‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 91 sur 114 · RUE DES CHANTRES · texte numérisé non relu

RUE DES CHANTRES

faisaient tort des paroles d'amour, puis des baisers à ces paroles.

On ne voit plus que des profils de maisons dans cette petite rue des Chantres. Mais la condamnation de sa dernière porte n'est pas une injure de plus pour le héros, en son vivant assez puni de l'amour que l'héroïne partageait. Les chantres de la cathédrale, beaucoup moins amoureux qu'ivrognes s'il iàut en croire le Lutrin de Boileau, ont été, au plus tard, dans le cours du xvr siècle les dénominateurs de la rue, où ils demeuraient. Ceux d'à-présent, pour habiter encore la même rue que leurs devanciers, se rendraient coupables d'escalade ; mais la police a pris ses précautions, en y faisant placer trois becs de gaz, dont la lueur protège en aîle de sombres bâtiments dont la face est ailleurs.

Rue Chapon, (i)

Le Demi-Monde sous Louis XV. Les Capons. — Le Cimetière. — 1714.

Une jolie femme, qui fit parler d'elle pendant les derniers lustres du règne de Louis XV, était fille de Guynebault, marquis de la Millière. Ce gentilhomme, rejeton d'une famille protestante du Poitou, avait hérité trop jeune de 25,000 livres de revenu, s'était ruiné, puis avait abjuré, puis avait épousé la fille de son jardinier, avec laquelle il vivait déjà : une pension, sa dernière ressource, ne lui permit pas d'élever grandement ses trois enfants. L'un des trois obtint une compagnie, mais quitta la milice pour vivre d'expédients, et des deux autres, qui étaient filles, la cadette entra comme pensionnaire aux Carmélites de la rue Saint-Jacques. Le marquis ayant cessé de vivre en laissant des procès à suivre^ sa veuve eut à faire des démarches près de M. de la Valette, intendant de Dijon, et du procureur-général, et de l'avocat-général. Ne réussissant pas toute seule à se les rendre favorables, elle alla prendre dans un couvent de Provins sa fille aînée, qui était sur le point d'y prononcer des vœux. Deux beaux yeux de jeune fille sont un tel avocat que la mère dut à cet appel plus de succès qu'en première instance. La novice au retour tombant malade, il fallut reculer la prise de voile. M. Nivers, le médecin du couvent, ne remit sur sa tige cette rose de Provins, passée lys, et ne lui restitua ses vives couleurs qu'en horticulteur passionné : la con-

(1) Notice écrite en 1858.

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valescence ne fleurit que pour s'épanouir en grossesse. Mllc de la Millière fut prise en pension par Nivers, médecin décrié au parloir, mais d'autant plus demandé aux alentours par toutes les malades. Par malheur, il était marié, et Minc Nivers, qui ne pouvait plus douter qu'entre l'arbre et l'écorce il y avait eu place pour le doigt, était loin d'en prendre son parti, regardant comme fruit défendu celui , qu'elle n'avait pas porté.

La jeune mère fut obligée de se réfugier à Paris, chez M. Bellissen, procureur aa Chàtelet, père d'une de ses amies de couvent, qui demeurait rue Saint-André-des-Arts, et elle n'y revint pas à bien. Un jour même la police l'accusa d'un vol commis chez une marchande de modes. Il y en avait bien assez pour que le procureur interdît à cette fille l'entrée de sa maison ; seulement il avait pour beau-fils M. de Mandeville, lieutenant au régiment de Rouergue, qui, n'y regardant pas de si près, la recueillit avec amour. Protégée qu'elle était toujours par le procureur-général, elle dut à son crédit une dot de 12,000 livres, provenant d'un legs confié h ce magistrat, mais destiné par la stipulation du testament a faciliter le mariage d'une demoiselle de condition mal partagée du côté de la fortune. Le lieutenant épousait Mlle de la Millière, en se parant d'un titre de marquis que d'Hozier lui eût marchandé. Il y avait, en effet, une terre de Mandeville près Bayeux ; mais, sous Louis XVI, le comte de Trévières jouissait de cette fiefferme, incorporée dans son comté. Deux autres Mandeville, ceux-là marquis, avaient successivement gouverné Dieppe ; mais ils étaient alliés aux familles d'Aligre, Mortemart et Colbert. La pseudo-marquise, en tout cas, appartenait déjà au demi-monde, que le nôtre n'a pas plus inventé que la poudre.

