CHAPITRE ONZIÈME
Bapè malum hoc nobis, si mens non lave fluieset, 9 STEP EE
Vers LÉGENDE DE MADAME D'HARERVILLE.
Tout était triste. et silencieux dans le manoir d'Haberville : les domestiques mêmes faisaient le service d’un ai abattu, bien loin de la gaieté; qu’ils montraienttoujours:en servant cette bonne famille, : Madame d'Haber- : ville dévorait ses larmes pour ne pas contrister son mari, . et Blanche;se cachait pour pleurer, afin de ne pas affliger ; davantage sa tendre mère : car, dans trois jours, le vais...
. Seau dans lequel les.j jeunes. gens avaient pris leur passage,
faisait voile pour l’Europe. . Le capitaine d'Haberville avait invité ses deux amis, le curé.et monsieur d'Egmont, à dîner. en famille : c'était un diner d’adieux, que'chacun . S 'efforçait inutilement d’égayer. Le curé, homme de tact, pensant qu'il valait mieux s’entretenir de choses sérieuses, que de retomber à chaque instant dans un pénible silence, prit la parole : ..
— Savez-vous, messieurs, que l'horizon de la Nouvelle- ; France se rembrunit. d CP TR en jour. Nos voisins, les
ar de
us. titi Anglais, font des préparatifs formidables pour envahir le Canada, et tout annonce une invasion prochaine,
— Après? dit mon oncle Raoul.
— Après, tant qu'il vous plaira; mon ‘cher chevalier, reprit le curé; toujours est-il que nous n'avons guère de troupes pour résister longtemps à nos puissants voisins.
— Mon cher abbé, ajouta mon oncle Raoul, il est probable qu’en disant ce matin votre bréviaire, vous êtes tombé sur un chapitre des lamentations du ee Jérémie.
— Cette citation est contre vous, car les ar se sont accomplies,
— N'importe, s’écria le chevalier en serrant les dents ; les Anglais! les Anglais prendre le Canada ! ma foi, je me ferais fort de défendre Québec avec ma béquille, Vous avez donc oublié, continua mon oncle Raoul, en s’animant, que nous les avons toujours battus, les Anglais; battus un contre cinq, un contre dix et quelquefois 7h uñ contre vingt....... Les Anglais, vraiment ! HN
— Concedo, dit le curé; je vous accorde tout ce que vous voudrez, et même davantage, si ça vous fait plaisir ; mais remarquez bien que chacune de nos victoires nous Locl
affaiblit, tandis que l'ennemi, grâce à la prévoyance de défa l'Angleterre, semble reprendre de nouvelles forces, et os. que, d’un autre côté, la France : nous s abandonne presque touje
A di parte
à nos propres ressources.
Ce qui montre, dit le capitaine d'Haberville, la con-
” hties |
hir le
alier, re de sins.
l est êtes )hète
fiance qu'a notre bien-aimé roi Louis XV dans notre courage pour défendre sa colonie.
— En attendant, interrompit monsieur d'Egmont, la France envoie si peu de troupes que la colonie va s'affaiblissant de jour en'jour.
— Qu’on nous donne seulement de la poudre et du. plomb, reprit le capitaine, et cent hommes de mes miliciens feront plus dans nos guerres de surprises, d’embuscades, de découvertes, que cinq-.cents soldats des plus : vaillants corps de l’armée française ; je parle sans. présomption : la preuve en est là (Ce qui n'empêche, pas, ajouta-t-il un peu confus de cette sortie faite sans .
trop de réflexion, que nous avons un grand besoin ,des
secours de la mère-patrie, et qu’une bien pétite portion. des armées, que notre aimé monarque dirige vers le nord. de l’Europe afin d’aider l'Autriche, nous serait. à peu près se
indispensable pour la défense de la colonie.
— 11 serait L'ien à souhaiter, reprit le bon gentilhomme, , que Louis XV eût laissé Marie-Thérèse se débattre avec,
la Prusse, et rous eût moins négligés.
— ILsied. peu:à un jeune homme comme moi,:dit- de À Locheill, de me mêler. à vos, graves débats ; mais, à: défaut d'expérience, l’histoire viendra à mon aide : Défiez.
vous des Anglais, défiez:-vous d’un gouvernement: qui-a
toujours-les yeux-ouverts sur les intérêts de ses colonies, : :
partant sur les intérêts de l'empire britannique ; défiez-
vous d’une nation qui. a. la ténacité du #wi/-deg Si la
212 Tes Anciens Canadiens
conquête du Canada lui est nécessaire, elle ne. perdra jamais cet objet de vue, n'importe à quels sacrifices : témoin ma malheureuse patrie.
