RUE CHARLEMAGNE, ETC
se donnent pour d'anciennes dépendances du prétendu séjour de la reine Blanche. Mais des prêtres de l'église Saint-Paul, démolie sous la République, ont tellement habité la rue qu'on l'en a dite longtemps des Prêtres-Saint-Paul. Les deux premières maisons qu'ils y trouvaient à droite en venant de la rue Saint-Paul appartenaient à la fabrique de leur église ; les trois d'en face, aux hospitalières de Saint-Gervais.
Le fanatique athée Naigeon a pourtant demeuré dans la petite rue Neuve-Saint-Anastase, originairement ruelle Saint-Paul, qui donne dans l'ancienne rue des Prêtres1: ce disciple de Diderot, auteur d'un Dictionnaire de Philosophie, a édité des opuscules du baron d'Holbach. Du côté droit de la ruelle formant équerre, les susdites religieuses étaient propriétaires de ce qui donnait aussi rue Saint-Antoine.
Ilue Chariot. (i)
Chariot. — Michel Sigeon. — Les Cambis et les Sourdis. — Les Gruyyi. — Les Capucins. —
M. de Brévannes. Nestor Roqueplan. — Le
Coadjuteur. — M. de Charnacé. — M. Debelleyme. — M. de Turmcnies. — Autres Nobles et autres Vilains. — Les Polignac et les Colt-ert. — Les Bertin. — Les Pâtés d Anguilles. — Sebastien Cramoisy. — Van Robais. — Bayard. — L'Oculiste. — Mm de Lamotte. — M. de Mascarani. — Noces, Festins, Parties fines.
De la rue Chariot, qu'on a dite aussi d'An^oumois, font partie depuis 1851 celles deBerri et d'Orléans, qui s'étaient ouvertes comme elle en l'année 1626. La Tynna dit, en son Dictionnaire des Rues de Paris, que des maisons bâties pour Claude Chariot, paysan languedocien qui était devenu un riche financier, l'impatronisèrent dans sa rue. Ce traitant, adjudicataire des gabelles et des cinq grosses Termes, acheta en Guyenne la terre de Fronsac, titre d'un duché créé par Henri IV pour le comte de Saint-Paul, de la maison d'Orléans-Lon^ut'villc, et qui passa plus tard dans celle de Richelieu. Nous retrouvons, d'ailleurs, au financier du Marais deux parents : Joseph Chariot, seigneur de Prinzé, conseiller au Chàtelet, échevin de la ville de 1638 à 1637, sous la prévôté de Michel Maureau, et Pierre Chariot, échevin trente-quatre années plus tard. Il est assez probable que le paysan parvenu a spéculé sur le terrain de beaucoup des hôtels
(1) Notice écrite en 1858.
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dont nous allons parler; mais il aurait eu pour associé Michel Sigeon, à qui le grand-prieur de France avait accensé un quartier de la culture du Temple: aucun Chariot ne ligure que nous sachions dans les actes relatifs a cette opération considérable, qui remonte à l'année 1608.
Le n° 3 appartenait, dès la fin du règne de Louis XV, à un fabricant d'étoffes, et un avocat, M. Hutin, en disposait avant 89 ; toutefois cette propriété, dite Verheyen, avait dépendu d'un multiple hôtel Montmorency, gigantesque corps démembré au xvic siècle et dont cette côte avait été tirée pour former l'hôtel de Sourdis. L'impasse de Sourdis, ancienne ruelle qui a relié, en décrivant un angle droit, la rue d'Anjou à celle d'Orléans, sépare encore le 3 du 5, autre survivance du séjour des Sourdis, dont le crédit n'avait été que rafraîchi par Gabrielle d'Estrées, nièce d'une marquise de Sourdis, qui était née Babou de la Bourdaisière. René d'Escoubleau de Sourdis, capitaine de 50 hommes d'armes, s'était jeté dans la ville de Melun, que sa bravoure avait gardée à Henri III, qui lui en avait su gré; il avait épousé Anne de Rostaing, et de ce lit étaient sortis les grands propriétaires dont nous parlons. La môme famille a donné deux évêques de Bordeaux, dont l'un portait la pourpre.
