‹ Les anciens Canadiens [microforme] (volume 4)Chapitre 13 sur 37 · LATE · texte numérisé non relu

LATE

Fi jure 30

| is, ponsédait à 1 la + vue dont se vantent ses compatriotes ? C'ést ce que. ‘la suite de ce récit fera voir.

| . Les voyagenrs lassèrent leurs amis de Saint/Thomas le trente d'avril, vers dix heures du matin, par. un temps agnifique, mais des chemins affreux Ils avaient six ligues | à] parcourir avant ‘d'artiver à Saint-Jean-Po Joli, terme terme de leur voyage : trajet qui! leur fallait fire à pied, en pestant contre la pluie qui avait fait disparaitre | les derniers de neige et de ace. Ce fut bien pis, Jorsqu'engagés dans le. chemin qui traversait alors la savane du Cap Saint-Ignace, is enfoncèrent souvent jusqu'aux, genoux, et qu'il leur fallut dépêtrer le cheval, quis! 'embonrbait j jusqu'au ventre, Jules, ke Fi impatient des. trois, répétait sans cesse :

Si j'eusse commandé au temps, nous Ce aurions pas en cette pluie de tous les diables, qui. a converti les chemins en autant de marécages.

:«S'apercevant enfin que José. branlaït, à chaque fois, la tête d'un air mécontent, il lui en demanda h raison,

; —Ah ! dame 4 VOYEZ-VOUS,. M. Jules, dit José, j je ne

suis qu'un, pauvre ignorant sans “inducation ; ; mais je :

nse, à part moi, que | si yous aviez eu le témps dans la

a nous n’en serions guère mieux : témoin, ce qui est

ÉREI TA

arrivé à Dax (David) Larouche.

: à 1 tal ps pra, à run ain de Penn, récits

Les Anciens Canadiens ® rr$:

— Tu nous conteras l'aventure de Davi Larouche,

rue

ite dit. Jules, quand nous aurous pâssé cette maudite savane dont j'ai bien de la peine à me dépêétrer, privé: qué je”

AA suis de l'avantage de jambes, ou pattes, de héron, dont

RDS est gratifié ce superbe Ecossais, qui marche dévant’ nous

Six en sifflant une Z/r064, musique digne des chemise OÙ

F | nous nous perdons. ow} .

“1 — Combien donnerais-tu, dit Arché, pour és ges” les tes. jambes françaises de pygmée on celles du “ |

| perbe montagnard ?

sa — Garde. tes. jambes, fit J ules, pour k éntitiar: | ! °m retraite un peu précipitée que ty. feras dévañt l'Ennerni ! L pe | La savage, enfin franchié,. les jeunes £tni dans Re val, ( FA dèrent. l’histoire de José. il: à — Il est bon dé vous dire, fit celui-ci, qu'un ahhé | 7 Davi Larouche était établi, il y a longtemps de ça, das = L la paroisse de Saint-Roch. @était un assez Bon Habit. AR | | tant, ni trop riche, ni ni trop pauvre : !'il teniait le thitant/° | 6 là Il me ressemblait le cher homme, il n’était guère faté ; go | ce qui ne Pémipéchait | pas de rouler proper part” A le monde... . | En (| Si donc que ] Davi se lève un matin plus dé Losb je 4 heure que de. coutime, va faire son train aux batiments Le (étable, écurie), revient à la. maison, se fait là barbe. <

comme un dimanche, et habillé de son mieux.

— Où vas-tu, mon homme, que lui dit sa ferme : è

commet tes: mis-faraud | Vas-tu. vairles filles? | , Vous entendez que tout ce QU" ed io dut

#4 . Les Anciens Cinadiens

histoire de: farce.: elle savait ben que son mari, était honteux avec les femmes, et point carnassier pour la créature ; mais la Tèque (Thècle) tenait de son oncle Berauchon Castonguay le plus facieux (facétieux) corps de toute la côte du sud, Elle disait souvent en. montrant son. mari ; Vous voyez ‘ben ce. grand héhété là (vous l’excuserez, dit José, ce n'était guère poli d’une femme à son, mari), eh bien ! il n ‘aurait jamais eu le courage de; Mme demander en mariage, moi, la plus jolie créature de la paroisse, si jé n'avais fait au moins Ja moitié du. chemin ; 3, et pourtant, les yeux] Jui en flambaient dans , la tête quand il me voyait ! J'eus donc compassion de lui, car il, ne.se pressait guère ; il est vrai que j'étais un péu plus pressée que lui : il avait quatre bons arpents .de terre sous les pieds, et mor je n'ayais que mon gentil Corps. #

