UN SOUPER CHEZ UN SEIGNEUR. CANADIEN
Le couvert était mis dans une chambre. basse, mais
spacieuse, dont les meubles, sans annoncer le luxe, ne “laissaient rien.à désirer de ce que les Anglais appellent
comfort, : Un épais tapis dé laine à carreaux, de manufacture canadienne, couvrait, aux trois quarts, le plancher de cette salle à manger. ‘Les tentures en laine, aux couleurs vives, dont.elle était tapissée, ainsi que les dossiers du canapé, des bergères et des-chaises en acajou, aux pieds de-:quadrupèdes, semblables à nos- meubles
maintenant à la mode, étaient. ornées d'oiseaux gigan-
tesques, qui auraient: fait le désespoir de limprüdent ornithologiste qui aurait entrepris de les classer,
Un immense buffet, touchant presque au plafond, étalait, sur chacune des barres transversales, dont il.était amplement muni, un service en vaisselle bleue de Mar-
seille,. semblant, par:son épaisseur, jeter un. défi à.la
e des domestiques qui.en auraient laissé tomber
quelques pièces. Au-dessus de la partie inférieure de ce buffet, qui servait d'armoire, et que l’on pourrait appeler le rez-de-chaussée de ce solide édifice, projetait une tablette d'au moins un pied et demi de largeur, sur laquelle était une espèce de cassette, beaucoup plus haute que large, dont les petits compartiments, bordés de drap vert, étaient garnis de couteaux et de fourchettes à manches d'argent, à l'usage du dessert. Cette tablette contenait aussi un grand pot d’argent, rempli d’eau, pour ceux qui désiraient tremper leur vin, et quelques bouteilles de ce divin jus de la treille,
Une pile d’assiettes de vraie porcelaine de la Chine, deux carafes de vin blanc, ? deux tartes, un plat d'œufs
à la neige, ? des gaufres, une jatte de confitures, sur une
petite table couverte d’une nappe blanche, près du buffet, composaient le dessert de ce souper d’un ancien seigneur canadien, A un des angles de la chambre était une fontaine, de la forme d’un baril, en porcelaine bleue et blanche, avec robinet et cuvette, qui servait aux ablutions
. de la famille. À un angle opposé, une grande canevette,
garnie de flacons carrés, contenant l’eau-de-vie, labsinthe, les liqueurs de noyau, de framboises, de cassis,
1 Les anciens Canadiens ne buvaient généralement que du vin blanc au dessert.
2 La maitresse de la maison s’amusait quelquefois pendant l'hiver À mystifer ses amis, en substituant un rlat de belle neige, arrosée de quelques euillérées de la vraie sauce jaune de cet excellent entre-mets, pour mieux
. servir à l'illusion. Bien entendu, qu'après avoir beaucoup ri, le véritable
plat d'œufsà-la-neige était substitué au premier, par trop froid pour les cœonviveu.
cuil} servi une | sur 1 était saven se pc coute:
gaine leau, :
Les n
( Les Anciens Canadien: 97 d’anisette, etc., pour l’usage journalier, complétait l'ameu-
r blement de cette salle, : Le couvert était dressé pour huit personnes ‘Une k cuillère et une fourchette d'argent, enveloppées dans une ” serviette, étaient placées à gauche de chaque assiette, -et és une bouteille de vin léger à la droite. ‘Point de couteau du sur la table pendant le service des viandes : 1 chacun M était muni de cet utile mstrument, dont les Orientaux be savent seuls se passer. Si le couteau était à ressort, il "4 se portait dans la poche, si c'était, au contraire, un couteau-poignard, il était suspendu au cou dans une " gaine de maroquin, de soie, où même d’écorce de ‘bou xfs leau, artistement travaillée et ornée par les ‘aborigènes. “A Les manches étaient généralement d'ivoire, avec ‘des et, 1 L’anteur a tanjours vu la mode actuelle des couteaux de table pendant le service des viandes ; néanmoins la tradition était. telle qu’il l’a mentionnée
plus haut, l’anecdote suivante le confirme : LrS ane Un vieux gentilhomme cansdien, dinant un jour au château Saint-Louis, et après la conquête, se scrvit à table d’un superbe couteau à gaine, qu'ilportait |
| suspendu à son cou: Son fils, qui était présent, et qui, suivant l'expression VE | de con père; avait introduit chez lui les couteaux de table avant le dessert, tte, | pourfaire. l'anglais, racontait à l’auteur qu’il pensa mourir de honte en voyant
ticaner en dessous les jeunes convives des deux sexes.
