‹ Les anciens canadiens [microforme]Chapitre 12 sur 65 · acte · texte numérisé non relu

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La nature voulut reprendre ses droits sur les devoirs de l’homme de Dieu, et les sanglots étouftèrent de nouveau sa voix; mais, dans cette seconde lutte, le devoir impérieux du ministre des autels vainquit encore une fois la sensibilité de l’homme et du vieillard.

—À genoux, mes frères, dit-il, je vais réciter les prières des agonisants.

Et la voix du vieux pasteur domina de nouveau celle de la tempête, lorsqu'il s’écria, les deux mains étendues vers l’holocauste:

“ Partez de ce monde, âme chrétienne, au nom de Dieu le Père <tout-puissant qui vous a créée; au nom de Jésus-Christ, Fils du “ Dieu vivant, qui a souffert pour vous; au nom du Saint-Esprit “qui vous a été donné; au nom des Anges et des Archanges; au “nom des Trônes et des Dominations; au nom des Principautés et “des Puissances; au nom des Chérubins et des Séraphins, au nom “ des Patriarches et des Prophètes; au nom des saints Apôtres et “ des Evangélistes; au nom des saints Moines et Solitaires; au nom “ des saintes V'erges et de tous les Saints et Saintes de Dieu. Qu’au- “ jourd’hui votre séjour soit dans la paix, et votre derneure dans la “sainte Sion. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.” Lt les spectateurs répétèrent en gémissant: “ Ainsi-soit-il.” (1)

Un silence de mort avait succédé à cette scène lugubre, quand tout à coup des cris plaintifs se firent entendre derrière la foule pressée sur le rivage: c'était une femme, les vêtements en désordre, les cheveux épars, qui, portant un enfant dans ses bras, et traînant l’autre d’une main, accourait vers le lieu du sinistre. Cette femme était l’épouse de Dumais, qu’un homme officieux avait été prévenir, sans précaution préalable, de l’accident arrivé à son mari, don‘ elle attendait à chaque instant le retour.

Demeurant à une demi-lieue du village, elle avait bien entendu le tocsin ; mais, seule chez elle avec ses enfants, qu’elle ne pouvait laisser, elle s’était résignée, quoique très inquiète, à attendre l’arrivée de son mari pour se faire expliquer la cause de cette alarme.

Cette femme, à la vue de ce qu’elle avait de plus cher au monde suspendu au-dessus de l’abîme, ne poussa qu’un seul cri, mais un cri si déchirant, qu’il pénétra comme une lame d’acier dans le cœur des spectateurs; et, perdant aussitôt connaissance, elle tomba comme une masse inerte sur le rivage. On s’empressa de la transporter au manoir seigneurial, où les soins les plus touchants lui furent prodigués par madame de Beauinont et sa famille.

Quant à Dumais, à l’aspect de sa femme et de ses enfants, une espèce de rugissement de jaguar, un cri rauque, surhumain, indéfinissable, qui porta l’effroi dans l’âme des spectateurs, s’échappa de sa poitrine oppressée; et il sembla tomber ensuite dans un état d’insensibilité qui ressemblait à la mort.

(1) L'auteur n’a pas craint de citer au long cette incomnarable exhortation. Les prières de la liturgie catholique sont malheureusement trop peu connues et appréciées. Quoi de plus sublime que cette prière que le prêtre adresse à l’me du moribond au moment où, se dégageant de sa dépouille mortelle, elle va s'envoler au ried du tribunal redoutable de Dieu!

Ce fut au moment précis où le vieux pasteur administrait le sacrement de pénitence, que Jules d'Haberville, Arché de Locheill et leur compagnon arrivèrent sur les lieux. Jules fendit la foule, et prit place entre le vénérable curé ec son oncle de Beaumont; Arché, au contraire, s’avança sur le rivage, se croisa les bras, saisit d’un coup d’œil rapide tout l’ensemble de cette scène de désolation, et calcula les chances de salut.