— Bah ! s'écria mon oncle Raoul, des Ecossais !
De Locheill se mit à rire. |
— Doucement, mon cher oncle, dit le bon gentilhomme ; et, pour me servir de votre maxime favorite, lorsque vous rétirez les rentes de cette seigneurie : “ Rendons à César ce qui appartient à César ; ” j'ai beaucoup étudié l'histoire d'Écosse, et je puis vous certifier que Jes Ecossais ne le cèdent ni en valeur ni en patriotisme à aucune nation qu monde ‘connu, ancienne ou modérne,
F …— Vous voyez bien, repartit le chevalier, que ÿ ai voulu seulement faire endéver tant soit peu mon second neveu de Locheill : car, Dieu merci, fitil en se rengorgeant, nous nous flattons de connaître l'histoire. Arché sait très-bien la haute estime que j'ai pour ses compatriotes,
et l'hommage que ‘jai toujours rendu à eur bouillant coûrage.,
— Oui, mon cher oncle, et je vous en rémércie, dit Arché ‘en lui serrant la main, ‘Mâis défiez-vous des Anglais ; défiez-vous de leur persévérance : ça sera le délenda est Carthago des Romains
—— Tant mieux, dit Julés ; merci de leur thé : 3 ils me donneront alors l’occasion de revenir au Canada avec mon régiment, Que ne puis-je faire mes premières
armes contre eux ici, dans là Nouvelle-France, sur cette
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Les Anciens Cenadiens 213
terre que j'affectionne et qui renferme ce que j'ai de plus cher au monde ! Tu reviendras avec moi, mon frère Arché, et tu prendras ta revanche sur cet hémisphère, # tont ce que tu as souffert dans ta patrie.
— De tout mon cœur, s’écria Arché en serrant avec force le manche de son couteau, comme s’il eût tenu en main la terrible claymore des Cameron of Locheill ; je cervirai comme volontaire dans ta compagnie, si je n’obtiens pas un brevet d’officier ; et le simple soldat sera aussi fier de tes exploits, que s’il lui en revenait une plus grande part,
Les jeunes gens s’animèrent à l’idée d’exploits fiers : ; les grands yeux noirs de Jules: lancèrent des flammes : : on aurait dit que l’ancienne ardeur militaire de sa race se manifestait en lui subitement. L'enthousiasme devint général, et le cri de ‘ vive le roi 4 .S'échappa simultanément de toutes les poitrines, | Quelques larmes roulèrent dans les yeux de la mère, de. la sœur, et de-la tante, malgré Jeurs efforts pour les contenir.
La conversation, qui avait d’abord langui, se ranima
tout à coup. On fit des plans de campagne, on battit
les Anglais sur mer et sur terre, et l’on éleva le Canada au plus haut degré de gloire et de prospérité | :
— Feu partout, s’écria le capitaine d'Haberville en se versant une rasade, car ‘je vais porter une santé que tout le monde boira avec: bonheur : ,“ Au succès de nos ‘armes Let puisse le glorieux pavillon fleurdelysé flotter
es
214 Les Anciens Canadiens # jusqu’à la fin des siècles sur toutes les citadelles de la # Nouvelle-France ! ”
À peine portait-on la coupe aux lèvres pour faire hon. neur à cette santé, qu’une détonation épouvantable se fit entendre: c'était comme l'éclat de la foudre, ou comme si une masse énorme fût tombé sur le manoir, qui trembla jusque dans ses fondements. On se leva précipitammeut de table, on courut dehors: le soleil le plus brillant éclairait un des plus beaux jours du mois de juillet ; on monta au grenier, mais rien n’indiquait qu’un corps pesant fût tombé sur l'édifice (a). Tout le monde demeura frappé de stupeur; monsieur d'Haber- ‘ville surtout parut le plus impressionné. Serait-ce, dit- * 1l, la “écadence de ma maison que ce phénomène me prédit !
Monsieur d’Egmont, abbé et mon oncle Raoul, : l'homme lettré de la famille, s'efforcèrent d'expliquer physiquement les causes de ce phénomène, sans réussir * à dissiper l'impression pénible qu'il-avait causée.
. On passa dans le salon pour y prendre le café, sans : s'arrêter dans la salle à manger, où les à re pret ‘’intacts.
