QUAI DE LA MÉGISSERIE
entre soldats-aux-gardes, des affaires d'honneur, protégeaient également deux entrées d'abreuvoir et deux sorties d'égout, qui ne faisaient pas du quai la promenade la plus agréable. Le café de la Samaritaine y avait pourtant son publie un siècle avant l'année qui court. Il arrivait même au quai, deux fois par semaine, de sentir bon et de prendre un air de fête, qui attirait plus de filles que de garçons : le marché aux fleurs s'y tenait le mercredi et le samedi. Le dimanche matin, plus de fleurs; mais c'était le jour aux oiseaux, dont le marché hebdomadaire était la miniature et le reste d'un grand marché à la volaille. Le For l'Evêque, prison des comédiens au xvui" siècle, se trouvait entre les deux arches, mais plus près de celle Marion. Une barrière des huissiers et sergents-à-verge y avoisinail encore la rue de la Monnaie, en l'année 171 4. La mégie, c'est-à-dire l'art de préparer en blanc les peaux de mouton, avait dès-lors quitté la place, puisqu'elle avait reflué un siècle auparavant de la Seine à la Bièvre. Mais des marchands de vieille ferraille étalaient tout lr long du quai, sans en occuper les bâtiments. On y retrouve en ce temps-ci, à défaut de spécialité bien accusée, des marchands de graines à semer, des oiseliers et des quincailliers, beaucoup mieux installés que jadis, en des maisons dont la serrurerie, plus que séculaire, porte ça et là des vestiges de dorure, des arabesques s'enlaçant avec art, des lettres faisant chercher un nom.
Des racoleurs, qui avaiehl leur bureau quai de la Ferraille, en plein vent, ainsi que chez les marchands de vin, il nous reste la conscription, dont les contingents sont plus sûrs, plus dignes surtout d'un peuple libre. Quand les rois, par exemple, se battent pour leur plaisir, dans un intérêt dynastique, en vue de cueillir des lauriers
ou de marier à leur convenance un prince ou une princesse du sang, pardonnons-leur, louons-les même de rendre volontaire, pour leurs sujets, l'impôt du sang : le sergent cherche alors des recrues pour le compte d'un colonel, dont le régiment sert le prince. Ce régime a rendu les boucheries humaines moins fréquentes el moins meurtrières, dans un temps où les rois n'y eussent renoncé qu'en passant pour d'osés tyrans. On s'engageait d'abord pour une campagne; Louis XIV donna une année pour minimum aux engagements. Des perpectives plus modestes qu'à-présent s'ouvraient pour les jeunes recrues ; il fallait donc suppléer aux honneurs par l'honneur même de porter l'uniforme. En entrant dans un régiment, on changeait de nom comme au couvent. La Tulipe et Brin-d'Amour n'en voulaient pas toujours au sergent-recruteur qui leur avait promis plus de beurre que de pain, moins de corvées que de bonnes fortunes et plus de gloire surtout que d'hôpital, en arrosant de copieuses libations la signature de leur enrôlement. Trop de fois l'apprenti-héros avait cédé à l'ardeur d'un moment, au dépit amoureux, à un accès de chagrin, à une heure de découragement, et lorsque son envie de se dépayser se noyait dans les larmes du repentir, de l'amitié ou de l'amour, pas de retour possible : la nouvelle recrue ne s'appartenait plus. Mais aujourd'hui un mauvais numéro signe l'engagement, et la famille même que le départ du conscrit met en deuil, défraye les réjouissances inséparables de l'adieu qu'il dit au village. L'un s'enivrait en contractant la dette ; l'autre s'enivre devant la feuille de route, échéance d'un billet souscrit par la naissance. En dépit de ces différences, nos armées de l'ancien régime n'ont pas été toujours exemptes d'un Waterloo ; celles du nouveau ont vu luire plus encore de journées de Fontenoy.
