‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 3)Chapitre 40 sur 41 · UN UE · texte numérisé non relu

UN UE

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— Toi aussi, mon frère Jules, toi aussi, tu m'as condamné sans m'entendre !

A ces paroles d'affectueux reproches, une forte secousse nerveuse acheva de paralyser le peu de force qui restait à Jules ; l'épée lui échappa de la min, et il tomba la face contre terre. Arché fit puiser de l’eau dans le ruisseau voisin par un de ses soldats; et sans s'occuper du danger auquel il s’exposait, il prit son ami dans ses bras et le porta sur la lisière du bois, où plusieurs blessés tant Français que Canadiens, touchés des soins que l’Anglais donnait à leur jeune officier, n’eurent pas même l’idée de lui nuire, quoique plusieurs eussent rechargé leurs fusils. Arché, après avoir visité les blessures de son ami, jugea que la perte de sang était la seule cause de la syncope : en effet, l’eau glacée qu’il lui jeta au visage, lui fit bien vite reprendre connaissance. Il ouvrit les yeux, les leva un instant sur Arché, mais ne proféra aucune parole. Celui-ci lui serra une main qui parut répondre par une légère pression.

—- Adieu, Jules, lui dit Arché ; adieu, mon frère ! le

devoir impérieux m'oblige de te laisser: nous reverrons tous deux de meilleurs jours.

Et il rejoignit en gémissant ses compagnons.

— Maintenant, mes garçons, dit de Locheill après avoir jeté un coup-d’œil rapide sur la plaine, après avoir prêté l'oreille aux bruits confus qui en sortaient, maintenant, mes garçons, point de fausse délicatesse, la bataille

est perdue sans ressource ; montrons à présent l'agilité de nos jambes de montagnards, si nous voulons avoir la chance d’assister à d’autres combats ; en avant donc, et ne me perdez pas de vue.

Profitant alors, avec une rare sagacité, de tous les accidents de terrain, prêtant l'oreille de temps en temps aux cris des Français acharnés à la poursuite des Anglais, qu’ils voulaient refouler sur la rivière Saint-Charles, de Locheill eut le bonheur de rentrer dans la ville de Québec, sans avoir perdu un seul homme de plus. Cette vaillante compagnie avait déjà assez souffert : la moitié était restée sur le champ de bataille ; et, de tous les officiers et sous-officiers, de Locheill était le seul survivant.

Honneur au courage malheureux! Honneur aux mânes des soldats anglais dont les corps furent enterrés pêle-mêle avec ceux de leurs ennemis, le 28 avril 1760. Honneur à ceux dont on voit encore les monceaux d’ossements reposer en paix près du moulin de Dumont dans un embrassement éternel ! Ces soldats auront-ils oublié leurs haines invétérées pendant ce long sommeil, ou seront-ils prêts à s’entr'gorger de nouveau, lorsque la trompette du jugement dernier sonnera le dernier appel de l’homme de guerre sur la vallée de Josaphat ?

Honneur à la mémoire des guerriers français dont les plaines d'Abraham recouvrent les corps sur le sinistre champ de bataille de l’année précédente. Auront-ils

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mémoire, après un si long sommeil, de leur dernière lutte pour défendre le sol de leur patrie passée sous le joug de l'étranger ? Chercheront-ils, en s’éveillant, leurs armes pour reconquérir cette terrc que leur courage trahi n'a pu conserver? Les héros chantés par les poètes de la mythologie, conservaient leurs passions haineuses dans les champs élysées ; les héros chrétiens pardonnent en mourant à leurs ennemis.

Honneur au courage malheureux ! Si les hommes, qui fêtent l'anniversaire d’une grande victoire glorieusement disputée, avaient dans l’âme une parcelle de sentiments généreux, ils appendraient au brillant pavillon national, un drapeau à la couleur sombre avec cette légende : ‘“ Honneur au courage malheureux !?” Parmi les guerriers célèbres dont l'histoire fait mention, un seul, le lendemain d’une victoire mémorable, se découvrit avec respect devant les captifs en présence de son nombreux état-major, et prononça ces paroles dignes d'une grande âme : ‘“ Honneur, messieurs, au courage # malheureux ! ” Il voulait, sans doute, que les Français, dans leurs triomphes futurs, fissent la part de gloire aux vaincus qui en étaient dignes : il savait que chacune de ses paroles resterait à jamais gravée sur le marbre de l’histoire. Les grands guerriers sont nombreux; la nature avare prend des siècles pour enfanter un héros,

