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madame Jarret de Verchères, toutes deux filles du baron Lemoine de Longueuil, et sœurs de madame de Mézière, qui péril avec son CAO dans l’Augusle.
Rép ron UV égrenere Lee,
Le 17 sovembies 1762, une vieille servante, qui avait élevé les
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demoiselles de Longueuil, parut le matin tout en pleurs.
-— Qu'as-tu, ma mie,—({c’était le nom d'amitié que lui donnait toute la famille), —qu'as-tu à pleurer ?
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Elle fut longtemps sans répondre, et finit par raconter qu’elle avait vu en songe, pendant la nuit, madame de Mézi.s sur le tillac de l’Augusle, avec son enfant dans les bras ; et qu’une vague énorme les avait emportés.
On ne manqua pas d'attribuer ce rève à l'inquiétude qu’elle éprouvait sans cesse, pour la jeune demoiselle qu'elle avait élevée. L'auteur, malgré ses doutes quant à la date précise de la vision, n’a pu s'empêcher d'ajouter foi à une anecdote que non-seulement sa famille, mais aussi plusieurs personnes de Montréal attestaient comme véritable. Qui sait, après tout. Encore un chapitre à faire sur les qui sait !
(c) M. le chevalier de Saint-Luc, d’un commerce très-agréuble, devint dans la suite un favori du général Haldimand,
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7 qui s’amusait beaucoup des reparties spirituelles, mais quelquefois assez peu respectueuses du vieillard, que l’auteur ne ; croit pas devoir consigner. Un jour qu'il dinait au château les Saint-Louis, en nombreuse compagnie, il dit au général : — Comme je sais que votre Excellence est un bon casuiste, ait j'oserai lui soumettre un cas de conscience qui ne laisse pas de me tourmenter un peu.
elle es . —Si c'est un cas de conscience, dit le Gouverneur, vous | r le ferez mieux de vous adresser à mon voisin, le révérend Père ane Bérey, supérieur des Récollets.
N — Soit! fit M. de Saint-Luc; mais j'ose me flatter que votre sed Excellence sanctionnera le jugement du révérend Père. ait de dé —dJ'y consens, dit en riant le général Haldimand, qui aimait | Less à beaucoup à mettre le Père de Bérey, homme bouillant d'esprit, de À aux prises avec les laïques : beaucoup de ces laïques, trèsput. à spirituels d’ailleurs, mais imbws des mêmes principes philosophiques du XVIIIe siècle, que le Gouverneur lui-même ne Fe laissaient échapper aucune occasion àe railler sans pitié le fils de Saint-François. Il faut dire, du reste, qu'aucun d'eux ne s’en retirait sans quelques bons coups de griffes du révérend Père, lequel ayant été aumônier d’un régiment, était habitué à gré- : : :
pa cette sorte d'escrime, et emportait presque toujours le morceau, and,
quel que fût le nombre des assaillants.
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— Voici donc mon cas de conscience, dit M. de Saint-Luc. Je passai en France après la cession finaie du Canada, en 1763, où j'achetai une quantité considérable de dentelles de fil, d'or ‘et d'argent, et d’autres marchandises précieuscs. Les droits, sur ces effets, étaient très-onéreux; mais il fallait bien s’y soumettre. Je me présente aux douanes anglaises, avec quatre grands coffres en sus de mes effets particuliers, exempts de tous droits. Les officiers de ce département retirèrent, du premier coffre cs ouvrirent, un immense manteau de la plus belle soie écarlate, qui aurait pu servir au couronnement d’un ‘empereur, tant il était surchargé de dentelles de fil, d’or et d'argent, elc.
— Oh! oh! dirent messieurs lies douaniers : tout ceci est de bonne prise.
— Vous n'y êles pas, messieurs, leur dis-je. Et je retirai l'un après l’autre tous les articles qui composent l'habillement d'un grand chef sauvage ; rien n’y manquait: chemise de soie, snpsts mitasses du plus bau drap écarlate, le tout orné de précieux effets, sans oublier le chapeau de vrai castor sure chargé aussi de plumes d’autruche les plus coûteuses. J'ôtai mon habit, et, dans un tour de main, je fus atluble, aux yeux ébahis des douaniers, du riche costume d'un opulent cheë indien. Je suis, messieurs, leur dis-je, surintendant des tribus sauvages de l'Amérique du Nord ; si vous en doutez, voici ma
commission, Ce superbe costume est celui que je porte lorsque
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je préside un grand conseil de la tribu des Hurons, et voici le
discours d'ouverture obligé. Je prononçai alors, avec un sang-
froid imperturbable, un magnifique discours dans l'idiome le 4 plus pur de ces aborigènes : harangue qui fut très-goütée, si is, je puis en juger par les éclats de rire avec laquelle elle fut dy accueilie.
tre — Passe pour l’accoutrement obligé, à l'occasion du discours Je À d'ouverture des chambres de messieurs les Hurons, dit le chef pee : du bureau en se râmant d'aise, lus : | l’un È Nous passâmes ensuite au second coffre: il contenait un - et À costume aussi riche, mais différent quant à la couleur de la ë soie et du drap seulement.