>Une démolition récente supprime la moitié des
immeubles sur le quai de la Mégisserie : les plus hauts numéros ont été épargnés, ils en seront quittes pour descendre de la moitié dans l'ordre numérique. Parmi les maisons disparues, il pouvait s'en trouver du temps de Charles V, qui fut le créateur du quai ; plusieurs, du moins, avaient été bâties sous le règne de François I,M, qui changea l'alignement. Toujours est-il qu'au dernier siècle, le 82 d'à-présent appartenait à l'évêque de Senlis, et le 74 au marquis de Bovillon. Le marquis de Bercy avait dans le 66 une belle propriété, alors que son maître-d'hôtel était Tallien, père du Tallien que la Révolution devait illustrer.
Ce dernier immeuble, ou un autre peu distant, avait été la demeure de ïicquet, conseiller à la grand'chambre, aux jours duquel attenta son portier, assisté d'un soldat-aux-gardes, en exécution d'un plan conçu par la femme elle-même de la victime. Sur la plainte que ce magistrat avait portée l'année précédente à Fontainebleau, durant le séjour de la cour, Montgeorges, capitaine-aux-gardes, avait rompu, par ordre du roi, avec M™0 ïicquet, dont ij était l'amant, et elle avait tenu à en tirer vengeance. Le pauvre mari, laissé pour mort, guérit de ses blessures par miracle ; la femme subit en place de Grève la peine capitale, en présence d'un concours immense de curieux et surtout de curieuses; les deux complices avaient été condamnés au supplice de la roue.
Aussi près de l'arche Marion, et il ne m'élonnerait pas que ce fût au n° 54, la corporation des Tailleurs d'habits tenait son bureau. Elle avait été réunie à celle des marchands pourpointiers en 46o5, et de plus les fripiers y avaient été agrégés en 1775. L'apprentissage était de trois années, le
compagnonnage pareillement. Le brevet contait 24 livres et la maîtrise 800. Chaque maître ne pouvait avoir qu'un apprenti à la fois. La compagnie était sous le patronage de la Trinité, à l'église de la Trinité, rue Saint-Denis.
Place des Victoires, (i).
Ses Ministres. — Ses Origines. — Ses Maréchaux.
— Ses Financiers. — Sa Noblesse. — Sa Centenaire. — La Reine de sa Façon. — Son Médecin.
— Ce quelle a gagné aux Journées de Juillet 1830.
François d'Aubusson de la Feuillade, duc et pair, maréchal de France, colonel des gardesfrançaises, prit un jour la résolution d'élever un monument a la gloire de son roi ; il donna donc 500,000 livres du grand lioLel de M. de Laferté- Sénecterre, autre duc et pair. Mais il n'y ont lieu d'en appliquer qu'une portion à l'accomplissement de son projet, qu'il avait lait adopter par la Ville. Celle-ci avait acheté un hôtel d'Énicry, qu'une simple rue séparait du premier, et quelques petits héritages contigus. Là sans doute avait résidé Particelli d'Emery, seigneur de la Chevrette, épouse d'une Lecamus et ami de Marion Delorme, devenu argentier du roi, puis surintendant des finances, quoique fils d'un banquier qui avait fait banqueroute à Lyon. L'architecte Prédot, sur croquis de Jules Hardouin Mansart, et à la diligence des prévôt et échevins, construisit cette belle place des Conquêtes, puis des Victoires, qui fut inaugurée le 18 mars 1686, et sur laquelle se faisaient les publications de paix. M. de la Feuillade avait pourvu tout seul aux frais du groupe, œuvre de Desjardins, où était due au talent de Gilles Guérin la statue pédestre de
(1) Notice écrite m 1860.
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Louis XIV, drapé dans le manteau du sacre et foulant aux pieds la Discorde : la figure ailée de la Victoire déposait la couronne sur le front du monarque. Pour assurer la conservation de cet ouvrage, le maréchal constituait pour l'aîné de sa race une sorte de majorât, qui devait passer à la Ville en cas d'extinction de postérité mâle, et cet apanage consistait dans le duché de la Feuillade, produisant 22,000 livres de rente, à charge pour le bénéficiaire de réparer le monument tous les vingt-cinq ans.
