‹ Les anciens canadiens [microforme]Chapitre 16 sur 27 · LA GRAND’'LOUTRE, TALAMOUSSE ET’ QUELQUES SAUVAGES · texte numérisé non relu

LA GRAND’'LOUTRE, TALAMOUSSE ET’ QUELQUES SAUVAGES

La Gnakoil tie, —C'est assez, Mes frères, gémir sur la mort de nos guerriers ; ils ont été moissonnés par. la guerre ; mais comme le chêne des forêts, dans sa chute ils ont écrasé les pâles visages, et les ont fait fuir comme des femmes. Ils ont été reçus comme des guerriers dans le pays des ombres. Maintenant, frères, leurs mânes planent au-dessus de nous et il me semble les entendre nous crier : *“ Ne laissez pas blanchir nos ossements foulés par les Anglais. Brandissez de nouveau votre redoutable tomahawk et entonnez plus fort que jamais votre terrible chant de guerre.”

TALAMOUSSE.— La Grand’Loutre a parlé somme un homme ; les guerriers à la peau rouge ne craindront pas de me rcher au combat tant qu’ils seronc guidés par leurs pères la Grand’Loutre, car ils savent que son courage égale celui des plus grands guerriers.

UN sAuvAGE.—Les cris de nos brins les guerriers au visage pâle ne viennent:ils pas frapper ies oreilles de la Grand’Toutre.

La GRAND’'LouTRE (paraît faire un effort sur luimême... après une pause). — Écoutez, mes frères. La Grand’Loutre n'avait plus qu'un fils quil aimait comme son âme ; car il sentait son courage revivre dans ce jeune guerrier. Eh bien ! ce fils, la Grand’Loutre l’a vu tomber à ses côtés, pendant la

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bataille, comme un arbre sous les coups de l'orage. Maintenant la Grand’Loutre est seul au monde. Lorsque le Grand-Esprit l’appellera dans le pays des ombres, il n'aura pas un seul ami pour pleurer sur ses ossements ; son sang ne coulera dans les veines de. personne. La Grand’Loutre a pensé à ce malheur, et il a été accablé quelques instants sous le poids de son infortune. Que quelqu'un lui reprche d’avoir pleuré comme une femme.

LE SAUVAGE.—Pardonne à ton f:ère, illustre chef, il ignorait la mort de ton fils.

LA GRAND'LOUTRE (après une pause). —Terribles sont le: morsures du serpent lorsqu'il déchire sa proie, plus terrible encore sera la vengeance de la Grand'Loutre. Oui, il s’enivrera du sang de l’Anglais, jusqu’à ce qu'il ait satisfait aux mânes de ses guerr.ers et aux cris de son âme. Aussi longtemps que le Grand-Esprit laissera un souffle de vie à la Grand’Loutre, aussi longtemps sa hache terrible moissonnera ses enfants, aussi longtemps il s’abreuvera de haïine et de vengeance.

TALAMOUSSE (après une pause). — Quel était ce guerrier anglais qui a combattu avec tant de courage pendant la bataille? Rapide comme l'éclair, il était partout où le danger l’appelait. Plus d’une fois il a dirigé sa course du côté des guerriers à la peau rouge, mais toujours il a rebroussé chemin, comme si un génie invisible l’eût repoussé.

La GRAND’LouTREe.— Ce guerrier n’est pas anglais mais écossais, c’est le prisonnier à qui nous avons donné la vie. La Grand’Loutre l’a reconnu, et a admiré son “ourage. Mais partons, entendezvous le bruit du combat ? Volons à la bataille !... (ci on entend le bruit du combat, tous les sauvages se lèvent, poussent un cri de guerre et partent.)

se SOÈNE II.

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