Après une minute de réflexion, il bondit plutôt qu’il ne courut vers le groupe où se tenait Marcheterre; et, tout en se dépouillant à la hâte de ses vêtements, il lui donna ses instructions. Ses paroles furent brèves, claires et concises: “ Capitaine, je nage comme un poisson, j’ai l’haleine d’un amphibie; le danger n’est pas pour moi, mais pour ce malheureux, si je heurtais la glace en l’abordant. Arrêtez-moi d’abord à une douzaine de pieds de l’îlot, afin de mieux calculer la distance et d’amortir ensuite le choc: votre expérience fera le reste. Maintenant une corde forte, mais aussi lègère que possible, et un bon nœud de marin.”

Il dit ; et, tandis que le vieux capitaine lui attachait l’amarre sous le bras, il se ceignit lui-même le corps d’une autre corde, dont il fit un petit rouleau qu’il tint dans la main droite. Ainsi préparé, il s’élança dans la rivière où il disparut un instant; mais quand il revint sur l’eau, le courant l’entrainait rapidement vers le rivage. Ii fit alors tous les efforts prodigieux d’un puissant nageur pour aborder l’îlot, sans pouvoir réussir; ce que voyant Marcheterre, il se hâta en descendant le long de la grève, de le ramener à terre avant que ses forces fussent épuisées. Une fois sur le rivage, de Locheill reprit aussitôt sa course vers le rocher.

Les spectateurs respirèrent à peine lorsqu'ils virent Arché se précipiter dans les flots pour secourir Dumais qu’ils avaient désespéré de sauver. Tout le monde connaissait la force herculéenne de Locheill et ses exploits aquatiques dans les visites fréquentes qu’il faisait au seigneur de Beaumont avec son ami Jules, pendant leurs vacances du collège. Aussi l’anxiété avait-elle été à son comble pendant la lutte terrible du jeune homme, repoussé sans cesse vers le rivage malgré des efforts qui semblaient surhumains, et un cri de douleur s’était échappé de toutes les poitrines en voyant la défaite.

Jules d’Haberville n’avait eu aucune connaissance de cette tentative de sauvetage de son ami de Locheill. D’une nature très impressionnable, il n’avait pu soutenir, à son arrivée sur la plage, le spectasle déchirant d’une si grande infortune. Après un seul regard empreint de la plus ineffable compassion, il avait baissé les yeux vers la terre, et il ne les en avait plus détachés. Cet homme suspendu par un fil sur ce gouffre béant, ce vieux et vénérable prètre administrant à haute voix, sous la voûte des cieux, le sacrement de

énitence, ces prières des agonisants adressées à Dieu pour un bons dans toute la force de la virilité, cette sublime évocation qui ordonne à l’âme, au nom de toutes les puissances célestes, de se détachor d’un corps où coule avec abondance la sève vigoureuse de la vie, tout lui semblait l'illusion d’un rêve affreux.

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Jules d’Haberville, entièrement absorbé par ces émotions navrantes, n’avait donc eu aucune connaissance des efforts qu'avait faits son ami pour sauver Dumais. Il avait seulement entendu, après la tentative infructueuse de Locheill, les cris lugubres de la foule qu’il avait attribués à une nouvelle péripétie de cette scène de désolation, dont il détournait ses regards.

Ce n’était pas un lien ordinaire entre ses amis qui l’attachait à son frère par adoption; c'était cet amour de David et de Jonathas, plus aimable, suivant l’expression emphatique de l’Ecriture, que l’amour d’aucune femme. Jules n’épargnait pas ses railleries à Arché, qui ne faisait qu’en rire; mais c’était son bien à lui, auquel il ne permettait à personne de toucher. Malheur à celui qui eût offensé de Locheill devant l’impétueux jeune homme!

D’où venait cette grande passion? il n’y avait pourtant, en apparence, aucun rapport dans leur caractère. Arché était plutôt froid qu’expansif, tandis qu’une exubérance de sentiments exaltés débordait dans l’âme de Jules. Il y avait néanmoins une similitude bien précieuse: un cœur noble et généreux battait sous la poitrine des deux jeunes gens.

José, lui, qui n’avait rien perdu des préparatifs de Locheill à son arrivée, et qui connaissait la violence des passions d’Haberville, son jeune maître, s’était glissé derrière lui, prêt à comprimer par la force physique cette âme fougueuse et indomptable.

