‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 66 sur 66 · RUE DU CHEMIN-VERT · texte numérisé non relu

RUE DU CHEMIN-VERT

milieu de la rue, s'appelle présentement le 27 ou le 31, si ce n'est même l'un et l'autre. Le premier de ces numéros peut-il compter ? Les trois bicoques qui s'y groupent, dans un délabrement si pittoresque, sont bariolées et rapiécetées ; mais les trous reparaissent sous les raccords, et les taches sous le rouge, le vert, le jaune et le bleu dont s'est essuyé au passage quelque pinceau de peintre en bâtiment. 0 chcàteau de la gueuserie, ô seigneurie de la misère, avec des loques çà et là pour girouette, n'es-tu pas un relais aposté, sur le chemin de la prison, pour des voyageurs habitués k coucher à la belle étoile? L'autre immeuble, au contraire, comporte une grande cour, flanquée de deux petits pavillons, dont les dépendances allaient loin ; le chantier qui s'y rattache fut un jardin. Voilà bien un ancien logis d'échevin! Lorsque la fille Desjardins, déchue de toutes les manières, finissait misérablement à une portée de mousquet de cette maison de campagne, Jean-Denis Levé, échevin, en jouissait; la rue s'appelait alors rue Verte et chemin Vert, ad libitum, après avoir porté un siècle auparavant la dénomination de ruelle qui-va-à-Popincourt, et dans le principe celle de ruelle des Neul-Arpens, provenant de ce qu'elle s'était ouverte sur un terrain de cette contenance, dit la culture de Saint-Éloi. Messire Levé, par son crédit, fit prolonger la voie jusqu'au Rempart, en correspondance avec celle du Pas-de-la-Mule, et servit de parrain au nouveau bout de rue, de son vivant. De son hôtel était propriétaire, sous Charles X, un autre magistrat municipal, M. Moufïle, maire du VIIL arrondissement.

Sur la même ligne, à partir du Boulevard, champs ou maisons étaient, en 1782, à des particuliers nommés Corps, Chaise, de Monthodouin, de Moulin, de Baudin, veuve de Monfils, veuve Joyeux, Guichard, Baboin et Fréret d'Héricourt.

La rue ci le Pa»$sa^c Clioiseiil. ([)

Les Ferriol et les Choiseul. ~ Les Domaines. — La Petite- M ais(m. — La C^''''" de Lamassaye. — y¥'"« VAmirale Bruéys. — La Maison Delisle. — Lafarge. —Le M" de Chalabre. — M. de Sartines. — Oberhampf. — MM. Mallet. — Le Cercle des Arts. — M"'<' de Boufflers

Le plan dédié en 1739 à M. Turgot, prévôt des marchands, marque distinclemenl, l'hôtel Ferriol, en façade sur la rue Neuve-Saint-Augustin; les auteurs de cette immense carte de' Paris ignorent alors que, depuis neuf années, M. Ferriol, beau-frère du cardinal de Tencin, frère d'un ambassadeur k Conslantinople, s'est entendu avec ses deux tlls, Antoine Ferriol, sieur de Pont-de- Vesle, ci-devant lecteur du roi, et Charles-Augustin de Ferriol, sieur d'Argental, conseiller au parlement, poui- transi)orter l'iiôtel à la tamille du marquis ou comte Gabriel-Florens de Choiseul- Beaupré. C'est la veuve de M. de Choiseul-Beaupré, née Marie-Françoise Lallemant de Betz, qui conjointement avec le comte son hls. dit M. de Choiseul- Goufller, obtient, eu 1776, l'autorisation d'ouvrir, sur les jardins de cette résidence, allant jusqu'au Rempart, une impasse, allongée en rue ti'oisans plus tard.

(1) Notice écrite en 1858. J,:i rue qu'eJle iirend pour objectif a plus réeemraint contribue, par des sacnlices immobiliers, et surtout du côté des chiflres impairs, tant au percement de la rue du Dix-Décembre qu'au prolongement de celle Monsigny.

En 1786, le susdit créateur de la rue de Choiseul y vend à Louis XVI une vaste propriété, h l'angle de la rue Neuve-Saint-Augustin ; on en fait le siège administratif des Aides-et-Gabelles, qui devient ensuite l'iiôtel de l'Enregistrement-et-des- Domaines. Ainsi, au commencement de l'Empire, M. Duchâtel, directeur de l'enregistrement, est domicilié au premier étage du n" 2, rue de Choiseul, et les bureaux de son administration remplissent les deux maisons suivantes. Au mois d'avril 1830, l'État vend la totalité, qu'il a divisée en trois lots. N'y reste-t-il absolument que le terrain qui provienne de l'ancien hôtel Ferriol ? L'autre côté de la rue en a gardé, du moins, un corps-de-bâtiment, que nous revoyons n" 3, et qui appartenait à la comtesse de Choiseul en 1780, puis à un avoué retiré, M. Paris de Lamaury, sous Charles X. Le fils d'un tailleur enrichi dispose de cet immeuble, où demeure un avocat d'élite, M. Boinvilliers.