Elle mentait un peu, la. farceuse, ajouta Jo osé : elle avait une vache, une taure d’un an, six. mères : mou-

ti !

tonnes, Son, rouet, . #n, c :coffré si si plein’ de hardes qu'il |

2 À appuyer le genoux pOur le fermer ; 3 et dans, ce coffre cinquante beaux francs. 1 J'en eus donc. compassion, dit-elle, un Soir qu'il sai chez nous, tout | honteux ‘dans u un coin, $ sans oser m’accoster ; et je, lui di dis: Ç “Je: sais bien que.tu m'aimes, grand

bêta : ser me | père, qui fatend dans le cabinèt, et k li iui K: ape JoE } 1 C'était une » voile dot LX n SRE SU db 1é The Cas tonguay ; In à dar rummlas dmtags lib re pou

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Les Anciens Camadiens Ir?

mets les bans à l'église. L-dessus, comme îil était rouge comme un coq-d’inde, sans bouger pourtant, je le

poussai par les épaules dans le cabinet. Mon père

ouvre une armoire, tire le flacon d’eau-de-vie pour l’enhardir ; eh bien |! malgré toutes ces avances, il lui fallut trois coups dans le corps avant de Jui done la langue.

Si doné, continua José, que la Tèque dit à son mari : Où vas-tu, mon homme, que tu es si faraud ? vas-tu voir les fillés ? Prends garde à toi : si tu fais des ave. dingles (fredaines), je te repasserai en saindoux.

— Tusais ben que non, fit Larouche en lui ceinturant les reins d’un petit coup de fouet par façon de risée ; nous voici à la fin de mars, mon ee est tout battu, je m'en vais porter ma dime au curé.

— Tu fais bien, mon homme, que lui dit sa femme qui était une bonne chrétienne : il faut rendre au vos Dieu ce qui nous vient de lui. [A KAMCOST SHAQU À

Larouche charge ‘donc ses poches sur son “ttétuens, jette uni Chaïbon' sur sa pipe, Me sur de eo et s'en va tout joyeux. :

Comme il passait un petit bois, il fit résout: d'in voyageur qui sortait par ün sentier de traverse. Cet étranger ‘était ‘un grand’ bel hômme- d’une | trentaine d'années. Une longue chevelure blonde ‘lui/flottait sur les. épaules ; ‘ses beaux yeux bleus avaient'unié douceèr angéliqtie, cé toute 'sa ‘figure, sans’ être: positiveient triste, était d’une mélancolie empreinte de compassion.

Le Ride Yi ss >

#18 Les Anciens Canadiens T1 portait une longue robe bleue nouée ayec une ceinture, Larouche disait n'avoir jamais rien vu de si beau que cetétranger ; que la plus belle créature était laide en comparaison.

+ Que la paix soit avec vous, mon fière, lui dit le

voyageur. | — Je vous remercie toujours de votre souhait, reprit

-Davi ; une bonne parole n'écorche pas la bouche ; maïs c’est pourtant ce qui presse le moins, Je suis en -paix, Dieu merci, avec tout le monde : j'ai une excel. lente femme, de bons enfants, je fais un ménage d’ange, tous mes voisins m’'äiment : je n’ai donc rien à désirer -de ce côté-là.

: = Je vous en félicite, dit le voyageur, Votre voiture est bien chargée ; où allez-vous si matin ? | — C'est ma dime, que je porte à mon curé, dr Il paraît alors, reprit l'étranger, que vous avez eu me bonne récolte, ne payant qu’un seul minot de dîime Per vingt-six minots que vous récoltez, | : rAses bonne, j'en conviens ; mais, si j'avais eu du temps à souhait et à ma guise, ça aurait été bien autre Sms croyez, dus: bis | 18 j'y crois {il n’y a pas de doute, sus Davi } peus dit nn, vous aurez |

au de

| y a dés mauvaises’ ‘gens qui éourent les camp

La Anis Canadioms , — Cia lé at es ba. Le

femmes,” ‘les enfants, 165 ahimaux : ‘témoin la RE à Lestin (Célestin) a, qui 8 fait. moqu uéé,: le