M. de Moras, qui voulait du bien à la belle,

RUE CHAPON

pourvut son mari d'un brevet de capitaine dans les Indes ; seulement l'officier s'arrêta en Orient, rebroussa chemin et passa aux mousquetaires noirs. Mme de Mandeville était une brune piquante, grande, bien prise, avec de beaux yeux ; nous l'avons vue au pastel, quai Voltaire. Gomme elle ressemblait, ainsi faite, à Lotfis XV, n'était-ce pas le moins qu'elle eût sa petite cour? Elle monta du moins sa maison, avec trois laquais à grande livrée, rue Chapon, 16. Malheureusement, l'esprit de cette fille du monde, comme ou disait alors des femmes galantes à l'usage de gens du monde, ne brillait guère, et Nivers, son amant de province, avait perdu lui-même à la regretter le peu qu'il en avait : ce malheureux, pour jouer un dernier tour à son épouse légitime, une fois sa maîtresse envolée, s'était pendu dans sa chambre à coucher.

L'ancienne demeure de la Mandeville est maintenant au pouvoir d'un grand orfèvre de la rue Saint-Martin, M. Detouche. La plupart des numéros pairs, dans cette région de la rue, qu'occupent surtout des fabricants de boiseries, sont des anciens logis de magistrat, maisons dans tous les cas bâties sur des terrains donnés à cens par les dames de l'hospice Sainte-Catherine, et que l'administration générale des hospices a mises en vente au commencement du présent siècle. Leur maître à tous est l'ancien hôtel de Jean-Bar t, nos 2 et 4, propriété d'une magnifique ampleur ; mais nous y entrerons une autre fois par la porte principale, rue du Temple, 115.

Entré la rue du Temple et celle Beaubourg, la notre s'intitulait d'abord Robert-Begon et dès le xme siècle Capon. On appelait capon sous Philippele-Bel tout membre de la communauté des juifs, dite societas Caponum, et le mot venait de capo, chapon. Les archevêques de Reims, dont l'hôtel se trouvait placé en cette rue au moyen-âge* se

RUE CHAPON

plaignaient fort qu'elle fût au nombre des rues affectées à la prostitution ; ils n'en avaient pas moins pour successeurs dans ce quartier mal famé les évèques de Châlons.

Un de ceux-ci, M. de Marchaumont, céda en 1619 la maison de ville, qui était aussi celle de son chapitre, à des sœurs carmélites qui, depuis deux ans transfuges du faubourg Saint-Jacques, s'étaient contentées rue Chapon d'un logement qui ne leur suffisait plus. Catherine de Gonzague et de Glèves, veuve de Henri d'Orléans, duc de Longueville, les aidait de sa bourse, ainsi que le prince, fils de cetle duchesse douairière ; la reine Anne d'Autriche contribuait aussi à l'établissement en cette rue d'un second prieuré et couvent de la Sainte-Mère de Dieu, ordre de Noire- Dame du Mont-Carmel. Les religieuses en étaient au nombre de 40 il y aura tantôt cent ans, et leur dot ordinaire montait a 8000 livres, outre que la prise d'habit en coûtait 1000 et le noviciat 3000. Elles ne recevaient pas d'élèves ; mais il y avait place pour de grandes pensionnaires, grâce à des acquissions et a des constructions supplémentaires. Plus de la seconde moitié de ce qu'enserrent les rues du Temple et Deaubourg entre celles Chapon et Montmorency était occupé par ce monastère, qui servait de refuge à des femmes nées pour le monde, mais curieuses de mourir deux fois pour ainsi dire. La rue Montmorency en bordait principalement les jardins ; l'hôtel à façade ornée de sculptures, rue Chapon 13, en dépendait. Des bâtiments conventuels, vendus le 23 prairial an v, il reste même la plupart et jusqu'à des murs de l'église, dans un immeuble de la rue Beaubourg : sous le Directoire on y dansait, puis on y jouait la comédie.

En l'année 1714 la rue Chapon comptait entre les rues du Temple et Transnonain, aujourd'hui

RUE CHAPON

Beaubourg, 26 bâtiments, dont l'un était l'hôtel du lieutenant-criminel, au-dessous des Carmélites ; mais il y en avait 27 dans ce qui de la rue actuelle s'appelait encore du Cimetière-Saint- Nicolas-d es- Champs, entre les rues Transnonain et Saint-Martin.

La cour de Saint-Martin-des-Champs servait d'abord de cimetière à la paroisse Saint-Nicolas ; mais dès le siècle xm l'espace y manquait à la fosse, et le cimetière fut transféré dans un clos, donné à cette paroisse par les religieux de Saint- Martin-des-Champs, puis affecté à l'Hôtel-Dieu. L'entrée en était rue Transnonain, vis-à-vis l'hôtel de Châlons, plus tard couvent des Carmélites. Le curé et ses paroissiens étaient engagés à percer une rue, pour conduire à l'asile mortuaire, et elle porta son nom ; tel est l'état-civil de cette voie de communication, réunie à la rue Chapon en 1851. En y procédant à des réparations, tout dernièrement, n° 31, n'a-t-on pas retrouvé des ossements qui pouvaient être ceux d'un sujet de Philippe-le-Bel ?

