‹ Les anciens canadiens [microforme]Chapitre 47 sur 65 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

(a) Tous les bateliers de la Pointe-Lévis étant aussi cultivateurs, il y a quelque soixante ans, ce n’était pas une petite affaire que de traverser ie fleuve Saint-Laurent pour se rendre à Québec, pendant les travaux agricoles; hormis les jours de marché, où le trajet avait lieu à certaines heures fixes, le voyageur était obligé d'attendre quelquefois pendant des demi-journées, et même de coucher souvent à la Pointe-Lévis. Les bateliers, généralement assez bourrus de leur métier, ne se dérangeaient de leur besogne que pour leurs pratiques, qu'ils refusaient, d’ailleurs, souvent de traverser, pour peu qu'ils eussent d’autres affaires. Il faut pourtant avouer rue les femmes suppléaient de temps à autre à leurs maris; qu'en les cajolant un peu, elles finissaient par prendre le voyageur en pitié, et laissaient leur ménage aux soins des dieux lares, pour prendre l’aviron. Il est aussi juste de leur rendre ce témoignage, qu’une fois l’aviron en main, elles guidaient les petits canots d'alors avec autant d’habileté que leurs époux.

A défaut des Canadiens restait, pendant la belle saison de l’été, la ressource des sauvages, dont les cabanes couvraient près de deux milles des grèves, depuis l’église de la Pointe-Lévis, en courant au sud-ouest. Mais ces messieurs n'étaient guère tempérants: ils avaient pour principe bien arrêté de boire à la santé de leur bon père le roi George III, jusqu’à la dernière nippe des cadeaux qu'ils recevaient du gouvernement; ce sentiment était sans doute très louable, mais peu goûté des voyageurs, à la

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