‘Les ‘événemetits qui etrent” dieu pus tard ne firent que confirmer la faiille d'Haberville dans léurs craintes -superstitieuses, : Quisait, après tout; si ces présages, ::auxquels eroyait:toute l'antiquité,-ne sont: pas des aver- -tissements-du ciel, quand quelque grand malheur nous -nenace?. S'il fallait rejeter tout: ce qui répugne à notre
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faible raison, nous serions bien vite pyrrhoniens, DYTrhoniens à nous faire assommer, comme le Marphorius de Molière. : Qui sait... ? T1 y zurait un bien long chapitre à écrire sur'les gwésait ? at
Le temps, qui avait été si beau pendant toute la journée, commença à se couvrir vers six heures du soir ; à sept héurés, une pluie torrentielle, semblant menacer d'un second déluge, commença à tomber; le tonnerre ébranlait les voûtes du ciel, un immense quartier de rocher, frappé par la foudre, se détacha du cap avec fracas, et tomba dans le chemin du roi, qu'il IntereeRie pendant plusieurs jours.
I< capitaine d’'Haberville, qui avait fait péné Jongtemps la guerre avec ies alliés sauvages, était imbu de beaucoup de leurs supérstitions : aussi, Jorsqu’ il fut victime des malheurs qui frappèrent tant de familles canadiennes en 1759, il ne manqua pas de croire que ces désastres lui avaient. été prédits on ans auparavañt,
Jules, assis après | le souper entre sa mère et sa sœur, et tenant leurs mains dans les siennes, souffrait de l'abattement de toute la famille, Afin de faire diversion, il demanga à sa mère de conter une de ces légendes qui
lamusaient tant dans son enfance.
— Il mé semblé, m maman, que ce sera ‘un nouveas souvenir dé la plus te ndre des mères, que pet avec moi ‘dañs la vide Europe. PT
LA SO RTE
— Je n'ai rien à refuser à mon fils, dit madame d'Haberville, Et elle commença la légende qui suit :
Une mère avait une enfant unique : c'était une petite fille blanche comme le lis de la vallée, dont les beaux yeux d’azur semblaient se porter sans cesse de s2 mère au ciel et du cie: à sa mère pour se fñxer ensuite au ciel, Qu'elle était fière et heureuse cette tendre mère, lorsque dans ses promenades chacun la complimentait sur la beauté de son enfant, sur ses joues aussi vermeilles que la rose qui vient d’éclore, sur ses cheveux aussi
blonds, aussi doux, que les filaments du lin dans la
filerie, et qui tombaient, en boucles gracieuses sur ses
épaules! Oh! oui ; elle était bien fière et heureuse |
tette bonne :nère.
Elle perdit pourtant un jour l'enfant qu’elle idolâtrait; et, comme la Rachelle de l’Ecriture, elle ne voulait pas
être consolée. Elle passait une partie de la journée | dans le cimetière, enlaçant de ses deux bras la petite tombe où dormait son enfant. Elle l’appelait de sa voix !
la plus tendre, et folle de douleur, elle s’écriait :
“— Emma ! ma chère Emma | c’est ta mère qui vient | te chercher pour te porter dans ton petit berceau, où tu | sera couchée si chaudement ! Emma ! ma chère Emma! | tu dois avoir bien froid sous cette terre humide Î
Et elle prêtait l’oreille en la collant sur la pierre : glacée, comme si elle eût attendu une réponse, Ellk tressaillait au moindre bruit, et se prenait à sangloter en |
FA
déco agité larm mais comi!
EI l'avai coqu petits passa ment EI char enfar serva ses h laque fois.
petits aurai EI villag seul 1 VOIX (
enfan
adame suit :
e petite ; beaux sa mère juite au e mère, imentait rmeilles 1X aussi dans la sur Ses
eureuse |
olâtrait ; lait pas journée
la petite !
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découvrant que c'était les murmures du saule pleureur agité par l'aquilon, Et les passants disaient :
— L’herbe du cimetière, sans cesse arrosée par ‘les larmes dela pauvre mèie, devrait être toujours veite, mais ses larmes sont si amères qu'elles la dessèchent comme le soleil ardent-du midi après une forte averse.
Elle pleurait assise sur les bords du ruisseau où elle l'avait menée si souvent jouer avec les cailloux et les coquilles, du rivage; où elle avait lavé dans de fois ses petits pieds dans ses ondes pures et limpides. Et les passants disaient :
— La pauvre mère verse tant de larmes qu’elle augmente le cours du ruisseau !