Rue Chartière. (1)

Une petite statue de Henri IV se remarquait encore sous le règne de son quatrième successeur au coin des rues char Mère et Fromentel : que voulait dire, je vous le demande, cette figure de roi vaillant, mais qui n'était pas un grand clerc, au milieu des collèges de la montagne Saint-Hilaire ? Impossible d'y voir autre chose que le monument commémoratif d'une de ses campagnes amoureuses. Redites-nous donc, échos savants, quelles leçons de galanterie vint prendre le héros d'Arqués et d'ivry dans les parages de la pédagogie! Car les maîtres en cette faculté, fussent-ils barbons, apprennent jusqu'à la fin plus qu'ils n'enseignent. La tradition multiplie à cœur-joie les rendez-vous d'amour que donnait Henri IV, et elle se plaît, qui plus est, à divulguer que la même maîtresse en a reçu sur tous les points de la grand'ville. Nous surprenons donc la belle Gabrielle jusque dans la rue Fromentel, et ce n'est pas en chaise à porteurs qu'elle a dû monter si haut. L'auberge auguste à citer, après tant d'autres, dans l'odyssée des amours de Gabrielle, était pourvue d'écuries, dont les voisins encore nous montrent la porte dans la petite rue Chartière, n° 11. Le collège des Jésuites étant derrière, mauvaise place, très-mauvaise pour l'auteur de l'édit de Nantes, si celle compagnie n'était pas bannie de France depuis l'assassinat de Henri III ! Un édit la rappelait, du reste, six ans après la promulgation de l'autre.

(1) Notice écrite en 1858.

RUE CHARTIÈRE.

Les montures de ce relais ne venaient pas plus que leurs maîtres daos le quartier écolier pour y mordre au latin ; mais elles avaient litière et râtelier dans l'ancien collège de Gocqueret. Le plein exercice de ce collège, mitoyen avec celui de Reims, avait été supprimé en 1551, par sentence de la faculté des Arts, et des bâtiments en avaient été vendus vingt années après à des particuliers. Il paraît néanmoins que, du côté de notre rue., une maison conserva le nom de Gocqueret assez longtemps. Le précité n° 14, dont une coquille décore la porte cintrée, se qualifie encore collège de Gocqueret sur le plan de la ville en 1652. Cent-vingt-sept ans plus tard, d'après Hurtaut, en son 'Dictionnaire de Paris, pas plus de principal que de boursiers; mais une manufacture de carton exploite alors l'ancien collège.

Au reste, la statuette du chef de la dynastie des Bourbons regardait de près le puits Certain, au bas de la rue Chartière. Ce puits, ressource précieuse pour le mont Saint-Hilaire avant qu'on y fît venir de l'eau d'Arcueil, avait été foré par les soins de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire, puis principal de Sainte-Barbe, sous le règne de Henri II. De là venait une vieille enseigne de pâtissier, que nous avons vue à côté, sur la défunte place Cambrai : Au Puits-Certain.

Presque toutes les maisons de cette rue du xme siècle appartinrent à des collèges, les occupant ou les donnant en location. Les ruines qui devraient porter à-présent le n° 8, dépendaient du collège de Marmoutiers, créé en 1329, avec le collège du Plessis, et vendu en 1641, au prix de 90,000 livres, pour agrandir le collège des Jésuites, avec l'agrément du cardinal de Richelieu qui, comme abbé de Marmoutiers, restait supérieur du Plessis. Amador-Jean-Baptiste de Vignerod, bientôt pourvu de la même abbaye, céda ensuite à la maison de

RUE CHARTIÈRE.

Sorbonne, pour faire plaisir à son oncle, le cardinal de Richelieu, le droit de supériorité sur le Plessis, en s'y réservant la collation aux bourses. Le collège de Glermont ou des Jésuites, aujourd'hui lycée Louis-le-Grand, longe toujours une bonne portion de la rue ; on y revoit son ancienne chapelle, bâtiment rond, aujourd'hui classe de chimie. C'est depuis le règne de Louis XIV que cette maison a aussi englobé l'ancien collège du Mans, fondé en 1519 sur les rues de Reims et Chartière par le cardinal Louis de Bourbon, dans l'hôtel des évêques du Mans, puis transféré, non sans procès, à l'entrée de la rue d'Enfer.

Enfin nous rencontrons à notre époque; depuis le n° 13 jusqu'au n° 19, des murs et des corpsde-logis faisant partie dune école préparatoire aux écoles du gouvernement, annexe de la maison de Sainte-Barbe. C'est bel et bien l'ancien collège de Reims, dont notre Histoire de Sainte- Barbe rapporte l'origine. L'institution en périclitait, sous la Régence, quand M^r François de Mailly, archevêque de Reims, la releva. Les plus vieux bâtiments qu'on y retrouve datent de 1745 ; mais cette reconstruction, qui coûta 72,000 livres, endetta si fort les' boursiers qu'il n'en restait plus qu'un qui pût être défrayé en 1763, et c'est alors que les petits collèges perdirent leur autonomie. Toutefois diverses fondations avaient fait Reims propriétaire de 11 maisons, dans les rues de Reims, des Sept- Voies et Chartière. On en tira, après la réunion, environ 1,000 écus par an, en y prenant vingt locataires, et le revenant-bon servit encore de provision pour 8 bourses à Louis-le-Grand, érigé en chef-lieu de l'université de Paris.