: L's habitants se servaient toujours, il y a cinquante ans, de lenr couteau de L poche pendant les repas; les hommes, de couteaux plombés. Un forgeron en
‘hbriquaït la 1ame; les manches en bois étaient ornés de ciselure en étain; et, comme cet instrument n’avait pas de ressort, le patient était contraint de | tenir constämment la lame assujétie avec le pouce: l'esprit ingénieux ‘de l'artiste facilitait l'opération au moyen d’un netit bouton, placé à ls partie de la lame attenante au msnche. Les habitants s’en servaient avec beaucoup d'adresse; mais. les novices se pinçgaient horriblement le :poucs:. um petit apprentissage était nécessaire.
Les femmes.s0 esrralans de couttnnz. de poahe snliaaire, qu'elles aobe M RUES
re de RE RTE LUS
j'" 1 Quelques familles catisliennes avaient conservé l'usage des gobelet # d'argent pendant leurs repas, il y a près de soixante-et-dix ans, On y ajoutalt
98 he Les Anciens Canadiens
rivets d'argent, et même en nacre de perles pour les Sava dames, ,,,., ji deu
Il y avait aussi à droite de chaque couvert une coupe de d ou. un gobelet d'argent de différentes formes et de diffé D Le g rentes grandeurs 1: les uns de la plus grande simplicité, sur u avec ou sans añneaux ; les. autres avec des anses ; quel. L et qu ques-uns en forme de calice, avec ou sans pattes, où prod relevés ,en bosse ;. beaucoup aussi étaient. dorés en mépri dedans, , ;. ‘. M Dezgr
Une servante, en apportant sur un cabaret le coup comp d'appétit d'usage, savoir, l’eau-de-vie pour les hommes, D était 1 et les liqueurs douces pour les femmes, vint prévenir crevai qu’on était servi. Huit personnes prirent place à table: Pour j
M. de Beaumont et son épouse, Mme. Descarrières leur du de sœur, le curé, le capitaine Marcheterre, son fils Henri, et flancs enfin Jules et Arché. La maîtresse de la maison donna} d'épais “plice d'honneur au vénérable curé, en le plaçant à sa toutés . droite, et la seconde plâce au vieux marin, à sa gauche DD unique Le menu du repas était comyosé d’un excellent potage Des (la soupe était alors de rigueur, tant pour le dîner quel bardes ‘pour le souper), d'un pâté froid, appelé pâté de Pâques DB hould, servi, à cause de son immense volume, sur une planche espagnd ‘recouverte d'une servietté, ou petite nappe blanche,
| les autr suivant ses proportions. Ce pâté, qu'aurait envié Brillat put of
} L'ant ten miny silsn:lec vent deu &
‘les verres à patte de crystal au dessert, dont les convives se servaient indifl remment, suivant leur soif plus ou moins vive: L'ivrognerie était alors à d'ailleurs, un vice inconnu à 11 première classe de La société canad cnnc. Tromi
ar Îles
coupe diffé )licité, quel:
es, où és en
2 COUP )mmes, révenit !
, table:
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enri, et onna la!