M. Gruyn, qui se rendit possesseur du second des deux hôtels Sourdis, était sans doute Charles Gruyn, sieur des Bordes, fils d'un cabaretier enrichi a la Pomme de-Pin. Or il se débitait précisément du vin à cette enseigne dans la rue d'Orléans en 1691. Le marquis Villeron de Cambis, lieutenantgénéral et ambassadeur en Angleterre, épousa quand môme MllP Nicole Gruyn, fille d'un garde du Trésor royal, et elle eut pour second mari La Vieuville, marquis du Saint-Chamans. Un fils du premier lit fut ou moins maréchal-de-camp et vendit en 1766 à Julie Derbais, épouse non commune
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en biens de Langlois, ancien intendant des finances, non-seulement cette propriété, mais encore le n° 8, petit hôtel Cambis, sur la ligne duquel la première maison de la rue appartenait à Legrand, fabricant d'étoffes de soie rehaussées d'or et d'argent. Les Cambis, tout en servant dans les armées, avaient une bibliothèque et cultivaient les lettres : la baronne d'Aigremont, née Cambis, leur en avait donné l'exemple au xvi° siècle.
La rue n'était encore qu'en projet quand les capucins du Marais s'y établirent, sous Louis XIII, à la place d'un jeu-de-paume, et l'église Sainl- François, qui était la leur, nous dit où. L'établissement avait pour fondateurs, avec le capucin Athanase Molé, qui était frère de Mathieu Molé, procureur-général, puis premier-président, puis gardc-des-sceaux, le duc d'Elbeuf et Regnault, quartinier de la ville. Mais le jeu-de-paume ne leur suffisant pas, les pères à deux reprises rachetèrent du terrain h côté; les trois propriétaires qu'ils remplaçaient étaient Glozier de Juvigny, gentilhomme de la chambre, le marquis de Bournonville et le sieur Matice. On les reconnaissait de loin à leur longue barbe, au capuchon pointu de leur manteau. Sous Louis XVI, leur père temporel était Mahiou, conseiller du roi ; leur sacristain, Louis de Bapaume, et le gardien du couvent avait nom Emmanuel de Douay : ers trois représentants renouvelaient, sans se douter que cela se fît pour la dernière fois, la reconnaissance du droit de cens a la Commanderie du Temple.
En vertu d'un arrêt de la cour dos Aides, rendu en l'an 1634 contre Nicolas t de Villantrois, Claude Corneille, secrétaire d'État, entrait en possession du 7, dont la paroisse était Saint- Jean-en-Grève, et qui passait plus tard de Pariot, procureur-général au parlement de Rouen, à Le
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Pileur de Brévannes, conseiller au parlement de Paris. Après l'hôtel Brévannes venait l'ancien hôtel de Retz, où Nestor Roqueplan, dont les yeux s'y sont ouverts à la lumière, croit avoir eu pour prédécesseurs le célèbre chef de parti et d'autres Gondi de Retz. Le fait est qu'au moment où le rétablissement de l'ordre, après les troubles de la Fronde, n'empêchait pas le cardinal de Retz d'être arrêté, l'hôtel s'appelait comme lui, et que la résidence de Pierre de Gondi, duc de Retz, et de Beaupréau, pair-de-France, n'y fait pas doute. François-Emmanuel de Bonne de Gréqui, duc de Lesdiguières et de Retz, le laissait en l'année 1678 à Lecamus de Bligny, premier-président, auquel succéda le marquis de Bligny, maréchal-de-camp, dont le fils, capitaine aux gardes, vendit en 1750 a Brion, marquis de Marolles. Après le fils de ce dernier vint la famille de Gharnaeé, le règne de Louis XVI finissant. Dès-lors était fermée la ruelle du Maine, sur laquelle cette maison et les suivantes avaient une seconde issue, et qui donnait sur la ruelle de Sourdis.
