SCÈNE V
ARCHÉ, MonTGow: x.
Monrcomer .—Que faites-vous ici ?
ARCHÉ (se contenant).—J'ai laissé reposer mes soldats près d’une rivière qui se trouve à quelques arpents. Je me proposais d’y passer la nuit; en attendant le crépuscule, j'étais venu revoir des * lieux qui me rappellent des souvenirs,
Mowreomery.—Il n’est pas encore tard. Vos
soldats ‘maintenant reposés peuvent faire encore
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une longue marche ; vous iréez camper près de cet endroit qu'on appelle les plaines d'Abraham. Sur votre passage, vous mettrez le feu à toutes les babitations françaises que vous rencontrerez. D'’ailleurs je vous suivrai à petite distance.
ArCHÉ, — Mais faut-il incendier aussi les demeures de ceux qui n’opposent aucune résistance ! On dit qu’il ne reste que des femmes, des vieillards et des enfants dans ces habitations.
MonTGoMERY.—Il me semble, lieutenant, que mes ordres sont bien clairs et précis Vous mettrez le feu partout où vous passerez. Mais j'oubliais votre prédilection pour nos ennemis.
ARCHÉ (se mordant les lèvres de rage, puis se contenant).—Deux de ces demeures, ce groupe de bâtisses que vous voyez et un moulin sur la rivière où vous bivouaquez, appartiennent au seigneur d'Haberville, à celui qui pendant mon exil, m’a reçu et traité comme son propre fils Au nom de Dieu ! major, donnez vous-même l’ordre d'avancer.
MonTGoMERY.—Je n'aurais jamais cru qu’un officier de Sa Majesté Britannique eût osé parler de sa trahison envers son souverain.
ARCHÉ (se contenant àd peine).—Vous oubliez, major, que je n'étais qu'un enfant, mais encore une fois, au nom de ce que vous avez de plus cher au monde, donnez l’ordre vous-même et ne m’obligez pas de manquer à l’honneur, à la gratitude, en promenant la torche incendiaire, sur les propriétés de ceux qui, dans mon infortune, m'ont comblé de biens.
MoNTGOMERY (ex ricanant).—J'’entends, Monsieur se réserve une porte pour entrer en grâce avec ses amis, quand l’occasion s’en présentera. (Z sort). 3
ni
mis "DE usb SCÈNE VI.
ARCHÉ (seu).
ARCHÉ (17 se promène quelque temps, puis écla- . tant tout à coup).—1] était donc inspiré par l'enfer, ce prophète de malheur lorsqu'il disait à Locheil : Garde ta pitié pour toi-même, Arché, lorsque contraint d'exécuter un ordre barbare, tu déchireras avec tes ongles cette poitrine qui recouvre pourtant un cœur noble et généreux. Tu as bonne mémoire, Montgomery ; tu n'as :as oublié les coups de plat de sabre que mon aïeul donna à ton grandpère dans une auberge d’Edimbourg, mais moi e-.ssi j'ai la mémoire tenace, et tôt ou tard, je doublerai la dose sur tes épaules ; car tu seras trop lâche pour me rencontrer face à face. Sois-tu maudit, toi et ta famille, puisses-tu, moins heureux que ceux que tu prives d’abri, ne pas avoir lorsque tu mourras une seule pierre pour reposer: ta tête. Puissent toutes les furies de l'enfer... (se radoucissant). Quel contraste entre la cruauté de cet. homme sanguinaire et la générosité de ces peuplades que nous traitons de barbares!!! {Z4 on entend les miliciens qui viennent en chantant : Noble et belle patrie). Mais quels sont ces chants? (Z7 écoute). Ah! je les rec-nnais, ce sont les chants de ves braves enfants du Canada que j'aime à légal de mes compatriotes, (77 écoute encore.) Ils viennent par ici. Retiretoi, Archibald, tu n'es pas digne de paraître devant eux. (77 sort par le côté opposé aux miliciens.)
Le N'a SCÈNE VII.
Ds SAINT-LUC ET LES MILICIENS.
DE Sainr-Luc. — Halte-là ! soldats, reposonsnous un peu en attendant le capitaine d’Haberville,
O8É.—Il doit pas retarder à resoudre ; car je l'ai vu tout à l'heure, puis il disait comme ça, qu'il ne voulait plus se séparer de nous autres.
FonTAINE.—Ouf! quelle longue marche ! j'en suis tout harassé depuis les pieds jusqu’à la tête. Et pi, qu’c’est bète comme tout de marcher avec ces grands fizils là ; ça vous barre les jambes, puis ça vous fait baiser votre grand'mère ben plus souvent que vous y voudriez, allez.
Dusé.—(Ca viendra, mon brave, avec de l’exercice.
FonTAINE.— L'exercice, l’exercice, j'en ai ben assez pris de l’exercice depuis que j'ai quitté Saint- Jean-Port-Joli, ma paroisse.
José.—Tu es rien qu’au commencement, mon pauvre Fontaine, jusqu'ici tu as goûté que c'qui s'appelle les douceurs du camp. Mais, j'espère que bientôt, tu connaîtras à fond la vie d’un bon troupier. Mais... voici not’ commandant, (Zous à leur poste. On présente les armes à d'Haberville. De Saint-Luc donne le commandement! “ Présentez
armes ! Déposez armes ! ”)
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du DU Me SCÈNE VIII.
Les PRÉCÉDENTS, JULES. :
JuLes.—Mes amis, l'heure du combat est sonnée, quelques moments encore et l'anglais connaîtra une fois de plus, ce que peut la valeur du soldat canadien. Marchons au combat*’avec confiance. Que le nombre des ennemis ne nous effraie pas. Notre victoire n’en Sera que plus belle. Et lorsque le devoir le commande, ‘e soldat canadien ne compte pas le nombre. Il ne veut que la victoire ou la mort.
Tous (d’une voix fcrte).—Oui, la victoire ou la mort !
JULES.—Amis, encore un moment, et la trompette guerrière annoncera l'instant solennel du combat. Canadiens-français, souvenez-vous que vous êtes les fils des héros et des martyrs : Combattez et mourez s’il le faut pour Dieu et la pa-
trie... ; Tous.—Mourons pour Dieu et la patrie !
LE RIDEAU TOMBE
On fera pour entr'acte un table * vivant representant la bataille des plaines d'Abraham. Ce fableau a le double avantage d'intéresser l'auditoire et de le préparer à bien comprendre le 3e acte.