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gauche. à ;
D lanche blanche, Brillat-
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Zes Anciens Canadiens 99
Savarin, était composé d’une dinde, de deux poulets, de deux perdrix, de deux pigeons, du râble et des cuisses de deux lièvres : le tout recouvert de bardes de lard gras. Le godiveau de viandes hachées, sur lequel reposaient, sur un lit épais et mollet, ces richesses gastronomiques, et qui en couvrait aussi la partie supérieure, était le produit de deux jambons de cet animal que le juif méprise, mais que le chrétien traite avec plus d'égards, De gros oignons, intraduits çà et là, et de fines épices, complétaient le tout. Mais un point très-important en était la cuisson, d’ailleurs assez difficile ; car, si le géant crevait, il perdait alors cinquante pour cent de son acabi , Pour prévenir un événement aussi déplorable, la croûte
| du dessous, qui recouvrait encore de trois pouces les
flancs du monstre culinaire, n'avait ras moins d'un pouce d'épaisseur, Cette croûte même, imprégnée du jus de
| toutes ces viandes, était une partle délicieuse de çe met:
unique, À Des poulets et des perdrix rôtis, recouverts de Par bardes de lard, dés pieds de cochon à la Sainté-Méné-
| hould, un civet bien différent de celui dont un hôtelier
espagnol régala jadis l'infortuné Gil Plas, furent en outre
| les autres mets que l’hospitalité du seigneur de nr
put offrir à ses ami.
] L'autenr: à cra fatre platétr s aux gourmets, en dise donnant une descrip tien minutionss nee pôté canadien, leur conseillant d en faire l’ess: ;
s'ils n le croient pa Les familles nombreuses en faisaient 4 vent deu ant ai ris à ds em Lana gi ste 1e démolition
: 3 fi
HS
On mangea longtemps en silence et de grand appétit; É mais, au dessert, le vieux marin qui, tout en dévorant vl comme un loup affamé, et buvant en proportion, n'avait Lo cessé de regarder Arché avec un intérêt toujours crois. Re sant, rompit le premier le silence : HT
— Il paraît, jeune homme, dit-il d’un ton goguenard, que vous ne craignez guère les rhumes de cerveau ! 1! à Man me semble aussi que vous n'êtes pas trop pressé de res.
vous pirer l'air du ciel, et que, comme le castor et la loutre, je ne vos confrères, vous ne mettez le nez hors de l’eau que À temp toutes les demi-heures, et encore pour la forme, pour péch
voir ce qui se passe dans le monde d’en haut, Diable! vous: êtes aussi un pèu comme le saumon : quand on lui donne de la touée, il en profite. M'est avis que les goujons de votre espèce ne se trouvent pas dans tous les ruisseaux |
— Ce qui n'empêche pas, capitaine, dit Arché, que sans votre présence d'esprit, sans votre calcul admirable à ne lâcher que la mesure précise de ligne, je me serais | brisé la tête, ou l'estomac, contre la glace ; et que le corps du pauvre Dumais, au lieu d’être dans un lit bien! chaud, roulerait maintenant dans le lit —. 4 Saint- Laurent.
— En voilà un farceur ! fit Marchatee, à l'entendre parler ce serait moi qui aurais fait la besogne. I] fallait bien vous donner de la touée, quand ai menaçaient de vous passer par-dessi 0 qui aurait été assez gênante au beau mili ut es déchainés,
pétit ;
rorant
avait crois
enard, u! Î de res loutre, au Que À e, pour Diable!
d on li | que les tous les
hé, que
imirable
ne serais!
que le lit bien
entendre
u Saint
Je veux que le di. . ... : excusez, M. le-curé; j'allais jurer : c’est. une vieille habituce de marin.
— Bah! dit en riant le curé (a), un de plus, ou de moins, il y a longtemps, vieux pécheur, que vous er êtes coutumier : la taille est pleine, et vous n'en tenez plus aucun compte |
— Quand la taille sera pleine, mon cher curé, dit
Marcheterre, vous passerez. la varlope dessus, comme vous avez déjà fait, et on filera un. autre nœud. D'ailleurs, temps et lieu, et me remorquer à bon port avec les autres pécheurs.
— Vous êtes trop sévère, M. l'abbé, dit Jules com-
ment voulez-vous que ce cher capitaine se prive de la,
consolation de jurer tant soit peu, : ne serait-ce que contre
| son éthiopien de cuisinier qui, lui fait des fricassées aussi ,
noires que sOn visage ?