Rue de Charonne. (i)

Le Vin des Funérailles. — La Croix Faubin. — La Folie- Lâchai se. — Les Filles de Sainte- Marthe. — 1720. — M. Rieussec. — La Maison de Santé. — V Acteur Guyon. — La Famille Chevet. — La Maieleine-du-Traînel. — La Duchesse d'Orléans. — Les Filles de la Croix. — Notre-Dame- de- Bon-Secours. — La Vocation de la Particule. — Richard Lenoir. — Mme Ledru- Rollin. — L'hôtel Mortagne. — Vaucanson. — 1760. — Une Cour-des- Miracles .

La classe ouvrière, à Paris, conserve religieusement l'usage de boire, après chaque enterrement, un coup qui ne peut plus être à la santé que des survivants. Le petit et le grand Charonne ont des cabarets, où se boit hors barrière le vin des funérailles, et le Père-Lachaise ne les laisse pas chômer. Une rue ramène ensuite au faubourg Saint-Antoine la famille qui compte un membre de moins, escortée de voisins ou de voisines, de compagnons ou de compagnes d'atelier, et quand on se sépare, chacun emporte la consolation d'avoir rendu tous les derniers devoirs au défunt ou à la défunte. Cette rue longue et manufacturière n'était encore qu'un chemin au xvne siècle.

Les droits d'entrée des vins, pied fourché, Domaine, barrages et poids le Roy s'y payaient, sous

(1) Notice écrite en 1853. La rue Keller, le boulevard du Prince-Eugène et l'avenue Philippe-Auguste n'augmentaient pas encore le nombre et l'importance des affluents de la rue de Charonne.

RUE DE CHARONNE

Louis XIV, au premier angle de la rue de la Muette (i), et les laissez-passer se donnaient à l'autre encoignure pour ce qui n'était pas sujet aux droits. Entre les deux se dressait la croix Faubin, au milieu du chemin de Charonne, qui n'était pas encore à cette extrémité une avenue funéraire, bordée de mausolées et de couronnes d'immortelles à vendre Montlouis, maison de campagne donnée par le roi à son directeur François d'Aix, dit Lachaisc, provincial de la compagnie de Jésus, ressemblait ass.ez peu au grandissime cimetière actuel pour qu'on l'appelât parfois Folie-Lachaise.

Plus tard la communauté des filles de Sainte- Marthe s'établissait à la fois rue de Charonne, rue de la Muette et rue de la Roquette. Ces religieuses, qui ne prononçaient pas de vœux, donnaient gratuitement de l'instruction aux filles pauvres. Mais en l'année 1720 la dernière porte cochère de notre rue sur cette ligne s'ouvrait et se fermait habituellement pour M. Leraoine, auditeur à la cour des Comptes ; la pénultième pour le comte d'Igny, et les trois précédentes pour la famille de Lignières, Brunet de Rancy père et fils, bourgeois originaires de Beaune, et Desprez, curé de Saint-Landry.

La propriété de l'un deux devint l'hôtel Châteauneuf; -celle d'un autre, la petite-maison du marquis de Chabanais. La moitié de celle-ci était acquise, sous Charles X, par M. Rieussec, ancien fournisseur des armées, lieutenant-colonel de la 8m* légion, qui fut l'une des victimes de Fieschi dans l'affaire du boulevard du Temple. De l'hôtel Chabanais provient aussi la maison de santé du DrArchambault, successeur de Belhomme, au n°161. Cet établissement, fondé en 1768 par Belhomme

(1) Maintenant tronçon de la rue des Boulets.

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père et consacré au traitement des affections cérébrales, se convertit sous la Terreur en prison adoucie pour la duchesse d'Orléans, mère de Louis- Philippe, Ml,e Lange, de la Comédie-Française, l'avocat Linguet et Portalis père. Plus tard l'acteur Guyon y rendit le dernier soupir : il avait perdu la raison en bonne fortune, un soir que Mlle Rachel l'avait engagé à dîner avec Samson, avec Régnier, sachant bien que ces deux derniers, dont les noms étaient sur l'affiche, laisseraient de bonne heure l'amphytrionne en lête-à-tète avec son troisième invité.

Un hôtel vis-à-vis appartenait à la famille Chevet, qui l'avait fait bâtir : des serres-chaudes y perpétuaient la production du jardin, qui fournissait des primeurs à la montre de ces éminents marchands de comestibles.