Aussi bien M. de Choiseul avait de quoi faire de grosses et de petites parts, au gré des amateurs. La plupart des maisons de la rue sont de la même génération que le 9, qu'a édifié Nisard, maîtrecharpentier, l'an 1781, et qui a été adjugé, le 11 floréal an xni, à Leclercq, avoué, père du libraire. L'architecte Louis a planté semblablement l'immxCuble contigu ; toutefois les prémices en ont été cueillies, comme fruit défendu, par un duc d'Orléans, Philippe-Égalité, y cachant l'une de ses petites-maisons. L'état-civil du 15 reconnaît pour auteur de ses jours l'architecte du duc de Penthièvre. Sur cette ligne étaient propriétaires, alors que M'"** de Choiseul y disposait des deux premières maisons : Andromard, son voisin direct ; Nisard, qui venait à la suite ; Goupy, un peu plus loin; M""' de Lamassaye, au bout.

Le comte de Ghoiseul-Gouflfier, colonel de

dragons, avait vendu en 1778 à la comtesse de Lamassaye, dame de Chauvry, un lot de terrain encadré par le boulevard du Nord, par le jardin du marquis de Pont, dont l'hôtel ouvrait rue Neuve-Saint- Augustin, par un terrain audit comte et par le culde-sac Clioiseul, récemment ouvert sur un emplacement à la marquise du même nom. L'année suivante y avait vu construire un hôtel sur le Boulevard, où M'""^ de Lamassaye s'était foit autoriser à placer une barrière en fer, comme d'autres propriétaires dont les maisons doiuiaient sur la même promenade, sans y avoir de porte. La maîtresse du logis, avec laquelle cohabitait son neveu, le comte de Saint- Laurent, avait perdu la vie sur l'échalaud qui, au lieu des victimes, déshonorait les juges. La spéculation n'a exécuté l'hôtel à sa manière que plus tard ; Aguado y a été, sous la terrasse, marchand de comestibtes, avant de passer financier, puis marquis.

Transbordons la pèche aux souvenirs, en changeant de rive pour la seconde fois. Celle de gauche est encore poissonneuse pour une rive qu'un courant de maisons neuves i-efroidit, près de l'embouchure. Le coup de filet paraît meilleur ù droite : le petit poisson y mérite, Uiute de gros, les attentions patientes de la ligne, au lieu de n'être, comme en tant d'autres eaux, que du fretin à rejeter. De ce côté, à l'encoignure même de la rue Neuve- Saint-Augustin, M""' de Choiseul était chez elle avant le comte de Ghoiseul-Gouffier, qui n'y disposait d'abord que du second lot, la même dame ayant aussi le troisième. Après cela venait alors le marquis de Chalabre. Un autre lot était à M. Leclère, un autre à M. Gaiilon, le septième et dernier à la comtesse de Boufflers.

Grâce à la subdivision de quatre ou cinq des parts originaires, il s'en tliut que noti'e n" 10 touche à l'extrémité de la rue. Les Betmann,

dOG LA RUE ET LE PASSAGE CHOISEUL.

riches banquiers de Francfort, l'occupaient lors de la rentrée des Bourbons, et ensuite Huvé, architecte, qui a mis à la Madeleine la dernière main. La vénérable comtesse de Bruéys jouit des revenus de cette propriété. L'amiral, son mari, qui était de la famille du poète, auteur de V Avocat Pathêlin, a commandé en chef la flotte conduisant en Egypte le vainqueur d'Italie ; le combat naval d'Aboukir lui a coûté la vie. Une statue s'érige à Uzès en l'honneur de ce brave marin, que Napoléon regrettait comme un ami, et l'hommage dû depuis si longtemps à sa mémoire ne lui est enfin rendu qu'à la diligence de sa veuve, qui ne s'est pas laissé décourager par un retard de soixante-dix années.

A cet immeuble il en tient un que fréquentent les femmes les plus élégantes. Elles ne s'éloignent jamais de Paris, qui est le centre de leur monde, qu'à la condition de revenir assez-souvent dans la maison Delisle pour se tenir au courant des modes, tant c'est le premier, entre tous, des magasins de nouveautés ! Le créateur de ce comptoir du goût appliqué à la soie, aux châles et aux dentelles, a pourtant cessé de vivre sous le règne de Louis- Philippe ; les modes passent, il passait comme elles, sans agonie, plus rapidement encore, pour avoir mal digéré du homard. La caisse Lafarge, dans ce local, précéda le magasin de nouveautés, dont le premier bail fut signé, l'année 1831, par une M'"'' Hubert. L'affection de cette dame avait été sa mise unique dans la tontine de Lafarge, auquel elle avait survécu.