WPROSTIRTE 24
— Comment, diablotin enragé, s'écria le capitaine avec ,
une colère comique, { tu 9ses encore parler, après: le tour quetu m'as fait? se — Moi! dit Jules d'un air bonasse, je vous ai joué un; bien cruéllément. | — Mais voyez 2 lé bon apôtre | dit chaises je lai calomnié 1 pistons allons au plus ke Reste en
Les Anciens Canadiens ZoZ:
tour ? j'en suis ‘incapable, ‘capitaine : vous,me, calomniez,
I fallait les pied pos ition
es flots
16 Lès Anciens Cünadiens
lé:curé'a:coulé à fond dé cale mon malencontreux juion et fermé l’écoutillé par-dessus, que quand bien même, jétne homme, vous auriez descendu au pied de la chute, pär curiosité, pour donner des nouvelles de ce qui s'y passe À vos amis, qu'alors comme votre confrère, le saumon, vous auriez aussi trouvé le tour de l’escalader.
La:conversation avait tourné à la plaisanterie : les.
säilliés, les bons mots succédèrent pendant longtemps aux'émotions crüelles dé la soirée.
== Remplisséz vos gobelets ; feu partout, s’écria M. de
Denumont : jé vais porter une santé qui, j'en suis sûr, sera bien accueillie,
= Vous en parlez à votre aise, dit le vieux Rs auquel où avait donné pôur lui faire. honneur une coupe richenent travaillée, mais contenant presque le double de céliès des autrés convives. Je suis plus que nonagénaire, et par conséquent je n'ai plus ma tête bretonne de vingtcinq ans,
= Bah! mon viefl ami, fit M. de Beaumont, vous n'aurez toujours pas bien loin à aller, car. vous couchez ici; Cest convenu. : Et puis. si Jes. jambes: faiblissent, ça pässera pour votre grand âge : personne ne sera scandalisé.
— Vous oubliez, mon seigneur, dit. le curé, : -que j'ai accepté votre aimable invitatioh pour être à portée de
secourir au besoin le pauvre Dumais : mon intention est
de passer la nuit près de lui Si vous m'ôtez le: for sjoutatil en souriant, ay service sglezrauss de |
Les Anciens Canadiens 107 —Vous allez pourtant vous coucher, fit M. de Beaumont ; ce sont les ordres du maître de céans. On vous
éveiller au besoin. N'ayez aucune inqu:étude quant au pauvre Dumais et à sa femme ; Madame Couture, leur
intime amie, est auprès d'eux. Je renverrai même, quand
ils auront soupé (car j'ai fait servir des rafraîchissements à tous ceux qui sont ici), quantité de compères et de commères qui ne demanderaient qu'à encombrer la chambre du malade pendani toute la nuit, et partant vicier l'air pur dont il a le plus besoin. Nous serons tous sur pied, s’il est nécessaire. 1
— Vous parlez si bien, repartit le curé, que je vais m ’exécutèr en conséquence.
Et, ce disant, à versa une portion silonratile de vin dans la formidable coupe.
Alors le seigneur de Béaumont dit à Arché d'ine voix émue et en même temps solennelle : ee sait lequel le plus admirer, de ce RPC sublime qui vous a fait risquer votre vie pour sauver celle d’un inconnu, où de ce courage, de ce sang-froid admirable, qui vous ont fait réussir ! Vous allez, je le sais, embrasser la carrière des armes ; vous possédez toutes les qualités requises dans votre. nouvelle carrière. Soldat moi-même, je vous \prédis de grands succès, A la santé de M. de Locheill, le héros du jour! Ia santé du jeune Ecossais fut bué avec enthgusiasme.
1 C'était alors la coutume dans les campagnes niet chambre des —. il est à regretter qu'il en soit encore ainsi.
Arché, apres avoir remercié, ajouta avec beaucoup de modestie. ‘
— Je suis vraiment confus de tant de louanges pour une action aussi simple. J'étais probablement la seule personne qui sût nager, parmi les spectateurs : car tout aütré en aurait fait autant. On prétend, ajouta-t-il en.
souriant, que vos femmes sauvages jettent leurs enfants nouveaux-nés dans un lac, ou dans une rivière, leur lais-
£ant ensuite le soin de gagner le rivage: c’est une. pre-
mière leçon de natation, Je suis porté à. croire que nos.
mères dans les montagnes d’Ecosse suivent cette excellente coutume : il me semble que j'ai toujours su nager,
Encore farceur ce M. Arché! dit le capitaine.
