‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 3)Chapitre 6 sur 41 · RE · texte numérisé non relu

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— Comme je ne suis plus, heureusement pour moi dans mes montagnes d’Ecosse, dit Arché en riant, nous pouvons nous passer de cette formalité, Je vais écrire, immédiatement au capitaine d'Haberville, pour le remercier de son invitation si noble, si digne, si touchante pour moi, orphelin sur une terre étrangère.

— Alors, parlons raisonnablement, dit Jules, ne serait- | ce, de ma part, que pour la nouveauté du fait Tu me crois bien léger, bien fou, bien écervelé ; j'avoue qu'il y a un peu de tout cela chez moi: ce qui ne m'empêche pas de réfléchir souvent beaucoup plus que tu ne penses. Il y a longtemps que je cherche un ami, un ami sincère, | un ami au cœur noble et généreux! Je t'ai observé de bien près ; tu possèdes toutes ces qualités. Maintenant, Arché de Locheill, veux-tu être cet ami ?

— Certainement, mon cher Jules, car je me suis toujours senti entraîné vers toi

— Alors, s’écria Jules, en lui serrant la main avec beaucoup d'émotion, c’est à la vie et à la mort entre nous, de Locheill !

Ainsi fut scellée, entre un enfant de douze ans et l’autre de quatorze, cette amitié, qui sera exposée, par la suite à des épreuves bien cruelles.

— Voici une lettre de ma mère, dit Jules, dans laquelle il y a un mot pour toi :

‘ J'espère que ton ami, M. de Locheill, nous fera le “ plaisir d'accepter l'invitation de ton père. Nous avons

Les Anciens Canadiens LC 24

“ tous grande hâte de faire sa connaissance. Sa chambre “est prête, à côté de la tienne. Il y a, dans la caisse que ‘“ José te remettra, un paquet à son adresse qu'il me “ peinerait beaucoup de le voir refuser : je pensais, en “ le faisant, à la mère qu’il a perdue !” La caisse contenait une part égale, pour les deux enfants, de biscuits, sucreries, confitures et autres friandises.

Cette amitié, entre les deux élèves, ne fit qu'augmenter de jour en jour. Les nouveaux amis devinrent inséparables ; on les appelait indifféremment au collége, Pythias

- et Damon, Pylade et Oreste, Nysus et Euryale : ils finirent par se donner le nom de frères.

De Locheill, pendant tout le temps qu'il fut au collége, passait ses vacances à la campagne, chez la famille \ d’'Haberville, qui ne semblait mettre d’autre différence, entre les deux enfants, que les attentions plus marquées qu’elle avait pour le jeune Ecossais, devenu, lui aussi, le fils de la maison. Il est donc tout naturel qu’Arché, avant son départ pour l’Europe, accompagnât Jules dans la visite d’adieux qu’il allait faire à ses parents.

L'amitié des deux jeunes gens sera mise, par la suite, à des épreuves bien cruelles, lorsque le code d’honneur, que la civilisation a substitué aux sentiments plus vrais de la nature, leur dictera les devoirs inexorables d'hommes combattant sous des drapeaux ennemis. Mais qu'importe le sombre avenir ? N’auront-ils pas joui, pendant près de dix ans que durèrent leurs études, de cette amitié de

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ses poignantes jalousies, ses joies hements déli-

l'adolescence, qui,

chagrins passagers, délirantes, ses brouilles et ses rapproc

cieux ?

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