‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 2)Chapitre 34 sur 42 · RUE · texte numérisé non relu

RUE

Si l’on accepte la version de Washington, comment expliquer alors le cri d’indignation et d'horreur qui retentit dans toute la Nouvelle-France et jusqu’en Europe ? On n’a pourtant jamais reproché aux Français de se lamenter comme des femmes pour la perte de leurs meilleurs généraux, ou pour une défaite même signalée : pourquoi alors leur indignation, leur fureur à la nouvelle de la mort d’un jeune homme qui faisait, pour ainsi dire, ses premières armes, s'il avait péri dans un combat livré suivant les règles des nations civilisées? Ceci doit tout d’abord frapper le lecteur, qui n’aura pas mème lu la version française que je vais citer.

Tous les prisonniers français, et Manceau, qui seul se dérobe par la fuite au massacre, les sauvages mêmes alliés des Anglais déclarèrent que Jumonville éleva un mouchoir au-dessus de sa tête, qu'il invita les Anglais, par un interprète, à s'arrêter,

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ayant quelque chose à leur lire ;:que.le feu cessa ; que ce fut pendant qu’il faisait lire la sommation par un truchement qu'ñ fut tué par une balle qu'il reçut à la tête ; que, sans les sauvages qui s’y opposèrent, toute la petite troupe aurait été massacrée.

M. Guizot, dans ses mémoires sur Washington, après avoir cité le poème «Jumonville,» des extraits de Hassan, de Lacretelle, de Montgaillard, qui corroborent tous la version de M. de LaPlace, fait fi de toutes ces autorités consignées dans les archives de la marine française, et s’en tient à la version seule de Washington.

La grande ombre du héros nnblienin aurait-elle influencé le jugement du célèbre écrivain français ! Il ne m’appartient pas à moi, faible pygmée, d’oser soulever ce voile. Je dois baisser pavillon en présence d’upe si haute autorité, me contentant de dire: Washington alors n'aurait jamais dû signer un écrit où les mots assassin et assassinal lui sont jetés à la figure, comme on le voit dans le cours de la capitulation que j'ai citée,

N'importe; c'est maintenant au lecteur à juger si j'ai lavé victorieusenftent la mémoire de mon grand-oncle, accusé d'espionnage. Si Jumonville’eût accepté le rôle odieux que son ennemi lui prête pour se justifier d'un honteux assassinat, les Français n'auraient pas versé tant de larmes sur la tombe de. la victime.

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