'arrêter dans les Champs-Élysées. La belle pelouse que laisse voir la grille du 74 ! Une pension de garçons y était tenue, sous Charles X, par Pierre Blanchard, qui écrivait et publiait des livres pour les enfants ; au même endroit avait été transférée précédemment la pension de demoiselles que dirigeait Mme Campan, auteur d'un Traité de ÏÉducation des Demoiselles et de mémoires sur Marie-Antoinette. Et, comme si ce n'était pas encore assez de titres à la spécialité de la littérature d'éducation, Bouilly, des Contes à ma Fille, et la famille du poète Legouvé fréquentaient aussi la maison. La large porte du 78 ouvrait sur

l'hôtel d'un prince régnant, le duc de Brunswick, avant qu'une révolution lui enlevât l'exercice de la souveraineté. A ce prince succéda, comme propriétaire, M. le comte de Caumont-Laforce, aujourd'hui duc, et qui s'est fait construire un autre hôtel en face de l'ancien jardin Beaujon.

Le 99 et le 401 ne remontent guère qu'au commencement du présent siècle. A la place du 109, qui appartient à la rue du Château-des- Fleurs aussi et à la rue des Vignes (i), il s'élevait, sous Louis XVI, un bâtiment dont il reste un corps par-derrière, et une échoppe à bière y attenait, que fréquentaient en ce temps-là les habitués du promenoir de Chaillot. On appelait ainsi la promenade en terrasse que Chaillot accolait à l'avenue des Champs-Elysées.

(1) Maintenant l'une est rue Bassano et l'autre rue Vernet.

Rue Boissy-d'Anglag,

EN CE QUI S'EN APPELAIT NAGUERE

Rue des Champs-Elysées. (1)

Grimodde la Reyniêre. — MUc Lorplielin. — Pelet de la Lozère. — Lagrenée. — Junot. — Les Diamants de la Couronne. — M. Rousse,

Le fermier-général Grimocl de la Reyniêre, qui devint administrateur-général des Postes, s'était d'abord enrichi dans les fournitures de l'armée du maréchal de Soubise, pendant la guerre de Sept-ans, à l'issue de laquelle il s'était fait bâtir un magnifique hôtel. Le cercle Impérial en paye le loyer à l'État et y succède à l'ambassade de Turquie, qui venait elle-même après celle de Russie: 5, rue des Champs-Elysées. Le financier Grimod y a fait décorer un grand salon sur les dessins de Clérisseau, peintre du roi, premier architecte de l'impératrice de Russie, et y a réuni une belle collection detablcaux de l'école française, d'estampes rares et de bronzes. Le jour même où il épousait Mlle de Jarente, nièce d'un évoque auquel étaient connues de fastueuses amours, il demandait à Malesherbes, son beau-frère : — Croyez-vous qu'elle me rende heureux ? — Cela dépend, répondit nettement le plus honnête homme de son temps î Cela dépend du premier amant qu'elle aura.

L'unique fruit de cet hymen fut un garçon

fl) Notice écrite en 1858. Le président de Ja Convention qui avait montré une si héroïque fermeté, dans la journée du 1" prairial an m, n'était encore le patron ni de la rue des Champs-Elysées, ni de celle de la Madeleine.

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