Mèmes obieciions, même mascarade. On me tit observer que sd le roi d'Angleterre, tout puissant qu'il fût, portait uniformément le même costume quand il ouvrait son parlement, corps ct autrement auguste que celui de mes Hurons. Je répliquai qu'il 14 à ne s'agissait plus de Hurons, mais bien d'Iroquois, tribu trèsset # pointilleuse à l'endroit de sa couleur nationale qui était le bleu; ec * et que je ne doutais aucunement que si le roi d'Angleterre ue présidait quelques grandes solennités écossaises, il adopterait Les iour costume, y inclus la petite jupe, aux risques de s’enrhuôtai mer ; et là-dessus j'entonnai un superbe discours en idioms sé iroquois. Le flegme britannique ne put y tenir, et, à la fin de hee è mon discours, on s’écria : « Passe donc pour l'ouverture du bus #7
parlement iroquois »
tit
| Bref, je réussis à passer le contenu de mes quatre coïfres,
comme président des grands conseils des Hurons, des Iroquois,
des Abénaquis et des Maléchites. Ce qui me fut d’un grand
secours, je crois. C’est qu'étant très-brun et parlant avec facilité Ja langue de ces quatre tribus, les douaniers me prenaient pour un sauvage pur sang, et éaient assez disposés à l’indulgence envers celui qui leur avait donné une telle comédie. 1
, Maintenant, mon révérend Père, continua M. de Saint-Luc, | je vous avouerai que j'ai eu quelquefois de petits picottements de conscience, quoique messieurs les Anglais aient fait les | choses galamment cn laissant passer mes marchandises exemptes de droits; et, comme Son Excellence vous a laissé la
décision de cette question théologique, avec promesse d'y sous-
crire, j'attends votre sentence.
Le Père de Bérey avait pour habitude, dans la chaleur de la
discussion, ou quand il était pris à l'improviste de tutoyer, par
distraction ; il marmotta entre ses dents :
— «Je ne te croyais pas si fin.»
— Que dites-vous, mon révérend Père, fit M. de Saint-Luc?
— : Que le diable en rit,» répliqua le moine.
2 M. de Saint-Luc parlait avec facilité quatre à cinq idiomes indivas.
nt-Luc, ements fait les ises eXlaissé la
y soUS-
leur de la
oyer, par
int-Luc ?
indivis.
Cette saillie excita l’hilarité des convives canadiens et anglais,
et du général Haldimand lui-même.
En terminant cetie note, je me permettrai de citer quelques fragments d'une lettre du mème M. de Saint-Luc, que j'ai ‘extraite des « Mémoires de Famille » de ma bonne amie et parente, madame Eliza-Anne Baby, veuve de feu l'honorable Charles-E. Casgrain. Cette lettre sembie avoir été écrite d'hier, tant elle renferme d'actualité; elle fait voir en même temps avec quelle rectitude de jugement et quel coup d'œil cet homme
remarquable envisageait les affaires du pays. ‘à
« À Monsieur Baby, à Québec, en Canada.
« Paris, rue des fosses Montmartre, ce 20 mar-, 1775.
« J’ay reçu, mon cher pays, celle que vous m'avez fait l’ami- «tié de m'écrire. Recevez mes remerciments des bonnes «nouvelles que vous me donnez et du détail consolant que «vous m'y faites sur la réponse du gouvernement aux demandes « qui lui avaient été faites de la part des Canadiens. Il paroit « que cette cour est remplie de bonne volonté à leur égard; je + suis intimement persuadé qu'il dépendra d'eux d'obtenir égale- « ment une décision favorable. Sur les appréhensions qui vous « restent, et dont vous me parlez, si vous estes tous bien unis, « que vous ne vous divisiez pas et que vous soyez surtout d’ac-
« cord avec votre preslat, qui e:t éclairé et (aussi) par les grâces
« de son élat, vous verrez que tout ira bien. Vous ne devez, «mon cher pays, ne faire qu'un corps et une âme, et suivre «aveuglément l’advis de votre premier pasteur... L'histoire « des Bostonais et des colonies anglaises révoliées fait icy bsau- « coup de bruit ; il paroit.….… qu'ils ont pris le dessus. Quoi- «qu'il en soit, je crois fermement que vous avez très-bien fait « et agi sagement en ne prenant point partie pour eux, soyez «toujours neutres, comme les Hollandais, et reconnaissants des « bontés du gouvernement: mon principe est de ne pas man- « quer le premier, et l’ingratitude est mon monstre ; soyez assu- «rés d’ailleurs qu’en vous attachant à la cour de Londres, « vous jouierz au moins des mêmes prérogatives des habitants « de la Nouvelle-Angleterre. Tel est mon avis.s