Une fabrique dont le chef, ancien maire du 8e arrondissement, est 1? neveu de Richard Lenoir, occupe en partie, n° 100, l'ancien couvent des religieuses de la Madeleine du-ïraînel, vendu aux enchères du 5 brumaire an x. Cette communauté, fondée au Traînel, en Champagne, vers le milieu du siècle xii, fut transférée rue de Charonne en 1654 ; Anne d'Autriche y posa la première pierre de la chapelle. Le garde-des-sceaux d'Argenson fut aussi l'un des bienfaiteurs de cette maison, soumise à la juridiction de l'archevêque de Paris. Une autre duchesse d'Orléans, avant de s'y retirer, en augmenta beaucoup les bâtiments, qui comprenaient aussi le n° 102 ; elle occupait, sous la Régence, deux des quatre maisons du monastère. Rrunost, intendant du duc d'Orléans, en habitait une autre immédiatement au-dessus ; nous la croyons celle qu'avait fait construire rue de Charonne, versl710, Nourry, sieur de Croixfontaine, gentilhomme ordinaire de la chambre du même prince, et qui couvrait, son jardin compris, 2 arpens. Au-dessous dudit couvent, un autre avait déjà ,

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entre autres portes, une porte monumentale que nous remarquons encore, et il conserve, chose rare, jusqu'à sa destination. Les sœurs de la Croix, de l'ordre de saint Dominique, y sont rentrées en 1817 ; mais c'est seulement depuis quelques années que leur position y est légalement déterminée : elles n'ont que l'usufruit de cette propriété, que s'est réservée le Domaine. Leur territoire était beaucoup plus vaste avant la République ; mais on ne l'avait pas aliéné pendant le quart de siècle où elles avaient cessé d'en jouir. Leur sanctuaire gardait le cœur de M"° Ruzé d'Éfliat, fille du maréchal, aux dépens de laquelle s'était établie la maison, près de )a iindu règne de Louis XIII. Ces religieuses, protégées également par la duchesse d'Aiguillon, n'avaient fait précédemment que des essais de résidence dans la rue Matignon-du-Louvre. dans la rue Plà trière, dite aujourd'hui Jean-Jacques-Rousseau, et tout d'abord au faubourg Saint-Marceau. La fondatrice, mère Marguerite de Jésus, s'était concertée avec la baronne de Neuvillette pour convertir le poète Cyrano de Bergerac, au commencement de sa dernière maladie; mais le libertin, averti, eut le temps de se faire transporter à la campagne, chez un cousin, sous prétexte de changer d'air. Il n'en fut pas moins enterré chez les sœurs de la Croix.

« Cité de Don-Secours , » nous dit en face un écritcau qui attire les regards. Cet immeuble et les deux immeubles qui le touchent à droite et à gauche, s'inféodaient au prieuré de Notre-Damede-Bon-Secours, créé au commencement des troubles de la Fronde par dame Claude de Bouehavaime, veuve de Vjgnier, conseiller du roi, et mis sous la conduite de sa sœur, Madeleine-Emmanuelle, religieuse au couvent de Notre-Dame de Soissons.

Les monastères de filles, allez-vous dire, pullulaient donc dans ces parages? J'en conviens, et les plus grandes dames, les plus distinguées à

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coup sûr, participèrent, pendant plus d'un siècle, à ces sortes de fondations, après avoir plus ostensiblement attaché leurs noms aux passes-d'armes et aux tournois durant le moyen-âge. Plus tard, les femmes supérieures étaient reconnues aux dédicaces de livres qu'on leur offrait ; elles créaient alors des salons, et la réputation en était faite par l'esprit, un hôte favori, qui n'y parlait pas le plus haut, mais que ménageaient les personnages les plus riches, les plus influents, les plus nobles. Depuis que l'industrie moderne et les incessantes préoccupations de la Bourse tiennent les femmes du monde en dehors de ce qu'on y fait de capital, elles ne cessent plus que dans leurs chambres à coucher d'être étrangères aux progrès de la production, et elles ne figurent plus que par calcul aux colonnes du passif, pour une consommation de luxe équivalente aux prétentions de crédit en affaires qu'affichent ainsi leurs époux. Où retrouver, je vous prie, leurs couleurs, c'est-à-dire quelque signe d'initiative, de résistance ou de médiation qui soit la leur, au milieu des lices financières où elles n'ont armé personne chevalier? Les plus ardentes, les plus fines, les moins patientes, les sensibles et les agissantes, m'apprendrez-vous à quoi elles se rattrappent dans notre société actuelle? Que la plupart de ces recrues nouvelles de la bonne compagnie aient, encore mieux que leurs devancières, l'œil sur les dépenses de l'office, sur leurs cahiers de musique, au piano et sur l'honneur de leurs maris, d'accord ; que non-seulement ces dames, mais encore ces demoiselles fassent acte de présence à tous les bals de charité et placent . même à l'envi les billets des loteries du baron Taylor, je le veux fort! Mais une autre ambition encore agite, il fout le reconnaître, les innombrables ménages des parvenus, et presque tout l'esprit des mères, avec celui des filles, y passe. Les

