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ans, mais il accusait dix bonnes années de plus, tant les
fatigues de la guerre avaient usé sa constitution d’ailleurs sf forte et si robuste : ses devoirs de capitaine d’un détachement de la marine l’appelaient presque .constamment sous les armes. Ces guerres continuelles dans les forêts, sans autre abri, suivant l'expression énergique des anciens Canadiens, que la rondeur du ciel, ou la calotte des cieux ; ces expéditions de découvertes, de surprises, contre les Anglais et les Sauvages, pendant les saisons les plus rigoureuses, altéraient bien vite les plus jorts tempéraments.
Au physique, le capitaine d'Haberville était ce que l’on peut appeler un bel homme. Sa taille au-dessus de. ia moyenne, mais bien prise, ses traits d’une parfaite régularité, son teint animé, ses grands yeux noirs qu’il semblait adoucir à volonté, mais dont peu d'hommes pouvaient soutenir l'éclat quand. il était courroucé, ses manières simples dans leur éléance, tout cet ensemble lui donnait un aspect remarquable, Un critique sévère aurait pu, néanmoins, wouver à redire à ses longs et épais sourcils d’un noir d’ébène,
Au moral, le seigneur d'Haberville. possédait . toutes Jes qualités qui distinguaient les anciens Canadiens de noble race, …. Il est vrai aussi que, de ce côté, un mora-
liste lui aurait reproché d'être vindicatif: il pardonnait
târement une injure vraie.ou même supposée, Madame d'Haberville, bonne et. sainte. femme, âgée
de trente-six ans, entrait dans cette seconde période de |
beauté que les hommes préfèrent souvent à celle de la ntles À première jeunesse. Blonde, et de taille moyenne, tous
leurs M ses traits étaient empreints d’une douceur angélique,
d'un | Cette excellente femme ne semblait occupée que d'un stam- M seul objet : celui de faire le bunheur de tous ceux qui s les avaient des rapports avec elle Les habitants l'appee des | Jaient, dans leur langage naïf, la dame achevée, ic alotte M Mademoiselle Blanche d'Haberville, moins âgée que “| rises, | son frère Jules, était le portrait vivant de sa mère, mais pa isons d'un caractère plutôt mélancolique que gai Douée - 10 forts | d'une raison au-dessus de son Âge, elle avait un grand ascendant sur son frère, dont elle. pense souvent la elon #% fougue d’un seul regard suppliant :
de la gi Cette jeune fille, tout en paraissant re en
régu- | elle-même, pouvait faire peux dans Foccasion. d'ur >
blait Æ énergie surprenante, -
aient 2 Madame Louise de Fond à sœur . esdette de
nières M madame d'Haberville, ne s'était jamais séparée d'elle
pnnait ! depuis son mariage. Riche et indépendants, elle s'était
it pu, A \ néanmoins vouée à la famille de sa sœur -aînée, pour
urcils : laquelle elle professait un œulte bien touchant, Prête à
1 partage leur bonheur, elle l'était aussi À partager leurs
outes | peices, sl la main cruelle du miheur FApPOMRINE
ns de | sur CU x
mora- Le lieutenant Raoul | d'Habervile, ou plutôt le he
bnnait valier d'Haberville, que tout le monde appelait “ mon
, oncle Raoul,” étai, le frère cadet du capitaine ; ; moins âgée MN îcé de deux ans que lui, il n'en accusait pas moins dix ide de = à
ans de plus. C'était un tout petit home que “ mon oncle Raoul,” à peu près aussi large que aut, et mar. “chant à l’aide d’une canne ; il aurait été très-laid, même ‘sans que son visage eût été couturé par la petite vérole. ‘Il est bien difficile de savoir d’où lui venait ce sobriquet. On dit bien d'un homme, il a l'air d’un père, il a l'encolure d’un père, c’est un petit père ; mais on ne dit jamais de personne qu'il a l'air ou la mine d’ün oncle Tou. jours est-il que le lieutenant d'Haberville était oncle de
tout le monde ; ses soldats même, lorsqu'il était au ser. “vice, l'appelaient, à son insu, “ mon oncle Raoul” Tel, si toutefois on peut comparer les petites chioses aux grandes, Napoléon n'était pour ses grognards que ‘“ le | petit caporal.”
