‹ Les anciennes universités et la collation des gradesChapitre 20 sur 21 · Crevier p · texte numérisé non relu

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Sainte-Geneviève se renouvelle sans aucune marque d'autorisation. » C'était bien un peu par l'effet de l'absence d'une organisation, qui ne tarda pas à établir des garanties ; mais c'était aussi parce que le seul gouvernement qui parût et qui s'exerçât le moins possible, celui de l'Église, était maternel, avait confiance en ses enfants, tant qu'ils ne se révoltaient pas formellement, obstinément, et parce que cette Mère, comme son divin chef, avait un joug doux et léger, au commandement fort large, to^wm nimis. Cette liberté attirait la jeunesse, les maîtres, encourageait l'essor des esprits.

Revenons au succès d'Abailard. D'après une lettre citée dans les œuvres de ce téméraire docteur (édition Victor Cousin), de tous pays accouraient à son école, les Italiens, les Anglais, les Germains, les Suèves (ou Souabes, le nom d'Allemand n'était pas encore général), les Flamands, les Espagnols, a Aucun sommet de ' pic élevé, aucune profondeur de vallée, aucune route obstruée de pièges dangereux, n'arrêtaient

rempressement de cette affluence (1). Rome elle-même vous envoyait ses élèves. » Là se formèrent vingt cardinaux, plus de cinquante évèques, un pape, un antipape, etc. Puis, on s*épuisait dans le concile de Sens à retirer Abailard de ses hérésies évidentes, et quand, terrassé par la seule force des arguments, de la foi, de l'autorité morale d'un saint Bernard, il fut menacé d'être enfermé dans un couvent, comme son disciple et son tenant, Amaldo de Brescia, vrai socialiste, appartenant de ce côté à la justice séculière, Abailard, lui, fuyait à Rome où il avait adressé son appel. La tendre charité de Pierre le Vénérable accueillait à Cluny l'illustre fugitif. C'était pour le préparer, pendant deux ans, à mourir dans l'acte de la plus entière soumission, de la plus humble pénitence. Voilà cette vraie liberté d'enseignement que l'Église laissait jusqu'à l'extrémité des

1. Ep. Fulconis de Diogitto (Foulque de Deuil), 1. 1, p. 703 Noua la citons d*après M. Jourdain, Index chronol. chartaru m, Proœmium, p. 3.

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limites nécessaires à sa propre existence ! Et Tautorité temporelle de Louis VII, des prin^cipaux seig neurs qui avaient assisté au concile de Sens, appuyait celle de TÉglise, sans gêner cette liberté.

Par la même cause, au nord de la France, les maîtres devinrent si nombreux que, d'après Guilbert de Nogent, on ne trouvait bourgade où les enfants de la condition la plus humble ne reçussent facilement l'instruction (1). Paris plusieurs fois surpassé par Reims, Laon, le Bec, l'emportait en définitive. Du reste, Duboulay marque la supériorité de ce xii® siècle sur les autres, avant le xvi® siècle, celui de la Renaissance : (( Aucun, dit-il, qui ait été plus fertile en esprits éminents, qui ait plus abondé en maîtres et en disciples, où le latin châtié ait été plus en honneur (2). La congrégation des cha-

1. Gesta Dei per Francos, L. i. Patrolog. Migne, t. clvi, p. 682.

2. Nullum fuisse sœculum fertilius in geniis prœctllentibus, aut numéro magistrorum et discipulorum ab\indantius, aut tersa latinitate florentins, T. ii, p^ 556.

noines réguliers de Saint-Victor, que fonda, dans l'abbaye de ce nom, Guillaume de Champeaux, quand il quitta la chaire de Notre-Dame pour se retirer dans ce pieux asile, « devenait une école illustre dans le monde entier par la verti; et la science de plusieurs de ses membres. (1) » Odon, le premier abbé de Sainte-Geneviève emmenait une douzaine de ces savants chanoines, qui firent affluer aussitôt les élèves à ce nouveau centre d'études. A Reims, parmi les grandes écoles voisines, ce l'ardeur pour apprendre était si grande, telle était la multitude de ceux qui possédaient la science et de ceux qui l'étudiaient, que, dans les querelles des clercs avec les habitants (tol'ci), les élèves l'eussent emporté sur les bourgeois (cives)^ si, par une prompte pacification, les premiers n'avaient regagné leurs écoles, et les autres leur place publique (2).

1. Je&n de Saint- Victor {Memoriale histor., cité par M. Maître, d'après le fonds Saint- Victor.)

2. Vie de Hugues, abbé de Marchiennes, dans Martène. Thésaurus anecdotorum, t. m.

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