Mort en 1691, La Feuillade laissait pour héritier principal son fils, encore mineur comme sa fille, et pour principal créancier le marquis de Clérambault, qui avait hypothèque sur les biens du défunt, parmi lesquels figurait son hôtel, précédemment de Sénecterre ou Senneterre, et des maisons qu'avait données au duc le corps de Ville, en échange du terrain que lui avait ôté la place. De cet hôtel, que l'archevêque d'Embrun, évêque de Metz, se proposait d'acheter, un angle en saillie dérangeait la symétrie de l'architecture de la place et la perfection de son ovale ; l'édilité eut à donner une nouvelle indemnité pour en opérer le retranchement, nécessaire au couronnement de l'œuvre de Mansart. La maison de La Feuillade recula donc, ce qui ne nous empêche pas d'en retrouver encore la porte, surmontée d'un joli balcon, rue La Feuillade, n° 4, et les derrières rue Neuve-des-Petits- Pères. Tant que le maréchal avait vécu, on avait négligé aussi de régulariser le cens pesant sur ce nouveau quartier: le contrôleur des domaines réclama. Tout l'ancien territoire del'hôtel Senneterre et plusieurs des lots de l'autre hôtel, son contemporain, avaient porté antérieurement les fortifications de 1358 et relevaient, par conséquent, du roi. L'archevêque de Paris gardait en sa censive plusieurs lots de l'hôtel d'Emery; il demandait,
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en outre, des dédommagements pour la construction du Palais-Royal, pour la formation d'une place au lieu de l'hôtel de Vendôme, pour l'ouverture de celle des Victoires et en raison de la transformation de l'hôtel Séguier, le tout sis dans les mêmes parages et ressortissant, en général, mais pas exclusivement, des fiefs et censives de l'Archevêché de Paris : le conseil du roi avait chargé M. de Ponchartrain, contrôleur des finances, de lui présenter un rapport sur la validité de cette prétention. Quant au milieu de la place, des épigrammes suffirent à en faire ôter, avant la fin du xvir siècle, les quatre lanternes qui éclairaient le soir la ligure d'un roi dont le soleil était l'emblème dans les beaux-arts, (ici le auguste figure, du moins, était-elle immuable ? pas davantage. Un Louis XIV de Coysevox se présentait avec une telle autorité en tenuede Romain triomphateur, malgré sa perruque ample, qu'on donnait celui dont la pose rappelait saint Michel écrasant un dragon, à M. de Fourcy, le prévôt-des marchands, qui le reléguait dans sa maison de campagne de Chessy.
Le n° 3, derrière lequel paraissent subsister des restes de l'hôtel d'Émery, fut acquis, dans l'année de la mort de La Feuillade, par Mm,> de Soyecourt, veuve de l'homme de cour qui avait servi de modèle au personnage du chasseur bavard, dans une pièce de Molière, Les Fâcheux. C'est le marquis de Brown qui occupait la maison de Mm'' de Soyecourt.
Nous n'aimons pas à nous inscrire en faux contre les traditions locales, car elles ont toujours une raison d'être, directe ou indirecte. Le moyen, néanmoins, d'accorder au n° § l'honneur d'avoir logé Turenne! Avant que le plan de la place fût tracé, le grand capitaine était mort, l'histoire de France dit comment ; il n'avait pu avoir pour résidence que le logis préexistant. Rendons au 5
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plusieurs Péreuse-d'Escars, qui lui ont mieux appartenu. Le Poreuse qu'avait anobli l'acquisition d'une charge de secrétaire du roi, en 1638, était médecin et était Gourtenay de son nom patronymique.