Mon oncle Raoul était l’homme lettré de la famille d'Haberville; et partant assez pédant, comme. presque tous les hommes qui sont en rapports journaliers avec des personnes moins instruites qu'eux. Mon oncle Raoul, le meilleur enfant du monde, quand on faisait ‘ses volontés, avait un petit défaut, celui de croire fermement qu'il avait toujours raison; ce qui le rendait “très-irascible avec ceux qui ne Le Linq pas son opinion.
Mon oncle Raoul se piquait de bien savoir le latin, dont il lâchait souvent quelques bribes À la tête des lettrés et des ignorants. C'était des discussions sans fin avec le curé de la paroisse, sur un vers d'Horace, d'O ide ‘où de Virgile, ses AuteurÉ favoris, ‘ Le curé; d'une humeur
“ mon t mar.
même rérole, riquet, l'encojamais
Toueicle de au ser- Tel, *$ aux e “le
famille resque avec oncle faisait re fernait 8 son
latin, e des ans fin
(@ ide É
jour
douce et pacifique, cédait presque toujours, de guerre lasse, à son terrible antagoniste. Mais mon oncle Raoul se piquait aussi d’être un grand théologien, ce qui mettait le pauvre curé dans un gränd embarras. Il tenait beaucoup à l'âme de son ami, assez mauvais sujet pendant sa jeunesse, et qu’il avait eu beaücoup de peine À mettre dans la bonne voie. Il lui fallait pourtant céder quelquefois des points peu essentiels au salut du cher oncle, crainte dé l’exaspérer. Mais dans les points importants, il appelait à son secours Blanche, qui était lidole de son oncle. | : s
— Comment, mon cher oncle, disait-elle en lui faisant une caresse, n’êtes-vous pas déjà assez savant, sans empiéter sur Îles attributs de notre bon pasteur ? Vous. triomphez sur tous les autres points de discussion, ajoutaitelle en regardant finement le bon curé: soyez donc. généreux, et laissez-vous convaincre sur des points qui sont spécialement du ressort des ministres de Dieu.
Et comme mon ‘oncle Raoul né discutait que pour le. plaisir dé la controverse, la paix se faisait aussitôt entre les parties bélligérantes. de F
Ce n’était pas un personnage de minime importanee que mon ‘oncle Raoul; c'était, au contraire, à certains égards, le personnage le plus important du manoir, depuis qu'il était retiré de: l'armée, car le capitaine, que le service militaire obligeait à de longues .absences,. se reposait entièrement sûr Jui ‘du soin de ses affaires. Ses” oCCHPRE ‘étaient, < certes, trèsnombreuses : il tenait les.
238 Les Avis Cancdiens -
livres de recettes et de dépenses de la famille ; F û retirait les rentes de la seigneurie, régissait la ferme, se rendait tous les dimanches à la messe, beau temps ou mauvais temps, peur y recevoir l'eau bénite en l’absence du seigneur de la paroisse ; et, entre autres menus devoirs qui lui incombaient, il tenait sur les fonts de baptême tous les enfants premiers-nés des censitaires de la seigneurie, honneur qui appartenait de droit à son frère aîné, mais dont celui-ci se déchargeait en faveur de son frère cadet. !
Une petite scène donnera une idée de Pimportance de mon oncle Raoul, dans les occasions solennelles,
Transportons-nous.au mois de novembre, époque à hquelle les rentes seigneuriales sont échues.
