‹ Les anciens canadiens [microforme]Chapitre 23 sur 27 · LU · texte numérisé non relu

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ment complet du seigneur Jules d'Haberville, votre cœur doit être rassasié. Cherchez-vous encore des châteaux à incendier ? des mères de famille et des enfants ont été poursuivis jusque dans les bois par vos braves soldats ; nos demeures sont devenues la proie de l’incendie et vous avez pu tressaillir d’aise en voyant s'affaisser dans les flammes le vaste manoir d'Haberville. Soyez content, Archibald, vous avez été fidèle aux ordres d’un peuple babare! Le Canada conservera longtemps les traces glorieuses de votre passage ; le fer et la flamme proclameront bien haut la reconnaissance du très noble et très généreux Cameron de Locheil !

ARCHÉ.—Oh ! Jules, je vous en conjure, cessez, cessez ces reproches sanglants qui m’accablent. Si vous saviez tout ce que j'ai souffert et ce que je souffre encore. ( /w/es lui tourne le dos.) Il ne veut pas m'entendre! Mon Dieu! que faire !.... Ne me forcez pas, Jules, à m'éloigner de vous. sans avoir pu vous expliquer ma conduite. Cette explication, je la dois à votre respectable famille ;

je vous la dois ; je me la dois à moi-même, elle me * déchargera d’un fardeau bien lourd, Depuis que je vous ai quitté, Jules, j'ai traîné une vie bien misérable. A peine avais-je trouvé la Claymore de mon père, j'apprends que mon régiment devra joindre l’expédition dirigée contre la Nouvelle- France. Oh! alors combien je regrettai d’avoir pris le service dans l’armée. ... Mais j'avais donné ma parole, et j'étais loin de prévoir les actes de vandalisme auxquels on devait me forcer de concourir. Je m’embarquai pour le Canada. Un monstre de cruauté, l’infâme Montgomery, commandait la division dont mon régiment faisait partie. Il me mit la torche à la main et me contrai-

Ne à het

a à devenir le bourreau de ceux que j'aimais. mment vous peindre mes angoisses, ma fureur, mon désespoir, en entendant cet ordre barbare. Vous connaissez, Jules, les lois de la guerre et de la discipline militaire. Je ne pouvais plus reculer. Hors de moi-même, en proie aux combats les plus terribles, je donnai à regret l’ordre de la destruction. En refusant d’obéir, j'étais puni de mort déshonoré, je flétrissais à jamais le nom vénéré des Locheil. Le ciel m’en est témoin, je fus plus malheureux que coupable. Je sais que les circonstances sont contre moi, que tout. me condamne à vos yeux et voilà ce qui m'accable.... Mais j'en appelle à notre ancienne amitié, j'en appelle aux belles années de notre enfance que nous avons coulées ensemble. Vous m’aimiez .alors, Jules, la noblesse de mes sentiments, ce sont là vos propres paroles, m'avait gagné votre cœur.

JuLrs.—Ne soulevez pas le voile qui couvre le passé. Je vous ai aimé comme un frère, je l'avoue, maïs les temps sont changés. ….

ARCHÉ.— Oui, les temps sont changés, mais mon cœur. ne l’est pas, Jules. Je suis toujours le même, toujours prêt à donner mon sang pour vous et votre noble famille. Si je ne puis me justifier à vos yeux, si je ne puis obtenir mon pardon, je quitte au plus tôt le Canada, mais en quelqu’endroit de la terre que je me trouve, ma plus grande joie, mon plus grand bonheur sera d'apprendre que la famille des d'Haberviile a recouvré son ancienne splendeur et que des jours plus heureux se sont levés sur le manoir de Saint-Jean-Por: Toli!.... Mais je ne serai pas réduit à cet excès d’infortune ; vous écouterez, J ules, la bonté de votre cœur, et vous, verrez en moi un ami plus malheureux que coupable.

SN

Merci, noble ami, d’avoir bien voulu m’entendre jusqu'au bout.... Que faut-il maintenant que je fasse pour obtenir mon nardon?.... Faut-il vous supplier ?.... Me voici à vos genoux. Je vous en prie, dites moi que vous me pardonnez,...

JULES ou -émotion).—Relevez-vous, Archibald de Locheil

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