propre jour de ses noces, d'un quêteux ah Re de l'œil gauche ; et elle en a eu bien du regret, la pauvre créaturé, ‘edt il lui‘ avait dit. n' colère : Prenez bien garde, jeune femme, de n 'avoir que des enfants louchéux (Jouches). Elle trémblait, se chère femme, À chaque enfant qu’ellé méttait au monde, | et elle en ‘avait sujet ; car, voyez-Vous, le quatorzième, en y regardant de bien près, paraît avoir une taie sur l'œil droit. . sr

— ]l Sémble, dit Jules, ( que madame Les! in ay it en grande hotreüt les enfants louches, puisqu'e elle r 1e. s'est résignée à en présenter un à son cher époux qu’ au bout de dix-huit à vingt ans ‘dé mariage. Aù pisaller, si la taie a disparu, comm î arrive souvent aux enfan fant: ants en grandissant, elle aura ‘ensuite accompli < en conscience la prédiction dü'mehdiänt “C'était une femme réfléchie et pen pressée, F f PER ñ temps ‘dans tout” ce qu’elle faisait,

José’ sécoux là têté puit Fe mébontent et ‘continus :

— | Mais, Ifertsait “toujours * Larouche en luimême, * s'il

ot

nes LA FR

à és pour , Vét 134: de sis jeter des. de n'ai op Érogns parler Ses "AP put c € om affaire :

‘120 Le Anciens Canadiens

temps prochain.

© Honteux, se lève à la sourdine, longtemps avant le jour, |

, pour porter sa dtme au curé Il n’avait besoin, ni de cheval ni de voiture : il la portait toute à u main dans son mouchoir.

Au soleil levant, il fit encore rencontre, à la même . place, de Pétranger qui lui dit :

— Que la paix soit avec vous, mon frère !

— Jamais souhait ne vint plus à propos, répondit Larouche, ear je crois que le diable est entré dans ma

maison, où il tient son sabbat jour et nuit ; ma femme |

me dévore depuis le matin jusqu’au soir, mes enfants

me boudent, quant ils ne font pas pis ; et tous mes à

” Yoisins sont déchaînés contre moi.

— j'en suis bien peiné, dit le voyageur ; maïs que |

… portez-vous ‘dans ce petit paquet ?

= C'est ma dîme, reprit Larouche d’un air chagrin.

—1l me semble pourtant, dit l'étranger, que vous |

avez toujours eu le temps .que vous avez souhaité ?

— J'en conviens, dit Davi ; quand j'ai demandé du | soleil, j'en ai eu ; quand j'ai souhaité de la pluie, du | vent, du calme, Yen avais ; et cependant rien ne m'a | soleil brûlait le grain, la pluie le, faisait le vent Je renversait, et Je. calme amenait l | isins se .sont élevés

Æ k : pendant la nuit. Tous mes voisin:

“fou mir on me traitait de.sorcier qui atirait L

(À £ . je n en pied à personne ; et nous verrons. le prin. : £

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- geur, fier à lhon vous votre Ap mêin( La:

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veilleux — Je

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Les Anciens Canadiens 42r

malédiction sur leurs récoltes, Ma femme. même come mença à me montrer de la méfiance, et. a fini par se répandre en reproches et en invectives contre moi En un mot, c "est à en perdre l'esprit.

— C'est ve qui vous prouve, mon frère, dit le voya- . geur, que votre vœu était insensé ; ; qu'il faut toujours se fier à la providence du bon Dieu, qui sait mieux que homme ce qui lui convient. Ayez confiance en elle, et vous verrez que vous n'aurez pas l’humiliation de porter votre dime dans un mouchoir,

Après ces paroles, l'étranger disparut encore au pied du même côteau.

Larouche se le tint pour dit, et accepta ensuite, avec reconnaissance, le bien que le bon Dieu lui faisait, sans se mêler de vouloir régler les saisons, :

— J'aime beaucoup, dit Arché, cette’ légende dat. 18 naïve simplicité: elle donne une leçon de morale bien sublime, en même temps qu’elle montre la foi vive de vos bons habitants de la Nouvelle-France, . Maudit soit le cruel philosophe qui chercherait à leur ravir les consolations qu’elle leur donne dans les épreuves sans nombre de cette malheureuse vie!