Mon oncle Raoul, une longue plume d’oie fichée à l'oreille, est assis majestueusement sur un grand fauteuil, près d’une table recouverte. d'un tapis de drap vert, sur laquelle repose son épée, Il prend un air sévère lorsque le censitaire se présente, sans que cet appareil imposant intimide pourtant le débiteur accoutumé. Lu payer ses
3 Malheur ga mignons qui anoepiait dre parut di onu de enfants de ses censitaires : ‘À Dai fallait ensuite continuer à se charger de ce fardeau, pour né point fâire de jaloux: L'auteur se trouvait, 26 preinier jour @6 Fan, ches un seigneur qui requt, après l'office du matin, la visite d’une centaine de ses filleuls.
‘Le parisin féurnissait touts Ia boideoz qui es bavatt au fvstin du compé-
rage, ainsi que celle que buvait la mère dé l'enfant nouveowné, pendant se
maladie, le vin et l'eau-de-vie Que constélels comme cn sand ee tour les fiumes en coude
| selgneu
rente seigr
M qu'a voir :
solen lieute mon
Raou mon « d'arge conva — |
la voix : —( mon. .
rien, fe a ce lati
les cou
Les ma Chatiens . 139 seigneur d'Haberville envers ses points
Mais, comme mon oncle Raoul tient plus À la forme qu'au fond, qu x] préfère l'apparence du pouvoir au pou voir même, il aime que tout se passe avec une certaine solennité. qu
— Comment vous portez-vous, ! MON... MOI eee. lieutenant ? dit, le censitaire, habitué à l' appéler toujours | mon oncle, à son insu.
— Bien, et toi ; queme veux-tu ? répond mon onclé Raoul d’un air impbrtant. :
— Je suis venu vous payer mes rentes, MON. .«.e rs .
d'argent, dit je en secouant la tête d'un convaincu.
— No vos À décie mon oncle Kaoël eù à la voix : reddite que sunt Cæsaris' Cesari.
— C'est bien beau ce que vous dites-là, mon. ...... s: MON, «pese capitaine ; > si beau que je n'y comprends
rien, fait le censitaire.
is
— C'est du lath ; ignorant ! dit mon oncle Kaoëûl ; et |
| ce latin veut dire : payez légitimement les rentes .au
Fig
seigneur d'Ha Haberville, à peine d’être traduit dévant toutes les cours royales, d’être condamné en première et en seconde instance. w à tous. ns dormages, int et loyaux-coûits:"”" È ss — qe doit pscer: dur: les.royaux:coups,: dit le coast
— Tonnerre ! s’écrie mon oncle Raoul en élevant les yeux vers le ciel.
— Je veux bien croire, mon. ..... mOn seigneur, que votre latin me menace de tous ses châtiments ; mais j'ai eu le malheur de perdre ma pouliche du printemps.
— Comment, drôle ! tu veux te soustraire, pour une chétive bête de six mois, aux droits seigneuriaux établis Le par ton souverain, et aussi solides que les montagnes du nord, que tu regardes, le sont sur leurs bases du roc. 6 Quos go l......1. Eu
— Je crois, dit tout bas le cale qi parle algon- EL quin pour m’effrayer. C
Et; puis haut : | ju po: C'est que, voyez-vous, ma pouliche, dans quatre ans, sera, à ce que disent tous les maquignons, la plus fine trotteube de la côte du sud, et vaudra cent francs comme un sou — Allons, va-ten À tous les diables l répond mon oncle | Raoul, èt dis à Lisette qu'elle te donne un bon coup d d’eau-de-vie pour te consoler de la perte de ta pouliche. Ces coquins ! ajoute mon oncle Raoul, boivent plus de notre eau-de-vie qu'ils ne paient de rentes, l se
L'habitant, en entrant dans la cuisine, dit à Lisette en éq
ricanant : | |
à Ces droite oigiouriai; ai solides, ont croulé dernièrement sous la pression influepte d'une multitude de censitaires contre leurs seigneurs, etaux oris de : fiat justitia ! ruat cœlum ! Pauvre ciel! il y a longtemps. qu'il se serait écrèulé au cri de’flat juètitin, sil n'eût êté plus solide que les: institut'ons humaines.
