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saute de branche en branche en poussant un cri plaintif, be
sans pouvoir détourner un instant les yeux de ceux de
l’horrible reptile ! Qu'il cesse de le regarder, et il est sauvé, | m
Te souviens-tu comme il étaut gai après la mort de son ter- | de
rible ennemi? Eh bien, mon ami, que mon fripon ferme
l'œil et sa proie lui échappe, m:
— Sais-tu, dit Jules, que tu es un terrible dialecticien,
et que tu menace d’éclipser un jour, si ce jour n’est pas | ét: même arrivé, des bavards tels que Socrate, Zénon, Mon- le taigne et autres logiciens de la même farine? Il n'ya qu’un seul danger, c’est que la logique n’emporte le raisonneur dans la lune, 2 — Tu crois rire ! dit Arché. Eh bien, qu’ un seul, . pédant, portant la plume à l'oreille, se mêle de‘ de ma thèse sérieusement, et je vois venir ce à l'affût, qui prendront fait et t des flots d’encre vont couler, "4 à.
J1 a coûlé bien des flots de sang pour des systèmes À peu près aussi raisonnables que le mien. Voilà conne se fait souvent la réputation d’un grand homme !
— En attendant, reprit Jules, ta thèse pourra servir de pendant au conte que faisait Sancho pour endormir Don Quichotte. Quant à moi, j'aime encore mieux la légende de notre ami José.
— Vous n’êtes pas dégoûté, fit celui-ci, qui avait un peu sommeillé pendant la discussion scientifique,
— Ecoutons, dit Arché :
‘ Conticuêre omnes, intentique ora tenebant.”
— Conticuêre....., incorrigible pédant, s’écria d’Haberville.
— Ce n’est pas un conte de curé, reprit vivement José ; mais c’est aussi vrai que quand il nous parle dans la chaire de vérité : car mon défunt père ne mentait jamais.
—- Nous vous croyons, mon cher José, dit de Locheill ; mais continuez, s’il vous plaît, votre charmante histoire,
— Si donc, dit José, que le défunt père, tout brave qu’il était, avait une s fichue peur, que l’eau lui dégoutait par le bout du nez, gros comme une paille d'avoine. Il était
là, le cher homme, les yeux plus grands que la tête, sans oser bouger. Illui sembla bien qu’il entendait derrière lui le tic tac qu'il avait déjà entendu plusieurs fois pendant sa route; mais il avait trop de besogne par-devant, sans s'occuper de ce qui se passait derrière lui. Tout à coup, aumoment où il s’y attendait le moins, il sent deux grandes mains sèches, comme des griffes d’ours, qui lui
serrent les épaules : il se retourne tout effarouché, et se trouve face à face avec la Corriveau, qui se grappignait a:aont lui Elle avait passé les mdins à travers les barreaux de sa cage de fer, et s’efforçait de lui grimper sur le dos ; mais la cage était pes”nte, et, à chaque élan qu’elle prenait, elle retombait à terre avec un bruit rauque, sans lâcher pourtant les épaules de mon pauvre défunt père, qui pliait sous le fardear S'il né s'était pas tenu solidement. avec ses deux mains à la clôture, il aurait écrasé sous :la charge. Mon pauvre défunt: père était si saisi d'horreur, qu’on aurait entendu l'eau qui lui coulait de la tête tomber
* sur la clôture, comme des grains de gros plomb à canard.
— Mon cher François, dit la Corriveau, fais-moi le plaisir de me mener danser avec mes amis de l’île d'Orléans.
— Ah ! satanée bigre de chienne! cria mon défunt père; c'était le seul jurement dont il usait, le saint homme, et encore dans les grandes traverses.
— Diable ! dit Jules, il me semble que l'occasion était favorable ! quant à moi, j'aurais juré comme un payen.
— Et moi, reprit Arché, comme un anglais.
— Je croyaïs avoir pourtant beaucoup dit, répliqua d'Haberville.