Elle rentrait chez elle pour pleurer dans toutes les chambres où elle avait été témoin des ébats de son enfant. Elle ouvrait une valise dans laquelle elle conservait précieusement tout ce qui lui avait appartenu : : ses hardes, ses jouets, la petite coupé de vermeil dans laquelle .élle lui avait} donné à boire. pour la dernière fois, Elle saisissait d'une main convulsive un de ses petits souliers, Yembrassait : avec passion, et ses sanglots auraient attendri un cœur de diamant (à).
Elle passait une partie de la journée dans l’église du village à prier, à supplier Dieu de fai 1. miracle, un seul miracle pour elle : de lui-rendre ‘son enfant ! Et la voix de Dieu semblait lui répondre: + % +"
— Comme le saint roi David, tu iras trouver ton enfant un jour; mais lui ne retournera jamais vers toi.
278 des Anciens Cariadieiis
Elle s’écri: détn
— Quand, donc, mon Dieu ! quand nr ce bon.
heur ? n°
Elle se trainait au pied de la statue de la sainte Vierge, cette mère des grands douleurs ; et ii lui semblait que les yeux de la madone Ss’attristaient, et qu’elle y lisait cette douloureuse sentence :
— Souffre comme moi avec résignation, 6 fille d’'Evel! jusqu’au jour glorieux où tu seras récompensée de toutes tes souffrances,
Et la pauvre mère, s'écriait A nouveau :
.— Quand donc! ma bonne sainte Vierge, arrivera ce jour béni?
Elle arrosait le plancher de ses larmes, ets ’en retournait chez elle en gémissant,
La pauvre mère, après avoir prié. un jour avec plus de ferveur.encore que de coutume, après avoir versé des larmes plus-abondantes, s’éendonmit dans l'église : l'épui- ‘ sement amena, sans doute, lesommeil. Le bedeau ferma l'édifice sacré.sans remarquer sa présence. Il pouvait être près de minuit lorsqu'elle s'éveilla : un rayon de lune, qui éclairait le sanctuaire, lui révéla qu'elle était toujoi ours dans l'église, Loin: d’être cffrayée de sa solitude,, elle: en ressentit de la joie ; siice sentiment pouvait g'allier avec l'état: souffrant de:$on pauvre cœur ! :
— Je vais donc prier;. dit-elle setile lavec moh Dieu! seule avec la bonne: Vierge !. seule avec mioismême ! rfonme elleallait-s'agenouiller an bruitsourd lui fi
leve port allu que vingt crai n’est de l'e tées retou com repa vénéi sacer sacrif empr ceux voir.
depui sa pr à l'as vanté pense brisé fois F que € à cer
Te
e bon.
Vierge, it que y lisait
d'Eve!
toutes
péra ce retour-
ec plus rsé des l’épuiferma ouvait von de le était solipouvait
‘Dieu!
ui fit
lever la tête : c’étrit un vieillard, qui, sortant d'une des portes latérales de la sacristie, se dirigeait, un cierge allumé à la main, vers l'autel. Elle vit, avec surprise, que c’etail ui ancien bedeau du village, mort depuis vingt ans. La vue de ce spectre ne lui inspira aucune crainte : tout sentiment semblait éteint chez elle, si ce n’est celüi dé la douleur. Le fantôme monta les marches de l'autel, alluma les cierges et fit les préparations usitées pour célébrèér:une messe de regie. Lorsqu’ il- se retourna, ses ÿeux lui parurént fixes et sans expression, commé ceux d’une statue. 1 rentra dans la sacristie, et reparut presque aussitôt; mais cette fois précédant ur vénérable prêtre portant un calice et revêtu de Fhabit sacerdotäl d'un ministre de Dieu qui va célébrer le saint sacrifice, $es grands yéüx démesurément ouverts étaient empreints de tristesse ; Sés mouvements ressemblaiect à ceux d’ün automate qu’un mécanisme sécret ferait mou voir. Ælle réconnut, en Mi, 1e vieux cürés mort aussi depuis vingt ans, qui l’avait baptisée et lui avai fait faire sa première comimuñion : Loin d’êtré frappéé de stupeur à l'aspect de cette hôte dé la tombé; Join d'être épous vantée dece prodige, là pauvre mèfe; toûté À sa douleur pensa que son vieil armi) touché de s6n désespoir, avait brisé les liens du lincéül pour véñir offrir une dernière fois pour.élle lé säinit-sacrifice de la mésse ; elle pensa que ce bon pasteur qui Pavait consolée tant de fois, ve nait à sen secours:ddns sès änboisses maternelles. Tout était véali Morrié, a sombre ét sels