11 faut avouer reprit Arché dans un moment où ils étaient.éloignés de la voiture, que l'ami José a toujours une légende prête à raconter à propos; mais crois-tu

| que son père lui ait rapporté lui-même son rêve mer-

veilleux sur les côtes de Saint-Michel ? | — Je its dit Jules, que. tu ne connais pas touy les

tatents de José: c est un fiiseur de contes inépuisoble Les voisins s’assémblent dans hôtre cuisine pendant lés longues soirées d’hiver ; José leur fait souvent un° conte qui dure pendant des semaines entières. Quand il est ‘à bout d'imagination, il leur dit : Je commence à étre fatigué : je vous conterai le reste un autre jour.

José est aussi un poète beaucoup plus estimé que mon savant oncle le chevalier, qui s’en pique pourtant. Il ne manque jamais de sacrifier aux muses, soit pour les jours gras, soit pour le jour de l'an. Si tu eusses été chez mon père à ces époques, tu aurais vu des émissaires arriver de toutes les parties de la paroisse pour emporter les pr ductions de José.

‘ — Mais il ne saït pas écrire, dit Arché.

— Et, répliqua Jules, ceux qui viennent les chercher ne savent pas lire que je sache. Voici comme cela se ‘fait. On députe vers le poète un beau chanteux, comme ! ‘ils disent, lèquel Chanteux a une excellente mémoire ; et | crac, dans une demi-heure au plus, il emporte la chanson dans sa tête. S'il arrive un événement funesté, on prie ‘José ‘de faire une complainte ; ; si c’est, au contraire, quelque événement comique, c’est toujours à lui que Yon ‘s'adresse dans ma paroisse. . Ceci me rappelle l'aventure d’un pauvre diable d’amoureux qui avait mené sa | belle à ! un bal, sans être invités ; ils furent, quoique survenant, | reçus avec politesse ; mais le jeune homme eut la mal adresse de faire tomber en dansant Ja. fille de la maison, à

44 tte

ce qui fut accueilli aux grands éclats de rire de toute la!

iisoble, MM société ; mais le.père de la jeune fille, un peu brutal de ant là : son métier, et indigné de l’affront qu’elle avait reçu, ne *conte M ft ni un ni deux: il prit mon José Blais par les épaules dilest M et le jeta à la porte ; il fit ensuite des excuses à la belle, à être M et ne voulut pas la laisser partir. A cette nouvelle, l'humeur poétique de notre ami ne put y tenir, et il improue mon M visa la chanson suivante, assez drole dans sa naïveté : . JIlne Lie Ha es jours ® pimanche après les vêp’s, y aura bal ches Boulé, Mais il n'ira personn’ que ceux qui sav’nt danser : ez mon Mon ion t6n'de ritaine, mon tonton de rité. arriver dd ie dt à les pro Mais il n'ira personn’ que ceux qui sav’nt danser. hs 1 José Blai cemme les autres itou (aussi) voulut y alles, Ù Mon ton ton, ec hercher José Blai comme les autres itou voulut y aller ; Mais lui dit sa maîtresse : Piras qoxsd le train sers fur, cela se | * Aon'ton end ue” comme ! .

bire ; et | Mais lui dit sn maitresse : Tiras quand le train sera fait à ko 1 courut à l'établ’ ‘es animaux s0 gner.

hanson Mon ton de to.” on prie ntraire Nconrat À tétabl les animaux soigner ;

: Prend Harré par la corne «t Rouge” par le pied. que Yon : ‘Mon don ton, et * |

enture |

belle à :Prevd Barré par Ja corne ef Rougott par le pieds | Dsaute à l'écurie roùr les NHerRex grater.

renants, “Mon ton y ete

la mal:

nm A1sON, [| u sta l'éc::rie pour les chevaux grater$

| Setsrnve à la 1 pe miam Enturtt telle, Ni oute : Mor ton ten. 61" Cf SES

124 “Zes Anciens Canadiens Be sauve à la nia:son quand ils fur't dtrillés?

11 met sa veste 1ouge et son capot barré.

Mon ton ton, te.