LA
les
que j'ai
une ablis es du roc.
gon-
e ans, 1s fine omme
oncle
coup liche.
us de
tte en
et aux qu'il se ‘fnstitu-
Der Auciens Consélens 741
— J'ai eu une rude corvée avec mon oncle Raoul si m'a même menacé de me faire donner des coups royaux par la justice.
Comme mon oncle Raoul était très-dévot à sa on il ne manquait jamais de réciter son chapelet et de lire dans son livre d’heures journellement ; mais aussi, par contraste assez singulier, il employait ses loisirs à jurer, avec une verve peu édifiante, contre messieurs les Anglais, qui lui avaient cassé une jambe à la ptise de Louisbourg : tant cet accident, qui l'avait obligé à renoncer à la
carrière des armes, lui était sensible,
Lorsque les jeunes 4 ns arrivèrent en face du manoir, ils furent surpris du spectacle qu'il offrait. Non-seulement toutes les chambres étaient éclairées, mais aussi une partie des autres bâtisses. C'était un mouvement inusité un va-et-vient extraordinaire. Et, comme toute la cour se trouvait aussi éclairée par ce surcroit ds lumières, ils distinguèrent facilement six hommes, armés de hacheset de fusils, assis sur un arbré renversé,
— Je vois, dit Arché, qué le seigneur de céans a mis ses gardes sous les armes, pour faire honneur à ne équipage, comme je l'avais prédit.
José, qui n ”entendait pas le badinage sur ce sujet passa sa pipe du côté droit : au côté gauche de sa bouche, mur-
mura dr . entre: ses Bree et se remit ‘. fumer :
avec fureur, GE JD er — Im'ést ex imp d'expliquer dit “ji en Le
pourquoi les gardes de mon père, comme tu leur fais l'insigne honneur de les appeler, sont sous les armes : à ‘moins qu’ils ne craignent une surprise de la part de nos amis les Iroquois ; mais avançons, et nous saurons bien vite le mot de l'énigme.
Les six hommes se levèrent spuntanément à js entrée dans la cour, et vinrent souhaiter la bienvenue à leur jeune seigneur et à son ami.
— Comment, dit Jules en leur serrante la main avec affection : c'est:vous, père Chouinard ! c’est toi, Julien ! c’est toi, Alexis Dubé ! c’est vous, père Tontaine ! et c'est toi, farceur de François Maurice ! moi qui croyais que, profitant de mon absence, la paroisse s'était réunie en masse pour te jeter dans le fleuve Saint-Laurent, comme récompense de tous les tours diaboliques que tu. fais aux gens paisibles,
— Notre jeune seigneur, dit Maurice, a toujours le petit mot pour rire ; mais, si l'on noyait tous ceux qui font endiabler les autres, il y en aurait un qui done bu. longtemps : à la grande tasse.
— Tu. crois | l reprit Jules. en-riant ; ça jus peut-être du mauvais lait que j'ai sucé ; ca; rappelle-toi -bien que c'est ta. chère mère qui.m'a nowri, Mais parlons d'autre chose, Que diable faites-vous. tous ici. à. ste hapre ? Baillez-vous à la lune. et aux toiles ?
— Nous sommes douze, dit le père Choulnard, qui
faisons, À jour de relève, la garde du mai ge nous devons |
Cho den plus avaie Scier, Anne Juge:
arrivè plu; : Jul qu'il :
c’est | farces ce n’e seigne nous (avani
présenter demain à votre cher père : six dans la maison qui se divertissent, et nous qui faisons le premier quart.