Quant à moi, il y a cinquante ans que je navigue, et je
n'ai jamais pu apprendre à nager (6): ce n’est pourtant | pas faute d’avoir tombé à l’eau plus qu’à mon tour ; mais
j'avais toujours la chance de me raccrocher quelque part.
À défaut d’un objet quelconque à ma portée, je jouais des pattes comme font les chats et les chiens ; ; et tôt. ou,
tard quelqu’ un me repêchait, puisque je suis ici, #
Ceci me rappelle une petite aventure de ma vie de. mari, Mon navire était ancré. sur les bords. du “Missis-
sipi Il pouvait être neuf heures du soir, après une ‘de cés journées étouffantes de chalcur dont on ne jouit que près des tropiques. Je m'étais couché sur le beaupré de mon ‘Vaisseau pour respirer la brise du soir, Sauf les moustiques, les brulôts, les maringouins, et le bruit Ân-
fernal que Bnient se cms réunis, je crois, de toutes
à * : < ; LFRAT C :% PU A ÉC € La Le do Ru
Les: Anciens Canadiens -40$ les parties du Père des Fleuves, pour me donner une aubade, un prince de l'Orient aurait envié mon lit de repos. Je ne suis pourtant pas trop peuréux de mon naturel, mais j'ai une horreur invincible pour toutes espèces de reptiles, soit qu’ils rampent sur la terre, soit . vivent dans l’eau. ".
— Vous avez, capitaine, dit Jules, des goûts aAlcats, raffinés, aristocratiques, pour lesquels je vous honore. :
— Tu oses encore parler, méchant garnement, s’écria Marcheterre en le menaçant, tout en riant, de son énorme poing: j'allais t'oublier, mais tu auras ton tour bien vite. En attendant je continue : je me trouvais heureux dans ma sécurité sur mon mât, d’où j'entendais craquer les mâchoires dc ces monstres affamés. Je narguais même mes ennemis en leur disant: vous seriez très-friands, mes petits moutons, de faire un bon souper de ma carcasse, mais il n’y a qu’une petite difficulté : c'est, voyez-vous, que quand bien même il vous faudrait jeûner toute votre vie comme dés anachorètes, ça ne sera toujours pas moi qui vous ferai rompre votre jeûne, j'ai la éonscience trop timorée pour’celd: : 1 ‘°° -
Je ne sais trop, continua’ Marcheterre, comment à: chose arriva ; mais toujours est-il que. je finis par m'endormir, et que, quand je m'éveillai, j'étais au beau milieu’ dé ces jolis enfants Il est impossible de vous peindre mon } horreur, malgré mon sngaoid rar à
au beaupré : j’eus le bonheur de la saisir en remontant à la surface de l'eau; mais malgré mon agilité de singe, pendant ma feunesse, je ne m'en retirai qu'en laissant en Ôtage, dans le gosier d’un caïman peu civilisé, une de mes bottes et une partie précieuse d’un de: mes mollets.!
Aton tour maintenant, lutin du diable, continua le capitaine : il faut tôt ou tard que tu me paies le tour que tu m'as joué J'arrivais, l'année dernière, de la Martinique ; je rencontre monsieur, le matin, à la basse. ville de Québec, au momént où il se préparait À traverser le fleuve, à l'ouverture de ses vacances, pour se rendre chez son père. Après une rafale d’ernbrassades, dont j'eus pcine à me dégager en tirant à babord, je le charge d'annoncer mon arrivée à ma famille, et de lui - dire que Je ne pourrais descendre à Saint-Thomas avant trois y quate jours Que fait ce han apôtre? Il'arrive æbez moi, à huit heures du soir, en criant comme un possédé : Pa tape: al mais criez donc, de la joie !
— Mon mari : est: dr fait. laine Marcheteiré | Mon père est arrivé, s'écrient mes deux filles !