Mais, avant la tontine, de qui était-ce l'hôtel ? Du marquis de Chalabre, à qui le jeu rapportait gros et qui fût même, avecPoinçot, banquier du jeu de Marie- Antoinette. Cet ancien parasite, qui avait eu le talent de choisir quelquefois ses tables, pique-assiette chez le duc de Choiseul, passe-volant même à

rÉlysée,.chez M™*^ de Pompadour, se donnait à son tour le plaisir de faire les honneurs de chez lui. On y servit un soir, après le dessert, un plat vide, qui promettait une surprise aux nombreux convives du souper, et leur attente fut remplie par cet aveu philosophique de l'amphytrion : — En si bonne compagnie, messieurs et dames, j'avais besoni de cet emblème sous les yeux pour me rappeler encore les mauvais jours où je n'ai pas même réussi à escroquer en ville mon dîner.

M. de Chalabre avait succédé, rue de Choiseul et rue de Gramont, h un ministre de la marine, plus connu comme lieutenant-de-police, M. de Sartines. Ni l'esprit, ni l'activité de ce prédécesseur de M. Le Noir ne faisaient doute, et il avait sur une grande échelle organisé l'espionnage. Un ministre de l'empereur d'Allemagne, le priant un jour, par une lettre, d'arrêter un voleur, qu'on croyait à Paris, M. de Sartines lui avait répondu tout de suite que cet homme était à Vienne, dans telle rue, sous tel déguisement, sortant tous les jours, à telle heure. Ce lieutenant-de-police émigra en Espagne ; mais, son fils, maître-des-requêtes, pava de sa tête tribut à la Révolution, le 17 juin 1794, avec sa femme et sa belle-mère, M""^ de Sainte-Amaranthe. L'hôtel Sartines, qui vraisemblablement fut aussi Choiseul ou Gramont, ne communiquait, à l'origine, qu'avec la rue Neuve-Saint-Augustin, par une avenue, et avec le Rempart par un passage, qu'on retrouve sur leRoulevard et qu'on dit usuellement l'impasse de la Glacière; ses ailes sont devenues des façades, transformation comporaine de l'ouverture des rues de Gramont et de Choiseul.

L'impasse de la Glacière se relie par-derrière et à la Galerie-de-Fer, établie en 1835 à la place d'une galerie de bois, que l'incendie avait détruite, et au 22 de la rue de Choiseul.

MM. Mallet tiennent cet immeuble considérable,

h titre héréditaire, du célèbre manufacturier Oberkampf, beau- père des deux barons Mallet. Mais de la même succession ne dépendaient pas les terrains sur lesquels Tavernier forma en 1826 le passage Choiseul, à l'autre extrémité de la rue. Cet appendice 'considérable ajouté à la rue, pour le compte des MM. Mallet, provient, comme territoire, des anciens hôtels de Gesvres, de Radepont et du Contrôle-Général, dans un bâtiment duquel s'était établie l'administration de la loterie. N'est-ce pas même l'un des corps-de-logis de M. de Gesvres que nous retrouvons à cheval sur le passage, près de l'orifice qui débouche en regard de la rue de Choiseul? Christophe-Philippe Oberkampf n'acheta de M""' de Bouttlers, le 21 floréal an ix, que la superbe propriété qui fait retour sur le Boulevard, et dont la cour s'est bardée de fer pour constituer la galerie. Taboureux, comme expert-juré, constatait en l'année 1780 l'état des constructions faites, sur le dessin de Bonnet, pour M""^ Hippplyte de Camps de Saujeon, veuve du marquis Edouard de Boufflers-Rouverel, sur les confins de la propriété morcelée par M. de Choiseul. Ainsi la belle terrasse dont jouit le cercle des Arts, fondé en 1837, fut inaugurée par la marquise de "" Bouffi ers.

Presque toutes ces dames de Boufflers, le diable s'en mèlait-il ? avaient été malheureuses en ménage ; M. de Bouftlers, colonel du régiment de Chartres, puis d'un régiment de dragons, avait trop négligé celle-ci, en s'atfichant avec M'"'' de Sparre, et, veuve par anticipation, elle avait été presque heureuse que son fils, le comte de Boufflers, suivît de bonne heure le mauvais exemple de son père ; du moins elle y avait gagné que sa bru lui tînt compagnie. Il va sans dire qu'en allant de son côté, le comte de Boufllers accusait également sa femme de tous les torts ; l'usage sacré des récri-

miiiations est réciproque, en pareil cas ; seulement bien hardi qui prononce sur ces griefs contradictoires ! Même position et vie commune avaient fait comme deux sœurs de la belle-mère avec la bru ; elle s'aimaient par remords ou par consolation, mais à n'en vouloir pas démordre, et comme si la famille, le monde ne comprenait plus qu'elles deux. Un soir on demande à la plus jeune : — Si vous voyiez votre mère et votre belle-mère près de se noyer l'une et l'autre, et que vous pussiez sauver l'une des deux, laquelle choisiriez-vous? — Je sauverais ma mère, répond vite la comtesse ; mais ensuite je me noierais avec ma belle-mère.