En la rue manufacturière dont le passé nous préoccupe, les magistrats ne manquaient pas, avant la Révolution ; dans leurs robes ont été taillées des tabliers en plus grand nombre. Toutefois elle a conservé pour habitant jusqu'en 1848 le président du tribunal civil de la Seine, M. Debelleyme. Pas une porte qui ne fût ouverte, entre la voie publique et le cabinet du magistrat, pour si peu qu'il eût à donner une signature ! Des vraies audiences se tenaient donc au 10, succursale de la lte Chambre. Cette maison de verre n'en fut pas moins investie un jour de guerre civile, en juin 1848 ; des plaideurs, qui gardaient rancune d'une ordonnance de référé, introduisaient l'instance de l'émeute chez le président, qui se trouvait alors au Palais, et cette circonstance fut un rappel au
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devoir : les plus menaçants vauriens reculaient devant le viol du domicile d'un absent qu'ils auraient été certainement les premiers à aborder sans le saluer. L'hôtel, du reste, a vu passer plus d'une révolution, et la sérénité plus que séculaire de ses êtres paraît n'en avoir pas souffert. Son jardin, sa cour vaste, ses salons décorés de peintures et dorés étaient au service de 'M. Leleu, l'un des conseillers du roi Louis XV et son avocat au bureau des finances. M. de Turménies, garde du Trésor royal, plein d'esprit et d'usage du . monde, avait eu la maison auparavant.
Presque en face, que trouvons-nous? Une propriété que ïhouin, jardinier en chef du jardin du roi, tenait des filles de Monclieny, qui l'avait établie à la fin du xvnfi siècle. Au même temps remonte l'occupation de l'hôtel contigu à la maison Debelleyme par Mesliand, conseiller au parlement, prédécesseur ou successeur de Bruno, comte d'Agay, intendant de justice, police et finances d'Amiens; Claude Lecomte, trésorier de France, en avait joui antérieurement, et Guillaume Brossier, trésoriergénéral de l'Extraordinaire des guerres, pas plus tard qu'en l'année 1646. Quoi de la maison suivante, qui fait le coin de la rue de Poitou? Jamais sa porte n'a été carrossable; mais une jolie rampe de 1er battu se retrouve dans son escalier, et Boula de Montgodefroy, contemporain de M. d'Agay, en descendait, lorsqu'il allait siéger en parlement.
La porte cintrée du 24 replie ses deux battants sur un ancien hôtel, occupé par le maréchal marquis de Pérignon en 1815, par l'avocat Manuby du temps de M. Boula, et bâti pour Robeit Godefroy, receveur-général des finances de Picardie dès l'année 1610 ou 1615. Car un certain nombre de maisons s'élevaient aussi dans cette portion de la rue Chariot avant même qu'elle portât légale-
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ment sa dénomination de rue de Berri. L'une de celles qui s'alignaient plus haut avec la maison Godefroy avait été au comte de Villars et bâtie par un sieur Rousseau, cessionnaire de Michel Sigeon.
Ne remarquez-vous pas, un peu plus loin sur la même ligne, un hôtel dont la porte cintrée, répondant au chiffre 28, est du temps de la Fronde, et à l'ombre duquel un petit jardin se dissimule ? Dans la seconde moitié du siècle xvn, Robinot de Bérancourt disposait de cette propriété, qui était, soixante ans plus tard, au président De la Garde, père de la marquise de Polignac. Aussi bien le poëte saint Sidoine Apollinaire parle déjà, au ve siècle, du château seigneurial des Polignac dans le Vélay, comme de sa maison paternelle ; il en résulte qu'au xvme Apollinaire de Polignac, évêque de Meaux, premier aumônier de la reine, honore dans saint Sidoine un de ses grands-oncles. L'aumônier de la reine, le marquis de Sainte-Hermine, gentilhomme d'honneur du comte d'Artois, ainsi que- sa femme, née Polignac, et la marquise de Balincourt, née aussi Polignac, comme héritiers de Mlle de la Garde, épouse du marquis de Polignac, premier écuyer du comte d'Artois, vendent l'hôtel à Brillon de Saint-Cyr, maître-des-comptes.