—Sans doute, vont este ie: Je serais si Pre sans cela? Hs Al embratse bel me bonie éme ù n'y soit
(Les An noiens | Canadiens
pas pe mal, à cela. Il veut embrasser mes filles, qui ui lâchent- leur double bordée de soufflets, .et filent.ensuite toutes voiles.au vent. Que, dites-vous, M. le curé,
, / de ce beau début, en attendant le reste? à , "1 — Ah! M. Jules, s'écria le vieux pasteur, dusmeshds | de jolies choses : une. conduite certainement bien, édie fiante, pour.un.élève des révérends.pères Jésuites! F —— Vous voyez bien, M../abbé, dit Jules, que tout la - cela n’était qu’histoire de rire, pour prendre part.à la 7” joie de cette estimable famille. Je connaissais trop la 3 vertu, féroce, solide. sur ses bases. comme. le cap. des " | Tempêtes,. de .ces filles: de marin, pour agir sérieusemn - ment. , Je savais qu’après avoir lâché leur double bordée 4 de soufflets, elles fileraient ensuite toutes voiles au vent. Eè — Je commence à croire, après tout,. fit le vieux g pasteur, que tu dis la, vérité ;.que. c'était plutôt espiè- : glerie de ta part, que mauvaise intention ; je connais +4 mon Jules d'Haberville sur le bout de mon. doigt. ,
— De. mieux en mieux, dit le capitaine ; prenez maintenant | sa part: il.ne manquait, plus que cela. Nous allons voir pourtant, si vous serez aussi indulgent pour. le, reste... Quand monsieur eut fini son. sabbat, il dit à ma femme : le capitaine m'a chargé de vous dire qu'il , ‘serait, ici- demain, vers dix heures: du soir ; et, comme ila fait de bonnes affaires (ce qui était “eut tout’ vrai), il entend que tous. ses amis. se ressentent de D cn ‘l veut qu'il y ait bal et souper chez hi
REA E HET 27 Ar
sx 45 t
so8 Les Anciens Canadiens
table. Ainsi préparez tout pour cette fête, à jaquelle à | m'a invité avec mon: frère de Locheill, Ça me contrarie un peu, ajouta l'hypocrite, j'ai bien hâte de revoir «més chers parents, mais-pour vous, mesdames, il ny a rien que je ne fasse:
Mais mon mati ny pense donc pas, de me donner ‘si peu de temps, : dit - madame - Marcheterre, Nous n’avons point: de marché ici ; ma cuisinière est bien vieille pour fure tant de besogne dans l'espace d'une journée. ‘C'est’ désespérant | à la fin noùs “lots firé ‘l'impossible pour lui plaire,
— Je puis toujours vous rendre quelques services, dit. Yhypocrite, en ‘feignant de plaindre’ beaucoup ra bonne femme : je me chargerai, avec le plus grand Plaisir, dé faire les invitations, :
= Vous me rendrez vraiment un grand service, mon cher Jules, dit ma femme : y; vous ‘connaissez ‘notre société ; je vous donne carte blanche,
Ma femme fait aussitôt courir la paroisse potr se “procurer les viandes dont elle aüta bésoin. ! ‘Elle et mes filles passent la-plus grinde partie de la nuit à aider ja vieille cuisinière à faire les pâtisseries, crêmes fouettées, ‘blanc-manger, gaufres et un tas de 24es (vétilles) qui ne valent'pas les bonnes #awes de morue’ fraîche” que | l'on “mange sur le banc de Terre-Neuve. 1 M. Jules ‘fit,
1 Un ancien h bitant, el “où thai GS à en tt ns à Cr Cp dernier mets est composé. tn sel Rp RE nantes
tranches de lard, N Por M ru ne à
une ingrate. Voyant, - ün peu avant ne mars ve ne se pressait pas de ‘nous donner % “e0u per,‘ qu
de grand cœur Philarité ps
d'ailleurs, les choses en grand. Il expédia pendant la nuit deux courriers, Fun au nordiest ‘et l'autre du sud-
ouest, porteurs d’invitations pour la fête ; en sorte qe le leniderisain, à six heures du soir, grâce à sa bienveillance, ma maison était pleine de convives, qui faisaient, des plongéons comme des goëlands, tandis que j'étais ancré à Québec, et que inadame Marcheterre, malgré une affreuse migraine, faisait, de la meilleure grâce du monde, les honneurs de la maison: ‘Que dites-vous, messieurs, d'un pareil tour, et “qu'as-tu à enr) petit caïman, pour te justifier ?