Rue Christine, (i)

Le Collège de Saint-Denis. — La Princesse Christine. — Anachronisme local. — Médecins. — Lauzun, — yT/'"" de Latour-Franqueville. — M. Germer BailUére. — Le n°^ .

Rue de Choiseul nous nous sommes flatté de découvrir des maisons plus anciennes que la rue ; rien n'empêche qu'il en soit de même rue Christine.

L'année 4,667 a taillé cette voie de communication dans le môme drap que la rue Dauphine, c'est-à-dire sur les terrains de l'hôtel et collège de Saint-Denis, quoique sous le patronage d'une femme, Christine de France, seconde fille de Henri IV et de Marie de Médicis. Cette princesse épousa le duc de Savoie et refusa, étant duchesserégente, de livrer à son frère, Louis XIII, son propre tils, le jeune Emmanuel-Philibert : Richelieu en conçut pour elle de la haine. Ses rares qualités faisaient dire qu'elle était belle sans orgueil, digne avec aftabilité ; trois langues, le français, l'italien et l'espagnol, lui étaient familières, et il n'y en avait pas trop pour exprimer tout ce qu'elle éprouvait de sentiments délicats. L'hôtel Saint- Denis appartenait à l'abbaye royale du même nom, avant que la rue Christine coupât en deux ses principales constructions; il avait été édifié en regard des anciens murs, fossés, remparts et contrescarpes qui allaient de l'ancienne porte de

(!) Notice éciite en 1858.

Nesle à celle de Saint-Michel, et ce qu'il y restait des anciens édilices ajoutait à l'impoi-lance de la propriété, quoique ses bâtiments lussent traités de masures dans un arrêt du parlement relatif au percement projeté, et rendu en l'année i59o. A la barre de la même cour fut adjugé, le 18 septembre 4606, l'ancien séminaire monacal, en neuf lots, qui devaient border la rue Christine. Il s'en fallait que tout en fût terrain nu ; s'il y eut des bâtiments jetés bas, d'autres sont demeurés debout pour servir à des reconstructions. La propriété privée s'appliquant ainsi plus d'un reste de la maison de ville des plus riches moines de la chrétienté, il en est venu jusqu'à nous.

Le i et le 2, par exemple, n'ont fait qu'un, dans leur origine. Leur portes sont du xvn- siècle à son début ; mais deux corps-de-logis par-derrière y sont, à coup sûr, plus vieux et de la même venue : leur séparation ne peut dater que de l'année 160T. D'estimables rampes de fer garnissent leurs escaliers; on y remarque, n** 2, un chiffre C. M., que d'aucunes gens prennent à tort pour les initiales de deux noms qu'associa l'un des drames historiques de l'amour: Christine de Suède, Monaldeschi. Le portier du n" 3 aura lui-même grand'peine à croire que la reine de Suède n'ait jamais résidé dans la maison où il tire le cordon et dont il se regarde comme le cicérone: que deviendrait, bon Dieu, le petit fonds d'érudition qui défraie la faconde du brave homme et dont la biographie de cette princesse, morte en 1689, a fait royalement tous les frais. Il montre encore, une lanterne à la main, dans les caves de sa maison, d'anciennes cuisines, qui s'y sont révélées, ainsi que d'anciennes écuries, dans lesquelles, assure-t-il, le palefroi de Christine a piaffé. Par malheur, cet hôtel, qu'un jardin accompagne encore, ne figure que parmi les reliefs du festin de pierre servi, sur un vaste

plateau, par des architectes du moyen-àge aux seigneurs religieux de Saint-Denis. Un souvenir moins archéologique s'accole à son premier étage, habité vers 1805 par Laneiranque, médecin de la maison impériale.

De môme Bouvard, professeur de pathologie, a demeuré en cette rue Christine au milieu du siècle dernier, et Denis-Allain, médecin de Louis XIV, au n" 4, propriété actuelle de M. Huguier, dont le nom s'inscrit à son tour au livre d'or de la pratique médicale. Denis-Allain assistait, le samedi de chaque semaine, à une conférence de mathématiciens, qui se tenait chez M. de Fontenay, en la même rue. Son logis touchait, par le fond, au couvent des Grands-Augustins. La maison avait été faite ou refaite, en 1608, pour Etienne Letellier ; elle appartenait, au milieu du règne de Louis XVI, à Jean-Louis Carnot, écuyer, commissaire des guerres de l'artillerie et de la marine à Toulon. C'était plus tard, avec le 6, un hôtel garni, dit de Christine, que le mouvement industriel, circulairement produit dans les quartiers excentriques par l'ouverture des voies feiTées, a transportée plus près d'une gare.