Non loin de là, mais sur l'autre côté de la voie, ont eu pignon, dans des proportions plus modestes, Robineau d'Ennemont, substitut du procureurgénéral, et De la Noue, valet de garde-robe de Louis XVI. Un autre immeuble, le 21, qui, sous le rapport de l'âge, ne le cède pas à la rue, a servi de résidence aux Colbert, comtes de Maulevrier, qui l'avaient reçu d'un oncle, nommé Martin Plufort, lequel avait traité, quatre mois avant de mourir, en l'année 1672, de deux maisons pour les fondre en une seule : la vie de leur parent, l'illustre ministre de Louis XIV, s'est prolongée
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cinq ans de plus que celle de Martin Plufort.
Le jardin de cette habitation a fraternisé parderrière avec celui de l'hôtel Bèrtin, qui, tout en étant de la rue d'Anjou, comportait sur celle de Berri quatre maisons avec une seule porte, en 17G0. Les bureaux s'y tenaient des Parties- Casuelles, dont Bertin gardait le trésor, et il avait le salon des plus hospitaliers. En amour même ce financier ne négligeait pas le casuel, bien qu'il eût pour maîtresse à demeure M"'' Hus, de la Comédie-Française, dont le mobilier coûtait 500,000 livres. Il .tenait la propriété de Bertin de Blagny, son prédécesseur aux Casuelles, qui l'avait achetée presque toute en 1640 de Lefèvre, trésorier-général de la maison de la reine. Le même bien avait appartenu a une Lefèvre, femme de Philippe de la Vieuville, grand-aiidieiicier de France; à Bautru, marquis dcNogent, et originairement a Jean Colon, conseiller au parlement. Toutefois, sur une place de même provenance, trois bâtiments donnant en notre rue se sont édifiés au commencement du xvue siècle pour François Barbon, payeur derentes de l'Hôtel-de-Ville.
Les n08 31 et 33 ne font qu'un dans le principe, puis se trouvent divisés en trois* au-corpsde-logis principal on arrive alors par l'avenue qui sépare l'une de l'autre deux moindres constructions par-devant, et Chuppin, trésorier-général du Marc-d'Or des ordres du roi, en jouit personnellement vers 1750. L'avocat Ghaulotte ly a précédé. Une porte du marché des Enfants-Bouges est tout près.
Annonce insérée dans le Livre commode en 1692 :
« Le sieur Grand'jean, raaître-pàtissier de Melun, connu par ses excellents pâtés d'aDguilles, en fait des envois en province. Le prix est depuis 12 livres jusqu'à
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48. Il faut s'adresser à lui rue des Oignons à Melun, ou au sieur Jamineau, rôtisseur, rue de Berri au Marais. »
Propriétaire alors un peu avant la rue de Bretagne : Sigot. L'une des encoignures de ladite a fait partie d'un terrain vendu en 1610 par Sigeon à l'imprimeur Sébastien Gramoisy. Depuis 1687 la fille de Lenoir, trésorier de France à Gaen, est veuve du président Maupeou, qui a remplacé au n° 50 Jean de l'Écluse, trésorier de l'Extraordinaire; elle garde la maison jusqu'en 1714. Puis la veuve de Gomont, conseiHer aux Aides, Puisieux, Despériers de Fresne, Gazalis, écuyer du petit-commun du roi, et Rolland de Juvigny y parlent successivement en maîtres. Près de la présidente et de son temps, Jean- Frédéric Douin de Vaudreuil, vicomte de Linze, est propriétaire, sans y vivre. Mais la maison de qualité qui suit était double en 1633 pour Jean de Montreuil ; elle abrite en 1780 Salomon Van Robais, qui a fondé la manufacture royale de draps d'Abbeville.