L’anxiété des spectateurs fut à son comble à la seconde tentative d’Arché pour sauver Dumais, qu’ils croyaient perdu sans ressource aucune.

Tous les yeux étaient tournés, avec un intérêt toujours croissant, vers ce malheureux, dont le tremblement convulsif annonçait qu’il perdait graduellement ses forces, à chaque secousse du vieux cèdre, et à chaque oscillation de la glace qui roulait sous son pied. La voix brisée du vieux pasteur, criant pitié au Dieu des miséricordes, interrompait seule ce silence de la tombe.

Les premiers efforts inutiles de Locheill n’avaient servi qu’à l’exalter davantage dans son œuvre de dévouement; il avait, avec une abnégation bien rare, fait le sacrifice u. sa vie. La corde, sa seule chance de salut, pouvait fort bien se rompre lorsqu'elle serait surchargée d’un double poids, et exposée de plus à l’action d’un torrent impétueux. Il était aussi trop habile nageur pour ignorer le danger de remorquer un homme incapable de s’aider d’aucune manière. Il savait qu’il aurait en outre à demeurer sous l’eau, sans respirer, jusqu’à ce qu’il eût atteint le rivage.

Conservant néanmoins tout son sang-froid, il se contenta de dire à Marcheterre:

—Il faut changer de tactique: c’est ce rouleau, que je tenais dans ma main droite, qui a d’abord paralysé mes forces lorsque je me suis élancé dans la rivière, et ensuite lorsque j’ai voulu aborder l’îlot.

I] élargit alors le diamètre du nœud de la corde, qu’il passa de son épaule droite sous son aisselle gauche, pour laisser toute liberté d'action à ses deux bras. Ces précautions prises, il fit un bond de

tigre, et disparaissant aussitôt sous les flots qui l’emportaient avec la vitesse d’un cheval lancé à la course, il ne reparut qu’à environ douze pieds de l’ilot, arrêté par la corde que raidit Marcheterre, ainsi qu’ils en étaient convenus. Ce mouvement pensa lui être funeste, car, perdant l’équilibre, il fut renversé la tête sous l’eau, tandis que le reste de son corps surnageait horizontaleinent sur la rivière. Son sang-froid, très heureusement, ne l’abandonna pas un instant dans cette position critique, confiant qu’il était dans l’expérience du vieux marin. En effet, celui-ci, lâchant tout à coup deux Va brasses de l’amarre par un mouvement saccadé, de Locheï!’, se serfu vant d’un de ces tours de force connus des habiles nageurs, ramena nl subitement ses talons à s’en frapper les reixs; puis, se raidissant les jambes pour battre l’sau perpendiculairement, tandis qu’il secondait cette action en nageant alternativement des deux mains, il reprit enfin l’équilibre. Présentant alors l'épaule gauche pour se préserver la poitrine d’un choc qui aurait pu lui êt: : .ussi funeste qu’à (1 Dumais, il aborda le lieu du sinistre avec la vitesse de l’éclair. (5 Dumais, malgré son état de torpeur apparente, malgré son immo- (ie bilité, n’avait pourtant rien perdu de tout ce qui se passait. Un rayon d'espoir, bien vite évan ui, avait lui au fond de son cœur déchiré par tant d'émotions sanglantes à la vue des premières tentatives de son libérateur; mais cette espérance s’était ravivée de nouveau en voyant le bond surhumain que fit de Locheill s’élançant de la cime du rocher. Celui-ci avait à peine, en effet, atteint la glace où il se cramponnait d’une seule main, pour dégager, de l’autre, le rouleau de corde qui i’enlaçait, que Dumais, lâchant le cèdre protecteur, prit un tel élan sur sa jambe unique, qu’il vint tomber dans les bras d’Arché.