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moins actives s'en remuent, comme les mélancoliques y rêvent ; les impatientes s'en torturent ; les plus heureuses disent : M'y voilà!... L'idéal est pour toutes, presque sans exception, non plus un mari, mais un nom; la blonde jeune fille trouve déplorable celui que son excellente mère subit elle-même en rougissant; la veuve en a deux, au lieu d'un, qui lui inspirent la même horreur. Où trouver un titre, fût-il nu, une particule nobiliaire, ne fût-elle qu'au milieu d'un nom à compartiments, mais qui ne rappelle plus la source des flots de soie et de dentelles, ne transformant que la personne? Ancien régime ou Empire, que m'importe ! magistrature ou gabelles, qui le saura ? Mais, pour l'amour de Dieu et de ma dot, il me faut une carte de visite, et quelle n'ait plus rien de commun avec le chocolat, l'indienne, le notariat, la houille, la cote de la Bourse! Ainsi parlent, de seize à soixante, les plus enviées et les plus provocantes, entre les prétendues disponibles, et tout le reste pour elles, même l'amour, à plus forte raison la vertu, ne vient qu'après. Vocation de la particule, tu recrutes dans la bourgeoisie du temps présent un bien grand nombre de novices ! On voyait, au contraire, des princesses de naissance, à l'époque des raffinés, s'appeler sœur Madeleine ou, Marthe à Bon-Secours.

Un peu au-dessus de ce monastère, quand la duchesse d'Orléans résidait en regard, les religieuses anglaises de la rue de Charenton avaient affermé à un maraîcher un terrain, coniigu d'autre part à une vigne. Au-dessous, le sieur de Rouen, bourgeois de Paris, était propriétaire. Les bénédictines mitigées de Bon-Secours prenaient des daines en pension, et fallait-il que ces religieuses eussent bonne réputation pour qu'on leur confiât néanmoins des femmes enfermées à la requête de leurs maris, par conséquent difficiles à garder

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et qui étaient l'objet d'une surveillance à part ! Église et couvent, reconstruits par l'architecte Louis de 1770 à 1780, furent aliénés par l'État les 21 floréal an VIII et 5 brumaire an X. Richard Lenoir y organisa bientôt une filature de coton, et " c'est pourquoi son nom reste au passage voisin. Napoléon Ier, avec des membres de sa famille, se rendit à une fête chez ce grand manufacturier. — L'un et l'autre, lui dit-il, nous avons livré une rude guerre à l'industrie anglaise, mais jusqu'ici le fabricant a été plus heureux que l'empereur.

La révolution de Février et les journées de Juin 1848 avaient tellement déprécié les immeubles que Mme Ledru-Rollin, femme d'un membre du gouvernement provisoire, fit une excellente affaire, le 19 août, en se rendant adjudicataire de l'hôtel de Bon-Secours, n° 97, avec un grand terrain, et de l'hôtel Richard-Lenoir, n° 95, plus d'autres bâtiments et terrains, pour 612,500 francs. Le boulevard du Prince-Eugène, qui va passer par-là, rapportera à la propriétaire plus encore que la manufacture de papiers peints et les autres ateliers qui remplacent l'école du Commerce, qu'on y voyait sous Louis-Philippe.

Je ne m'explique guère pourquoi len° 77, dont l'édifice se délabre, est traité de la vieille Pension par les commères du quartier. Elles nous apprennent aussi vaguement que le 57, petit hôtel à façade bien sculptée, fut habité par une princesse : en tous cas, il a fait la paire originairement avec le 55, école primaire au temps du Directoire.

Qui de nous, d'ailleurs, eût deviné que la rue de Charonne était aussi orléaniste ! Ses oratoires féminins ne la purifiaient encore qu'imparfaitement des petites-maisons qui se multipliaient aux environs; mais c'est pour le Palais-royal qu'elle faisait surtout pénitence. L'hôtel Mortagne, outre qu'il

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CU

pouvait aussi être la création de Nourry, officier du prince, a relevé pour sûr du même palais. Aussi bien de plus ancienne date la seigneurie de Mortagne changeait de mains : le maréchal Goyon de Matignon, prince de Mortagne, l'avait vendue aux Loménie, et le cardinal de Richelieu l'avait acquise, après cela, pour la laisser à son petit-neveu, avec substitution au profit des nînés. Le comte de Mortagne, premier écuyer de la duchesse d'Orléans, avait acheté en 1711 une grande maison à jardin, qui n'a perdu son nom qu'en le laissant à une impasse. Mais les petits-soupers du temps de la Régence ont principalement flori pour l'ambassadeur de Portugal, locataire de Mn,e de Mortagne. La propriété mesurait alors 2166 toises. Aux religieuses anglaises de. la rue Saint-Victor appartenaient deux maisons plus bas, à l'endroit où la rue de Charonne oblique, avec une seconde porte rue de la Roquette.

