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mon grand-oncle, dont Washington, dans ses écrits, a cherché à ternir le caractère pour se disculper de son assassinat, {
La tradition dans ma famille est que Jumonviile se présenta | cômme porteur d’une sommation enjoignant au major Washington, commandant du fort Nécessité, d'évacuer ce poste Lt construit sur les possessions françaises, qu'il éleva son pavillon ‘de parlementaire, montra ses dépêches, et que néanmoins le commandant anglais ordonna de faire feu sur lui et sur sa petite escorte, et que Jumonville tomba frappé à mort, ainsi 4 qu'une partie de ceux aui l’accompagnaient.
ÿ Ilya une variante, très-facile d'ailleurs à concilier, entre la tradition de ma famille et la vérité historique. En outre, celte : variante est insignifiante quant à l'assassinat du parlementaire, | dont la mission était de sommer les Anglais d’évacuer les possessions françaises et non le fort Nécessité, qui ne fut achevé
qu'après le guet-apens.
Voyons maintenant si l’histoire est d'accord avec la ‘radition?
ce qui suit est un extrait du tome ier, page 200, du « Choix
d'anecdotes et faits mémerables,» par M. de LaPlace :
« Les Anglais, ayant franchi, en 1753, les monts Apalaches, «limites de leurs possessions et des nôtres dans l'Amérique
« Septentrionale, bâtirent, sur nos terres, un fort qu’ils nom-
«mèrent le fort Nécessité; sur quoi le commanilant francais
# rir dans un lit comme une femme! Quelle triste destinée pour un homme # qui a affronté tant de fois la mort sur les champs de bataille! J'espérais dourtant verser la dernière goutte de mon sang pour ma patrie!”
16 « leur députa M. de Jumonwviile, jeune oflicier qui s'était plus « d'une fois signalé contre eux, pour les sommer de se retirer. {a & «Il part avec une escorte; et, lorsqu'il s'approche du fort, h- «les Anglais font contre lui un feu terrible. 11 leur fait signe te « de la main, montre de loin ses dépêches, et demande à être )n «entendu. Le feu cesse, on l'entoure, il annonce sa qualité le « d’envoyé, il lit la sommation dont ilest porteur. Les Anglais sa « l’assassine : sa troupe est enveloppée; huit hommes sont si « tués, le reste est chargé de fer. Un seul Canadien se sauve «et porte au commandant francais cette affreuse nouvelle. la «M. de Villiers, frère de l’infortuné Jumonwville, est chargé te : « d’aller venger son propre sang et l'honneur de la France. | e, | es « En moins de deux heures, ie fort est investi, attaqué et : 6 « forcé de capituler.…….…. De Villiers 1 voit à ses pieds ses 4 « ennemis lui demander la vie. … Il sacrifie son ressentiment 4 « à la tranquillité des nations, à sa propre gloire, à l'honneur 4 ae « de la patrie, aux devoirs de l'humanité... Quel contraste! « Un bon Français, au moment où il apprit, en frémissant, < 1 Mon grand oncle, Coulon de Villiers, mourut d‘: la picote à l'âge de . à toixante et quelques années, en répétant sans cesse ces paroles: “ Moi, mou- 3
« cette affreuse nouvelle, s'écria, quoique d’une voix étouffée « de ses sanglots : a A
# Perfides dans la guerre et traîtres dans la paix,
À la foi des traités par système indociles,
. “ Anglais! dans ce tombeau repose Jumonville : & Rougissez, s’il se peut, à l’aspect d’un Français Si par l’assassinat, dans vos fureurs brutales, De ce jeune héros vous crûtes vous venger, Après un tel forfait, atroces cannibales,
“ Il ne restait qu’à le manger.'’
A la nouvelle de ce meurtre, il s'éleva un cri de rage et d'in-
dignation dans toute la Nouvelle et l’Ancienne France, et un membre de l’Académie Française, Thomas, écrivit le poème
Jumonville. I
Avant de citer la capitulation que M. de Villiers fit signer à Washington, je crois devoir donner un extrait, tiré des Archives de la marine française, où l'on trouve les instructions qu’il avait reçues de son officier supérieur :
« M. de Contrecœur, le 28 juin, envoya M. de Villiers, frère
« de Jumonville, avec six cents canadiens et cent sauvages,
« venger la mort de son frère, etc. :
« Lui ordonnons (au sieur de Villiers) de les attaquer et de
« les détruire mème en entier, s’il se peut, pour les châlier d
fée L l'assassin (sic) qu'ils nous ont fait en violant les lois les plus EL « sacrées des nations policées.
« Malgré leur aclion inouïe, recommandons au sieur de Vile «liers d'éviter toute cruauté, autant qu'il sera en son pouvoir, / « Il ne leur laissera pas ignorer (aux Anglais) que nos saue \ LU . L4 L LA LA .
« vages, indignés de leur aclion, ont déclaré ne vouloir rendre k «les prisonniers qui sont entre leurs mains, etc.
« Fait au camp du fort Duquesne, le 28 juin, 1754.
l'ine un «(Signé,) CoONTREGŒUR.»
me / Il faut avouer que mon grand-oncle de Villiers avait à-peu- “près carte-blanche ; etque sans son âme magnanime, Washingr à à Ge : à : : Le ton n'aurait jamais doté ses concitoyens d’un grand et indéves ; es x : nt * pendant empire, et qu'il n’occuperait aujourd'hui qu'une bien 4 petite place dans l’histoire.
. Ci-suit un extrait de la capitulation:
ie « Ce 3 juillet 1754, à huit heures du soir, de « Capitulation accordée par M. de Villiers, capitaine d'infans
4 terie, commandant les troupes de S. M.T. C., à celui des
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« troupes anglaises actuoilement dans le fort de la Nécessité qui «avait été construit sur les terres du domaine du roy :
« Savoir: comme notre intention n’a jamais été de troubler « la paix et la bonne armonie (sic) qui régnait entre les deux « princes amis, mais seulement de venger l'assassin qui a été «fait sur un de. nos officiers porteur d’une sommation et sur:
« son escorte, etc.
Nous lisons ensuite à l’article VII de cette capitulation :
« Que comme les Anglais ont en leur pouvoir un officier, deux «cadets, et généralement les prisonniers qu'ils ont faits dans « l'assassinal du Sieur de Jumonville, etc.
« Fait double sur un des postes de notre blocus, etc.
« (Signés,) JAMES MAckay,