Saluons encore le 58 et le 60, comme si l'on avait absolument raison d'y voir l'ancien séjour du chevalier Bayard. Après cette accolade courtoise, ouvrons la lice à quelques dates qui ne donneront sans doute pas sans étonnement l'une contre l'autre. N'est-ce pas sous Charles VIII, Louis XII et François Ier que le titre de chevalier sans peur et sans reproche fut glorieusement gagné par Pierre du Terrail, dit Bayard comme une terre qu'il possédait en Dauphiné? Or le Terrier delà Commanderie du Temple constate que Sigeon, deux ans avant la mort de Henri IV, prit à cens le terrain sur lequel s'érigea l'immense hôtel dont nous parlons, régnant d'abord jusqu'à la rue de Bretagne et qui avait alors trois portes, trois corps-de-bâtiment, aux ordres de Millot, secrétaire
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de la chambre du roi, et de Durey de Sauroy, trésorier à l'Extraordinaire des guerres, qui, par suite d'arrangements de famille, s'appela du Terrail, comme sa mère, proche du chevalier Bayard. De là vient toute la confusion. Les hoirs du trésorier furent, au milieu du xvin0 siècle, Marie Durey de Sauroy, femme de Timoléon duc de Cossé, et Joseph Durey de Sauroy, marquis du Terrail, maréchal-de-camp et auteur de plusieurs romans. Celui-ci avait épousé Mme de Crussol d'Uzès de Montausier ; il fonda avec elle un prix annuel à l'académie de Dijon et il fit jouer des pièces de sa façon sur le théâtre privé de «on château, à Épinay. Le marquis laissa la propriété de la rue Chariot â son neveu, le duc de Cossé-Brissac, gouverneur de Paris, qui eut pour acquéreur, en 1775, le baron de Wenzel, déjà propriétaire de la maison qui vient après. C'est ainsi que l'hôtel Bayard, comme on l'appelle dans le quartier, n'est qualifié que Sauroy dans les actes. Mais combien peu de traces a conservées cette demeure du séjour de ses premiers hôtes ! M. Durand, ancien notaire, a depuis marqué son passage au n° 58 en faisant racler les dorures, bijoux domestiques sur lesquels on perd plus encore que sur les bagues renvoyées à la fonte. Aux peintures, qui ne pouvaient s'enlever, il semble que ce propriétaire en ait voulu, tant elles sont dénaturées ! Aussi que reste-t-il ? Des murs, une pièce à panneaux sculptés, les boiseries d'une chambre à coucher et puis un balcon de pierre, qui domine une portion de jardin affectée aux ébats d'une pension de demoiselles.
Quant au baron du Saint-Empire Michel Wenzel, il était oculiste de LL. MM. impériales et britanniques; il exerçait son art, n° 62, dans un édifice digne de sa clientèle étrangère et acheté de la marquise des Réaulx; cette dame se l'était fait adjuger en vertu d'un décret poursuivi sur
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les héritiers du colonel de Bragelogne en 1763. Jusque-là l'origine est aristocratique et justifie le luxe d'une rampe de fer, que porte crânement l'escalier, comme les maîtres portaient l'épée du gentilhomme. Il n'en est pas moins vrai que Gaultier, maître-perruquier, avait vendu au colonel le tiers ou le quart de ce bien de ville. Au surplus, combien de maisons avaient, d'un hôtel à l'autre, pour détenteurs des marchands et des artisans! Près des rues de Bretagne et de Normandie, la rue Chariot donnait droit de bourgeoisie à Huyot, menuisier, à Dezègre, ancien marbrier, à un liquoriste de la rue Saint-Antoine et à, un marchand-de-vin de la rue des Martyrs, acquéreur du marquis de Sourdis. Sébastien Cramoisy n'y avait élevé des constructions que pour les revendre, comme le font des spéculateurs chaque fois qu'une voie nouvelle se livre à la circulation. Les affaires , démocratisaient ainsi la propriété, la bourgeoisie n'étant que l'élite du peuple, bien avant la révolution de 89!