— J'aurais cru ‘que le mai se serait bien gardé tout scul : je ne pense pas le monde assez fou que de laisser leur lit pour le plaisir de s’éreinter à traîner cette vénérable masse ; tandis qu'il y a du bois À perdre à toutes les portes. L |
— Vous n'y êtes pas, notre jeune seigneur, reprit Chouinard : il y a toujours. voyez-vous, des gens jaloux de n'être pas invités à la fête du mai ; si bien que pas plus tard que l’année dernière des guerdins (gredins), qui avaient été priés de rester chez eux, eurent l'audace .de scier, pendant la nuit, le mai que les habitants de Saïnte- Anne devaient présenter le lendemain au capitaine Besse, Jugez quel affront pour le pauvre monde, quand ils arrivèrent, le matin, de voir leur bel arbre bon tout au plus à faire du bois de poële ! ‘
Jules ne put s’empêcher de rire aux éclats d'un tour qu’il appréciait beaucoup. |
— Riez tant, que vous voudrez, ait Tontaine, mais
c'est pas toujours être chrétien que de faire de pareilles
farces. Vous comprenez, ajouta-t-il d’un ton sérieux, que ce n’est pas qu on craigne un tel affront pour. notre bon seigneur ; mais, comme il y a toujours des chétifs art nous avons
is nos ‘précautions en cas d'averdingles | (avanies). ae
np 77 Les Anciens Canadiens
— Je suis un pauvre homme, fit Alexis Dubé; mais
je ne voudrais pas, pour la valeur de ma terre, qu’une injure semblable fût faite à notre capitaine.
Chacun paria dans le même sens ; et Jules était déjà dans les bras de sa famille, que l’on continuait à pester . contre les gredins, les chétifs imaginaires, qui auraient J'audace de mutiler le mai de sapin qu’on se proposait d'offrir le lendemain au seigneur d’Haberville. Il est à supposer que les libations et le réveillon pendant la veillée du mai, ainsi que l’ample déjeuner à la fourchette du lendemain, ne manquaient pas de stimuler leur zèle dans cette circonstance,
— Viens, dit Jules à son ami après le souper: viens voir les apprêts qui se font pour le repas du matin ‘ gens du mai (Comme ni toi, ni moi, n’avons eu l’avau tage d'assister à ces fameuses noces du riche Gamache, qui réjouissaient tant le cœur de ce gourmand de Sancho Pança, ça pourra, au besoin, nous en donner une idée.
Tout était mouvement et confusion dans la uisine où
ils entrèrent d'abord : les voix rieuses et glapissantes des M femmes se mélaient à celles des six hommes de relai |
occupés à boire, à fumer et à les agacer, “Trois servantes, rrmées chacune d’une poële à frire, faisaient, ou, suivant l'expression reçue, tournaient, des crêpes au feu d’une
: immense cheminée, dont les flammes brillantes enlumi-! | naïent à la Rembrandt ces visages joyeux, dans toute!
La cuisi deter da
mais u’une
t déjà pester raient posait l'est à ant la rchette ur zèle
, viens tin € l'avaue mache, Sancho der une
isine où
ntes des 1 de rela !
rvantes,
suivant u d'une
enlumi:
l'étendue de cette vaste cuisine, Plusieurs voisines, assises à une grande table, versaient avec une cuillère à pot, dans les poëles, à mesure qu 'elles étaient vides, la pâte liquide qui servait à confectionner les crêpes ; tandis aue d’autres les saupoudraient avec du sucre d'érable à mesure qu elles s'entassaient sur des plats, où elles formaient déjà des pyramides respectables. Une grande chaudière, à moitié pleine de saindoux frémissant sous l’ardeur d'un fourneau, recevait les croguecignoles que deux cuisinières y déposaient et retiraient sans cesse, À
Le fidèle José, l'âme, le majordome du manoir, sen1blait se multiplier dans ces occasions solennelles,
Assis au bout d’une table, capot bas, les manches de l1 chemise retroussées jusqu'aux coudes, son éternel couteau plombé à la main, il hachait avec fureur un gros pain de sucre d'érable, tout en activant deux autres domestiques occupés à la même besogne, Il courait ensuite chercher la fine fleur et les œufs, à mesure que la pâte diminuait dans les bassins, sans oublier pour cela la table aux rafraîchissements, afin de s'assurer qu’il n'y manquait rien, € etun peu aussi pour prendre un coup avec ses amis.