J1 met sa veste rouge ct son capot barré :

11 met son fichu noir et ses souliers francés, 1 Mon ton ton, etc.

pèré

I1 met son fichu noir et ses souliers francés, Et va chercher Lissett’ quand il fut ben greyé (habillé.)

Mon ton ton, etc. malt

car

Et va chercher Lissett’ quand il fut ben greyé. | disp: On le met à la port’ pour y apprendre à danser, Mon ton dau etc. pard

enco On lé met à ls ‘port’ pour y apprendre à dansery Mais on garda Lissett’, sa jolie fiancée. : d'or Mon ton ton, ete | berd:

6. : Man 4 | rappeé — Mäis c’est une idylle charmante ! s’écria Arché en alors riant ; qu:l dommage que José n'ait pas fait d’études: lutin,

le Canada’ posséderait un grand poëte de plus. ME bras. — Pour revenir aux traverses de son défunt père, dit à Vous Jules, je crois que le vieil ivrogne, après avoir bravé la D vous : Corriveau (chose que les habitants considèrent toujours Ex

comme dangereuse, les morts se vengeant tôt ou tard de toute cet affront), se sera endormi le long du chemin vis-à-vis à comm

de l’île d'Orléans, où les habitants qui voyagent de nuit Æ classe voient toujours des sorciers ; je crois, dis-je, qu’il aura eu D leurs ( un terrible RER ans lequel il était assailli d’un D ait fai

cause

1 De nos jours ce ban aps mods frame ous qu FE Ce mnas 1

ls do

côté par les farfadets de l'Île, et de l'autre par la Corriveau avec sa cage (4). José, avec son imagination très-vive, aura fait le reste, car tu vois qu’il met tout à profit : les belles images de ton histoire surnaturelle, et les cyriclopes, du Vigile de mon oncle le chevalier, dont son cher défunt père n’a jamais entendu parler.

Pauvre José! ajouta Jules, comme j'ai regret de l'avoir maltraité l’autre jour ; je ne l'ai su que le lendemain, car j'avais entièrement perdu la raison quand je te vis disparaître sous les flots. Je lui ai demandé bien des pardons, et il m’a répondu : Comment ! vous pensez encore à ces cinq sous là ! et ça vous fait de la peine !ça me réjouit, moi, au contraire, maintenant que tout le berdas (vacarme) est fini : ça me rajeunit même en me rappelant vos belles colères quand vous étiez petit enfant, alors que vous égratigniez et mordiez comme un petit. . lutin, et que je me sauvais en vous emportant dans meg. bras, pour vous exempter la correction. de vos parents. Vous pleuriez ; ensuite; quarid votre.colère était passée, vous m’apportiez tous vos jouioux pour me consoler.

Excellent José! quelle fidélité! quel attachement à toute épreuve à ma famille ! Des hômmes au cœur sec comme lamadou méprisent trop souvent ceux de la classe de l’humble José, sans posséder une seule de leurs qualités. Le don le plus précieux que le Créateur ait fait à l'homme, est celui d'un bon cœur: s'il nous cause bien des chagrins, ces peines sont compensées par [ | les dohet jouissances qu'il nous donne. .

La conversation d'ordinaire si frivole, si railleuse, de Jules d'Haberville, fit place aux sentiments de la plus exquise sensibilité à mesure que les voyagèurs approchaient du manoir seigneurial de Saint-Jean-Port-Jcli, dont ils apercevaient le toit à la clarté des étoiles.

, de plus )Pro- Jo

‘ rs 2 nl + ‘ CHAPITRE SEPTIÈME Je baie 10 soleil, Je bénis le lune 08 Jes'setres qui étrilent le ciel. Je bénis

dans l'air.

Hsxar Harna,

LE MANOIR D'HABERVILLE.

Le manoir d'Haberville était situé au pied d’un cap qui couvrait une lisière de neuf arpents du domaine seigneurial, au sud du chemin du Roi Ce cap ou promontoire, d'environ cent pieds de “hauteur, était d’un aspect très-pittoresque : : sa cime, couverte de bois. rés. neux conservant sa verdure même durant l'hiver, CONSOlait le regard du spectacle attristant qu'offre, pendant cette saison, la campagne revêtue de son linceul hyper. boréen. Ces pruches, ces épinettes, ces pins, ces sapins toujours verts, teposaient l'œil attristé pendant six mois, à la vue des arbres moins favorisés par la nature qui, dépouil: és de leurs feuilles, couvraient le versant et le. pied de ce promontoire, Jules d'Haberville comparalt souvent ces arbres à la tête d’émeraude, bravant, du haut de cette cine altière, es rigueurs des plus rudes saisons,

et puis its de. la terre qui ne à j 8 jouiss: dites, tandis s que le pauvre grelotte sous