Richer, maçon, avait construit à ses risques et périls, dès 1614, deux maisons contiguës, un peu avant la rue de Forez ; la plus petite était cédée plus tard par Triperet, trésorier-général de la police, à Bernier, échevin, qui la transmettait aux Boulogne, maîtres-maçons, puis architectes ; la plus grande avait eu de même pour détenteur Raimond d'Albert, lieutenant-de-police. Dans le n° 57 voyons l'hôtel Boulainvilliers, où fut généreusement recueillie une jeune fille, qui descendait de la maison royale de Valois, par un fils naturel de Henri II, et qui devint Mme de Lamotte. La marquise de Boulainvilliers, femme du prévôt-de-Paris, en prenant sous sa protection une enfant que ses parents avaient abandonnée, était loin de prévoir la triste célébrité que l'affaire du Collier de la reine vaudrait à sa protégée.
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Au-delà de la rue de Forez, une grande maison était donnée à l'Hôtel-Dieu en 1662 par Jacques Josse, conseiller du roi, lieutenant au Grenier-àsel ; néanmoins elle appartenait dans le siècle suivant à J. B. Léger Truitie de Vaucresson, officier supérieur. Était-elle ou n'était-elle pas le susdit hôtel Boulainvilliers ?
En 1695, pour faire place à la rue de Vendôme et au Boulevard, appelé le nouveau Cours, ainsi que pour prolonger la rue Chariot de ce côté, un échange de terrain se consentit entre : le grand-prieur de France et les religieux du Temple, d'une part; les prévôt et échevins de la ville et Mlle Le Trolleur, d'autre part. Claude Bosc, seigneur d'Ivry-sur-Seine et prévôt-des-marchands, donna d'abord son nom au bout de rue. Sur ce point, deux hôtels appartenant à Jean-Baptiste Beausire et à sa femme, née Le Trolleur, avaient un jardin eu commun et payaient le cens, non plus au commandeur du Temple, mais au chapitre de Sainte- Opportune. Une de ces grandes maisons porte présentement le n° 83; Gabriel Desègre en traita avec Beausire; Fargesse avec Desègre, et le marquis de Mascarani avec Fargesse en 1750. Riche personnage, n'en douiez pas, que messire François-Marie de Mascarany, marquis de Paroy, président en la cour des Comptes au milieu du xvine siècle! Il avait acheté 325,000 livres au prince de Carignan la seigneurie de Chàteau- Chinon, et la valeur de cette terre, érigée en comté, triplait entre ses mains. L'autre maison, celle qui a fait place à de modernes bâtisses, fut acquise par Malo, seigneur de Sérizy et conseiller au parlement.
Le restaurant Bonvalet, à l'angle du Boulevard, n'était encore qu'un petit cabaret en 1830. Le Gadran-Blèu, à l'autre coin, datait du siècle précédent; cet établissement mémorable de Lebaigue,
RUE CHARLOT
successeur d'Henneveu et prédécesseur de Bancelin, n'en avait pas moins commencé par être bouchon à bière dans une maisonnette à M. delà Vieuville, censive de Sainte-Opportune. La réputation de ton crû bordelais, ô Chariot, seigneur de Fronsac, n'était pas encore venue jusqu'en ta rue.
Rue Chanoinesse. (1)
Dans quel chapitre de chanoines elle fut prébendée et comment s amortit son bénéfice.
Pour éviter quelques redites, conseillons d'abord au lecteur de recourir à la monographie de la rue Basse-des-Ursins, avec laquelle des maisons à deux portes marient la rue Chanoinesse : elles font deux lits, il est vrai, mais assez bon ménage pour qu'ils se touchent ! Le cloître Notre-Dame formait comme une autre île, comme une autre cité du moins, dans l'île de la Cité. Outre que ses rues demeuraient à la charge de MM. du chapitre, quant aux boues et lanternes, la censive des chanoines qui en possédaient les maisons s'étendait à 38 rues ; la censive de l'archevêque de Paris, en sa qualité de chef du diocèse, a 500 rues, et comme prieur de Saint-Éloi à 59. Le bailli du Palais-de-Justice n'exerçait de semblables droits qu'en 8 rues, hors du Palais. La juridiction de l'archevêque ne se bornait, d'ailleurs, pas à l'Otlicialité, justice diocésaine, dont tout le tribunal se composait d'un oflicier, d'un promoteur et d'un greffier ; il y eut aussi la Temporalité, dont le juge, exerçant au nom du même prélat, connaissait des appellations des sentences rendues en matière civile par les officiers des justices des terres de l'Archevêché. Au débouché de la rue Chanoinesse sur celle de la Colombe, la porte des Marmouzets servait d'entrée primitivement au cloître, qui, au
(1) Notice écrite en 1858.
