CHAPITRE SEIZIÈME DE LOCHEILL ET BLANCHE
Après des privations bien cruelles pendant l’espace de sept longucs années, la paix, le bonheur même commençaient à renaître dans l’âme de toute la famille d'Haberville. 11 est vrai qu’une maison d’assez humble apparence avait remplacé le vaste et opulent manoir que cette famille occupait avant la conquête; mais c'était un palais, comparée au moulin à farine qu’elle venait de quitter depuis le printemps. Les d'Haberville avaient pourtant moins soullert que bien d’autres dans leur position: aimés et respectés de leurs censitaires, ils n’avaient jamais été exposés aux humiliations dont le vulgaire se plaît à abreuver ses supérieurs dans la détresse: comme c’est le privilège des personnes bien nées de traiter constamment leurs inférieurs avec égard, les d'Haberville avaient en UN bien moins souffert, dans leur pauvreté comparative, que beaucoup d’autres dans les mêmes circonstances. Chacun faisait à l’envi des offres de service; et, lorsqu'il s’agit de rebâtir le manoir et ses dépendances, la paroisse en masse s’empressa de donner des corvées volontaires pour accélérer l’ouvrage; on aurait cru, tant était grand le zèle de chacun, qu’il reconstruiait sa propre demeure. Tous ces braves gens tâchaient de faire oublier à leur seigneur des malheurs qu’eux-mêmes avaient pourtant éprouvés, mais qu’on aurait pu croire qu'eux seufs avaient mérités, Avec ce tact délicat dont les Français sont seuls susceptibles, ils n’entraient jamais dans les pauvres chambres que la famille s'était réservées dans le moulin, sans y être conviés: on aurait dit qu’ils craignaient de les humilier. S’ils avaient été affectueux, polis envers leur seigneur dans son opulence, c’était maintenant un culte, depuis que la main de fer du malheur l’avait étreint (1).
(1) Historique. L'auteur se giat à rappeler, avec bonheur, les témoignages d'affection des censitaires de Saint-Jean-Port-Joli envers sa famille, depuis plus de cent ans. : ; ; :
Lors de l'abolition de la tenure seigneuriale, il y a neuf ans, les marguilliers de l’œuvre et fabrique de la paroisse de Saint-Jean-Port-Joli décidèrent que, nonobstant l’acte du parlement à ce contraire, je jouirais du banc seigneurial ma vie durant. k
Cette preuve si touchante d'affection me fut communiquée par Pierre Dumas, écuyer, alors marguillier en charge.
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