‹ Les anciens canadiens [microforme]Chapitre 8 sur 65 · LE FESTIN DE PIERRB · texte numérisé non relu

LE FESTIN DE PIERRB

What! the ghosts are growing ruder, How they beard me. so... oo. oove ov0 voue o To-night—Wby this is Goblin Hall, Spirits and spectres all in all.

Farrarns,

LA CORKIVEAU (a).

Juvé, après avoir débridé le cheval, et lui avoir donné ce quil appelait une gueulée de foin, se hâta d’ouvrir un -coffre que, dans son ingénuité industrieuse, il avait cloué sur le traîneau, pour servir, au besoin, de siège et de garde-manger. Il en tira une nappe dans laquelle deux poulets rôtis, une langue, un jambon, un petit flacon d’eau-de-vie et une bonne bouteille de vin étaient enveloppés. Il allait se retirer à l’écart, lorsque Jules lui dit:

—Viens manger avec nous, mon vieux.

—Oui, oui, dit Arché, venez vous asseoir ici, près de moi.

à —Oh ! messieurs, fit José, je sais trop le respect que je vous ois....

—Allons, point de façons, dit Jules; nous sommes ici au bivouac, tous trois soldats, ou peu s’en faut: veux-tu bien venir, entêté que tu es?

—C’est de votre grâce, messieurs, reprit José, et pour vous obéir, mes officiers, ce que j’en fais.

Les deux jeunes gens prirent place sur le coffre, qui servit aussi de table; José s’assit bien mollement sur une botte de foin qui lui restait, et tous trois se mirent à manger et à boire de bon appétit.

Arché, naturellement sobre sur le boire et sur le manger, eut bien vite terminé sa collation. N’ayant rien âe mieux à faire, il se mit à phuosopher: de Locheill, dans ses jours de gaieté, aimait à avancer des paradoxes, pour le plaisir de la discussion.

—Sais-tu, mon frère, ce qui m’a le plus intéressé dans la légende de notre ami?

—Non, dit Jules, en attaquant une autre cuisse de poulet, et je ne m'en soucie guère pour le quart d’heure: ventre affamé n’a pas d'oreilles.

— N'importe, reprit Arché: ce sont ces diables, lutins, farfadets, comme tu voudras les appeler, qui n’ont qu’un seul œil; je voudrais que la mode s’en répandît parmi les hommes : il y aurait alors moins d’hypocrites, moins de fripons, partant moins de dupes. Certes, il est consolant de voir que la vertu est en honneur même chez les sorciers! As-tu remarqué de quels égards les cyclopes étaient l’objet de la part des autres lutins? avec quel respect il les saluaient avant de s’en approcher?

—Soit, dit Jules; mais qu'est-ce que cela prouve?

—Cela prouve, repartit de Locheill, que ces cyclopes méritent les égards que l’on a pour eux: c’est la crème des sorciers. D'abord ils ne sont pas hypocrites.

—Bah! fit Jules, je commence à craindre pour ton cerveau.

—Pas si fou que tu le penses, repartit Arché, et voici la preuve: Vois un hypocrite avec une personne qu’il veut tromper: il a toujours un œil humblement à demi fermé, tandis que l’autre observe l'effet que ses discours font sur son interlocuteur. S’il n’avait qu’un œil unique, il perdrait cet immense avantage, et serait obligé de renoncer au rôle d’hypocrite, qui lui est si profitable. Et voilà déjà un homme vicieux Ge moins. Mon sorcier de cyclope a probablement beaucoup d’autres vices; mais il est toujours exempt d’hypocrisie; de là le respect qu’a pour lui une classe d’êtres entachés de tous les vices que nous leur attribuons.

—AÀ ta santé, philosophe écossais, dit Jules, en avalant un verre

de vin; je veux être pendu si je comprends un mot à ton raisonnement.

—C’est pourtant clair comme le jour, reprit Arché; il faut alors que ces aliments savoureux, pesants, indigestes, dont tu te bourres l'estomac, t’appesantissent le cerveau. Si tu ne mangeais LE de la

fa'ine d'avoine, enmme nos montagnards, tu aurais les i claires, la conception plus facile.

—ÏI} parsît que l’avaince vous revient sur le cœur, l’ami, dit Jules: est pourtant faciie à digérer, même sans le secours des épices.

— Autre exemple, @it Arché: un fripon qui veut duper un honnête homme, dans une transaction quelconque, a toujours un œil qui clignote ou à demi fermé, tandis que l’autre observe ce qu’il gagne ou perd de terrain dans le marché: l’un est l’œil qui pense, Pautre l’œil qui observe. C’est un avantage précieux pour le fripon: son antagoniste, au contraire, voyant toujours un des yeux de son interlocuteur clair, limpide, honnête, ne peut deviner ce qui se passe sous l’œil qui clignote, qui pense, qui calcule, tandis que son voisin est impassible, impénétrable comme le destin.

lournons maintenant la médaille, continua Arché: supposons le même fripn devenu borgne, dans les inêmes circonstances, L'homme honnête, le regardant toujours en face, lit souvent dans son œil ses ponsées les plus intin-s: car mon borgne, méfiant aussi, cst contraint de le tenir tru':urs o1vert ..

ées plus

Page 1