Jules et Arché passèrent de la cuisine À la boulangerie
1 Croquectinéts beignets à plusieurs branches, essentiellement canadiens La cuisinière passe les doigts entre les branches, pour les isoler, avant de les jeter dans le saindoux bouillant,
où l'on retirait une seconde fournée de pâtés en forme de croissant, longs de quatorze pouces au moins: tandis que des quartiers de veau et de mouton, dessus et côte. lettes de porcs-frais, des volailles de’ toute espèce, étalés sur des casseroles, n’ettendaient que l’appoint du four pour les remplacer, Leur dernière visite fut à la buanderie, où cuisait, dans un chaudron de dix gallons, a fricassée de porc-frais et de mouton, qui-faisait les
délices surtout des vieillards dont la mâchoire menaçait |
ruine,
NÉS pi à:
— Ah ça! dit Arché, c’est. donc un festin de Sarda.
napale de mémoire assyrienne | un festin qui va durer f
six mois! AE 4
r Et
— Tu n’en as pourtant vu qu'une partie, dit Jules; |
le dessert est à l’avenant.. Je croyais, d’ailleurs, que tu étais plus au fait des usages de nos habitants, Le seigneur de céans serait accusé de lésinerie, si, à la fin du repas, la table n’était aussi encombrée de mets que lorsque les
convives y. ont pris place, Lorsqu’ un plat sera vide, où
menacéra une ruine prochaine, tu le verras aussitôt remplacé par les servarts, 1 R
.— T'en suis 6 cultivateurs, sont généralement très-économes,. plutôt
4 Cet usage était universellement rénandu parmi les habitants riches, où à qui aspiraient à le paraître, ainel que varmi les riches, bourgeois. des villes Lo première classe de la société encembrait aussi em. dans les grandes :
” vasions, muis non à cet excès,
| peut
autant plus surpris, dit Arché, que vos |
port cela chal
autre parts tem laitas trèssaisO gran( espè( pous carè dant douz voitu gréet
1L leurs ignora bson Ja var boutiq marié.
2 D dans 1 etc. ( navire norm:
n forme 3: tandis s et côte.
ce, étalés du four la buanallons, la isait les
menaçait |
le Sarda.
va durer 4
it Jules; 5, que tu seigneur
rsque les
que vos plutôt
s riches, on À is des villes :
des grandes |
du repas, |
vide, ou :
tôt rem- !
portés à l'avarice qu autrement ; alors comment concilier cela avec le gaspillage qui doit se faire, pendant les chaleurs, des restes de viandes qu’une seule famille ne peut consommer ? 1 |
— Nos habitants, dispersées à distance les uns des autres sur toute l'étendue de la Nouvelle-France, et partant privés de marchés, ne vivent, pendant le printemps, l'été et l'automne que de salaisons, pain et laitages, et, à part les cas exceptionnels de noces, donnent très-rarement ce qu'ils appellent ‘un festin pendant ces saisons. ‘Îl'se fait, en revanche, pendant l'hiver, une grande consommation de viandes fraîches de toutes espèces ; c'est bombance générale : - ‘Fhospitalité est poussée jusqu'à ses dernières limites, depuis Noël jusqu’au carême. "C'est un va-et-vient de visites continuelles pendant ce temps. | ‘ Quatre à cinq carioles contenant une douzaine de’ personnes “arrivent ; on dételle aussitôt lès voitures, près avoir prié es amis de se ‘dégreyer (dégréer) ; 3 I table se ‘dresse, et, à l'expiration d'une heure
1 Les anc'ens habitants dépensaient un sou «vec plus de répugnance que leurs descendants un louis, de’‘nos jours. Alors riches pour la plupart, ils ignoraient néañmoins le luxe : le produit de leurs terres suffisait à tous lèurs b so ns. Un riche habitant, s’exécütant pour l’occasion, achetait à sa fille -u la ivariant, une robe d'indienne, des bas de coton et des souliers, che: les Voutiquiert fl ‘ornello toilette pasenit souvent aux | is enfanse de la mariée. à
2 Dégreyer (dégrées) : ce RE tai à lâ UNS est encore en véage dans les campagnes. Dégréyez-vous, dit-on, c’est-à-lire Ôtes votre redingote, etc. Quelle off:e gémérense d'hoenitalité que de iraiter un ami comme un navire que l'on inét en’ 4 (
normnds, qui étais nt de grande marins, #2 0R ATEN
tout au plus, cette même table est chargée de viandes |
fumantes.