L'hôtel Mortagne, cessiné par Delisle, eut pour habitant M. de Vaucanson, célèbre mécanicien, dont les Canards sont la pièce la plus connue, mais qui en créa beaucoup d'autres. Poursuivi et menacé par un groupe d'ouvriers, à Lyon, il inventait pour s'en venger, une machine avec laquelle un àne fabriquait une étoile à fleurs. Dans une intention beaucoup moins malveillante, il fournit à Marmontel, pour la première représentation de Cléopâtre, un aspic remuant, qui sifflait ens'élaucant sur le sein de l'héroïne. Malheureusement le succès du truc ne lit pas celui de la pièce. — Gomment trouvez-vous cette tragédie ? demandaiton a l'un des spectateurs. — Ma foi, je suis de l'avis de l'aspic, répondit-il.

Mort en 1782 et enterré a Sainte-Marguerite, Vaucanson avait donné son cabinet à la reine; irais les intendants du commerce réclamèrent les pièces relatives aux manufactures. Vandermonde,

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mathématicien et musicien, adopta les idées delà Révolution, qui l'avait trouvé directeur du cabinet de Vaucanson. Le Flûteur et le Joueur d'échecs passèrent alors en Allemagne, et les autres automates de la collection se dispersèrent en même temps. Quant à Vandermoude, il coopéra, en 1793, avec Bertholet et Monge, à un Avis aux ouvriers en fer, sur la composition de l'acier, par ordre du comité du Salut public, et ce factum était le résultat de longues expériences faites rue de Charonne. L'empereur logea à l'hôtel Vaucanson des peintres, qui en fursnt congédiés, à ce qu'on dit, pour cause d'inconduite, et Grégoire, artiste en son genre, mais qui travaillait sur le velours, s'y mit à la tête d'une manufacture, que visita en 1814 l'empereur d'Autriche. On y rencontre de nos jours un décorateur-ornemaniste, et très-souvent des amateurs viennent saluer, dans ce n° 51, l'ancienne demeure du grand mécanicien. Sa porte majestueuse, sa large cour et ses sculptures offrent un aspect de l'autre siècle ; il reste même une petite portion du grand jardin qui s'étendait jusqu'à la rue de la Roquette. Du côté opposé, Mme Marguerite-Thérèse Potier de Fougerais, veuve de François de Launay, sieur de la Normanderie, était propriétaire à l'angle de la rue du Faubourg- Saint-Antoine, en 1760, à la place de sa mère, Geneviève Levassor, fille et héritière de Jacques Levassor, avocat en parlement. A la maison attenait une Cour-des-Miracles, peuplée de marchands de vieille ferraille et qui avait été à André Flory, écuyer, sieur de Lessart.

Rue Chauchat. (1)

M. de Vitrolles. — La Présidente Pinon. — M. Bruyère. — Maisons Cuisinier et Davillier. — La Ferme. — MUe Chameroy.

En 1779, le vidame Jean-Joseph de la Borde, seigneur de la Ferté, conseiller-secrétaire du roi, maison et couronne, de France et de ses finances, préside à la formation d'une petite rue, dont le parrain est Jacques-Chauchat, avocat, conseiller du roi, échevin de la ville de Paris. Celui-ci se rend acquéreur du château de Becquet, à Deuil près Montmorency, sous le premier empire ; mais il n'en est que plus loin d'habiter la rue, en quelque sorte sa tilleule. Celui-là, tout au moins, y séjourne pendant quelque temps, dans ce n° 9, dont l'encoignure sur la rue de Provence s'arrondit en un agréable pavillon. M. de Vitrolles, gendre de M. de Folleville, occupe l'hôtel sous la Restauration, et combien tout Paris, lors de l'avènement de Charles X, s'étonne du silence qui se lait toutà-coup autour du nom de M. de Vitrolles, l'hôte assidu du pavillon Marsan ! Il est vrai que cet agent du prince de ïalleyrand a servi avec zèle la famille royale, lorsqu'il y avait du danger à le

(l) Notice écrite en 1858. La rue de la Grange-Batelière ne se prolongeait pas encore jusqu'à la rue Chauchat, à laquelle, d ailleurs, le prolongement de la rue Lafavette a fait perdre irois ou quatre immeubles dans le haut.

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faire ; il est vrai que tout le monde lui attribuait ensuite, sous Louis XVIII, une grande influence ultra-royaliste sur Monsieur. Oui, mais les bonnes grâces de la cour ont fini par mettre dans l'aisance le conseiller intime du comte d'Artois, et quand son prince prend le sceptre, il demande à ne plus quitter la rue Chauchat, pendant que d'autres passent ministres !