— Je voulais, dit Jules, que tout le monde prit pait
d'avance à la joie de la famille, à heureux succès dün. ami si cher, si généreux, sË rnagnifique ! Aussi, si vous aviez été témoin des règrets, de con n géné rale, quand à fallut se mettre à table vers on2e-Hleüres, sans vous attendre davantage (le Iendémain Ken Se d'abstinence), vous: auriez été attendri usqu'a Quant-à madame votre épouse, ‘c'est die ing
sk + AE
commençait inême à être un peu if a él
mari, je lui: ‘glissai un petit'mot: à" Poralle, et. elle ne
cassä, pour remerciement, son éventail sut la figure. "Toit le monde éclata de rire, et le capitaiñe étértiee
Le * .Ÿ
rs
410 si ‘Les cri | Canadions re 4 nl y: ait de Ja.presse, reprit le capitaine, de ferai | . répandre, Bartout que.npus. avions été mystifiés par ce tirer: __imaringouin x d’ ailleurs, c'eût.été peu obligeant de notre | dé :part-de vous faire savais que vous deviez cette fête à la | man, . munificence: de-M.. Jules d'Haberville : nous. préférions | enn .en avoir. le mérite: : Si, j'en. parle, aujourd'hui, c’est que M — Jai trouvé le tour,si drôle, que je pensais vous amuser en | nd vous le racontant... L du A1 me. semble, M. le plongeur, ét ensuite Manlaerre | nd en s'adressant à Arché, que malgré vos.airs réservés de avoir philosophe, vous. avez été complice de votre cher com- LE Le -pagnon de voyage, : : | jours s+-Je. vous: on. ma parole, dit de Locheill, que | mins k figpeunis absolument le-tout :.ce n’est que le lendemain 2 nt que. Jules me fit part, sous secret, sg son escapade, dont À lieues 1je le grondai sévèrement... | torre:
avr Dont-tu mavais guère profité, fit d'Habenrille, en de gl faisant jouer tes grandes jigues (jambes) écossaises au |
-péril éminent des tibias plus civilisés dettes voisins... Tu JR \ as .sas.doute, oublié que non content: de danser. les .<otillons. français, admis chez tous: les peuples policés, il .fallut,, pour te plaire. danser. tes scofch-reels? sur un air
que notre joueur de violon apprit aussitôt par oreille,
&hose assez facile Rare: Il Agen sim
again eus ani di con-
tm
Les Anviens. Canadiens L:/3
aie étre qui.
serrant les. cordes du violon, d'imiter les miaulements que feraient des chats enfermés dans une poche, et que l'on tirerait par la queue,
— Allons, mauvais sujet, dit le capitaine à Jules, viens
manger la soupe chez moi, demain, avec ton ami, et faire
en même teraps ta paix avec la famille,
— C'est ce qui s'appelle parler cela, fit Jules
— Voyez donc ce farceur, reprit Marcheterre,
Comme il était trèstard, il fallut se séparer, après avoir bu à la santé du vieux marin et de son fils, et leur avoir donné la part d'éloges qu'ils mér'taient tous deux.