— Vos habitants, fit Arché, doivent alors. posséder l lampe d’Aladin ! L
‘— Tu comprends, dit Jules, que s’il leur fallait les
‘apprêts de nos maisons, les femmes d’habitants, étant | pour la plupart privées de servantes, seraient bien vite |
obligées de restreindre leur hospitalité, ou même dy
mettre fin ; mais il n’en est pas ainsi : elles jouissent
même de la société sans guère plus de trouble que leur |
maris, 1 La recette en est bien simple : elles font cuire
de temps à autres, dans leurs moments de loisir, deux À | trois fournées de différentes espèces de viandes, qu’elles |
n'ont aucune peine à conserver dans cet état, vu la
vigueur de la saison. Arrive:t-il des visites, il ne s’agit
alors que de faire réchauffer les comestibles sur leurs
poêles toujours chauds à faire rôtir un bœuf pendant Ke cette époque de l’année : les habitants détestent les
viandes froides.
C'est un vrai plaisir, ajouta Jules, de voir nos can
diennes, toujours si gaies, préparer ces repas improvisés: |
de les voir toujours sur un pied ou sur l’autre, tout en
fredonnant une chanson, ou se mêlant à la conversation,
fi
courir de la table qu’elles dressent à leurs viandes qui |
said
Je unes de rh al ment de rai te | : elles en ont souvent de nos jours.
| maint
men à tou lever les se que |
T perde qui S mais bitanf goût leurs leur 1
patien eutant faire ] dienne
| dant l’
La :
avait t
1 Jose]
| cultivate
Les mi:
tempéraï pendieus
viandes
séder la
allait les
ts, étant | ien vite
ême dy jouissent que leurs
nt cuire !
, Ceux à
u’elles |
t, vu la
leurs
tent les
ne s'agit:
pendant D faire plaisir en éinitiant -da 3
menacent de brûler, et, dans un tour de main, remédier à tout ; de voir Josephte s'asseoir avec les convives, se lever vingt fois pendant le repas s'il est nécessaire pour les servir, chanter sa chanson, et finir dr s'amuser autant que les autres. 1
Tu me diras, sans doute, que ces viandes réchauffées perdent beaucoup de leur accabit ; d’accord pour nous qui sommes habitués à vivre d’une manière différente ; mais comme l’habitude est une seconde nature, nos habitants n’y regardent pas de s’y près; et, comme leur goût n’est pas vicié comme le nôtre, je suis certain que leurs repas, arrosés de quelques coups d’eau-de-vie, ne leur laissent rien à envier du côté de la bonne chère. Mais, comme nous aurons à revenir sur ce sujet, allons maintenant rejoindre mes parents qui doivent déjà s’impatienter de notre absence, que je considère comme eutant de temps défobé à: leur tendrésse. J'ai cru te
| : mœurs Canadiennes de la campagné, que tu n'as jamais visitée pen-
| dant l’hiver.
La veillée se prolongea bien avant dans la nuit: on avait tant de choses à se dire ! Et ce ne fut au’après avoir
1 Josephte, sobriquet que les gens de villes donnent aux femmes des
| cultivateurs.
Les mauvaises récoltes de blé, depuis trente ans, et surtout les sociétés de tempérance, ont, cn grande partie, mis fin À cette Di par trop dis pendieus”,