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surplus, se fermait le soir, de chaque côté, la veille encore de l'ouverture de l'Assemblée nationale, dont la première séance était tenue à l'archevêché. Grâce à un bref de Benoît VII, confirmé par lettres-patentes du roi Lothaire vers l'an 980, les maisons canoniales pouvaient être vendues par les chanoines à l'un de leurs collègues ; le droit d'en disposer a été étendu à toutes les classes d'héritiers et d'acquéreurs par la loi du 24 juillet 1790 sur le traitement du clergé (art. 27), à charge pour les détenteurs de payer au Domaine national, entre les mains du receveur du district, le sixième de la valeur des immeubles, suivant l'estimation qui en serait faite.
La chapelle Saint-Aignan, dont nous avons déjà parlé, dissimule ses restes au n° 26 sur la rue Ghanoinesse. Elle est gothique ; les débris s'en négligent, nos antiquités nationales passant bien après les romaines. Que ne s'agit-il d'un fragment de borne milliaire ! la conservation officielle en serait requise par l'archéologie, qui en ferait un petit monument. Saint-Aignan était l'une des 52 églises que l'on comptait dans la Cité; on y disait secrètement la messe pendant la Révolution, qui avait converti la cathédrale en un magasin de tonneaux.
Une façade à large seuil cintré sépare cet immeuble d'une autre propriété, dont la porte d'entrée est ferrée de grosses têtes de clous. Encore une médaille dont la rue parallèle a le revers ! Cette maison à deux façades, qui a été peu de temps divisée, Louis Augustin Viet, chanoine, la cédait, par acte passé le 2 prairial an m chez Me Dosne, moyennant 100,000 livres en assignats, au citoyen Ambroise Séjourné ; le vendeur tenait la maison de son propre frère, Pierre- Bernard Viet, aussi chanoine, suivant conditions stipulées entre eux et agréées par le chapitre de
RUE CHANOINESSE
l'église de Paris aux termes d'un acte capitulaire du 6 avril 1785.
Le même Séjourné achetait dans la même étude, le 28 vendémiaire an v, l'hôtel voisin, dont l'adresse alors se donnait : Cloître Notre-Dame, n° 21, et où nous retrouvons deux escaliers à balustres de chêne. Dans un appartement qu'a occupé, en ces dernières années, l'abbé Montes, aumônier-général des prisons, figurent, au premier étage, des boiseries avec encadrements, cinq dessus-de-portes peints à l'huile, emblèmes des arts libéraux, et des glaces surmontées d'attributs dorés en relief, tels que triangles, livres, serpents. Des ornements du même style décoraient le rez-de-chaussée, habité depuis 1792' jusqu'au règne de Charles X par Bouilly de Dorée, ancien procureur, puis avoué. Cette propriété est encore à la disposition du petitneveu de M. Séjourné, qui l'avait prise des héritiers Radix. Le chanoine Jacques-Louis-Radix, conseillerclerc au parlement, la possédait lui-même en vertu d'une délibération capitulaire du 17 mai 1 77(>, pièce en latin constatant que Devienne, chanoine, s'était démis en laveur de Radix, autorisé a jouir de la maison sa vie durant, ou jusqu'à ce qu'il fût promu à un évêché. Parmi les hoirs de ce dernier, nous remarquons Marie-Charles Radix, veuve de Jean-Baptiste Talon, mort conseiller au parlement en 1772, et elle avait pour enfants : 1° Antoine-Omer Talon, qui avait émigré, et dont, par conséquent, la part héréditaire revenait au Domaine, duquel l'avait rachetée un autre membre de la famille; 2° Marie-Geneviève Talon, épouse divorcée du ci-devant marquis de Villaines, exempt des gardes-du-corps; 3° Marie-Victoire Talon, mariée au ci-devant marquis d'Escorches de Sainte Croix, enseigne aux gardes-françaises. Parmi les ayantdroits du défunt chanoine figurait aussi un de ses frères, Claude-Maximilien Radix de Sainte-Foix,
RUE CHANOINESSE
ancien ministre plénipotentiaire de Louis XVI près du prince de Deux-Ponts, et l'émigré Malbec, un de ses neveux.