Quand Bouvard donnait des consultations dans la rue qui nous occupe, des voyageurs y débouclaient leur valise à l'hôtel garni de Lauzun, où des logements revenaient jusqu'à 100 livres par mois, prix assez élevé pour l'époque. L'enseigne de cette hôtellerie ne nous porte-t-elle pas à croire que le Lauzun du XVII'' siècle était venu mourir près des Grands-Augustins, et non dans le voisinage des Petits, comme on le dit le plus ordinairement?

L'une des voisines du même médecin était M""" de Latour-Franqueville, correspondante de Jean-Jacques, dont elle a pris la défense contre David Hume. La mort de son ami n'a pas em-

péché M"'« de Latour de parler et d'écrire encore en sa faveur. Elle-même a fermé les yeux ii 1 hôpital de Samt-Mandéen 1789. Michaud, éditeur de sa Correspondance, est venu en aide à une il le qu'elle avait laissée assez pauvre pour tendre la main aux passants.

Le 5 et le 10, l'un comme l'autre percés d'une porte cintrée, ont pu voir passer Henri IV ; l'hôtel du Rhône s'exploite dans celui-ci, et le propriétaire de celui-là est un libraire-éditeur, M. Germer Baillière, qui veut bien adresser à M. Rousseau cette note épistolaire :

» Paris, 7 novembre 185vS.

Monsieur,

Vous me demandez des renseignements sur la Maison rue Christine no b dont je suis propriétaire : voici ce que je trouve dans un ancien contrat de 1705.

La rue Christine s'écrivait en 1705 rue Cristine.

En 1702 cette Maison appartenait à Pierre de Creil, seigneur du Grand-MesniJ, conseillpr du roi, maître' ordinaire en sa chambre des comptes ; en l705 elle fut vendue par ses héritiers et achetée par son fils Charles de Creil, écuyer, seigneur du Grand-Mesnil, ancien capitaine de cavalerie dans Je Régiment de Louy, moyennant la somme de trente-sept mille francs.

Dans cette Maison il y a encore des chambres avec sculptures du temps ; trois appartements complets ont une hauteur de 4 métrés.

Je désire que ces renseignements vous soient agréables.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre dévoué serviteur.

Germer Baillière. »

En 1728, le chancelier d'Aguesseau et sa famille vendaient 95,000 livres à Ambroise Gaudin, secrétaire du roi, le n" 9 et deux autres propriétés contigues, rue Dauphine. M""<^ Gaudin, dix-huit années après, laissait ladite maison à son fils,

Clément de Boissi, qui céda à Buiiel ; puis vint la famille Des Étangs, qui depuis un siècle a fourni . au Palais, de père en fils, un procureur et deux avoués. M. Chevalier, opticien du Pont-Neuf, acquérait l'immeuble dernièrement de MM. Des Etangs.

En somme, toutes les maisons de la rue ont sur la tête plus de deux siècles ; mais à l'échéance du premier, elles ne comptaient que pour 9, avec un effectif de 3 lanternes.

Rue de la Cité, (i)

Les premières Armes de la Guimard. — La Pommede-Pin. — La Bouteille- d'Or. — Le Vaudevilliste Fontan. — Le Marché-Palu.

La portion de la rue de la Cité située entre le pont. Notre-Dame et la rue des Marmousets s'appelait de la Lanterne, en raison d'une enseigne, qui s'y brandissait dès l'an 1326 ; on l'intitula également rue et place Saint-Denis-de-la-Chartre, à cause de l'église de ce nom, sise près ledit pont et aliénée par la Nation le 29 frimaire an VIL Le pourtour de Saint-Denis-de-la-Chartre devait aux privilèges de son prieuré d'être lieu de franchise pour les ouvriers sans maîtrise.