ae ee stone ie rh th
220 Les Anciens. Lanadiens
pendant cette messe célébrée et servie par la mort. Les cierges.mêmes jctaient une luraiere pâle comme cell d’une Jampe qui s'éteint. A l'instant où la cloche du sanc{us, YenCant Un Son brisé comme celui des os que casse le fossoyeur dans un vieux cimetière, annonçait que Je Christ allait descendre sur J'autel, la porte de la sacristie s'ouvrit de nouveau et donna passage à une procession de petits enfants, qui, marchant deux à deux, défilèrent, après avoir traversé le chœur, dans l'allée du côté de l'Epitre, Ces enfants, dont les plus âgés paraissaient avoir à peine six ans, portaient des couronnes d'immortelles, ettenaient dans leurs mains, les uns des corbeilles pleines de fleurs, et: des petits vases remplis de parfums, les autres des petites coupes d’or et d'argent
contenant une. liqueur transparente. Ils s’avançaient |
tous d’un pas léger, et la joie rayonnait sur leurs visages
célestes. Une seule, ne petite fille, à l'extrémité de la |
sur sm
gée qu'e elle était de sr immenses seaux qu'elle tratnait avec peine. Ses petits pieds, . xougis par la pression, ployaient sous le fardeau, et sa couronne, d'immortelles paraissait flétrie. . La pauvre mère voulut tendre les bras,
pousser une acclamation :de joie en reconnaissant sa |
petite fille, mais ses bras et sa langue se trouvèrent para
lysés. Elle vit défiler tous ces enfants près d'elle dans | l'allée du côté de l'Evangile, et en reconnut plusieurs que | la mort avait récemment moissonnés. . Lorsque sa petite fille; ployant sous le fardeau, passa ausai à ses côtés, elle |
ré Les ne cell che du os que nonçait e de la > à une à deux, allée du s parais- Uronnes uns des mplis de d'argent nçaient
visages |
té de la dt, char.
traînait bression, nortelles les bras,
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ssant Sa :
t para- !
surs que | à petite tés, elle
Les Aniiens Canadiens 227
remarqua qu’à chaque pas qu'elle faisait, les deux seaux, qu’elle trainait avec tant de péine,-arrosaient le plancher de l’eau dont ils étaient remplis jusqu'au bord. Les yeux de l'enfant, lorsqu'ils rencontrèrent ceux de sa mère; exprimèrent la tristesse, ainsi qu’une tendresse mêlée de reproches. : La pauvre femmé fit un effort pour l'enlacer dans ses bras, mais pérdit connäissance. Lor:qu’ille revint de Son évanouissemént tout avait disparu.
Dans tin monästère, à une lieue du village, vivait un cénobite qui jouissait d’une grande réputation de sainteté,
Ce saint vieillard ne sortait jamais de sà cellule: que pour écouter avec ihdulgence les pénibles aveux: des pécheutrs, ou pair secourir les affigés. n sus aux premiérs : |
— Je connais le natute évmroaitii de l'homme, ne vous laisséz-pas abattré ; venez à inoi avec-confiance et courage chaque fois que vous retomberez ; et chaque fois, mes: bras:voüs séront ouverts pour vous relever.
Il disait aux séconds:! :
. — Puisque Diéu, qui ést si Li : vous dial pou la souf. france, c’est qu'il vous résérve des Loan finies,
Il disait à. tous :: 110
— Si je faisais l'aveu de ma tie. vous seriez étonnés de voir en moi un:hômmie qui a été le jouet des passions les plus effrénées, ét mes malheurs vous feraiént verser des torrents.de larmes !. fat i
La pauvre :mère se hs « en D sions à aux Bio du: saint moièaies: Jüi raconta: js ads enr elle avait été
témoin. Le compatissant veilla:d, qui connaissait À fond:la nature humaine, n'y vit qu’une occasion favorable de mettge un terme à cette douleur qui surpassait tout ce que s longue expérience lui avait appris des angoisses maternelles.