On aurait pu croire que le pinceau d’un Claude Lorrain sé serait plu à orner le flanc et le pied de ce cap, tanfttait grande la variété des arbres qui semblaient s’être donné rendez-vous de toutes les parties des forêts adjacentes pour concourir à la beauté du paysage. En effet, ormes, érables, bouleaux, hêtres, épinettes rouges, frênes, merisiers, cèdres, mascouabinas, et autres plantes aborigènes qui font le luxe de nos forêts, formaient une riche tenture sur les aspérités de ce cap.

Un bocage d’érables séculaires couvrait, dans toute son étendue, l’espace entre le pied du cap et la voie royale, bordée de chaque côté de deux haïes de coudriers et de rosiers sauvages aux fleurs printanières.

Le premier objet qui attirait subitement les regards du voyageur arrivant sur le domaine d'Haberville, était un ruisseau qui, descendant en cascade à travers les arbres, le long du versant sud-ouest du promontoire, mêlait ses eaux limpides à celles qui coulaient d’une fontaine à deux cents pieds plus bas : ce ruisseau, après avoir traversé, en serpentant, une vaste prairie, allait se perdre dans le fleuve Saint-Laurent.

‘La fontaine, taillée dans le roc vif, et alimentée par l'eau cristalline qui filtre goutte à goutte à travers les pierres de la petite montagne, ne laissait rien à désirer aux propriétaires du domaine pour se rafraichir pendant les chaleurs de l'été, Une petite bâtisse, blanchie à la chaux, était érigée sur cette fontaine qu ombrageaient de grands arbres. Nymphe modeste, ce semblait. youloÿ

LL A4

ie À €]

© Les Anciens Canadiens ‘ 29 se dérober aux regards sous l'épais feuillage qui l’entourait. Des siéges, disposés à l'extérieur et awdédans de cette humble kiosque, des cssofs d’écorce bouleau ployée en forme de cônes et suspendus à la varoi, Semblaient autant d'invitations dé la naïade généreuse aux voyageurs altérés par les chaleurs de la canicule.

La cime du cap conserve encore aujourd’hui sa couronne d’émeraude ; le versant, sa verdure pendant les belles saisons de l’année ; mais à peine reste:t-il mairtenant cinq érables, Asiniafé débris du magnifique bocage qui faisait la gloire de ce paysage pittoresque. Sur les trente-cinq qui semblaient si vivaces, il y a quarante ans, trente, comme marqués du sceau de la fatalité, ont succombé un à un, d'année en année. Ces arbres périssant par étapes sous l’action destructive du temps, comme les dernières années du possesseur actuel de ce domaine, semblent présager que sa vie, attachée à leur existence,

s’éteindra avec le dernier vétéran du bocage. Lorsque sera consumée la dernière buche qui aura réchauffé les . : membres refroidis du vieillard, ses cendres se méleront bientôt à celles de l'arbre qu'il aura brûlé: sinistre et lugubre avertissement, semblable à celui du prêtre catholique à l'entrée du carême: memento, homo, quia pulvis es, l'in pulverem reverteris.

Le manoir seigneurial, situé entre le fleuve Saint-Laurent et le promontoire, n’en était séparé que par une vaste cour, le chemin du roi et ‘le bocage, C'était une bâtisse à un seul étage, à comble raide, longue de cent

pieds, flanquée de deux ailes de quinze pieds :avançant sur la cour principale. Un fournil, attenant du côté du | nord-e##fh la cuisine, servait aussi de buanderie, Un petit pavillon, contigu à un grand salon au sud-ouesŸ | donnait quelque régularité à ce manoir d’ancienne construction canadienne.

Deux autres pavillons au sud-est servaient, l’un de | laiterie, et l’autre d’une seconde buanderie, recouvrant un I puits qui communiquait par un long dalot à la cuisine

du logis principal Des remises, granges et étables, cinq ê petits pavillons, dont trois dans le bocage, un jardin po- $ tager au sud-ouest du manoir, deux vergers, l’un au nord q

et l’autre au nord-est, peuvent donner une idée de cette résidence d’un ancien seigneur canadien, que les habitants appelaient le villake d'Haberville.