Le torrent impétueux envahit aussitôt l’extrémité de la glace qui, surchargée d’un double poids, se cabra comme un cheval fougueux. L: Et cette masse lourde, que les flots poussaient avec une force irrésistible, retombant sur Î vieux cèdre, le vétéran, après une résistance inutile, s’engouffra dans l’abîme, entraînant dans sa chüte F une portion du domaine sur lequel il avait régné en souverain penfu dant des siècles.

ii Ce fut alors une immense clameur sur les deux rives de la Rivière-du-Sud ; acclamation triomphante des spectateurs les plus éloignés et cri déchirant d’angoisse sur la rive la plus rapprochée du théâtre où s’était joué ce drame de vie et de mort. En effet, tout avait disparu comme ei la baguette d’un enchanteur puissant eût frappé la scène et les acteurs qui avaient inspiré un intérêt ei palpitant d'émotions. Le haut de la cataracte n’offrit plus, dans toute sa largeur, entre les deux rives, que le spectacle attristant des flots on. pressés qui se précipitaient dans le bassin avec un bruit formidable, FAR] et le ridexu d’écume blanche qui s'élevait jusqu’à son niveau. Fa Jules d’Haberville n’avait reconnu son ami qu’au moment où il s'était précipité, pour la seconde fois, dans les flots. Souvent témoin de ses exploits natatoires, connaissant sa force prodigieuse, il n’avait d’abord montré qu’un étonnement mêlé de stupeur, mais quand il j

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le vit disparaître sous l’eau, il poussa ce c:i délirant que fait une tendre mère à la vue du cadavre sanglant de son fils unique; et, en proie à une dovleur insensée, il allait se précipiter dans le torrent, quand il se sentit étreint par les deux bras de fer de José.

Supplications, menaces, cris de rage et de désespoir, coups désespérés, morsures, tout fut inutile pour faire lâcher prise au fidèle serviteur.

—C’est bon, mon cher monsieur Jules, disait José, frappez, mordez, si ça vous soulage, mais au nom de Dieu, calmez-vous; votre ami va bientôt reparaître, vous savez qu’il plonge comme un marsouin, et qu’on ne voit jamais l’heure qu’il reparaisse, quand une fois il est sous l’eau. Calmez-vous, mon cher petit monsieur Jules, vous ne voudriez pas faire mourir ce pauvre José qui vous aime tant, qui vous a tant porté dans ses bras. Votre père m’a envoyé vous chercher à Québec; je réponds de vous corps et âme, et il n’y aura pas de ma faute si je manque à vous ramener vivant. Sans cela, voyez-vous, monsieur Jules, une bonne balle dans la tête du vieux José..... Mais, tenez, voilà le capitaine qui hale l’amarre à er de bras; et soyez sûr que raonsieur Arché est au bout et plein

e vie.

En effet, Marcheterre, aidé de ses amis, s’empressait, tout en descendant le long de la grève, de retirer, à fortes et rapides brassées, la corde à laquelle il sentait un double poids.

Il leur fallut de grands efforts pour dégager de Locheill, une fois en sûreté sur la plage, de l’étreinte de Dumais, qui ne donnait pourtant aucun signe de vie. Arché, au contraire, délivré de cette étreinte qui l’étouffait, vomit trois ou quatre gorgées d’eau, respira bruyamment et dit:

—Il n’est pas mort; il ne peut être qu’aspl:vxié; il vivait il y a une minute à peine.

Ou se hâta de transporter Dumais au manoïi: seigneurial, où des soins empressés et entendus lui furent prodigiés. Au bout d’une demi-heure, des gouttes d’une sueur sahitaire perlèrent sur son front, et, peu de temps après, il rouvrait des y°ux hagards, qu’il promena longtemps autour de lui, et qui se fixèrent enfin sur le vieux curé. Celui-ci approcha son oreille de la bouche de Dumais, et les premières paroles qu’il recueillit furent: Ma femme! mes enfants! Monsie r Arché!

—Soyez sans inquiétude, mon cher Dumais, dit le vieillard: votre femme est revenue de son évanouissement; mais, comme elle vous croit mort, il me faut de grandes précautions pour lui annoncer votre délivrance, tant d'émotions subites pourraient la tuer. Aussitôt qu’il sera prudent de le faire, je l’amènerai près de vous; je vais l’y préparer. En attendant, voici M. de Locheill, à qui, après lieu, vous devez la vic.

