‹ Les anciens canadiens [microforme]Chapitre 13 sur 65 · TENNYSON · texte numérisé non relu

TENNYSON

Le couvert était mis dans une chambre basse, mais spacieuse, dont les meubles, sans annoncer le luxe, ne laissaient rien à désirer de ce que les Anglais appellent confort. Un épais tapis de laine à carreaux, de manufacture canadienne, couvrait, aux trois quarts, le plancher de cette salle à manger. Les tentures en laine, aux couleurs vives, dont elle était tapissée, ainsi que les dossiers du canapé, des bergères et des chaises en acajou, aux pieds de quadrupèdes semblables à nos meubles maintenant à la mode, étaient ornées d'oiseaux gigantesques, qui auraient fait le désespoir de l’imprudent ornithologiste qui surait entrepris de les classer.

Un immense buffet, touchant presque au plafond, étalait, sur chacune des barres transversales dont il était amplement muni, un service en vaisselle bleue de Marseille, semblant, par son épaisseur, jeter un défi à la maladresse des domestiques qui en auraient laissé tomber quelques pièces. Au-dessus de la partie inférieure de ce buffet, qui servait d’armoire, et que l’on pourrait appeler le rez-dechaussée de ce solide édifice, projetait une tablette d’au moins un pie et demi de largeur, sur laquelle était une espèce de cassette,

eaucoup plus haute que large, dont les petits compartiments, bordés de drap vert, étaient garnis de couteaux et de fourchettes à manches d'argent, à l’usage du dessert. Cette tablette contenait aussi un grand pot d'argent, rempli d’eau, pour ceux qui désiraient tremper leur vin, et quelques bouteilles de ce divin jus de la treille.

Une pile d’assiettes de vraie porcelaine de Chine, deux carafes de vin blanc (1), deux tartes, un plat d'œufs à la neige (2), des gaufres,

dal (1) Les anciens Canadiens ne buvaient généralement que du vin blanc au dessert.

(2) La mattresse de la maison s’amusait quelquefois, pendant l’hiver, à mystifier ses amis, en substituant un plat de belle neive. arrosée de quelques cuillerées de la vraie sauce jaune de cet excellent entremets, pour mieux servir à l'illusion. Bien entendu, qu'après qu’on avait bien ri, le véritable plat d'œufs à la neige était substitué au premier, par trop froid pour les convives.

Page 1