— Ma fille, ma chère fille, lui dit-il, notre imagination surexcitée nous rend souvent le: jouet: d'illusions qu'il faut presque toujours rejeter dans le domaine des songes : mais l'Eglise nous enseigne aussi que des prodiges semblables à celui que vous me racontez peuvent réellement avoir lieu. Ce n’est pas à nous, êtres stupides et ignorants, à poser des limites à la puissance de Dieu. Ce n'est pas: à nous à scruter les décrets de celui qui a saisi les mondes dans ses mains puissantes et les a lanéés dans des espaces infinis, : J'accepte donc la vision telle qu’elle vous est apparue ; et admettant, je vais vous l’expliquer. Ce prêtre, sorti de la tombe peur dire une messe de requiem, à sans doute obtenu de Dieu la permission de réparer une omission dans l’exercice de son ministère sacré ; et ce bédeau, par oubli ou négligence, en avait probab'ement été la cause. : Cette procession de jeunes enfants, couronnés d’immortelles, signifie ceux qui sont morts sans avoir perdu la grâcé de leur baptême, Ceux qui portaient des corbeilles de fleurs, des vases où brûlaient les parfums les plus exquis, sont ceux que leurs mères, résignées aux décrets de la providence, ont offerts à Dieu, sinon avec joie, ce qui nest pas naturel, du «moins avec résignation, en pensant sé échangai:nt
sait À rorable it tout goisses
ination s qu'il Onges ; >s semlement et ignou. Ce La saisi és dans qu'elle liquer.
bsse de sion de inistère n avait jeunes pui sont | Ceux
es où e leurs offerts rel,; du
ngai®nt
Les Anciens Canadiens 223 une terre de misère pour la céleste patrie, où, près du trône de leur créateur, ils chanteront ses louanges pen- h dant toute ‘une éternité, Dans les petites coupés d’or et l d'argent étaient les larmes que la nature, ‘avare de ses *: 4 droits, avait fait verser aux. mères qui, tout en faisant un | Au cruel sacrifice, s'étaient écriées comme lé, saint homme | Job : Mon Dieu vous me. l'avez. donné ; mon Dieu ! vous me l'avez ôté : que votre saint nom:soit béni | |
La pauvre inère, toujours agenouillée, buvait avec ses larmes chacune des paroles quitomibäient des lèvres du 1H saint vieillird. Comme Maïthie”s'écriant aux pieds du à Christ : “Si vous eussiez été ici; Séigneut, mon frère 1 ne” hi! “ serait pas mort ; mais, je sais qué préséhtément même ss R “ Dieü Vous iééordéta tout ce que ‘VOUS luï démänderez ; Ce” Fa elle répétait dans sa foi rdénte 12 sf” vous eussiez 7 dt près de moi, mon père, ma petite fille ne serait pas morte; mäis jé'sais du préséntément même Dieu vôus | accordera tout ce e vous lui demanderez. 7
de pipe tr tar EPTCET
Le bon religieux se recuéillit un instant et pria + D ii S 4 (EE ÉUO-LE: HER AO 4 1 de l'inspirer. “C'était AlOrS une sentence FA vie ou d
si mort Qu'il & hab prononcer sur ce et fe mère q » TA S TR 7 Yi: 24ù 1 if € .1
inconsolable. IT fallait apper ing
mère A 4 A un "coup PAET 14 NT qui la ramenât à des sentiments raisonnables, ou qui
brisât à'jàm maïs te cœur “prêt À éclater. I prit les mains de la pauvre femme dans ses mains sèches ét crispées par l'âge, les Serra : “avec t
te et lui dit de sa voix la T2 # ARC ‘4 4e ÉTÉNURS 7% “US Nous pie LOT i à MATE A
— Vous aimiez donc bien l'enfant que vous avez perdue ?
— Si'je l'aimais, mon père toh! mon Dieu | quelle question :
Et comme une insensée, elle se Pa en gémissant aux piéds du vieillard. Puis se relevant tout à coup, elle saisit le bas de sa soutane, et lui cria d'une voix brisée par les sanglots::
A qu Vous êtes un saint, mon père : mon enfant | rendezut - Oui, dit le moine, vous aimiez bien yotre , $ vous auriez fait beaucoup pour lui sites une douleur, même la plus lègère : Bi
— - Tout, tout, mon, père, 8 écrin. la pauvre femme : me serais roulée sur des charbons ardents Por lui si gner une petite brûlure. cut
..— Je leccrois, dit le moine ; et vous s imes, sans s doute encore ? CAE ul