Aussi bien les maréchaux de France ne brillaient que par leur absence dans les hôtels du pourtour. Le fameux An toi ne Grozat n'y était séparé, comme propriétaire, que par M. Cormery du fermier-général Jean Rémi Hénault, père du président et arrièrepetis-fils d'un laboureur. L'Hénault et le Crozat dont nous parlons furent condamnés en l'année 1716 à restituer de profits illicites, celui-ci 1,800,000 livres, celui-là 6,600,000 livres : l'amende élevée à cette puissance, quel brevet de solvabilité ! Entre M. Prudot et le marquis de Pomponne débouchait la rue Pagevin. Les autres propriétaires étaient M. Glérambaut, qui venait après le marquis, M- Nivet, M. Roland, M»10 Pelet, Mme de Mailly, M. Raquin, Mmo deNormando, M. Jérémie, Mme Pelet, M. Legras. Il suffisait, au reste, qu'un financier fût entré dans la place pour que d'autres suivissent. Bientôt la caisse du chevalier Bernard était au 7. Ge traitant, beaucoup plus connu sous le nom de Samuel Bernard, avait fait sa fortune sous le ministère Chamillard; Louis XIV, qui avait figuré parmi ses débiteurs, lui avait accordé des lettres de noblesse. M. de Boulainvilliers possédait encore, sous Louis XVI, la propriété de Bernard, son aïeul ; seulement un Voyer-d'Argenson y avait fixé sa demeure. De Monchy et Lemée, qui étaient fermiers-généraux, occupaient deux des autres maisons de la place, du vivant de l'opulent Samuel. Disons plus : le célèbre Law fut quelque temps au 2 et au 4, échus plus tard à M. Bergeret.
Mme de Wolcomte, sous l'un de ces deux toits, vécut 97 ans, existence emphytéotique à fin de bail vers l'année 1854 ! Quand cette vénérable dame remontait, par le souvenir, jusqu'à son enfance
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si lointaine, elle voyait, à la place de ceux qui vivaient, d'anciens propriétaires : n° 1, M. Autreau ; n° 3, M1,(' Oré; n° 6, M. Lenoir; n° 8, les héritiers Plé; n° 10, M. Gigault; n° 12, M. Le Duc. Les initiales de ce dernier n'ont pas quitté la ferrure de sa porte ; il descendait d'un tailleur en réputation, lequel avait habillé Louis XIV, et la maison avait été bâtie par ce Dusautoy du grand siècle.
L'un des toits qui ont un versant du côté de la rue, ou de la place des Petits-Pères, a abrité M. Vénier, le secrétaire particulier du cardinal Dubois, premier ministre. Cet ancien frère-convers avait été tiré de bonne heure de Saint -Germaindes-Près par le maître qui, en s'élevant, l'avait haussé, et le service qu'il avait à taire ne demandait pas moins de patience que de discrétion. Dubois s'emportait vite. Un jour entr'autres, ce fut pour un papier qui ne se retrouvait pas, et jamais sa colère n'avait dégorgé plus d'invectives pour ses nombreux commis. — Si je n'ai pas encore assez de ces gens-là pour faire mes affaires, criait-il en jurant et en tapant sur la table de Vénier, j'en prendrai dix, trente, cinquante, cent de plus; mais qu'on ne me perde aucune pièce. — Monseigneur, finit par lui dire avec froideur son secrétaire, ne prenez qu'un commis de plus ; mais, si vous m'en croyez, il sera chargé de sacrer et tempêter pour vous, les affaires s'en expédieront
mieux et vous aurez du temps de reste L'homme
d'État s'apaisa en souriant, au lieu de se formaliser d'un franc-parler auquel Vénier n'avait jamais recours qu'à propos.
Oh ! par exemple, il s'en fallait que la centenaire eût vu naître l'hôtel Pomponne, dont aucun historien de Paris n'a même soupçonné l'origine. Le prévôtde-Paris avait validé, en l'an 1560, un congé donné par les religieux de Saint- Martin-des-Champs à Pasquier l'archer, de la maison avec jardin qu'il
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occupait rue des Petits-Champs, à l'enseigne du Cinge-qui-pisle, et les mêmes propriétaires en avaient fait bail à Pas.quier le riche, le 31 octobre 1561. Jean Hénault, ancêtre du fermier-général et du président de ce nom, avait pris cette propriété à ferme le 13 décembre 1578, avec renouvellement de bail le 15 novembre 1588.