En remontant à l'origine de cette propriété Radix, ne trouverions-nous pas qu'elle n'en a fait qu'une avec le vieux manoir qui répond au 18, côté de la rue Chanoinesse, et que nous avons vu au 9 dans la rue Basse-des-Ursins ?
Le 16 se rapporte à cette résidence de Racine que nous avons restituée soigneusement à la même rue inférieure.
Le plus ancien corps-de-logis du 10, qu'on a remis à neuf, passe pour avoir servi de séjour au vindicatif chanoine Fulbert, oncle d'Hélôïse. Le revenu cessa d'en être une prébende ecclésiastique lorsque l'immeuble fit retour à la Nation, substituée au chapitre, et il en était de même pour tous les immeubles du cloître, qui n'avait reçu jusque-là qu'à titre de locataires les laïques. Dans celui où nous en sommes le receveur des Consignations avait son bureau sous l'ancien régime. Ramet, ministre des finances, le fit mettre aux enchères, l'an vi, en vertu d'un arrêté pris par le Directoire exécutif.
M. de Saint-Marsault, préfet de Seine-et-Oise, dispose du 8, qui d'ancien hôtel de chanoine est devenu le siège de l'état-major des pompiers.
De l'autre côté de cette rue, qui n'est pas toujours aussi large que la porte de ses hôtels, le 19 a dans ses titres de propriété jusqu'à un édit de Ghaiiemagne, qui accorde des immunités à tous les habitants du cloître. Des vignes y grimpent sur les murs ; une rampe de fer, jusqu'à l'ancien logement de l'abbé Gatignon. L'immeuble est dans la même famille depuis 1808.
Dans un renfoncement voici le 17, qui, comme
RUE CHANOINESSE
tous les numéros dont nous venons de parler, a pu être l'une des malsons capitulaires dont le cardinal de Retz fit son quartier-général, en y rassemblant ses amis pour les opposer aux partisans de Mazarin ; mais de ce bien de main-morte canonial nous ne savons pertinemment rien d'antérieur aux dispositions légales qui l'ont émancipé en 1790.
Rue des Chantres, (i)
AbéJard, HéloïVe habitèrent ces lieux :
alexandrin naguère inscrit sur la muraille rue des Chantres, n"l. La maison ayant été refaite eu 1849, cette légende figure encore sur sa façade, mais du côté du quai Napoléon. On lisait, de plus, à l'intérieur :
Abélard, Héloïse, 1118,
et quel curieux ne sentait pas son cœur battre en franchissant les degrés de l'escalier en spirale au pied duquel les deux amants avaient échangé leurs adieux ! Muet témoin de leurs embrassements, une porte est encore la même n°2. On ne l'ouvre plus, et c'est depuis longtemps qu'elle paraît condamnée, comme si la jalousie en avait poussé les verroux quand l'autre embrasure encadrait le couple, qui devait à l'amour de la trouver encore trop large ! Deux petits supports en pierre flanquent celle-ci, et la sculpture en date de sept siècles : piédestaux de statuettes qui ont bien l'air d'attendre Héloïse et Abélard ! Dans le fait, un pont a longtemps mis en communication avec le bâtiment qui n'est plus celui qui reste, mais qui prend ouverture sur la rue Basse-des-Ursins. Un petit jardin, du côté de la rivière, bordait la maison démolie, où se trouvait, dit-on, sur un des pas de vis de l'escalier, le cabinet de travail d'Héloïse. Aux livres qui n'y manquaient pas
(1) Notice écrite en 185S.