‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 5)Chapitre 16 sur 44 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

} 4 Ni} Ainsi passe sur la terre tout ce qui fu8 | sl | bon, vertueux, sensible! Homme, tu n'es qu’un songe rapide, un rève dou

loureux ; tu n'existesque par le malheur$ | ( tu n'es quelque chose que par la tris- | | tesse de ton âme ct l'éternelle mélane | colie de ta pensée! | À . CITATEAUDRIANI CONCLUSION,

Après le départ des convives, on vécut dans la douce | intimité de famille d'autrefois. Jules, que l'air vivifiant | de la patrie avait retrempé, passait une grande partie de ru, | l journée à chasser avec de Locheill : l'abondance du * gibier dans cette saison en faisait un passe-temps trèss agréable. On soupait à sept heures, on se couchait à

dix ; et les soirées paraissaient toujours trop courtes, même sans le secours des cartes. !

Jules, ignorant ce qui s'était passé entre sa sœur et de Locheill sur les rives du Port-Joli, ne laissait pas d’être frappé des accès de tristesse de son ami, sans néanmoins en pénétrer la cause. A toutes ses questions sur ce sujet, il ne recevait qu’une réponse évasive, Comme il pensa à la fin en avoir deviné la cause, il crut, un soir qu'ils veillaient seuls ensemble, devoir aborder franchement la question.

— J'ai remarqué, mon frère, dit-il, tes accès de mélancolie, malgré tes efforts pour nous en cacher la cause. Tues injuste envers nous, Arché, tu es ‘injuste envers toi-même. Fort de ta conscience dans l’accomplissement de devoirs auxquels un soldat ne peut se soustraire, tu ne dois plus songer au passé: Tu as rendu, d’ailleurs, d'assez grands services à toute ma famille en leur sauvant une vie qu'elle devait perdre dans le naufrage de l'Auguste, pour être quitte envers elle ; c’est nous, au contraire, qui te devons une dette de reconnaiasance que

1 Les anciens Canadiens, lorsqu'ils étaient en famille, déjeûnaient à huit heures, I2e8 dames prenaient du café ou du chocolat, les hommes quelques verres de vin blanc avec leurs viandes presque toujours froides. On dinait à midi: une assiétée de soupe, un bouilli et une entrée composée soit d'un ragoût, soit de viande rôtie sur le gril, formaient ce repas. Ja broche ne se mettait que pour le souper qui avait lieu à sept heures du soir. Changez les norns et c'est la manière de vivre actuelle: le diner des anciens ost notre goiter, leur souper notre diner, |

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nous ne pourrons jamais acquitter. Il est bien natuñcl que, prévenus d'abord par les rapports de personnes que les désastres de 1759 avaient réduites à l'indigence et qu'oubliant tes nobles qualités, des amis même comme nous, aigris par le malheur, aient ajouté foi à ces rapports envenimés ; mais tu sais qu'une simple explication a suffi pour dissiper ces impressions, et te rendre toute notre ancienne amitié, Si mon père t'a gardé rancune pendant longtemps, c'est qu’il est dans sa nature, une fois qu’il se croit offensé, de ne vouloir prêter l'oreille à aucune justification. Il t'a maintenant rendu toute sa tendresse ; nos pertes sont en grande partie réparées, et nous vivons plus tranquilles sous le gouvernement britannique que sous la domination française. Nos habitants, autres Cincinnatus, comme dit mon oncle l Raoul, ont échangé le mousquet pour la charrue. Ils { ouvrent de nouvelles terres, et, dans peu d'années, cette seigneurie sera d’un excellent rapport. La petite succession que j'ai recueillie, aidant, nous serons bien vite aussi riches qu'avant la conquête. Ainsi, mon cher Arché, chasse ces noires vapeurs qui nous affigent, et reprends ta gaieté d'autrefois.

De Locheill garda longtemps le silence, et répondit après un effort pénible :

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