Dans une maison qui répond de nos jours au néfaste chiffre 13, ancienne rue de la Lanterne, vis-à-vis l'église de Sainte-Croix, naquit, le 10 octobre 1743, Marie-Madeleine Morelle, fille d'honnêtes gens, débauchée par le juif Bernard. Morelle était le nom de la mère, qui pendant fort longtemps alla voir Bernard au Châtelet, où il était détenu pour dettes ; mais ce dernier mourut dans sa prison, .et pour faire bientôt une danseuse de son enfant, qui grandissait, la survivante ne craignit pas d'emprunter sur des espérances, dont se payèrent deux amateurs, qui consentaient à faire

(1) Notice écrite en 1858. La rue de la Cité, telle qu'elle était encore, n'a plus absolument de commun que la longueur et le nom avec la rue qui la remplace.

des avances bien risquées : M. d'Harnoncourl et le président de Saint-Lubin. La jeune élève de Terpsichore, dont le talent s'était développé, débuta avec agrément, en 1759, dans les l)allets de la Comédie-Française, sous le nom de M"'' Guimard ; son corsage avait déjà fi^iit comme son talent, bien qu'elle ne fût pas grasse, et sans qu'on la pût dire jolie, elle avait l'œil fripon en diable. On dit que 'plus tard ce fut la main, et le fait est que ses amours, dans la suite, brillèrent d'un faste sans égal. Mais elle passait encore pour sage, après une armée de théâtre, en dépit de son amour pour un jeune danseur, Prévost-Hyacinthe, ((u'elle avait eu pour maître-de-ballet. La mère, dont la vigilance était hostile à cette inclination de coulisses, produisait de préférence la lille dans les foyers mêmes de la Comédie, théâtre d'opulentes séductions, en affirmant qu'elle avait quatorze ans, bien qu'elle en comptât trois de plus. M"'= Guimard y fut en butte aux hommages de Bertin, trésorier des parties-casuelles, protecteur à grands frais depuis plusieurs années d'une de ses camarades, M"*= . Hus. Celle-ci n'avait jamais reculé devant une rivale ; chef d'emploi, en amour, elle craignait les doublures. Non-seulement la maîtresse en titre du trésorier avait rang, comme danseuse, dans les divertissements chorégraphiques ; mais, de plus, elle jouait la comédie, elle était aussi tragédienne, et il y avait à redouter, pour qui marcherait sur les brisées de ses amours, qu'ell» remplît pour de bon le rôle de Médée. Il est vrai que si M"e Hus était femme à se venger de M"'' Guimard, la mère de celle-ci avait pour la défendre bec et ongles. Bief, la partie était casuelle ; néanmoins on en vint à bout. M"'= Guimard quitta la maison de la Cité pour s'installer près de la Comédie, dans un appartement que Bertin avait fait meu-

hier, et ce dernier ne gênait pas ses maîtresses, Prévost-Hyacinthe s'en aperçut.

A la rue de la Lanterne faisait suite la rue de la Juiverie, qui était habitée, surtout au xu^ siècle, par des juifs ; on y trouvait pourtant une autre église, la Madeleine. Puis venait la halle de Beauce, affectée au commerce du blé, dont le privilège fut donné par Philippe-Auguste ii son échanson, puis par cet échanson à Philippe de Convers, chanoine de Noti'e-Dame. Comme ce marché se tenait dans la rue, il en motiva, dans le cours de l'année 1507, un pi-emier élargissement, qui de nos jours n'était plus suffisant, mais dont la date nous indique l'âge des plus anciennes maisons sujettes encore à reculement, ainsi que de la plupart de celles qui, plutôt que de subir le second retrait, ont disparu.

Parmi celles qu'a fait supprimer le percement de la rue Constantine tigurait le cabaret de la Pommede-Pin, faisant face à une rue de la Madeleine. Rabelais l'a célébré, Régnier en a chanté ensuite la décadence momentanée ; puis l'endroit a recommencé d'être à la mode sous les auspices du grand Crenet, des frères Brossin, du conseiller Brilhac. Chapelle y a grisé Boileau, et à ces deux convives se joignaient une fois par semaine Molière, Lafontaine et Racine, qui a écrit là Les Plaideurs. LuUi, Mignard, Furetières et Dufresnoi ont fréquenté les mêmes tables. Le peu de luxe du service n'en tenait pas éloignés les simples mousquetaires; mais les gens de qualité qui s'y pressaient, dans le grand siècle, empêchaient qu'on rinçât les verres où les gens d'esprit avaient bu. Pommede-Pin, qu'es-tu devenue ?

En revanche, voici une brasserie, dont la création remonte â 1795 : la cervoise, plus que jamais, s'épanche sui' la lisière du marché concédé autre-

fois à réchanson royal. Ce n'est pas que le vin y ait tari; voilà, tout près de la brasserie, un cabaret ouvert dès 1630, la Bouteille-d'Or, dans une maison qu'on a refaite depuis peu, pour la mettre à l'alignement, et qu'occupait au xvi" siècle un cordonnier, à l'image du Sabot-d'Or. La famille Boudaille a tenu, pendant un siècle, la Bouteilled'Or; les Béjot ne lui ont succédé qu'en l'année

Le 43, vieille maison qui avance, fut le domicile du vaudevilliste Fontan, qui ne soignait guère la tenue de sa personne, mais qui buvait comme Chapelle. Un jour qu'il passait rue Vivienne, dans un état d'ëbriété qui le forçait à prendre le mur pour canne, un monsieur de sa connaissance le salua; Fontan de s'écrier aussitôt, en oubliant volontairement de lui ôter son chapeau : — Fautil que ce monsieur soit poli, de me reconnaître dans un pareil état !