Déjà le Singe-qui-pile s'était érigé en hôtel du Hallièr quand les martiniens, en échange d'une rente de 200 livres, constituée par François de Béthune, comte d'Orval, et Jacqueline Caumont, son épouse, le cédèrent, par contrat du 15 septembre 1628, à messire François de l'Hospital, seigneur du Hallier, chevalier des ordres du roi, conseiller en ses conseils d'État et privé, capitaine-lieutenant de sa campagnie de gendarmes, maréchal de ses camps et armées, gouverneur pour S. M. de Vitryle-Français, qui habitait ledit hôtel, sur la paroisse Saint-Eustache. Ce Du Hallier, sur la fidélité duquel comptait Louis XIII, devint ministre d'État; comme il s'était d'abord destiné à l'état écclésiastique, Henri IV l'avait pourvu de l'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris et de l'évêché de Meaux. Ses services militaires eurent de l'éclat ; il commanda l'aile gauche à Rocroi. Mais son intérieur n'avait rien d'honorable. Charlotte dès Essarts-Sautour, sa première femme, avait élé la maîtresse de Henri IV et d'un prince de Lorraine, dernier cardinal de Guise ; elle avait eu de celui ci cinq enfants et de celui-là Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fontevrault. Veuf depuis deux années, le maréchal épousait en secondes noces, le 25 août 1653, Françoise Mignot, veuve de Pierre de Portes, trésorier du Dauphin, mais fille d'une blanchisseuse de Grenoble, qui l'avait eue pour apprentie. Il mourut en son logis à 77 ans ; c'était le 20 avril 1660. Son légataire universel était Georges d'Aubusson, seigneur de la Feuillade, archevêque d'Embrun ; seulement la maréchale restait
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sa donatrice et son exécutrice testamentaire. Elle ne changea pas de domicile, mais laissa bientôt se détacher de l'hôtel de l'Hospital les bâtiments ou le terrain de celui du Languedoc, inauguré par Le Secq, conseiller du roi, trésorier de la Bourse des Estais de la Province du Languedoc. A sa charge passait une part proportionnelle du droit de cens pesant sur la totalité au profit de Saint-Mari indes-Champs, et vers le même temps Duchesne avait pour successeurs Pierre et François Grand- Cerf, comme receveur-général des deux-tiers du revenu temporel du prieuré de Saint-Martin-des- Ghamps. Françoise Mignot, en convolant de nouveau, monta plus que jamais en grade; elle se mariait, le 4 décembre 1672, dans la chapelle de son hôtel, avec un roi de Pologne, représenté par son fondé de pouvoir; malheureusement pour elle Casimir V, qui avait abdiqué, n'était plus qu'abbé commendataire de Saint-Martin de Nevers et de Saint-Germaindes-Près, outre qu'il rendit le dernier soupir à Nevers dans le courant du mois. La reine si peu reine aurait pu enterrer plus de trois maris ; elle ne s'arrêtait sans doute en si beau chemin que pour ne pas redescendre ; mais ce n'est pas dans le même palais qu'elle a vécu jusqu'au 30 novembre 1711.