Le champ de bataille offrait un bien lugubre spectacle après la victoire des Français : le sang, l’eau et la boue

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adhéraient aux vêtements, aux cheveux, aux visages même des morts et des blessés étendus cà et là sur un lit de glace : il fallait de pénibles efforts pour les dégager. Le chevalier de Lévis fit prendre le plus grand soin des blessés des deux nations, dont le plus grand nombre fut transporté au couvent des Dames Hospitalières de l'Hôpital-Général. L’hospice et ses dépendances furent encombrés de malades. ‘Tout le linge de la maison fut déchiré pour les pansements ; il ne resta aux bonnes religieuses que les habits qu’elles portaient sur elles le jour de la bataille (a). ‘Toujours altérées de charité chrétienne, elles eurent une rare occasion de se livrer aux pénibles devoirs que cette charité impose à celles qui, en prononçant leurs vœux, en ont fait un culte et une profession.

Le général Murray, rentré, après sa défaite, dans la cité de Québec qu'il avait fortifiée d’une manière formidable, opposait une vigoureuse résistance au chevalier de Lévis, lequel n'avait d'autre matériel de siége que vingt bouches à feu pour armer ses batteries : c'était plutôt un blocus qu’un siége régulier que les Français prolongeaient, en attendant des secours qu'ils ne reçurent jamais de la mère-patrie. +

Le chevalier de Lévis, qui avait à cœur de montrer les soins qu’il donnait aux blessés ennemis, s'était prêté de la meilleure g:..ce du monde à la demande du général anglais d'envoyer trois fois par semaine un de ses officiers

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visiter les malades de sa nation transportés à l'Hôpital- Général. De Locheill savait que son ami devait être dans cet hospice avec les officiers des deux nations ; mais il n’en avait reçu aucune nouvelle, Quoique dévoré d'inquiétude, il s'était abstenu de s'en informer pour ne point donner prise à la malveillance, dans la fausse position où ses anciennes relations avec les Canadiens l'avaient mis. Il était cependant naturel qu’il désirât rendre visite à ses compatriotes ; mais, avec la circonspection d’un Ecossais, il n’en fit rien paraitre : et ce ne fut que le dixième jour après la bataille, lorsque son tour vint naturellement, qu'il se rendit à l’hospice, escorté d'un officier français. La conversation, entre les deux jeunes gens, ne tarit pas pendant la route.

— Je ne sais, dit à la fin de Locheill, si ce serait une indiscrétion de ma part de vous demander à parler privément à la Supérieure de l’hospice ?

— Je n’y vois pas d’indiscrétion, répondit le Français, mais je crains, moi, d’enfreindre mes ordres en vous le permettant : il m'est ordonné de vous conduire près de vos compatriotes, et rien de plus.

— J'en suis fâché, dit l'Ecossais d’un air indifférent : ça sera un peu contrariant pour moi; mais n’en parlons plus.

L'officier français garda le silence pendant quelques minutes, et se dit, à part lui, que son interlocuteur, parlant la langue française comme un parisien, avait pro-

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et qu'il serait Cru $ un momen

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£ lié connaissa enfermées dans peut-être chargé de qu e la Supérieure; ji reprit donc aprè persuadé que ni vous, ni madame dessein de faire sauter nO$ batteries, $ tout, manquer à mon devoir, En

tien secret que vous demandez.

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mi, eut peine àré ant d'un ton

— Comme je suis Ja Supérieure n'avez je ne crois Pas: aprè accordant l'entre

De Locheill, qui comptait Sur tion avec s0n à

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re un mouvement de d’indifférence :

monsieur, de e envers moi et cette bonne dame. Vos batteries, protégées par la valeur française; ajouta-t-il en souriant, sont en pPar- Jors même que nous aurions de mauvais

— Merci, votre courtoisi

faite sûreté; desseins.

Les passages de pénétrer dans ralement encombrés de b aucun de 5€5 compatriotes;

Après avoir sonné; il se promena de lon ce mème parloir où la bonne Supérieure; jeur faisait jadis servir la collation, dans visites qu'il vent, avec SO

faisait au Cou son long séjour au collége des Jésuites, à Québec.

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