Mais ledit 43 vient après la rue Saint-Christophe, vis-à-vis celle de la Calandre, et ces deux voies de communication séparaient la rue de la Juiverie de celle du Marclié-Palu, aboutissant au Petit- Pont. Dès le siècle xni étaient connus la rue Palu et son marché, qui constituait un tîef. Ce nom venait de palus, marais, au sens de la plupart de nos historiogi'aphes. Toutefois l'île de la Cité, incontestable berceau de notre ville, n'avait rien de marécageux ; une enceinte de murs la gardait des inondations, et assurément rues et mouments, habitations et habitants s'y pressaient fort l'un contre l'autre. Nous oserons donc chercher, à notre tour, une étymologie plus rationnelle et ra4Dpeler que le même mot latin veut dire aussi échalas, poteau, pieu. Il existe encore un marché à l'angle du susdit Petit-Pont ; n'y revoit-on pas, tout comme il y a six siècles, des pieux chargés,

chaque matin, du pavillon portatif des marchandes ? TibuUe a dit dans la même acception :

Hic docuii tenerani pahs adjungere vitetn.

En 1714, il y avait :

Rue de Ja Lalerne 2o maisons, 4 lanternes. Rue de la Juiverie 41 — 4 —

Rue du ^larché-Palu 10 — :! —

Fin du tome troisième.

TABLE DES MATIÈRES contenue;^ dans le tome troisième, (i)

Pages.

Rue de la Pépinière et rue Abbatucci, naguère de

la Pépinière. 5 Rue Vauvilliers, naguère du Four-Saint-Honoré, rue du Four-Saint-Germain et rue du Four-

SaintrJacques. 10

Rue Princesse. 19

Rue du Vieux-Colombier. 21

Rue du Jardinet. 24

Rue des Déchargeurs. 26

Rue des Deux Boules. 30

Rue des Deux-Écus. 34

Rue Villehardouin, naguère des Douze-Portes. 42

Rue du Dragon. 49

Rue Saint-Denis. 55

Rue des Deux-Ponts. 67

Rue des Deux-Ermites. 69

Rue Saint-Honoré. 72

(1) Une table par ordre alphabétique vient après celle-ci. Voir la Table Géiiéralc à la fin du dernier volume.

Pages.

Rue du Dauphin.

Rue Saint-Florentia.

Rue Pasquier, naguère de la Madeleine.

Rue de l'École-de-Mcdecine.

Rue d'Enfer.

Rue de l'Éperon.

Rue d'Ecosse.

Rue des Enfants -Rouges.

Rue du Faubourg-Poissonnière.

Rue du Faubourg-Saint-Antoine.

Rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Rue de Tournon.

Rues Garancière, Servandoni et Palatine.

Rue du Regard.

Rue de Vaugirard.

Rue de Sèvres.

Place Vendôme.

Rues Neuve- des-Petits-Champs et Neuve-des-

Capueines.

Rue Neuve-Saint-Augustin.

Rue Vivienne.

Rue Villedo.

Impasse du Coq.

Rue Saint-Martin.

Rue Tirechape.

Rue de Venise.

Rue Geoffroi-Langevin.

Rue Simon -Lefranc.

Rue Maubuée.

Quai de la Râpée.

Rue de Seine.

Pages.

Rue Domat, naguère du Plâtre -Saint- Jacques. 313

Rue des Saints-Pères. • 316

Rue Gaillon . 321

Rue Sainte-Anne. 325

Rue Saint Roch. 330

Rue des Saussayes. ,333

Rues des Rosiers, des Juifs et des Écouffes. 334

Boulevard Poissonnière 338

La rue de Paradis-Poissonnière et la rue de Paradis au-Marais, maintenant ajoutée à celle

des Francs-Bourgeois. . 344

RueElzévir, naguère des Trois-Pavillons. 351

Rue du Roi-de-Sicile. * 354

Rues des Quatre-Fils et des Vieilles -Haudriettes. 357

Rues Taranne et Saint-Benoit. 362

Rue de Provence. 367

Rues des Orfèvres et Jean-Lantier. 374

Rue du Mail. 377

Rue Neuve-des-Mathurins. 383

Rue do Gramont. 389

Rue des Moulins. 392

Rue^ de Luxembourg. 396

Rue de la Michodière. 400

Rue de la Ville-l'Évêque et rue Carabacérès. 404

Rue Vieillo-du-Temple. 410

La rue Béranger, naguèf-e de Vendôme, et lo

boulevard du Temple. 419

Rue Saint-Dominique. 431

Quai des Célestins. 442

Rue Portefoin. 447

Rue Pastourel. 45I

Pages.