— Tu es dans l'erreur, mon cher Jules ! Il faut cepen-
dant avouer que messieurs les payens s’en acquittaient
passablement, mais les Anglais! les Anglais! Le Roux qui, après sa sortie du collége, lisait tous les mauvais
,etse [DA livres qui lui tombaïient sous l2 main, nous disait, si tu pignait t'en souviens, que ce polisson de Voltaire, comme mon >s bar- oncle le Jésuite l’appelait, avait écrit dans un ouvrage, r sur le qui traite d'événements arrivés en France sous le règne qu’elle de Charles VII, lorsque ce prince en chassait ces insue, sans laires, maîtres de presque tout son royaume ; Le Roux re, qui nous disait donc que Voltaire avait écrit que “tout ement. anglais jure.” Eh bien, mon fils, «es événements se passous : la saient vers l’année 1445; disons qu'il y ait trois cents orreur, | ans depuis cette époque mémorable, et juge, toi-même, tomber quels jurons formidables une nation d’humeur morose canard. M peut avoir inventés pendent l’espace de trois siècles ! moi le — Je rends les armes, dit Jules ;« mais continue, mon le l’île cher José, — Satanée bigre de chien:ie, lui dit mon défunt père, défunt est-ce jour me remercier de mon dépréfundi et de mes saint autres bonnes prières que tu eux me mener au sabbat ? Je pensais bien que tu en avais, au petit moins, pour ion trois à quatre mille ans dans le purgatoire pour tes me un fredaines. Tu n'avais tué que deux maris : c'était une
misère ! aussi ça me faisait encore de la peine, à moi qui ai toujours eu le cœur tendre pour la créature, et je me suis dit: Il faut lui donner un coup d'épaule; et c'est là ton remerciment, que tu veux monter sur les miennes, pour me traîner en enfer comme un hérétique !
— Mon cher François, dit la Corriveau, mène-moi danser avec mes bons amis; et elie cognait sa tête sur elle de mon défunt père, que le crâne lui résonnait ame une vessie sèche pleine de cailloux, ,
épliqua
cepenttaient Roux auvais
— Tu peux être sûre, dit mon défunt père, satanée bigre de fille de Judas l’Escariot, que je vais te servir de bête de somme pour te mener danser au sabbat avec tes jolis mignons d'amis !
— Mon cher François, répondit la sorcière, il m'est impossible de passer le Saint-Laurent, qui est un fleuve bénit, sans le secours d’un chrétien.
— Passe comme tu pourras, satanée pendue, que lui dit mon défunt père; passe comme tu pourras : chacun son affaire. Oh! oui! compte que je t’y mènerai danser avec tes chers amis, mais ça sera à poste de chien comme tu es venue, je ne sais comment, en traînant ta belle cage, qui aura déraciné toutes les pierres et tous les cailloux du chemin du roi, que ça sera un escandale, quand le grand voyageur passera ces jours ici, de voir
un chemin dans un état si piteux! Et puis, ça sera le pauvre habitant qui pâtira, lui, pour tes fredaines, en payant l'amende pour n'avoir pas entretenu son chemin d’une manière convenable! =
Le tambour-major cesse enfin tout à coup de battre la mesure sur sa grosse marmite. Tous les sorciers s’arrêtent et poussent trois cris, trois hurlements, comme font les sauvages quand ils ont chanté et dansé ‘“ la guerre,” cette danse et cette chanson par laquelle ils préludent toujours à une expédition guerrière, L'ile en est ébranlée jusque dans ses fondements. Les loups, les ours, toutes les bêtes féroces, les sorciers des montagnes du nord s’en saisissent, et les échos les répètent jusqu'à
tanée servir t avec
m'est fleuve
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Les Anciens Canadiens Ôr
ce qu’ils s’éteignent dans les forêts qui bordent la rivière Saguenay.
Mon pauvre défunt père crut que c'était, pour le petit moins, la fin. du monde et le jugement dernier.
Le géant au plumet d’épinette frappe trois coups ;.et le plus grand silence succède à ce vacarme infernal. Il élève le bras du côté de mon défunt père, et lui crie d'une voix de tonnerre : Veux-tu bien te dépêcher, chien de paresseux, veux-tu bien te dépêcher, chien de chrétien, de traverser notre amie? Nous n'avons plus que quatorze mille quatre cents rondes à faire autour de l’Ile avant:le chant du coq: veux-tu lui faire perdre le plus:beau du divertissement P
— Va:t-en à tous les diables d’où tu sors, tai et les tiens, lui cria mon défunt père, perdant enfin toute patience.
— Allons, mon cher François, dit la Corrive .u, un peu de complaisance ! tu fais l’enfant pour une baatelle ;-tu vois pourtant que le temps presse : voyons, mon fils, un petit coup de collier.
— Non, non, fille de .satan! di mon défunt. he Je voudrais bien que tu l’eusses encore le beau collier que le-bourreau t'a passé autour du cou, 1l.y a deux 4 15 : tu n’aurais.pas le sifflet si affilé,
Pendant ce dis. gue, .les sorciers de l'Ile reprenaient leur refrain s
Dansons à l'entous,
Toure-lovre ; BDansonus à l’eutous
62 Les Anciens Cinadiens
— Mon cher François, dit la sorcière, si tu refuses de m'y mener en chair et en os, je vais t'étrangler; je monterai sur ton âme et je me rendrai au sabbat, Ce disant, elle le saisit à la gorge et l’étrangla.