Les jeunes gens furent contraints de passer quelques jours à Saint-Thomas. La débâcle continuait ; les che mins étaient inondés ; le pont le plus proche, ‘en supposant même qu'il n'eût pas été détruit, était à quelques lieues au, sud-ouest du: village, et la pluie -toimbait à torrents (c). Force leur fut d'attendre que la rivière, Bbre de glaces, leur permit de passer en bateau au pied des R chutes. Ils partagesient leur temps entre la famille de Beaumont, leurs autres amis et le pauvre Dumais, qui ft une longue maladie chez le scigneur de Bessmont, celui-ci ne voulant jamais permettre qu’on le transportât chez lui avant une parfaite guérison Le malade leur | : ats contre les Anglais et alliés sauvages, et les mœurs et coutumes de ces aborigènes qu'il ait Lie fées
19 Les Anciens. Canadiens ‘étmon frère neuf, lorsque nous fûmes surpris däns le ‘bois; où nous cueilliôns des framboises, par un parti d’Iroquois qui nous fit prisonniers, Arrivés, après une assez longue marche; à léur canot caché dans les broussailles, ‘près ‘dela grève, ils: nous transportèrent sur une des îles nombreuses qui.-bordent: le Saint-Laurent. ! Quelqu'un donna l'älarrhe à ma famille, et mon’ père, ainsi que ses trois frères, armés ‘jusqu'aux dents, se mirent aussitôt à “léûr poursuite. ‘ Ils n'étaient que quatre contre dix, mais, Hé püis le dire, sans me vanter, que ce sont des ‘hommes “que mon père 'etimes onéles'auxquels ‘je ne conseillerais +À personne de cracher au visage. Ce ‘sont des hommes “d'une bonne taille, la poitrine ouverte, et dont les épaules “déplombent de six bons pouces en arrière. > en #11 pouvait être dix heures du soir ; nous étions assis, mon frère et moi, au milieu ide'’no$ ennemis, dans une “petite clairière entourée’ de ! bois touffus, lorsque nous tehténdtmies la voix de inon père qui nous criait + “# Cou- ‘chez-vous X plant ventre, ”::Jé saisis aussitôt par. lé’ cou ‘mon petit frère ; qui pleutait et que je tâchais dé:consoler, a moisur .. terre. tue a étaient ISNOQUIEE Eos
Ha nb fé aa PRE ‘de Saint Jean-Port-Jo)i, mo
; Facontait qu'il ayait connu, lorsqu'il desservait la paroisse de Sorel, un des
* déux f'ôres que leur père et leurs oncles avaient ainsi délivrés de leur capti-
…\vité entre les mains d’une trours d’Iroquois. Chaque, sos que:cet:homme racontait cette aventure, il ne manquait jamais d'ajouter: ;:
— Mon père et mes oncles étaient des: Bones auquel e n'aurais con
een ant 4 SE HR DUPIO LC) vs
EEE
s le 'Iro-
\SSeZ illes, Îles u'un e ses tot à mais, nimes lerais nimes aules
assis, ÿ ‘une nous Coucou soler, aient
Les Anciens Cenadins + 113
HENRI ve à peine. sur leurs pieds que quatre coups de fusil bien
visés en abalfrént quatre qui sé roulèrent à terré ébmme des anguiliés, Les autres canouaches (nom de mépris) he voulant pas, je suppose, tirer au hasard, sur des ennemis invisibles auxquels ils serviraient dé cible, firent un niouvemerit pour chercher l'abri des arbres ; mais riôs libéra: teurs né leür en dénnèrént } pas Je temps, Ear, tombaht" sur eux à | cOÛps de castetêle, ils en abatt” ‘ent trois d'en! vire-maën, et les autres se sduvèrent sans qu ils songéaséént" à les poursuivre. “Le plus pressé était de nôus râmenér à” notre mère, qüi pensi mourir de joiè en nous ‘embrassant”
Dé‘ Loëtéifl facohtait aussi au pauvré malade! 1és' combats dés” montsgnäräs écossais, leurs imœbtsé, leurs’ coutumes, leurs nsages, lès ‘exploits quasi ‘fabuleux de: son héros Wallace ; tandis que Jules l'amusait parle rétie de ses espiègleries, ou lui rapportait quelques traits d'ris” : toire qui pou Vaient l'intéressér. me
‘ Lorsque lès jeunes gens firent leurs adieux F Di, Li Ta ad à ete
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le bon! Dieu mo Lie tous les ere dé notre vie, w ni est ‘douloureux dé penser, qu’én supposant même votre: rétour das la Nouvelle-France, un pauvre homme comme moi n'aurait aucune occasion de vous Les
gratitude. sica tof 864888
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pour moi que je n'ai fait pou: vous sata 912