Rue Aubriot, naguère du Puits, et rue des Guillemites, en ce qui s'en appelait naguère

des Singes. 453

Rue des Oiseaux et rue de Beauce. 456

Rue du Cendrier. 458

Rue Censier, 460

Rues Chabanais et Ch<îrubini 462

Rue de Chaillot, 466

Rue de la Chaise. 480

Rue du Chemin- Vert. 489

La rue et le passage Choiseul. 493

Rue Christine , 500

Rue de la Cité. 505 Table des matières contenues dans le tome

troisième. 510

Id. par ordre alphabétique. 514

Qlablc par orbre alpIjabHique

pour le luéine tome.

Pages.

Abattucci. (rue) 5

Aubriot. (rue) 453

Beauce. (rue. du) 456

Béranger. (rue) 419

Cambacérès. (rue) 404

Célestios. (quai des) 442

Cendrier, (rue du) • 458

Censier. (rue) 460

Chrtbanais. (rue) 4G2

Chaillot. (rue de) 46(i

Chaise, (rue de la) 480

Chemin-Verl. (rue du) 489

Ciiérubini. (rue) 462

Cité, (rue de Ja) 505

Choiseul. (la rue et le passage) 493

Christine, (rue) 500

Coq. (impasse du) 261

Dauphin, (rue du) 93

Déchargeurs, (rue des) 26

Deux-Boules, (rue des) 30

Deux-Ecus. (rue des) 34

Deui-Ermitfts. (rue des) 69

Deux-Ponts, (rue des) 67

Domat. (rue) 313

Douze-Portes, (rue des) 42

Dragon, (rue du) 49

Ecole de-Médecine, (rue de 1') 102

Ecosse, (rue d') ]33

Ecouffes. (rue des) 331

Elzévir. (rue) 351

Enfants Rouges, (rue des) 136

Enfer, (rue d') 116

Eperon, (rue de 1') 131

l'ages.

■an

Faubourg- Poissonnière, (rue du)

Faubourg-Saint-Antoine, (rue du)

Faubourg-Saint-Honoré. (rue du)

Four-Saint-Germain, (rue du)

Four-Saint-Honoré. (rue du)

Four-Sai'nt- Jacques, (rue du)

Francs-Bourgeois, (rue des)

Gailion. (rue)

Garancière. (rue)

GeoHroi-Langevin. (rue) 281

Gramont. (rue de)

Guillemites. (rue des)

Jardinet, (rue du)

Jean-Lantier. (rue) 3*4

Juifs (rue des)

Luxembourg, (rue de)

Madeleine, u'ue de ia)

Mail, (rue du)

Maubuée. (rue)

Michodière. (rue de la)

Moulins (rue desj

Neuve-desCapucines. (rue)

Neuve-des-Mdthunns. (rue)

Neuve-des-Petits-Champs. (rue)

Neuve-Sainl-Augustin. (rue)

Oiseaux, (rue des)

Orlevres. (rue des)

Palatine, (rue)

Pasquier. (rue)

Paradis-au-.VJarais. (rue de)

Paradis-Poissonnière, (rue de)

Pépinière, (rue de la)

Plàire-SaintJacques. (rue du)

Poissonnière, (boulevard)

Princesse, (rue)

Provence, (rue de)

Quatrc-Fils. (rue des) 35^

Pages.

Râpée, (quai de la) 291

Regard, (rue du) 192

Roi-de-Sicile, (rue du) 354

Rosiers, (rue des) 334

Saint-Benoît, (rue) 362

Saint Denis, (rue) 55

Saint-Dominique (rae) 431

Sainte-Anne, (rue) 325

Saint-Florentin, (rue) 96

Saint-Honoré. (rue) " 72

Saint-Martin, (rue) 203

Saint-Roch. (rue) 330

Saints-Pères, (rue des) 316

Saussayes. (rue des) 333

Servandoni. (rue) 18fl

Seine, (rue de) 301

Sèvres, (rue de) 209

Simon-Lefranc. (rue) 286

Singes, (rue des) 453

Taranne. (rue) 362

Temple, (boulevard du) 419

Tirechape. (rue) 273

Tournon. (rue de) 178

Trois-Pavillons. (rue des) 351

Vaugirard. (rue de) 197

Vauvilliers. (rue de) 10

"Vendôme, (place) 219

Vendôme, (rue de) 419

Venise, (rue de) 277

Vieille-du-Temple- (rue) 410

Vieilles-Haudriettes. (rue des) 357

Vieux-Colombier, (rue du) 21

Villedo. (rue) 257

Vilehardouin. (rue) 42

Ville-rÉvêque. (rue de la) 404

Vivienne. (rue) 250

Fin des tables du tome troisième.

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