— Comment, dirent les jeunes gens, elle étrangla votre pauvre défunt père ?
Quand je dis étranglé, il n’en valait guère mieux le cher homme, reprit José, car il perdit tout à fait connaissance.
Lorsqu'il revint à lui, il entendit un petit oiseau qui criait : gué-tu P 3
— Ah! ça! dit mon défunt père, je ne suis donc point en enfer, puisque j'entends les oiseaux du bon Dieu ! Il risque un œil, puis un autre, et voit qu'il fait grand jour ; le soleil lui reluisait sur le visage.
Lè petit oiseau, perché sur une branche voisine, criait toujours : gué-fu ?
=— Mon cher petit enfant, dit mon défunt père, il m'est malaisé de répondre à ta question, car je ne sais trop qui je suis ce matin ; hier encore je me croyais un brave et honnête hômme créant (craignant) Dieu; maïs j'ai eu tant de traverses, cette nuit, que je ne saurais assurer si c'est bien moi, François Dubé, qui suis ici présent en
1 L'auteur avoue son ignorance en ornitholorie. Notre excellent ornithelog'ste, M. LeMoine, aura peut-être la complaisance de lui venir en aide en elassant, comme il doit l'être, ce petit oiseau dont la voix imite les deux syllabes qué-fu. Ceci rappelle & l’auteur l’anecdote d’un vieillard non compos mentis qui errait dans les campagnes, il y a quelque soixante ans. Se croyant interpellé lorsqu'il entendait le chant de ces hôtes des bois, il ne manquait famais de répondre très-poliment d’abord : “ Le père Chamberland, mes petits enfants.” et, perdant patience : “ Le père Chamberland, mes petits
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Dansons à l'entour, Toure-loure ; Dapsons à l'entour.
Il était encore à moitié ensorcelé. Si bien toujours qu’à la fin il s'aperçut qu’il était couché de tout son long dans un fossé où il y avait heureusement plus de vase que d'eau, car sans cela mon pauvre défunt père, qui est mort comme, un saint, entouré de tous ses, parents et amis, et muni de tous les sacrements de l'Eglise, sans en manquer un, aurait trépassé sans confession, comme un orignal au fond des bois, sauf le respect que je iui dois et à vous, mes jeunes messieurs. Quand il se fut, dé%a/é du fossé où il était serré comme dans une éfpgue (étau), le premier objet qu’il vit fut.son flacon sur la’ levée.du fossé ; ça lui ranima un peu le courage. Il étendit la main pour prendre un coup; .mais, bernique ! : il était vide ! la. sorcière avait tout bu.
— Mon cher José, dit de Locheill, je ne suis pourtant pas plus lâche qu’un autre; mais, si pareille aventure m'était arrivée, je n'aurais jamais voyagé seul de nuit,
— Ni moi non plus, interrompit d'Haberville.
— À vous dire le vrai, mes messieurs, dit José, puis que vous avez tant d’esprit, je vous dirai en confidence qüe mon défunt père, qui, avant cette aventure, aurait été dans un cimetière en plein cœur de minuit, n’était
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b: des Liens Canadiens
p'us-si hardi après'cela; car il n'osait aller seul fais son train dans l’étable, après soleil couché,
— Il faisait très-prudemment ; mais achève ton his tuire, dit Jules.
— Elle est déjà finie, reprit José; mon défunt père attela sa guevalle, qui n'avait eu connaissance de rien, à ce qu'il paraît, la pauvre bête, et prit au plus vite le chemin de la maison : ce ne fut que quinze jours après qu’il nous raconta son aventure,
— Que dites-vous maintenant, monsieur l’incrédule égoïste, qui refusiez tantôt au Canada le luxe de ses sorciers et sorcières ? dit d'Haberville.
— Je dis, répliqua Arché, que nos sorciers calédoniens ne sont que des sots comparés à ceux de la Nouvelle. France ; et que, si je retourne jamais dans mes montagnes d’Ecosse, je les fais mettre en bouteilles, comme fit Le Sage de son diable boiteux d’Asmodée,
— Hem ! hem ! dit José, ce n’est pas que je les plain. drais, les inséctables gredins, mais où trouver des bouteilies assez grandes? voilà le plus pire de l'affaire
uvelle.
mon.
omme
plain.
s bou.