A la vue de son sauveur, qu’il n’avait pas encore distingué des autres assistants, il se fit une réaction dans tout le système du malade. Il entoura Arché de ses bras, et, pressant scs lèvres sur sa joue, des larmes abondantes coulèrent de ses yeux.

—Comment m’acquitter envers vous, dit-il, de ce que vous avez fait pour moi, pour ma pauvre femme et pour mes vauvres enfantsl

—En recouvrant promptement la santé, réponcit gaiement de Locheill. Le seigneur de Beaumont a fait partir un émissaire à toute bride pour amener le plus habile chirurgien de Québec, et un autre pour préparer des relais de voitures sur toute la route, en sorte que, demain, à midi, au plus tard, votre mauvaise jambe sera si bien collée, que, dans deux mois, vous pourrez faire à l’aise le coup de fusil avec vos anciens amis les Iroquois.

Lorsque le vieux pasteur entra dans la chambre où l’on avait transporté sa fille d'adoption, elle était à demi-couchée sur un lit, tenant son plus jeune enfant dans ses bras, tandis que l’autre dormait à ses pieds. Pâle comme la statue de la mort, froide et insensible à tout ce que madame de Beaumont et d’autres dames du village pouvaient lui dire pour calmer son désespoir, elle répétait sans cesse: Mon mari! mon pauvre mari! je n’aurai pas même la triste consolation d’embrasser le corvs froid de mon cher mari, du père de mes enfants!

En apercevant le vieux curé, elle s’écria, les bras tendus vers lui:

—Est-ce vous, mon père, qui m’avez donné tant de preuves d’affection depuis mon enfance, qui venez maintenant m’annoncer que tout est fini? Oh! non; je connais trop votre cœur: ce n’est pas vous qui vous êtes chargé d’un tel message pour l’orpheline que vous avez élevée. Parlez, je vous en conjure, vous dont la bouche ne profère que des paroles consolantes.

—Votre époux, dit le vieillard, recevra une sépulture chrétienne.

—I1 est donc mort! s’écria la pauvre femme; et des sanglots 8’échappèrent, pour la première fois, de sa poitrine oppressée.

C’était la réaction qu’attendait le vieux pasteur.

—Ma chère fille, reprit-il, vous demandiez comme faveur unique, il n’y a qu’un instant, d’embrasser le corps inanimé de votre mari, et Dieu vous a exaucée. Ayez confiance en lui; car la main puissante qui l’a retiré de l’abîme, peut aussi lui rendre la vie.

La jeune femme ne répondit que par de nouveaux sanglots.

—C’est le même Dieu d’ineffable bonté, continua le vicux pasteur, qui dit à Lazare dans la tombe: “ Levez-vous, mon ami, je vous l’ordonne.” Tout espoir n’est pas perdu, car votre mari, dans son état d’horribles souffrances...

La pauvre jeune femme, qui avait écouté jusque-là son vieil ami sans trop le comprendre, sembla s’éveiller d’un affreux cauchemar, et, pressant dans ses bras ses deux enfants endormis, elle s’élança vers la porte.

Peindre l’entrevue de Dumais avec sa famille, serait au-dessus de toute description. L’imagination seule des âmes sensibles peut y suppléer. Il est souvent facile d’émouvoir en offrant un tableau de malheur, de souffrances atroces, de grandes infortunes, mais s'agit-il de peindre le bonheur, le pinceau de l'artiste s’y refuse et ne trace que de pâles couleurs sur le canevas.

—Allons souper maintenant, dit M. de Beaumont à son ancien et

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vénérable ami: nous en avons tous grand besoin, surtout ce noble et courageux jeune homme, ajouta-t-il, en montrant de Locheill.

—Doucement, doucement, mon cher seigneur, dit le vieux curé. Il nous reste un devoir plus pressant à remplir: c’est de remercier Dieu, dont la protection s’est manifestée d’une manière si éclatante!

Tous les assistants s’agenouillèrent; et le vieux curé, dans une courte mais touchante prière, rendit grâce à Celui qui commande à la mer en courroux, à Celui qui tient dans ses mains puissantes la via at la mort de avs faibles créatures.

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