La citoyenne Le Boulanger et le citoyen Thévenin, propriétaires, obtiennent, dès 1793, l'autorisation de prolonger la rue Chauchat jusqu'à la rue Pinon, maintenant Rossini, le long des bâtiments de l'ancienne halle de l'Octroi, transformés plus tard en un temple ; mais l'exécution de ce projet n'a guère lieu qu'en l'année 1821. Plusieurs historiographes, en remontant à l'origine légale de cette rue, ont le tort d'avancer le veuvage de la présidente Pinon, née Le Boulanger, qui a repris son nom de demoiselle: son mari, le président Pinon, propriétaire de la Grange-Batelière, n'est qu'arrêté sous la Terreur, et il échappe même, à l'aide d'un déguisement, à la curée parlementaire du 20 avril 1794 ; son beau-frère, le président de Gourgues, est moins heureux, et tout le reste du grand banc de la cour sert de pâture à l'échafaud, le premier président, M. de Sarron en tête, ainsi que le doyen, M. Pasquier, père du futur chancelier de France.

C'est en 1798 que Bruyère, ingénieur des Pontset-Chaussées, se bâtit un petit hôtel sur la droite de la rue Chauchat.

Poussons une reconnaissance jusqu'au 17, qui ouvre à la fois rue Chauchat et rue de la Victoire : cet avantage n'est-il pas fait déjà pour lui mériter la confiance du corps-de-ballet de l'Opéra? Mlle Bigotini et Mme Stolz, de l'Opéra, l'ont habité. Mais des locataires moins volages ont eu accès dans

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ce petit hôtel, que s'était fait bâtir le père de M. Cuisinier, propriétaire d'à-présent, musicienamateur et Mécène des artistes. De ce nid de mélodie, au reste, rossignols et fauvettes ne se sont envolés qu'en emportant attachées à une aile maintes romances signées A. de Montis. MM. Sanson et Davillier, à côté de là, ont rajeuni une propriété dont le fond seulement date de l'ancien régime.

Du temps où le terrain de cette rue se trouvait hors de ville, il restait une ferme, encore visible au n° 18 il y a trente ans ; une masure, qui en avait dépendu, n'a même quitté que l'année dernière la cour d'une maison de la rue du Faubourg-Montmartre. Le prolongement de la rue Drouot va faire à son tour disparaître la remise du loueur de voitures qui a succédé à la ferme, du côté de la rue ChauchaL

Quant au n° 16, c'est un hôtel refait, bien que M. le baron Évain n'en ait modifié beaucoup ni les proportions ni le caractère extérieur. Wc Cliameroy, danseuse, saurait encore le reconnaître, pour avoir abrité ses amours à la fin du siècle précédent ; par exemple, elle n'aurait jamais assez de mémoire pour faire ensuite l'appel des mêmes amours. Cette jeune femme est morte en couches, à peu-près en 1802, et l'enfant qu'elle avait couru était regardé par Eugène de Beauharnais comme le sien. Quoique le Concordat, signé entre le pape et le premier-consul, fût encore tant soit peu récent, le clergé refusait d'abord à la danseuse les dernières prières de l'Église; mais le beau-fils de Napoléon lit gronder vicaires et curé, à cause de leurs hésitations, et le service funèbre se célébra au couvent dés Filles-Saint-Thomas. Mlle Chameroy, il n'en faut pas douter, était une bonne fille : elle demandait pour

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donner. Béranger n'avait qu'elle en vue en composant une jolie chanson sous le titre de La Sœur grise et la Danseuse ; il y faisait dire à la pécheresse :

Avec le prix d'une caresse Souvent j'ai sauvé la vertu !

Rues Château-LancEon et Chaudron. (1)

— Qu'avez-vous vu, cher monsieur Rousseau, dans cet ancien chemin des Potences, converti en rue Chàteau-Landon, dont le premier nom contribuait sans doute, avec le voisinage de Montfaucon, à éloigner les gens qui pouvaient craindre que dame Justice leur y assignât rendezvous ? M'est avis que tous les habitants de pareille avenue devaient être de fort honnêtes gens.

— On y trouve peu de maisons neuves et peu d'anciennes ; mais des garnis y sentent toujours le chanvre, en ce qu'une corde tient lieu d'oreillers ^ux lits de leurs chambrées. Trois ou quatre

t masures datent sans doute de l'époque où la rue n'était encore qu'un chemin. J'y ai heureusement découvert l'origine du nom qui reste. Chûteau- Landon n'était ni un village, ni un nom de famille, comme l'ont cru certains chroniqueurs ; c'était tout bonnement un castel, construit pour quelque sieur Landon, sous Louis XIV, puis quelque temps maison de campagne de la congrégation de Saint-Lazare. Au n° 39 se retrouve cet ancien lieu de plaisance ; le jardin du 41 en dépendait évidemment, ainsi que des terrains assez considérables par-derrière.

— Maintenant, ô consciencieux explorateur, rendez-moi compte, je vous prie, de vos découvertes rue Chaudron. La Tynna prétend qu'une enseigne de chaudronnier, placée à l'angle de la rue Chateau-Landon, a valu sa dénomination à

(1) Notice écrite en 1858.

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