De quelque côté qu'un spectateur assis sur la cîme du cap portât ses regards, il n'avait qu’à se louer d’avoir choisi ce poste élevé, pour peu qu'il aimât les ‘belles scènes qu'offre la nature.sur les bords du Saint-Laurent. S'il baissait la vue, le petit vitlage, d’une éclatante blancheur, semblait surgir tout-à-coup des vertes prairies qui s’étendaient jusqu'aux rives Ju fleuve. S'il l'élevait au contraire, un panorama grandiose se déroulait à ses yeux étonnés : c'était le roi des fleuves -déjà large de. sept lieues en cet endroit, et ne rencontrant d’obstacle au nord que les Laurentides dont il baigne les pieds, et que l'œil embrasse, avec tous ses villages, denuis le. can

‘Tourmente jusqu’à.la Malbaie; c'était l'Île aux Oies et

; A ot

raît nulle part aussi belle, J'aime ce ruisseau, : sale faisait

l'fle aux Grues à l’ouest ; en face les Piliers, dont l’un est désert et aride comme le roc d'Oea de la magicienne Circé, tandis que l’autre est toujours vert comme l’ilede Calypso ; au nord, la batture aux Loups-Marins, de tout temps 51 chérie des chasseurs canadiens ; enfin les deux villages de l’Islet et de Saint-Jean-Port-Joli, couronnés par les clochers de leurs églises respectives.

11 était près de neuf heures du soir, lorsque les jeunes gens arrivèrent sur le côteau qui domine le manoir au sud-ouest. Jüles Sarrêta tout-à-coup à la vue d'objets qui lui rappelaient les plus heureux jours de son existence.

— Je n'ai jamais approché, dit-il, du domaine de mes ancêtres sans être vivement. impressionné. Que l’on vante, tant qu’on voudra, la beauté des sites pittoresques, grandioses, qui abondent dans notr# belle Nouvelle- France, il n’en est qu’un pour moi, s’écria-t-il en frappant fortement du pied la terre: c’est celui où je suis né! C'est celui où j'ai passé mon enfgnce, entouré des soins tendres et affectionnés de mes bons parents. C’est celui

* où j'ai vécu chéri de tout le monde sans exception. Les

jours me paraissaient alors trop courts pour suffire à mes jeux enfantins ! Je me lévais avec l'aurore, je m'habillais à la hâté : c'était une soif de jouissances qui ressemblait aux transports de la fièvre !

J'aime tout ce qui m entoure ! ajouta Jules; j’äime cette üne qu tu vois poindre à travers les arbres qui couronnent le sommet de ce beau cap: elle ne me pa-.

LS

433 Le Anciens Canadiens

tourner fes petites roues que j'appelais mes. moulins J'aime cette fontaine à laquelle je venais me désaltérer pendant les grandes chaleurs,

Ces t I que ma mère s 'asseyait, continua Jules en montrant un petit rocher couvert de mousse et ombragé par deux superbes hêtres, C est à que je lui apportais, à mon tour, l’eau glacée que j'allais puiser à la fontaine dans ma petite coupe d'argent. Ah! combien de fois cette tendre mère, veillant au ‘chevet de mon lit, ou ré veillée en sursaut par mes cris, m’avait-elle présenté dans cette même coupe le lait que le besoin, ou le caprice d’un enfant demandait à sa tendresse maternelle! .Ët penser qu'il faut tout quitter ! peut-être pour toujours l Oh, ma mère ! ma mère ! quelle séparation |

Et Jules versa des larmes.

De Locheill, très-affecté, pressa la main de son ami en lui disant : — Tu reviendras, mon cher frère ; tu reviendras faire le bonheur et la gloire de ta famille,

— Merci, mon cher*Arché, dit Jules, mais avançons ! les caresses de mes parents «imiparant bien vite ce mouvement de tristesse.

Arché, qui n avait jamais visité la campagne pendant la saison du printemps, demanda ce que signifiaient tous ces objets de couleur blanche. qui se détachaient du fond brun.de chaque érable.

— Ce sont, dit Jules, : les coins que le swcrier ? entree

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