En son lieu, Jacques Lafosse, sieur de Villemaloux, président au bailliage de Meaux, était propriétaire et avait même pour successeur, avant la formation de la place, Jean Laguillaumie, membre des conseils du roi, secrétaire ordinaire de son conseil privé, qui transigea, sur un procès relatif aux droits seigneuriaux, avec M. Jules-Paul de Lionne, prieur commendataire de Saint-Martin-des-Ghamps, lenuel demeurait à l'hôtel de M. de Lionne, le ministre, rueNeuvedes-Petits-Champs. L'hôtel de la place des Conquêtes avait été attribué non-seulement à ladite rue, mais encore aux rues Croix-dcs-Pctits-Champs, des
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Fossés-Montmartre et des Bons-Enfants ; son numéro actuel, 48, ne compte même que pour la rue Pagevin. Il devint Pomponne, du chef de Simon Arnauld, marquis de Pomponne, ministre lui-même et secrétaire d'État, mari de Catherine Ladvocat, père du second marquis de Pomponne, de l'abbé Arnauld et de la marquise de Colbert- Torcy. Ensuite ce fut l'hôtel Massiac, où s'installa en 1806 la Banque de France, ainsi que dans l'immeuble contigu de la rue des Fossés-Montmartre (i). Puis fernaux, fabricant de châles, y eut de grands magasins.
Avant la Révolution, les 2 et 4 de la rue Vide- Gousset appartenaient : celui-ci à Mlle Pallu, fille ou nièce du conseiller d'État auquel Voltaire avait adressé des épîtres, et celui-là à Mllc Oré.
Plusieurs fois Mme de Wolcomte vit la statue elle-même changer de face. Dès 1790 on arrachait de son piédestal les quatre esclaves qui formaient ses quatre angles et qui actuellement décorent l'hôtel des Invalides. Puisque pyramide en bois, portant le nom des citoyens morts dans ia journée du 10 Août, remplaçait Louis XIV, place des Victoires- Nationales. Desaix venait ensuite. La restauration de Louis XIV, sur un nouveau modèle de Bosio, avait lieu en 1816.
L'éminent physiologiste Barthez, médecin consultant de Louis XVÏ, s'était retiré à Carcassonne pendant la Révolution; il prit un appartement sur la place, en revenant à Paris, pour y rendre son dernier soupir le 15 octobre 1806 : Napoléon avait aussi nommé Barthez son médecin consultant. La mort du duc d'Orléans, père de Philippe- Égalité, nùen avait pas moins été imputée à la maladresse de ce praticien.
(1) DAboukir
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' C'est seulement en 1830 que des enseignes eommerciales purent barrioler à leur aise ou dissimuler les arcades, soubassement sur lequel il s'élève un grand ordre de pilastres ioniques : des émigrants de la rue des Bourdonnais colonisaient la place des Victoires, le lendemain d'une révolution qui, devant au commerce de la reconnaissance, lui livrait, à titre d'à-coinptc, une place jusque-là vierge d'inscriptions, comme la place Vendôme.
R ue IVot rc-Dame-de^- Vietoi rem et rue Paul-Lidong,
EX CE QUI S'EN APPELAIT NAGUERE
Saiiit-Pierre-Montmartre. (1)
Samuel Bernard. — Les Messageries-royales. — L'Escalier qui voyage. — L'Abbé de la Victoire. — Un Souper en deux Actes. — D'Hozier. — Le Couvent des Petits-Pères. — La Bourse aux Petits-Pères.
Samuel Bernard était propriétaire, rue Notre- Dame-des-Victoires, de deux maisons à tout le moins, que nous retrouvons l'une et l'autre entre les rues Saint-Pierre et Joquelet. Le n° 52 appartenait encore sous Louis XVI à un Bernard; mais Samuel était mort en 1739, âgé de 88 ans, sans avoir fait mauvais usage des richesses considérables que lui avait rapportées l'autre siècle. Au surplus, ce prince des croquants avait été le père d'un président au parlement, Bernard de Rieux, et d'un comte de Coubert. Ledit titre de comte avait dû appartenir tout aussi bien au chef de la famille ; mais trop de gens eussent ri d'entendre le fds d'un graveur se faire annoncer de. la sorte : on croyait encore, à l'époque de sa jeunesse, qu'il était presque aussi difficile au roi de faire un noble avec un roturier, qui n'avait pas porié l'épée, que de changer une fille
(1) Notice écrite en 1P60. La rue Saint Pierre-Montmartre et celle Paul-Lelong en laissaient encore deux.